‹ Faraday inventeurChapitre 4 sur 7 · F. MOIGNO · texte numérisé non relu

F. MOIGNO

Naissance et famille de Faraday. — Entrée à l’Institution royale. — Ses premières expériences. — Son premier mémoire à laSooiété royale. — Son mariage .

On a exprimé le désir que le portrait de Faraday , considéré comme chercheur et inventeur scientifique, fût offert aux habitués de l’Institution royale et au monde savant. Répondre à ce désir a été pour moi un travail difficile, mais aussi un travail aimé. Quelque familières que me soient, en effet, les recherches et les découvertes de ce grand maître , quelque nombreuses que soient pour moi les preuves palpables de l’élévation de son caractère et de la splendeur de sa vie,— faire de lui et de ses travaux un tableau d’ensemble, saisir les idées qui le guidaient et en retrouver l’enchaînement, pénétrer dans cette intelligence à la fois si forte et si active, y lire l’énigme du monde , c’est là une tâche ardue et presque im-

possible au milieu des préoccupations inhérentes à des devoirs d’une tout autre nature. Que je dusse avoir, un jour ou l’autre, à vous parler de Faraday et de son œuvre, c’était tout naturel, sinon absolument inévitable; mais je ne m’attendais pas à être appelé à vous en entretenir si tôt. La simple observation, cependant, que le moment actuel était opportun pour aborder cetie étude si délicate, m’a décidé à me mettre immédiatement à l’œuvre; j’arrive avec la moisson que j’ai pu faire, et aussi avec le désir ardent que les résultats auxquels je suis parvenu soient à la hauteur de ma grande entreprise.

Il n'entre point dans mes intentions de vous raconter la vie de Faraday dans l’acception ordinaire de ce mot. Ce que je veux, c’est vous donner une idée de ce qu’il a fait, en insistant à l’occasion sur l’esprit qui a présidé à ses travaux , en rappelant les anecdotes personnelles nécessaires à l’achèvement du portrait du physicien, mais insuffisantes, hélas! «i vous peindre l’homme.

Les journaux vous ont appris que Michel Faraday était ne à Newington Butts, le 22 septembre 1791, et qu’il s’est endormi du sommeil du juste à Hampton Court le 25 août 1867. Croyant, comme je le fais, que la doctrine de la transmission héréditaire est généralement vraie, — partageant, avec M. Carlysle, l’opinion qu’un homme réellement apable n'est jamais né de parents sans intelligence, — j’ai mis à profit un jour mon intimité avec Faraday pour lui demander si ses ayeux avaient donné quelques preuves d’une capacité plus qu’ordinaire. Il ne put m’en citer aucune. Son père avait été, je crois, très-souffrant pendant les dernières années de sa vie, et cet état de faiblesse a pu masquer ses facultés intellectuelles. En 1804, Faraday, alors âgé de quatorze aas, fut mis en apprentissage chez un libraire-relieur de Blandford-street (Man-

chester-square). 11 y passa huit ans de sa vie, puis il alla travailler en journée ailleurs.

Vous savez aussi comment Faraday fut mis en contact pour la première fois avec l’Institution royale; qu’il fut conduit par un de ses membres aux dernières leçons de sir Humphry Davy; qu’il y prit des notes , les mit au net et les envoya à Davy, le suppliant de le mettre en état de quitter l’industrie, qu’il détestait, et de se consacrer à la science, qu’il chérissait. Davy daigna tendre la main au jeune ouvrier, et ce souvenir doit se perpétuer à jamais; il écrivit tout aussitôt à Faraday, et, dès que l’occasion s’en présenta, il le fit aide de son laboratoire (1). Je dois à l’obligeance de M. Gassiot les lignes suivantes, dans lesquelles il raconte un souvenir qui date de cette époque.

a Commune de Clapham Surrey, 28 novembre 1867. a Mon cher Tyndall ,

« Sir H. Davy avait l’habitude de s’arrêter chez feu M. Pepys, dans la Poultry, lorsqu’il allait à l’Institution de Londres, dont Pepys fut un des premiers administrateurs. Or, ce dernier m’a raconté qu’un jour Davy, lui montrant une lettre qu’il

(1) Voici comment Davy recommande Faraday au conseil de l’Institution royale, dans la séance du 18 mars 1813, présidée par M. Charles Hatchett :

