PLAINTES FLUVIATILES
Fleuve lourd qui coule sans bruit,
Fleuve à Tonde épaisse qui luit
Grassement dans le crépuscule, puis s'enterre,
Dirait-on ; souvenirs des jeux d'une eau légère
Et translucide qui chantait...
Pourquoi donc faut-il que je sente,
Tout soudain, ces rapports obscurs, ces parentés,
Ces reflets de miroir à miroir ?
Heure opaque... le fleuve augmente
Ma tristesse de ce soir
Et ces fleurs augmentent ma peine.
Ces fleurs pourpres dont me plaît le contour
Mais qui ne valent pas les roses anciennes...
Prison parfumée aux murs sourds.
Exil royal sans reine.
On y souff're du poids des chaînes
Et du regret d'une eau qui vibre
Et de l'écho d'un rire libre
Et d'un lointain amour... comme jadis :
Super flumina Babylonis.
CCCXCIII