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Fantin-Latour

Vers le milieu iln siècle, dans le grand désarroi do la pointure, après los batailles acharnées dos parlisans exclusifs de la ligue el de la couleur, dans le relâchement el la lassitude des sréuérations suivantes, l'atiyuéos de

ii|in-s. n'ayant plus guère liicii déterminé (unir 1rs très et beaux songeurs qui inguail . à peine, à l'écarl .

ieux ili' la vie, aimanl la

lanl do belles folies, raisonnables, posées. éeloc

de passion, ni do conviction, ni même i\c non

préoccupations technifpies, en race <\f quelques r

se préparaient sans bruil dans la solitude, se dis

un petil groupe1 modeste d'observateurs siloni

bonne peinture, très indépendants a l'égard des contemporains, mais

respectueux des maîtres du passé.

On 1rs appelait des réalistes. C'était le mol a la mode du jour. On commençait déjà à se payer de formules, < le mol de réalisme répondait alors a tout. (>n lui donnait, comme aujourd'hui au terme d'impressionnisme, une acception beaucoup plus largo que sa signification exacte ne le comportait. Pour le public, simpliste et inquiet, il représentait tout ce qui

FAXTIX-LATOUR

n'étail plus ni classique, ni romantique, toul ce qui inspirail L'effroi des nouveautés, el on l'étendail à George Sand e1 jusqu'à Wagner. Dans la bouche el sous la plume des théoriciens combatifs qui Le patronnaient, ce vocable affichail surtoul un caractère de protestation contre l'abatardisse- 1 1 1, -i 1 1 de L'école, el contre Les compromis académiques des maîtres officiels cl achalandés. Le réalisme, c'étail un retour à la tentative d'exprimer la vie contemporaine, telle que L'avail passionnémenl poursuivie déjà Gérieaidt, telle que l'avail résolue Delacroix dans cette page magistrale de la Barricade; telle que venail de la découvrir d'une façon si imprévue, en l'exprimant jusqu'aux plus intimes profondeurs de son ame, Millet, ce grand solitaire, alors grossièrement méconnu; telle encore i|nr prétendail la traduire, littéralement, dans ses étroites contingences, dans son terre-àterre vulgaire et brutal, ce révolutionnaire fanfaron et tapageur, souvent borné e1 inégal, niais si richemenl et si puissammenl doué comme voyant pI comme peintre : Courbet. Car le réalisme, c'étail aussi un retour aux maîtres peintres, aux beaux praticiens; une répudiation des traditions bâtardes de seconde main et, en opposition à L'éclectisme banal, sceptique

ri indifférenl des artistes a toul faire, un dilettantisi nthousiaste, savant,

réfléchi, qui s'attachail avec uni' lui ardente à L'étude de la nature et s'appuyait ru même temps sur tous les maîtres, d'oii qu'ils fussent, Flamands, Hollandais, Vénitiens, Espagnols, du momenl qu'ils avaienl exalté

la vie.

Ces prétendus réalistes, qui aimaienl si fortement la réalité, ne quittaient guère, en effet, le Louvre el le plus paradoxal d'entre eux, le fondateur, peut-être bien l'unique sacrificateur de la nouvelle religion, Courbet, pensai! lui-même aux maîtres plus qu'il ne voulail l'avouer, ri nous savons qu'il in1 s'adressail pas aux plus ingénus.

Courbet, au I' I. et ail évide tent le seul auquel convinl cette qualification de réaliste que les autres, derrière lui. acceptaient, jusqu'au jour où ils la rejetteraient avec éclat, - dans un esprb un peu belliqueux. Il se vantait volontiers, d'ailleurs, d'incarner à lui seul la nouvelle formule. On iM. |M.||| duiii' pas dire qu'autour de Courbet se fui formée vraimenl une école. Tout au plus avait-il attiré par l'admiration qu'inspiraient ses belles ,■1 robustes qualités de peintre el surtoul par le prestige de sa gloire, ,| aulanl plus éclatante qu'elle étail plus contestée. apparence de petite