« Sir Humphry Davy a l’honneur d’informer messieurs les directeurs qu’il a trouvé une personne désireuse de remplir la place occupée par William Payne. Son nom est Michel Faraday. C'est un jeune homme de vingt-deux ans. Autant que sir H. Davy a pu en juger, il semble apte à remplir cette place. Ses habitudes paraissent bonnes, son naturel actif et alerte, ses manières fort intelligentes. Il est prêt à s’engager aux conditions faites à M. Payne au moment où il a quitté l'Institution. »

Résolution : Michel F araday sera engagé comme successeur de M. Payne et aux mêmes conditions.

tenait à la main, lui dit : « Pepys, que faut-il faire? voici une lettre d’un jeune homme appelé Faraday, qui a suivi mon cours et me demande une place à l’Institution royale. Dois* je le faire? » — « Faites, dit Pepys. Donnez-lui des bouteilles à rincer. S’il est bon à quelque chose, il s’y prêtera de bon cœur; s’il refuse, il n’est propre à rien. » — « Non, non, répliqua Davy, il faudra l’essayer à quelque chose de mieux que cela. » Le résultat fut que Davy l’engagea comme aide de laboratoire avec des gages hebdomadaires.

a Davy était à la fois professeur de chimie et chef du laboratoire. Il remit plus tard sa chaire entre les mains de feu M. le professeur Brande , mais il insista pour que Faraday fût nommé directeur du laboratoire; et Faraday m’a dit que cette insistance le mit à même plus tard de garder toujours à l’Institution une position indépendante et nettement définie, dans laquelle Davy l’a constamment soutenu. Je crois qu’il a gardé cette place jusqu’à la fin.

« Croyez-moi, mon cher Tyndall, votre tout dévoué

« J.-P. Gàssiot. »

D’une lettre écrite par Faraday lui-même, peu de temps qprès son engagement par Davy, j’extrais le récit suivant de son entrée à l’Institution royale :

. « Londres, 13 septembre 1813.

a ...Quant à moi, je suis absent de mon domicile presque jour et nuit, c’est à peine si j'y fais une apparition de temps en temps ; et il est probable que je le quitterai bientôt définitivement. C’est ce que je vais vous expliquer, n’ayant plus autre chose à dire, et pour répondre à la demande de ma mère. J'ai été d’abord libraire et relieur, je suis maintenant philo*

sophe (1), voici comment. Pendant mon apprentissage, j’ai cultivé un peu la chimie et quelques autres branches de la science ; puis j’ai senti un ardent désir de marcher désormais dans cette voie. Après avoir travaillé en journée six mois chez un patron maussade, j’ai quitté mon état et accepté les fonctions que je remplis actuellement, aide-chimiste à l’Institution royale de la Grande-Bretagne, grâce à l'intérêt que m’a témoigné sir H. Davy. Je suis ainsi toujours occupé à observer les œuvres de la nature et à reconnaître la manière dont elle dirige l’ordre et l’arrangement intime du monde. Dernièrement, sir H. Davy m’a proposé de l’accompagner dans ses voyages à travers l’Europe et l’Asie comme aide-physicien. Si cela se réalise, je partirai en octobre prochain, vers la fin du mois, et je resterai peut-être absent trois ans. Pour le moment, rien n’est encore arrêté. »

Ce récit est complété par la lettre suivante, que Faraday écrivit, lors de la mort de madame Marcet, à son ami M. de la Rive, qui a bien voulu m’en donner copie. Elle est datée du 2 septembre 1858.

« Mon cher ami ,

« Votre nouvelle m’a attristé à tous les points de vue , car madame Marcet était pour moi une excellente amie, comme elle a dû l’être pour bien des humains. Entré chez un librairerelieur à l’âge de treize ans, en 1804, j’y suis resté huit ans, et pendant presque tout ce temps , j’ai relié des livres. C’est dans ces livres, pendant mes heures de repos, que j’ai commencé mon apprentissage philosophique. Deux ouvrages

(1) Faraday aimait ce mot et s’en servit jusqu’à sa fin; la dénomination moderne de physicial, physicien lui répugnait absolument.

m’ont surtout aidé : l ’ Encyclopédie britannique, où j’ai puisé mes premières notions d’électricité, et les Conversations sur la chimie, de madame Marcet, qui m’ont initié à cette science de prédilection...

