‹ Faraday inventeurChapitre 2 sur 7 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

J'ai voulu traduire cet opuscule, et j’ai apporté à sa traduction le plus grand soin possible, en premier lieu, pour honorer la mémoire du savant le plus accompli qui fût jamais, et qui daigna m’honorer de son amitié; en second lieu, pour témoigner une fois de plus de mon admiration sympathique pour le beau talent de M. Tyndall ; en troisième lieu enfin, pour édifier, instruire, intéresser, stimuler la jeune génération des savants de l’avenir. S'il y avait une bonne œuvre à faire, c’était celle-ci, et elle sera un des bons souvenirs de ma vie.

J’ai connu intimement Faraday, et s’il n’y avait pas de la témérité à vouloir mieux faire que MM. Dumas, de la Rive, Tyndall, j’esquisserais ici sa figure si bonne et si noble, son extérieur si modeste et si attrayant, son caractère si ferme et si franc, son geste si vif et si expressif, son sourire si fin, et pourquoi ne le dirions-nous pas, si malin; car Faraday était malin, c’était à la fois un grand homme, et un bon enfant, un bon camarade ; son être tout entier respirait la fusion du génie et de la simplicité.

M. Tyndall a donné pour titre à sa brochure : Faraday discoverer-, je l’ai traduit, très-heureusement il me semble, par Faraday inventeur. En physique, en effet, Faraday est le chef incomparable de l’école des inventeurs ; et le mot invention caractérise mieux que tout autre le genre de ta-

lent et de mission qu’il reçut du ciel. 11 ne voulut pas, il n’eut pas pu être, à proprement parler, législateur ou vulgarisateur; il resta essentiellement inventeur, dans la sublime expression de ce mot. Il ne faut pas confondre l’inventeur avec celui qui trouve. L’inventeur est l’esprit ou le génie supérieur qui fait la chasse aux faits nouveaux, qui les atteint dans la région quelquefois inaccessible où ils se cachent, qui les saisit et les dompte. L’homme qui trouve est celui.que le fait rencontre par hasard sur son chemin, quand le moment de sa révélation est venu. Que de magnifiques inventions Faraday a faites. Ce qu’il cherchait était si souvent hors de la portée des intelligences ordinaires, qu’il cachait avec grand soin, avec une véritable inquiétude, le but de ses manipulations, comme s’il en avait été honteux, comme si, et c’était son expression accoutumée, il eût couru après l’absurde. Ce petit li vre dit assez son bonheur et son triomphe . Personne n’a autant accumulé que lui de découvertes mémorables, sans que jamais il s’en soit montré fier. Sa modestie était à la hauteur de son génie. Et chez lui, la modestie n’était pas l’humilité à crochet de l’hemme adroit qui s’abaisse pour qu’on l'exalte ; c’était une vertu vraiment chrétienne inspirée par une foi sincère, quoiqu’elle ne fût pas orthodoxe.

La petite Eglise à laquelle Faraday appartint et dont il devint le chef, professait une morale 'austère. Les sandemaniens, au nombre à peine de deux mille, ne se marient qu’entre eux et ne font jamais d’invitations à dîner ou à des fêtes mondaines. La confession publique, tant en dehors des mœurs modernes, est chez eux une pratique de rigueur, et je me souviens d’avoir demandé en vain à Faraday qu’il en dispensât un de ses cousins, habile opticien de Londres, excommunié pour un temps, et qui demandait à rentrer dans sa petite Eglise.

Faraday voulut un jour que je le présentasse au cardinal Wisemann, la principale illustration catholiquede lareligion, de la science et des lettres en Angleterre. L’entrevue des deux grands hommes fut très-cordiale, et son Eminence, elle aussi très-aimable et très-franche, ne craignit pas de demander à Faraday si, dans sa persuasion intime, il croyait toute

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