FANTIN-LATOUli ;

société qui évoluail dans s ayonnement. Il y avait là des I s ,|,

différents âges : c'était d'abord Bonvin, formé depuis longtemps; Ribot. Legros, Whistlcr, Bracquemond, que suivail de loin Manel e1 auxquels si

l'A N I I \ - I, \ MM l; l'Ali LUI-M ÈMB.

joignirent plus tard Carolus Duran et Vollon. Tirs divers de uature, 1res '"dépendants aussi bien entre eux qu'en face des autres; doués, charnu. d'une personnalité excessive, s'ils persistèrent, dans le cours de leur vie, à partager 1rs mêmes goûts, il ne tardèrent pas a se détacher peu a peu les mis des autres. Mais alors, ils étaienl unis par des aspirations communes, des

s KANTIN-LATOUH

sentiments égaux il iiisoumissio]) et. [unir quelques-uns, par dos amitiés il i'ci île.

Dans ii' milieu si 1 1:1 il ini I ii -r d'artistes foncièremenl originaux, se détache doucement, en une sorte de |)énombi'e cliaude el discrète, la ligui e lière el songeuse d'Henri Kantin-Lalour.

Il était I nu des plus jeunes de l'ombrageuse petite phalange. Né à < irenoble en LH3G, niai-' élevé à Paris dès son jeune âge, il recul -mi instruction artistique près de -mi père, Théodore Fantin-Latour, i|iii exposa aux Salons jusqu'en 1806, el en mémo temps à la petite école de dessin de la rue de l'Kcole-de-Médecine. i|iii l'aisail alors une concurrence assez \i\r à

I Ecolo des Beaux-Arts, sous le professoral de Leçon de Boisbaudran. La plupui'l di' ces prétendus réalistes sortaient de là.

[•"ils de peintre, nourri dans l'admiration des maîtres, le jeune r'anlin apprenait de bonne heure ce chemin du Louvre que, toute sa vie, il devail continuer à prendre pour ainsi dire quotidiennement. Dès 1rs premiers jours, ses prédilections se lixèrenl el il leur demeura constamment lidèle. Les dieux nouveaux auxquels il venait sacritier, c'était lîubens el Velasquez. i'l aussi Rembrandt el l'ian/ Nuls, ri Nicolas Maas , el lous les autres lumineux petits Hollandais que, grâce à Thoré, on commençait a connaître, l 'ieter de llooeh el \'ermeer t\r Dcll't : el c'était surtout Titien el Véronèsc. les riches \ énitiens ambrés el argentés qui enseignaient le secret des harmonies el de l'enveloppe, el les beaux Krançais, si émus el si sincères, W atteau el Chardin : Imis ces maîtres, dont les copies confondues, accrochées comme dos ex-volos dans le petit atelier de la rue des Beaux-Arts, disent assez les dévotions passionnées île celte ardente jeunesse1.

(J'esl en is.V.i que r'antin-Lalour envoie -mi premier tableau au Salon.

II lui. naturellement, refusé. \ cette époque, cela u'avail rien qui étonnai un jeune artiste. L'ostracisme inibécilo qui a frappé tant rie grands m nus ne pouvait épargner ces jeunes téméraires; il créa enlre eux des attaches nouvelles. \ côté de lui. avait été refusé smi camarade Bibot. Mais, par manière i\r protestation. Bouvin, le plus ancien de la petite troupe, qui exposai! depuis dix ans el étail déjà apprécié île quelques vrais amateurs, iSonviii organisait, l'année suivante, dan- rr qu'il appelai! sou ■• atelier llamaud » de la rue Saint-Jacques, une exposition des premiers ouvrages de

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Ribot, près desquels figuraienl les envois du jeune Pantin, rejetés par l'Institut.

Par son âge, son talenl reconnu, smi espril critique très salace H assez malicieux qui se manifestait en des mots incisifs e1 parfois cruels, Bonvin exerça d'ailleurs une certaine influence sur ses camarades plus jeunes. Fantin-Latour n'en a pas perdu le souvenir.