« N'allez pas croire que j’aie été un profond penseur ou un enfant précoce. J’avais l’imagination vive, aussi disposée à croire aux contes des Mille et une nuits qu’à V Encyclopédie. Mais les faits avaient surtout pour moi de l’importance, et ils m’ont sauvé. Je savais les mettre à l’épreuve et soumettre les assertions des livres à un examen rigoureux. Ainsi, lorsque je contrôlais l'ouvrage de madame Marcet par quelques-unes de ces petites expériences que mes moyens me permettaient d’exécuter, et que je le trouvais conforme aux faits comme je les comprenais, je sentais que j’avais jeté l’ancre dans les connaissances chimiques, et je m’y cramponnais. De là ma profonde vénération pour madame Marcet, d’abord parce qu'elle m’avait procuré un grand bien, un grand plaisir personnel, et aussi parce qu’elle savait faire entrer dans de jeunes esprits incultes et désireux d’apprendre , la vérité et les principes du champ immense des connaissances naturelles.

« Vous pouvez vous figurer la joie que j’éprouvai quand il me fut donné de connaître personnellement madame Marcet ; combien de fois, à son occasion, j’ai reporté ma pensée en arrière, ravi de rattacher le présent au passé; combien de fois, quand je lui envoyais un mémoire, en témoignage de ma reconnaissance, j’ai songé à ma première institutrice 1 ces doux souvenirs ne me quitteront jamais.

« J’en ai de semblables lorsque je songe à votre père ; il a été, je puis le dire, le premier qui m’a encouragé et par là soutenu, d’abord personnellement, à Genève, puis par correspondance. »

Il y a douze ou quatorze ans, nous quittions un soir. Faraday et moi , l'Institution royale pour faire une visite dans Baker-street. Il prit mon bras à la porte, et le pressant contre lui de cette façon cordiale qui était sienne, il me dit : « Venez, Tyndall, je vais vous montrer quelque chose qui vous intéressera. » Nous marchâmes au nord, nous passâmes devant la maison de M. Babbage, elle nous rappela les si célèbres soirées de ce toit hospitalier ; npus arrivâmes dans Blandfordstreet, et, après avoir un moment cherché des yeux. Faraday s’arrêta devant la porte d’un papetier. Entré dans la boutique, je le vis, beaucoup plus animé qu’il ne l’était habituellement, parcourir d’un regard rapide tout ce qu’elle contenait. A l’entrée était une porte à travers laquelle on apercevait une petite chambre avec une fenêtre faisant face à Blandford-street. M’attirant alors à lui, il me dit vivement: «Regardez, Tyndall, j’ai relié des livres dans ce coin. » Une dame respectable était debout derrière le comptoir; il avait parlé trop bas pour avoir été entendu d’elle; mais, s’approchant du comptoir pour acheter quelques cartes de visite, afin de donner un prétexte à notre entrée, il demanda à la dame son nom, le nom de son dernier et celui de son avant-dernier prédécesseur. «Ce n’est pas encore ça, fit-il, avec une impatience de bonne humeur. Qui vous a encore précédée? » — « M. Riebau, » réponiit-elle. Puis elle ajouta immédiatement, comme subitement saisie d’un souvenir : « C’est lui qui a été le maître de sir Charles Faraday. » — a Erreur, répondit-il, il n’est personne de ce nom. a Elle fut enchantée lorsque je lui dis le nom de son visiteur, et affirma que, dès qu’elle l’avait vu courir vers la porte de sa boutique, elle avait senti, sans pouvoir dire comment, que ce devait être « sir Charles Faraday. »

Faraday, comme vous le savez, avait accompagné Davy à Rome; à son retour il fut de nouveau engagé par le conseil de

