VIII INTRODUCTION
miste nationaliste, pais royaliste, j'ai été amené à traiter rudement ceux que je considérais comme les ennemis de mon pays. Quelques-ans d'entre eux — Zola, par exemple — faisaient partie de l'entourage d' Alphonse Daudet. Je n'ai pas cru devoir les ménager pour cela, n'ayant par ailleurs reçu d'eux que les témoignages les plus banaux de sympathie à l'endroit d'un jeune confrère. Je compte persévérer dans cette attitude. Deux personnes seulement m'ont encouragé et soutenu dans mes débuts : mon père, qui m'a mis la plume à la main ; MmQ Edmond Adam, qui a publié, dans La Nouvelle Revue, mes premiers essais. Pour le reste, je me suis débrouillé tout seul. Mon indépendance vis-à-vis de mes contemporains est absolue.
Ce n'est pas généralement l'usage de livrer au public des mémoires avant les portes de la vieillesse et de la décrépitude, quand ce n est point après le tombeau. Je contreviens à cette coutume pour deux raisons : la première est que je désire offrir à mes lecteurs un tableau véridique et sans l'atténuation qu'apporte aux jugements un âge avancé. L'indulgence ne vaut que comme compagne de la force. Autrement elle confine à la crainte et je me méfie des contours mous et
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des appréciations lénitives qui tiennent à V affaiblissement physique. Certains de ceux que je nommerai ont fait beaucoup de mal à la France. Morts ou vifs, je tiens à les marquer sans miséricorde.
Ma seconde raison est que ces souvenirs, si modestes * qu'ils puissent être, visent un but, un enseignement. Il est urgent de montrer à la nouvelle génération les erreurs de sa devancière, de lui faire voir à quel point elle a raison de tourner le dos aux chimères démocratiques, qui nous ont mis là ou nous en sommes. Il m'a paru que mon expérience, que mes épreuves rendraient ainsi service aux admirables garçons qui se lèvent en ces jours contre la République, pour le salut de leur nationalité en péril. Eclairé aujourd'hui par la vérité politique, par la vérité royale, qui précède et commande la quadruple santé militaire, littéraire, scientifique et artistique d'un splendide pays tel que le nôtre, éclairé par la doctrine du grand, Maurras, je me retourne vers les ténèbres oh nous nous agitions il y a vingtcinq, quinze et dix ans et j'en extrais nos larves, nos vaines rumeurs, nos nuées. Camarades, voici le paquet, voici lès écoles que nous avons faites. Ah! combien vous avez de bonheur de
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ne plus croupir dans ces insanités, de connaître le chemin de la délivrance !
C'est vous dire que fermement partial quant à la visée de ces livres de bonne foi, je ne le serai pas quant au détail, quant aux acteurs, héros ou bouffons de ma tragi-comédie. Je les représenterai aussi exacts que possible, avec leurs tares et leurs défauts, leurs ridicules, dont feus ma bonne et large part, et leur nocivité, aussi avec leur noblesse, leur générosité et leur grandeur. En France, depuis plus d'un siècle, les hommes de lettres sont très influents. L'extension de la presse a paru augmenter encore leur pouvoir, que sape cependant de plus en plus celui des financiers et manieurs d'argent. Le livre et le journal ont été les grands propagateurs de nos pires folies, dont V aboutissement serait notre esclavage. Il importe que V imprimé guérisse les maux de l'imprimé et le sauve de cette tyrannie de For menaçante, que dénonça L'Avenir de l'Intelligence. J'apporte ma contribution à cette œuvre nécessaire, certain de rendre ainsi service aux Français de mon temps et à ceux qui viendront après nous.