Malgré ce premier échec, il ne tarda pas a obtenir smi admission au Salon, bien qu'il eù1 toujours quelque ouvrage proscrit, ce qui lui permettait, au fameux Salon des Refusés de 1863, de prendre fièremenl sa place, parmi les opposants que le gouvernement favorisai! dans ses querelles avec l'Institut. Mais à partir de L861, il n'a cesse d'exposer sans interruption, si ce n'esi seulement en 1868, à Ions les Salons, sans vouloir quitter, au ninnienl de la scission cl malgré les sympathies qui l'appelaient dans l'autre camp, celui où il avail porté ses premières armes.

Sa vie, depuis les incidents de ses débuts, s'esl écoulée paisiblement, sans particularités notables. Avec la tolérance revenue dans les mœurs des organisateurs des expositions, le petit groupe, chaque jour émietté, perdil ses allures un peu révolutionnaires. Fantin-Latour recul ses brevets officiels, ses médailles el la croix'. Mais, nature délicate el farouche, il se h ni désormais à l'écart, dans un cercle d'amis de choix, artistes et amateurs, el surliuil musiciens el poètes, qui partageaienl ses goûts e1 qui revivenl dans son œuvre connue dans sa vie. Il ace plii quelques voyages à l'étranger, iiolaniineni en Angleterre, où ses œuvres sonl très appréciées, grâce au peintre-graveur Edwin Edwards, qui en a réuni un certain nombre que la National Gallery est destinée un jour à recueillir de la générosité de sa veuve, et à Bayreuth, où l'appelaienl les représentations des drames wagnériens donl la donnée poétique e1 l'expression musicale avaienl vivement ému son imagination. Il ne reste plus à retenir, pour être fixé sur les la ils saillanîs de cette existence de travail, d'observation cl de rêve, que la da le de son mariage avec la compagne2 qui, dans le rayonnement discret delà gloire paisible du maître, s'est conquis modestemenl à ses côtés, par des compositions de (leurs intimes cl recueillies, i m d'artiste justemenl estimé.

I II .'i été promu officier ru 1900.

-• M"" Victoria Dubourg, aée à Paris, qui expose encore sous son n di

ibtenu un.' mention honorable en 1894, ri une médaille de 3' classe en 1895.

jeune Bile. Elle a

in

Ce premier tableau de 1859 figure encore dans l'atelier de Pantin- Latour1, où il fail face, dans la candeur charmante de sa jeunesse, à l'une

Lk UIIAVKL'II EdWAHDS II SA l'EMMK.

îles œuvres les plus sûres el les plus parfaites dues au pinceau de ce tranquille magicien, La famille /)... Dubourg . C'esl une simple étude d'après nature, des femmes silencieusement occupées, l'une à lire, l'autre a broder.

I. Depuis que ces lignes oui été écrites, ce tableau esl entré en la possession île M. Klotz. V. notri article <laus la Hevue de l \rt ancien et moderne, 10 aoùl 191)2

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dans un intérieur calme el paisible, sous une lumière diffuse, égale, apaisée, aux ombres transparentes. Il y a bien là, sans cloute, quelque timidité dans l'écriture des formes, quelque incertitude, quelque légère gaucherie, mais c'esl déjà une vision très personnelle des images de la

La famille Dubourg

vie, qui ne sera plus modifiée dans l'avenir. L'artiste avail immédiatement trouvé sa voie.

Ce qui intéresse dans ce premier ouvrage, c'est, avec un sens ému do la vie, une assimilation particulièremenl intelligente des maîtres du passé, les beaux Hollandais, simples e1 clairs, vers lesquels Fantin a dû être ^•uiilc souvenl par Bonvin. Mais il ne les a poinl compris à travers le clairobscur un peu fort, aux tonalités un peu lourdes de l'élève de Grand ; chez lui. 1rs formes, imprégnées de ce grand souvenir, s'enveloppenl dans mu'

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I imière subtile, argentée, une atmosphère do'nl la tiédeur el la fluidité < >i 1 1 été respirées smis le ciel de Titien el de Veronèse.