l’Institution, le 15 mai 1815. Il fit en chimie des progrès ra- • pides, et bientôt Davy put lui confier des analyses faciles. A cette époque l’Institution publiait le Quarterly Jout'nal of Science, recueil précurseur de nos Proceedings actuels. Le premier travail scientifique de Faraday parut dans ce journal en 1816. C’était l'analyse d’un échantillon de chaux caustique de Toscane, que la duchesse de Montrose avait envoyé à Davy. De 1816 à 1818, il publia diverses notes et de petits mémoires. Il fit en 1818 des expériences sur les flammes sonores. M. le professeur Auguste de la Rive, père de notre excellent de la Rive, avait étudié ces flammes et en avait donné une explication qui rendait compte d’une classe de sons découverts par lui. Faraday, à l’aide de quelques expériences simples et concluantes, démontra que cette explication était insuffisante. Réussir à corriger le travail d’un homme éminent, cela fait époque dans la vie d’un jeune savant; et, quand cette circonstance, comme dans le cas de Faraday, a pour effet de lui donner quelque confiance en lui-même, elle a nécessairement les plus heureuses conséquences. De 1818 à 1820, Faraday fit paraître de temps à autre des notes ou notices de moindre importance. Il apprenait alors, et ne produisait pas;. il travaillait énergiquement pour son maître, il approvisionnait et fortifiait son esprit. Lorsqu’aux leçons de M. Branie il remplissait les fonctions de préparateur, c’était avec tant de calme, d’adresse et de modestie, qu’on disait alors de M. Bran le qu’il professait sur le velours. Eu 1820, Faraday publia un mémoire de chimie Sur deux nouvelles combinaisons du chlore et du carbone, et sur un nouveau composé d’iode, de carbone et d’hydrogène. Ce mémoire, lu à la Société royale, le 21 décembre 1820, fut le premier qui eût l’honneur d’être inséré dans les Transactions philosophiques.

Le 12 juin 1821, il se maria et obtint la permission d’instal-

1er sa femme dans son logement de l’Institution royale. Ils ont vécu là ensemble pendant quarante-six ans, occupant l’appartement qui avait été successivement habité par Young, Davy et Brande. A l’époque de leur mariage, M m ® Faraday avait vingt-deux ans, lui près de trente. Relativement à ce mariage, je me bornerai pour le moment à citer ces lignes, écrites de la main de Faraday sur la première page de son livre de diplômes ; elles attirèrent mon regard, il y a quelques années, un jour que je me trouvais chez lui.

« 25 janvier 1847.

« Parmi ces souvenirs et ces événements mémorables, j’inscris la date de celui qui, comme source d’honneur et de bonheur, a surpassé de beaucoup tous les autres, nous nous sommes mariés le 12 juki 1821.

‘y « M. Faraday. »

Suit la copie de l’acte, en date du 21 mai 1821, qui lui accorde quelques chambres de plus, pour qu’il puisse recevoir sa femme à l’Institution roya^Uh trait du caractère dé Faraday, que j’ai eu souvent occasion de remarquer, uoit trouver place dans cette introduction. Dans ses rapports avec sa femme, il y avait non-seulement de l’aflection, mais quelque chose de chevaleresque.

Premières recherches de Faraday : Rotations magnétiques. — Liquéfaction des gaz. — Verres pesants. — Charles Anderson. — Travaux de physique.

Oer6ted découvrit, en 1 820, l’action du courant voltaïque sur l’aiguille aimantée, et la splendide intelligence d’Ampère réussit immédiatement à ramener tous les phénomènes magnétiques connus à l’action réciproque de courants électriques. Ce sujet s’était emparé de tous les esprits; et, en Angleterre, le docteur Wollaston cherchait déjà le moyen de convertir la déviation de l’aiguille en une rotation continue autour du courant. Il espérait môme qu'il serait possible d’obtenir l’effet inverse, ou de faire tourner un courant autour d’un aimant. Dans les premiers mois de 1821, Wollaston essaya de réaliser son idée en présence de sir H. Dàvy, dans le laboratoire de l’Institution royale. Cette circonstance venait à propos pour éveiller l’attention de Faraday. Il lut tout ce qu’il put sur la matière, et, dans les mois de juillet, d’août et de septembre, il rédigea une « histoire des progrès de l’électro-magnétisme, » qui parut dans les Annales de philosophie de Thomson. Un peu plus tard, il reprit la question des rotations magnétiques, et; le matin du jour de Noël 1821, il invita sa femme à venir voir la première révolution d’une aiguille aimantée autour d’un courant électrique. A l'occasion de son esquisse histo-

rique, il répéta toutes les expériences qui s'y trouvaient indiquées, et ce travail, joint aux recherches personnelles qu’il fit plus tard, le rendit pratiquement maître, en quelque sorte absolu, de tout ce que l’on savait en fait de courants voltaïques.

En 1821, il aborda aussi un sujet qui plus tard devait tixer son attention : la volatilisation du mercure à la température ordinaire. Immédiatement après, il Üt, en collaboration avec avec M. S'odart, des expériences sur les alliages de l’acier. Il aimait dans la suite à offrir à ses amis des rasoirs fabriqués avec l’un des alliages qu’il avait découverts.

