LE DÉPART
Une gare rustique dana un endroit de villégiattire à la mode. Gsobobs Dutault doit partir par le train de trois heures quinse. Des jeunes gens ont interrompu leur partie de tennis pour aller serrer la main de leur camarade. Des jeunes filles en robes elaires encombrent le petit quai de la gare.
Georges» entouré d'admiratrices, prend un air de droonstmnces. Il tient gauchement un énorme bouquet de fleurs que des mains féminines cueillirent pour lui — le veinard!
L'heure approche.
Geobobs. — ...Oh! oui, je regrette nos prome> nades sur la grève!. . . Hâasl tout a on lendemain; les plaisirs ne durent pas étemeOementl
UxE JEUNE HLLE. — On peut les prolonger.
Gioian. — (aimabU) Pas toujours, madeooinUe .
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La JBxmi riLLB. — Oh! quand on veut!
Geoboes. — Précisément, c'est quand on veut... Une autre jzxjtn fille. — Qui vous empêche
de rester?
GiOBOES. — Le devoir, mademoiseUe. Une lettre
de mon chef de bureau. . .
Ukb blonde. — A-t-on idée de retourner à la ville
quand il fait une chaleur pardllef Une brune. — Partir quand nous commeogioiii
à nous amuser !
Une jeune fille sans chariibb. — Est-ce que
nous VOUA faisons fuir?
Gboboes. — {sans oonricfùm) Mais tion La blonde. — Vous nous écrirci' Georges. — {prétentieux) Certes. J'écrirai une
carte postale adressée à toutes les jeunes filles
de l'hôtel. Il n'y aura pas de jalouses! La brune. — Alors, personne ne la lirs. Georges. — Pourquoi pas?
La bbune. — Une lettre n'a plus d'intérêt dès
qu'elle cesse d'être personnelle. Cikoboevs. — (moqueur) Voilà qui explique l'indiscrétion des femmes de chambre!
I'n ami en retard. — Boa voyaiije, Georges! Georges. — Merci.
Madame Dupault. — (d son fiU) Tu n'as rien
oublié ? Les malles sont '^checkiei" ? Georges. — Ouit maman, ne t'inquiète pas. Madame Dupault. — C'est malheureux que tu
partes si t/^t. Ton père m'a écrit qu'il arri-
LE DéPAIlT 15
vait ilemoiii Tu va»» tp tri»uv«T «umiI î» \îontréal .
(•KORGE8. — Kn et nioiii«>nt, il ptu-ail qu'où étouffr ù Monti^al!
Madaiik DrFAULT. — C'fst bien Ut faute « tu y va*î.
GcoRoiiâ.— (Comment, ma faute? Je voudra» bien rester, moi! C'est le bureau qui me rfrlame: un employé veut prendre congé.
Madame DurACLT. — {tris grande dame) Avec le nom de ton p^re. tout peut s'arranger! Tu aurais pu fort bien leur répondre que tu ne pouvais pas accepter!
Okoiors. — C'est facile i dire! Tu oublies que je suÏK au bureau depuis deux mois erul'ment. J'ai tout intérêt à me gagner Ta svhhmthie de mes patrons.
La jeu.se fillk sans cbabmbb. — Voub aou« reviendrez ?
G KO BOBS. — Hâas! non, mademoisdle, je suis pris jusqu'au mois de septembre. . . et de septembn^ jusqu'à octobre! Que voule»-yous ? c'est la vie!.. . Lorsqu'on est dans les afTaires,on ne s'appartient plus!
M MiAM»: DiKAii-T — Georges! VoilA î«- tr.iin'
{,Brouhaha. Uêorgt» thêrekê «st maiUs. Il êem rapidement la wiain d$$ jtumêê /UUê. Le* jeune* gène le jfrennent tout à coup et le êoulivent d bout de trae, ee qui déintU VéquiHbre du bouquet
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dm fUwrt. Apria cette démomirûlion un p«u bruyante, qui fait sortir la tête aux voyageurê, Om>rgm arrive uu mardie-pied du wagon, em6ro«w M mère et dit des phroÉeM qui »ont perduee dans le ehahttt des amis.)
Quelques voix. — Bon voyage!... Tu prieras pour nous!.. N'oublie pas de lui écrire !.. L'a»-tu embrmirfir avant de partir?... Lui a»>tu donné des chocolats?
Ls CHŒUR DE8 AMIS. — Partir c'est mourir un peu!... Mourir, c'est partir beaucoup!.. Tu t'en vas et tu nous quittes, tu nous quittes et tu t'en vflsi..
Un coup de siffleU Le train s* ébranle. Le chaur des amis continue à chanter, histoire de noyer son chagrin dans V allégresse. Après de nouvelles poignées de mainsy de nouveaux bonjours^ Georges pénètre dans le wagon. Il dépose ses valises sous une banquette et s'enfonce confortablement dans les coussins. Le train file maintenant à bonne allure , donnant à Georges l* illusion que c'est la forêt qui marche , comme dans Macbeth.
Au henU de quelques instants. Georges sort lentement de la poche de son veston la lettre du ekef de bureau qui le rappelle précipitamment.