A côté de ces marques de dilettantisme délical el savoureux, ce i|iii surprend dans cette peinture dite c< réaliste », c'esl d'y trouver des traces très sensibles el qui demeureront ineffaçables de romantisme. Car Pantin peut réclamer la revision de son état-civil e1 exiger son rattachement à la grande famille des romantiques. Quelque chose de chantant de tout ce

1! HODEI SES.

grand lyrisme passionné résonnait encore en lui. C'est, il est vrai, une musique douce ei discrète, mais, voyez! cet ensemble d'une l iède el vibrante harmonie, — ces Unis de laine vive sur le métier, les bleus du rideau, les carnations, délicates des chairs, les blancs des linges el du livre accompagnés par les tonalités neutres des vêtements e1 du fond, — ne forme-t-il pas comme un écho assourdi îles grandes orchestrations de Delacroix, l'un de ses mail res de prédilecl ii m '?

Ce genre de sujets, d'études d'après nature, liseuses, brodeuses, comprenait une ou deux figures, qu'il reprend volontiers sous des formes légèrement variées dans la première partie de sa carrière, aux Salons de

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1863, de L870, de L877, de 1881, s'étend naturellement aux portraits proprement dits, qu'il concevra, l'un des premiers de notre temps, en retournanl à la tradition qui représentait les personnages dans leur milieu el dans l'accomplissemenl de leurs occupations familières.

Est-ce un sujet, sont-ce des portraits, ces deux jeunes femmes donl l'une est assise, habillée, comme en visite, les yeux clairs regardanl en l'ace, tandis que l'autre, en négligé de maison, semble lire tout haut dans

un livr vert? De même, ['Étude, celle jeune femme assise devanl nu

chevalet, le corps un peu en arrière, réfléchissant devanl une toile sur laquelle elle s'apprête à peindre un vase de fleurs épanoui sur une table?

Ce caractère d'intimité, de recueillement, de vie coule , de physi nie

animée par le cours des pensées habituelles, es), en effet, aussi l'un des charmes particuliers de ces admirables portraits de figures isolées ou groupées qui semblent illuminés, dans la lumière tamisée de ces foyers paisibles, par huile la clarté intérieure de l'âme.

Il convient de citer, entre l<>ns ces tableaux donl les modèles sonl

constamment f nis. au début, par les sieurs de l'artiste, comme plus lard

par sa fei set sa belle-sœur, le portrai) du graveur Edwin Edwards et sa

femme du Salon de L875), ou bien encore celle composition i\\\ Salon de 1878 : La famille />... (Dubourg), groupanl près du père e1 de la mère, assis

côte à côte, la l'ciiin i la belle-sœur du peintre, l'une debout au second

plan derrière eux, l'autre prête à sortir, le chapeau sur la tête et boutonnant ses gants. C'est un intérieur assez froid, ordonné, propre, on dirait

mê un peu huguenot, c nie ces intérieurs des bons bourgeois de

Hollande. Tue lumière claire, égale, modèle gravemenl avec une netteté

tranquille, un relief saisissant, sans violence ni tr pe-l'œil, les traits de

ces figures unies par un courant de mêmes pensées, sérieuses ci câlines, à l'unisson de cette maison à la fois accueillante et un peu sévère. Un assemblage savant de ions sobres et riches, gris neutres cl délicats, beaux noirs francs, que relevé vivemenl la noie jaune d'un gani ou l'or d'un cadre, ajoute à l'éloquence expressive de celle toile qui, un jour, trouvera sa place au Louvre.

•I !|i dil que Fantin-Latour était un dérivé du romantisme. Ce n'es)

Pas lui 'lui s'en plaindra. Nature exaltée au fond, bien que coule il avail

''' besoin non poinl seulemcnl de s'animer au spectacle attachait de la vie

dos êtres et des choses, mais aussi de chercher, dans ces êtres c :rets qu'il

s'appliquail à faire saillir clans la palpitation de l'air e1 de la lumière, ce mi il \ avail en eux de noble, de créateur, de génial, de divin. Ce réaliste du temps jadis doit sembler aux jeunes d'aujourd'hui bien romantique, avec toutes ces vieilles rengaines donl te parle plus que dans les romances et

Autour di piano (Apparlienl .1 M. Adolphe Jullien).