Dans les heures de loisir que ces occupations lui laissaient. Faraday se donnait toujours à lui-même des sujets de recherches. C’est ainsi que, dans le printemps de 1823, il commença, de sa propre inspiration, l’étude d’une substance que l’on avait longtemps prise pour du chlore solide, mais dans laquelle Davy avait reconnu en 1810 un hydrate de chlore, c’est-à-dire un composé de chlore et d’eau. Faraday le premier analysa cet hydrate et rédigea une note sur sa composition. Cette note fut lue par Davy, qui lui conseilla de chauffer son hydrate sous pression dans un tube de verre scellé. Il le fit. L’hydrate entra en fusion à la température du sang, le tube se remplit d’un gaz jaune, et. l’on constata qu’il contenait deux liquides. Le docteur Paris entra par hasard dans le laboratoire pendant que Faraday était à l'œuvre. Ayant aperçu le liquide huileux dans le tube, il railla le jeune chimiste du peu de soin qu’il apportait à nettoyer ses verres. Quand Faraday lima le bout de son tube, le contenu fit explosion et la matière huileuse disparut. Le lendemin matin, le docteur Paris reçut ce petit mot (1) :

(1) Docteur Paris, Vit de Davy , p. 391.

« Cher Monsieur,

« Cettû huile que vous avez vue hier était décidément du chlore liquide.

« Votre fidèle,

« M. Faraday. »

Le gaz s’était liquéfié sous sa propre pression. Faraday essaya ensuite la compression par une pompe, et réussit encore à obtenir du chlore liquide.

Au compte rendu qui fut publié de cette expérience, Davy ajouta cette note. « En conseillant à M. Faraday de chauffer l’hydrate de chlore dans un tube fermé, je pensais qu’il arriverait de trois choses l’une : qu'il se liquéfierait à l’état d’hydrate, ou que l’eau serait décomposée, ou que le chlore se séparerait à l’état liquide. » Davy, en outre, appliqua immédiatement la méthode de la compression des gaz par euxmêmes à la liquéfaction de l’acide chlorhydrique. Faraday poursuivit ses expériences et parvint à liquéfier un certain nombre de gaz que l’on avait rangés, jusqu’alors , parmi les gaz permanente. En 1844, il reprit ce travail et recula de beaucoup ses limites. Ces importantes recherches ont établi ce fait, que les gaz sont simplement les vapeurs de liquides ayant un point d’ébullition très-peu élevé; elles ont ainsi donné une base solide à nos vues sur l’agrégation moléculaire. Le résumé des premières recherches fut communiqué à la Société Royale le 10 avril 1823, et publié, sous le nom de Faraday, dans les Transactions philosophiques. Le second mémoire fut adressé à la Société Royale le 19 décembre 1844. J’ajouterai que, pendant qu’il faisait ses premières expériences sur la iiquéfaction des gaz, il reçut un jour dans l'œil treize éclats de verre, lancés par l’explosion d'un appareil.

Il faut ici mentionner quelques notes de peu d’étendue, entre autres cette observation, que le verre exposé au soleil change facilement de couleur. En 1825 et 1826, Faraday a publié dans les Transactions philosophiques des Mémoires sur quelques nouvelles combinaisons du carbone et de V hydrogène, et sur l’acide suif o-naphthalique. Dans le premier, il annonce la découverte du benzol ou benzine, qui, entre les mains des chimistes modernes, est devenu le point de départ des splendides couleurs d’aniline. A cette époque, il passait sans cesse de la chimie à la physique. En 1826, nous le trouvons engagé dans une recherche sur les limites de la vaporisation , démontrant, par des arguments solides et en apparence concluants, que,même dans le cas du mercure, cette limite existe : il était surtout convaincu que notre atmosphère ne contient pas de vapeurs des éléments fixes de l’écorce terrestre. Je dois dire qu’à mon avis cette question est encore à l’étude. Tout récemment, par exemple, M. Rankine a appelé l’attention sur l’odeur de certains métaux; d’où peut-elle venir, sinon d'une vapeur émanée du métal?

En 1825, Faraday devint membre d’une commission dont faisaient aussi partie .sir John Herschel et Dollond; elle était chargée d’étudier et, s’il était possible, de perfectionner la fabiicationdesverresd’optique. Les expériences furent continuées jusqu’en 1829; et elles firent le sujet de la lecture BacUrienne confiée à Faraday. On appelle ainsi la conférence fondée en 1774, par Henry Backer, habitant du Straud à Londres, qui a voulu que chaque année on fit à la Société Royale une lecture dont les honoraires devaient être de 100 francs. Mais, depuis longtemps, la lecture Backérienne a passé du domaine de la rétribution au domaine de l’honneur, car le conseil de la Société choisit toujours pour cette séance des mémoires de grande valeur. La première lecture Backé-

rienne de Faraday avait pour titre : la Fabrication des verres (F optique-, elle fut faite à la fin de 1829. C’est une description consciencieusement élaborée des procédés en usage, des précautions à prendre et des résultats obtenus ; les détails sont d’une si minutieuse exactitude, et le Mémoire, par conséquent, si long, que sa lecture occupa trois séances successives de la Société Royale (1). Le nouveau verre n’a pas reçu d’applications pratiques importantes, mais il devait devenir un jour le point de départ de deux des plus belles découvertes de Faraday (2).

Les expériences en question furent commencées à la verrerie de Falcon, chez MM. Green et Pellatt ; mais là, Faraday n’aurait pas pu les suivre convenablement. On lui fit donc construire, en 1827, un four dans la cour de l’Institution royale, et c’est à cette époque, pour se faire aider dans la direction du four, qu’il engagea le sergent d’artillerie Anderson, cet homme si respectable, si honnête et si digne d'une confiance absolue, dont la bonne figure est encore vivante dans nos souvenirs. Anderson resta pendant près de quarante ans

(1) Séances des 19 novembre, 3 et 10 décembre.

(2) Voici à ce sujet l’extrait d’une lettre que sir John Herschel m’a écrite de Collingwood, le 3 novembre 1867. ‘

« Je profite de cette occasion pour rappeler que je crois avoir suggéré l’emploi du borate de plomb dans la fabrication du verre d’optique. Autant que je puis me souvenir, ce fut en 1822 que j’en parlai à sir James (alors M.) South. L’essai en fut fait dans son laboratoire de Blackman- Street; on précipita et l’on traita une grande quantité de borate de plomb , on le fit fondre dans un moufle sur un disque de porcelaine. 11 en résulta un verre très-limpide, quoique légèrement jaunâtre, avec un indice de réfraction égal à 1,8661 (Vous le trouverez inscrit sur le tableau des indices de réfraction, qui fait partie de mon article sur la Lumière de Y Encyclopédie métropolitaine). Ce verre, toutefois, n’était pas assez dur pour les usages de l’optique. Faraday remédia à cet inconvénient, au moins daus un degré considérable, par l'introduction de la silice. »

— lu —

l’aide respectueux de Faraday et le fidèle serviteur de l'Institution royale (1).

En 1831, Faraday publia un Mémoire sur une classe particulière d’illusions d’optique ; c’est là qu’il faut, je crois, chercher l’origine du charmant jouet appelé chromatrope. La même année, il publia un travail sur les surfaces vibrantes, dans lequel il résolut un problème d’acoustique, d’une simplicité extrême quand on connaît la solution, mais qui avait défié la sagacité de plusieurs physiciens éminents. Ils s’agissait d’expliquer pourquoi des corps légers, tels que la poudre de lycopode, se rassemblent sur les centres de vibration des plaques sonores, tandis que le sable va s’accumuler sur les nœuds. Faraday démontra que les corps légers restent engagés dans les petits tourbillons formés par l’air en contact avec les ventres, et dont le sable plus lourd sort seul en les traversant. Les ressources de Faraday, comme expérimentateur, étaient si admirables, et le plaisir qu’il trouvait à expérimenter était si grand, que parfois il allait peut-être trop loin dans cette direction. Je lui ai entendu dire que son Mémoire sur les plaques vibrantes était beaucoup trop chargé de détails d’expériences.

(1) En 1845, Faraday s’exprimait ainsi au sujet d’Anderson : « Je ne saurais résister au plaisir de citer, à cette occasion, le nom de M. Anderson, qui devint mon aide pour les essais de fabrication de verres, et qui, depuis cette époque, est resté attaché au laboratoire de l’Institution. Il m’a assisté dans toutes les recherches que j’ai entreprises depuis; je dois beaucoup à son assiduité, à son exactitude, à la fidélité avec laquelle il a sans cesse rempli tous les devoirs de sa charge. (Recherches expérimentales, vol. 111, p, 3, note.)

Découverte de l’induction magnéto-électrique. — Explication du magnétisme de rotation d'Arago. — Induction magnéto-électrique de la terre. — L’extra-courant.