Boisseau i amillo Benoit E<l I M v Lasi s.

Adolphe Jiiilien. * incenl d'Indy.

E i Cliabrier Amédée Pigeon.

;ill\i|llel|es il si dis I il le ;| en ii le eliei H'e. delà Ileaille. de la I du i le. il II Génie

e| île I \i ir. Car col espril sauvage el ombrageux, qui \il à l'écarl des

foules el loin du bruit, redoutanl le succès plus que l'oubli peut-être, éprouve, dans le secrel de sa vie intérieure, un besoin ardent el continuel d'enthousiasme el d'admiration. Aussi toute sa vie est-elle un perpétuel

hommage : hommage aux maîtres donl il se di1 l'humble disciple. I mage

aux grands charmeurs, poètes ou musiciens, qui oui nourri sa pensi I

donné l'essor à son rêve, hommage aux sentiments de la famille cl de l'amitié. Il n'est pas jusqu'à ces chères petites choses divines, les Heurs, qu'il ne paraisse vouloir remercier de s'associer à notre vie par les joies ri les consolations qu'elles nous donnent. W Hommage a Delacroix 1864) esl le premier acte de piété accompli par le disciple reconnaissant.

Un atelier aux Bationolles.

Scholderer.

Malle t.

Renoir. E. /"In. E. Mailre.

Zacharic Astruc. Basile, cl. Monet.

Pour bien c prendre le caractère de cet! uvre el de cette sorte il'1

compositions groupées qui se rattachenl par un côté à ses études sur nature,

mais les unes, qui affîrmenl une réelle significati >rale, les autres, qui

pi'1' 'iil.lmii an moins, un certain intérêt spécial de psychologie et d'histoire, il faudrail voir dans l'atelier du peintre la suite d'esquisses qui mil

précédé ses premiers tableaux, nu y verrait le la toi ment de la pensée de

I auteur | r arriver a la représentation, sons des formes concrètes, a côté

FANTIN-LATOUH

de figures de la vie actuelle, de sentiments ou d'idées qui s'y rattachent. Ce mélange de l'abstraction e1 de la réalité, cette tentative de conceptions allégoriques adaptées à la vie moderne, esl une préoccupation qui a hanté huis les grands idéalistes, depuis les décorateurs de uns édifices jusqu'aux graveurs de nos médailles. G'étail ce qu'Ingres avail résolu, d'une façon très simple cl très impressionnante, dans son Cherubini; c'étail aussi ce que

La Lectuke

(Musée île Lyonl.

Courbel lui-même avail cherché à sa manière dans i e qu'il avail appelé, dix ans plus lui. Y Allégorie réelle, si romantique qu'il fui resté, Fantin, subissait) l'influence de son milieu, n'osa point, en s< n i premier lableau, s'aventurer a ces associations d'être concrets cl de figures irréelles. Il avail essayé maintes combinaisons dans un genre d'apothéoses qui rappelai! par trop h 's couronnements sur la scène, aux anniversaires de uns grands classiques, mais peu après, s appuyanl étroitemenl sur le souvenir îles Hollandais, des vaillants portraitistes de gildes el de corporations, à l'instar de Rembrandt, de Van iler IleUi. ei surtoul de l'ian/. liais dnnl il avail vu, a Paris, une

<'<>|)ii' par le peintre belge Dubois, qui l'avail particulièrement frappé, il conçul ce premier tableau avec des éléments exclusivements réels, en groupanl autour du portrail de Delacroix quelques-uns de ses principaux disciples ou admirateurs, donl certains, à la vérité, — tels que Baudelaire el Champfleury, -- furent très étonnés de se trouver ensemble.

Le Toast, du Salon de 1865, qui réunissail autour d'une table les camarades habituels de Fantin el le peintre lui-même montrant la figure de la Vérité, s'aventurail un instant dans des prétentions encore plus allégoriques et même de signification combative. Mais l'artiste fui si mécontent de ces tendances de l'œuvre qu'il la détruisit.