Les travaux que nous avons rappelés jusqu’ici, quoique assurément suffisants pour fonder une réputation scientifique plus qu’ordinaire, ne forment cependant, pour ainsi dire, que le vestibule du monument élevé par Faraday. Il est resté dixhuit ans enfermé dans ces murs (1). Dans les premières années, il s'était saturé des enseignements de Davy; le reste du temps, il consacra tous 9es efforts à des recherches indépendantes. Eu 1831, nous le trouvons au maximum de sa force intellectuelle, âgé de quarante ans, riche de connaissances acquises, et plein de puissance créatrice. En lisant, en professant, en expérimentant, il s’était rendu la science de l’électricité entièrement familière; il voyait les parties qui appelaient encore la lumière, ou dans lesquelles on pouvait faire de nouvelles conquêtes.

Les phénomènes de l’induction électrique ordinaire étaient

(1) Il avait coutume de dire qu’il fallait à un physicien vingt an» de travail pour devenir un homme; avant ce terme, il devait B6 considérer comme un enfant.

encore, si l’on peut s’exprimer ainsi, à l’ABC de la science ; on savait que, dans les circonstances ordinaires, la présence d’un corps électrisé surfit pour exciter, par induction, un corps qui ne l’est pas. On savait que le fil que traverse un courant est un corps électrisé, et aussi, que toutes les tentatives faites pour obtenir qu’un premier fil excité fit naitre dans d’autres fils un état semblable au sien avaient échoué.

Mais quelle était la cause de cet échec? 11 était impossible à Faraday de mettre en œuvre les expériences des autres, si clairement qu’elles eussent été décrites. Il savait d’ailleurs que de chaque expérience émane une sorte de radiation lumineuse à divers degrés pour les différents esprits, et il ne se serait jamais permis de raisonner sur une expérience qu’il n'aurait pas vue. Dans l’automne de 1831, il commença à répéter les expériences relatives aux courants électriques, qui, jusqu’à cette époque, n’avaient donné aucun résultat positif.

Il ne sera point inutile pour l’instruction des jeunes chercheurs , peut-être même pour celle de nous tous, de nous arrêter ici un moment à une faculté dont Faraday était doué à un degré extraordinaire. Il possédait à la fois et une grande force et une parfaite souplesse d’esprit. Son énergie était celle d’un fleuve qui unit à la puissance de la masse et de la vitesse acquise, la facilité de se plier aux inflexions de son lit. La cohcentration de sa vue dans une direction ne semblait diminuer en rien sa force de perception dans les autres directions, et lorsqu’il attaquait un sujet avec l’espoir d’obtenir certains résultats, il pouvait et savait tenir son esprit en éveil, de telle sorte que les résultats différents de ceux qu’il attendait ne pussent jamais lui échapper par préoccupation.

11 commença ses expériences sur l’induction des courants électriques, en composant une hélice de deux fils isolés, qu’il en-

roula parallèlement l’un au-dessus de l'autre sur un même cylindre de bois. Les extrémités de l’un de ses fils furent reliées aux deux pôles d’une pile de dix éléments, les extrémités de l’autre à un galvanomètre très sensible. Quand la communication avec la pile était établie et que le courant circulait, aucun effet n’était accusé par le galvanomètre. Faraday n’acceptait un résultat qu’après avoir épuisé sur lui toute la force de sa volonté. Il alla de 10 à 120 éléments, mais sans succès. Le courant coulait tranquillement dans le fil du circuit, sans produire pendant son écoulement aucune déviation de l’aiguille du galvanomètre.

Pendant son écoulement ! C’est dans cette période qu’on s’attendait à trouver l’effet cherché. Mais c’est ici que la puissance de vision latérale de Faraday, qui lui permettait d’ob server en dehors de la ligne de mire, lui vint en aide : il remarqua que l’aiguille faisait un léger mouvement chaque fois qu’il fermait le circuit, qu’elle revenait ensuite à sa position d’équilibre et s’y maintenait tranquille, sans être influencée par le courant qui coulait. Mais, au moment où le circuit était rompu, l'aiguille se mouvait de nouveau,et cette fois dans une direction opposée à celle de la déviation observée dans la fermeture du circuit.