Ce genre de compositions groupées, perdant peu à peu ce caractère d'hommage, de consécration, auquel il cherchera bientôt une autre forme, se limita désormais à un rôle plus étroil el plus sûr <lr représentation de personnages contemporains, sympathiquemenl réunis en raison d'une communauté de goûts mi de travaux. C'est l'espril dans lequel on1 été entrepris les trois autres ouvrages de ce genre qui se répartissenl entre 1rs années 1870, 1872 e1 1885 : L'atelier aux Batignolles, Coin de table el Autour du /iif/ni>.

Le premier de ces ouvrages a fait connaître tardivement Fantin au Luxembourg, où il a contribué à lui donner, près iln public, la place qu'il mérite dans l'a ri de son temps. Il réunit, autour de Manei occupé à peindre, à côté de quelques amis dont quelques-uns se retrouvent partout, tels que M. E. Maître <>u M. Zacharie Astruc, 1rs principaux fondateurs du groupe des impressionnistes, Cl. Monet, A. Renoir et leur défenseur Zola. 11 subsiste doue encore, à cette date, dans la pensée de l'artiste, un reste de souri de commémoration. La gravité de la scène, la belle tenue, le style de cette vraie toile de musée, contribuent sans doute à lui donner encore ce1 accent un peu solennel.

Ici, maintenant, c'est autour d'une table à demi desservie, lisant des vers, causant, fumant, un groupe de littérateurs assemblés dans un Iml plus manifestement pittoresque, bien que toujours avec la préoccupation de

s'adresser à des i lèles qui aient une signification intelligente.il y avait

bien pourtanl quelque arbitraire quanl au choix des personnages, car ce ne l'ut pas sans difficultés que la toile lui terminée, el la trace des protestations est marquée à droite par une grande touffe d'hortensias, qui occupe la place

d'un absenl volontaire. C'esl enfin, autour d'Emmanuel Chabrier, assis au piano, les figures attentives de musiciens, de critiques ou d'amateurs, le petit cercle \va çnérien dans lequel Fantin aime à s'imprégner d'émanations musicales.

En 1864, la même a :e que V Hommage à Delacroix^ Fantin-Latour

Cm n h F. i \ i.ii

Paul Verlaine. André Raimbaud. Léon Valade. E. <1 Hervilly.

I Izfar Bonnier. E. Blémont. J. Aieard.

i: l'ellclan 1,'horlensia représente la pîace que .l.i .i 1 1 occupci Uberl Méral ]

exposail une Scène du Tannliaiiser ; en 1866, apparaîl >;i premi iv nature morte. Dès les débuts de -;i carrière artistique, il const misai I donc les quatre murs de s;i maison ; il n'en devait plus sortir. Toute sa vie, en effet, -c limitera entre ces formes déterminées de sa conception de la vie e1 du rêve; il v satisfera pleinement ses besoins, en apparence contradictoires, d'observation et d'imagination. Cependant ces deux modes de sa pensée ne se développent pas d'une façon parallèle : c'est ainsi que -i dans la première

fi» -a

partie de sa carrière, animé de scrupules exagérés, il n'ose s'aventurer que timidemenl loin des apparences précises de la vie, dans la deuxième partie, au contraire, sûr de lui, en possession de ses moyens, ayanl conquis sa

lv>^

Liseuse dessin) (MusOe du Luxembourg dou Charles tiayciu .

pleine indépendance, il se laisse plus volontiers entraîner dans l'Ëden fortuné des songes romantiques.

(j'iiVsl qu'au limil de Irrizc ans, en IS77, qu'il reprend la tradition de ses inspirations vvagnérienues. A partir de ce moment, ses études, ses portraits, ses compositions groupées, sont constamment accompagnés de sujets mythiques ou allégi iriques, pour céder, a. la lin. presque exclusivement

FANTIN-LATOUH

l;i place à ces derniers. Et, - curieux spectacle que nous offre une œuvre unique ! — de même qu'au début, l'imagination, disciplinée, fortemenl contenue, perce à travers l'examen attentif de la vie, donnanl je ne suis quelle poésie profonde e1 mystérieuse à ces figures concrètes qui se meuvenl dans la réalité, de môme toutes les lentes acquisitions de l'observation ei de l'étude maintiennent ces images vaporeuses de féerie dans la vraisemblance cl dans la vie

Ses compositions, d'ordre purement Imaginatif, bien que liées entre elles par les liens d'une étroite parenté, se rapportent à des conceptions un peu diverses. Ce sonl toul daim ni des sujets empruntés aux œuvres des célèbres musiciens contemporains. Vivemenl ému, dès l'origine, par les grandes créations chevaleresques ou mythologiques de Wagner, son imagination s'exalta avec un nouvel enthousiasme, lorsqu'il entendit pour la première lois, à Bayreuth, la tétralogie de VAtincau <lu Niebclung. G'esl une date décisive dans sa vie I )ès lors apparaissent dans son œuvre, soil en peinture, si iil en pastel, soil surioui en lithographie, car le pinceau est hop lenl aujourd'hui à sa main impatiente, ces tendres e1 vibrantes improvisations, qui Qxent a chaque instanl sur la toile ou sur le papier les rêves continus de son cerveau. (Test Tannhaûser, assis, dans son costume romantique, avec l'air fatal d'un Hanilei de Delacroix, en face de Vénus, essayant ses séductions; ou Wotan, vêtu de son manteau de voyageur, près de qui s'élève, de l'abîme, la blanche silhouette d'Erda ; enfin les lil les du Rhin, qui entre-croisenl leurs mouvements onduleux autour du rocher qui garde l'or sacre. C'esl encore celle inoubliable finale du Rheingold, où. sous le coup de marteau du dieu Donner, un brillanl arc-en-ciel conduit les couples divins de Wotan cl de Frika, de Froh cl de l'adorable Fréïa, source de l'éternelle jeunesse, jusqu'au burg allier, tandis que se lamentent, au loin, dans une plainte infiniment douce ci triste, les filles du fleuve, qui oui laissé voler leur trésor.

Et Berlioz, e1 Brahms, cl Schumann, cl même Rossini, car Fantin n'esl point un esprit exclusif, peuplent son imagination des fantômes charmeurs de leurs créations graves, tendres, mystérieuses ou tragiques. A la vérité, ce ne sont pas des traductions littérales de ces maîtres. Fantin s'est gardé de ces dangereuses transpositions ; ce sont uniquement, pour lui. de grands théines généraux qui revêtent, sous une symbolique nouvelle, les éternelles passions île l'humanité. Il ne tient même pas à renouveler les

FANTIX-LATOUH

accessoires f-uraunés (ju'il emprunte à l'arl ou au théâtre d'autrefois ; son érudition n > si pas compliquée : les oripeaux el les bibelots ne le tentent pas. Il n ii pas traité 1rs dieux germaniques de Wagner avec le forl accent de panthéis sauvage qu'eût trouvé un Bœcklin, mais avec la grâce française i|im . dans les si clés passés, transportait sur les trumeaux des Trianons, près des pastorales enrubannées, les thèmes chevaleresques de l'Arioste et du Tasse, que célébraienl les opéras de Lulli ou de Gluck. Les discordes et les luttes du \\ alhalla soûl pour lui une nouvelle édith u des querelles et îles passions de I ' (lymj e, et, dans ses compositions, i|i i ne se piquent ni de complication ni de variété, les héros, hommes ou ilii u\. y sont les mêmes humains palpitant ilu même cœur. ((>u'il s'agisse de Manfred et d'Astarté, d'Enée el de Didcn, de Rinaldo et d'Armide, de Siegmund el de Sieglinde, de Lohengrin et d'Eisa, c'est toujours, partout, le même éternel duo d'amour.

Il en arrive, un jour, jusqu'à dédaigner la nouveauté de ces sujets de mvthologies ou de légendes septentrionales, et a retourner franchement aux vieux motifs du passé, aux grâces démodées des divinités païennes, si bien acclimatées chez nous. L'Amour désarmé, U éducation de l'Amour, Vénus et l'Amour, il Imil un monde de baigneuses et de chasseresses, peuplent désormais sis toiles ei ses estampes, prétextes à de molles el délicates nudités éclairées dans un doux clair-obscur corrégïen, qui éveillent confusénienl le souvenir lointain des grands enchanteurs d'autrefois, depuis Yéronèse jusqu'à \\ al teau.

C'est à ce genre héroïque el mythologique que se rattachent certaines compositions de Fantin. qui pourraienl se grouper sous celle rubrique: /// memoriam. I .ibéré, en effet, des préjugés du milieu réaliste de sa jeunesse, d retourne, ici encore, franchement à la tradition classique pour reprendre siui vieux llieme favori de l'allégorie sur des sujets contemporains. Renouvelées uniquement par la magie subtile d'un clair-obscur mystérieux el la musique insinuante de leurs harmonies colorées, de graves et songeuses ligures qui veillent, ici, sur le poète el le musicien, ou qui s'appellent, (dus loin, L'Inspiration, La Gloire ou L'Immortalité, disposent, sous les cvprès symboliques, autour du buste de Wagner, de Berlioz, de Schumann ou de Brahms, du cippe de Delacroix, de Stendhal ou de Victor Hugo, des bouquets, des palmes ou des guirlandes, le regard perdu dans une douce extase ou une tendre inélanci die.

Tous ces personnages surnaturels vivenl el respirenl ilmis un monde

BllODEUSE ( DES S IN) (Musée ilu Luxembourg).

de féerie, d'Eldorado ou de Gvthère, imprécis, confus comme dans le rêve, qui les accompagne ol les enveloppe à l'égal d'une véritable harmonie

musicale savammenl orchestrée. Rien n'esl plus séduisanl e1 rien n'esl moins ti nature » que ses paysages, car, ihms ce temps où la nature a reçu lanl d'hommages, Fantin, en bon misanthrope, a préféré les œuvres drs hommes el a voulu rester réfractaire à ses philtres les plus charmeurs. Il affecte même un mépris profond du paysagiste proprement dit. Mais. comme l'homme es1 formé de contradictions, ce peintre imaginatif, qui vit dans l'allégorie ei le rêve, a été l'un des voyants les plus sincères el les plus émus de l'humanité contemporaine. De même, ce décorateur de féeries, ce! organisateur d'apothéoses, dédaigneux de la nature des terrains, des essences des arbres, des vraisemblances de l'heure, s'esl montré le contemplateur le plus attentif, le plus consciencieux pour saisir le secret de la vie sur la pulpe fragile e1 divine des fleurs. Il s'esl attendri respectueusement (levant cette chair tissée dans la lumière, comme devant le marbre transparenl et animé du corps de la femme. Dans leur tiède atmosphère, sur la profondeur légère de leurs fonds gris; les roses glorieusement épanouies, les dahlias orgueilleux, les œillets lascifs, les chrysanthènes échevelés, les tulipes sonores aux éclats métalliques e1 les lu -aux fruits d'or e1 de pourpre, ambrés, luisants ou veloutés, s'animent doucement d'une profonde vie végétative, sous la caresse de ce clair-obscur apaisé qui semble l'émanation de leur âme mystérieuse.

Je ne m'attarderai pas ici sur sa technique, sur les procédés de sa peinture, modelée par petites touches vibrantes, et qui prend, plus tard, un certain aspect gratiné, formé d'épaisseurs, de stries régulières, dont les rugosités accrochent des frottis légers de pâte sèche.

Je reviendrai plus loin sur son œuvre I ithographique qui réclame, à elle seule, une étude spéciale. Qu'importe, d'ailleurs, pour nous, tout le travail

du laboratoire, toute la cuisi le l'office ! Ce qui nous intéresse, en vérité,

c'est le résultai. C'est le cas. surtout lorsqu'il s'agil d'un peintre qui, si savant qu'il ait été dans son art, a su il ou t été moins un virtuose e1 un praticien qu'un créateur et un poêle. Car, dans sa nature fière, le m Ire et sauvage, on peut dire que Fantin n'a aime que les grandes idées, les belles formes et les âmes d'élite, et qu'il n'a peint que les êtres et les choses qu'il a aimés.

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