Ce résultat et d’autres semblables le conduisirent à la conclusion que le courant de la pile à travers le premier fil devait faire naître dans le second fil un courant semblable, mais que ce courant ne durait qu’un instant et ressemblait plus dans sa nature à l'onde électrique émanée d’une bouteille de Leyde ordinaire qu’au courant de la pile. Les courants instantanés ainsi engendrés ont reçu le nom de courants induits , le courant qui les engendre s’appelle courant inducteur. Il fut immédiatement démontré que le courant excité à la fermeture du circuit est toujours de sens opposé à celui du courant qui

l’engendre, tandis que le courant à la rupture du circuit est de même sens que le courant inducteur. Tout semble se passer comme si le courant, dans son premier bond à travers le fil primaire, cherche sa proie dans le fil secondaire, et, par une sorte de coup de pied, lance en arrière dans ce second fil une onde électrique, qui cesse dès que le courant primaire est complètement établi.

Faraday resta quelque temps persuadé que le fil secondaire, quoique calme ou sans action pendant le passage du courant primaire, n’était cependant pas dans son état naturel, puisque son retour à cet état s’annonçait par le courant observé à la rupture du circuit. 11 appela cet état hypothétique du fil l’état électro-tonique. Il abandonna plus tard cette hypothèse, mais pour y revenir, ce semble, à la fin de sa vie. L’expression électro-tonique est encore employée par M. du Boys-Raymond pour désigner une certaine condition électrique des nerfs ; M. le professeur Clerk Maxwell a très-habilement défini et démontré l’hypothèse de Faraday dans le 10 e volume des Transactions de la Société philosophique de Cambridge.

Faraday constata ensuite qu’il suffit d’approcher un fil arrondi suivant une courbe fermée, d’un autre fil dans lequel coule un courant électrique, pour faire naître dans le fil neutre un courant induit de sens opposé à celui du courant inducteur. L’éloignement du premier fil engendrerait au contraire un courant de même sens que le courant inducteur; ces courants n’existent qu’à l’instant de l’approche ou de l’éloignement; et, tant que le fil primaire ou le fil secondaire ne sont pas en mouvement, il ne peut naître aucun courant induit, quelque près qu’ils soient l’un de l’autre. On a dit que Faraday procédait essentiellement par induction. Je crains bien que sous ces mots induction et déduction, dont on abuse tant en Angleterre, il n’y ait un véritable malentendu. Les uns

se déclarent partisans de l'induction, les autres de la déduction; ils semblent ignorer que la vocation du véritable physicien, comme Faraday, est d’unir toutes les deux, induction et déduction, analyse et synthèse, dans un mariage incessant. 11 avait à cette époque l’esprit rempli de la théorie d’Ampère, et l’on ne saurait douter qu’un grand nombre de ses expériences n’aient eu pour but unique de rattacher ses déductions à cette théorie. Partant de la découverte d’Oersted, le célèbre physicien français avait montré que tous les phénomènes magnétiques alors connus pouvaient être ramenés aux attractions et répulsions mutuelles de courants électriques. On avait réussi à produire du magnétisme avec l’électricité, et Faraday, qui toute sa vie a cru fermement à la doctrine des forces réciproques, action et réaction, entreprit alors de convertir le magnétisme en électricité. Autour d’un anneau de fer soudé, il enroula deux hélices de fil isolé de manière que chacune occupât la moitié de l’anneau; les extrémités de l’un des fils étaient mises en rapport avec un galvanomètre. Il trouva qu’au moment où l’anneau était aimanté par un courant lancé dans l’autre fil, l’aiguille du galvanomètre faisait quatre ou cinq tours sur elle-même; l’effet produit ctait encore celui d’une impulsion instantanée. Interrompait-on le courant, l’aiguille faisait quelques tours en sens contraire. Ces effets n’avaient lieu qu'à l’instant de l’aimantation et de la désaimantation. Les courants induits accusaient seulement un changement d’état ; ils s’évanouissaient dès que l’acte de l’aimantation ou de la désaimantation était accompli.

Les effets obtenus avec l’anneau soudé le furent aussi avec des barreaux droits de fer. Que ces barreaux fussentaimantés par un courant ou par le contact d’un aimant permanent, les courants induits naissaient toujours de l'excitation ou de la cessation de l’aimantation. Faraday abandonna alors le fer

et obtint les mêmes effets en introduisant simplement un aimant permanent dans une bobine. L’entrée de l’aimant était accompagnée d’un jet d’électricité à travers le ül de la bobine, la sortie de l’uimant donnait lieu à un jet de sens contraire. La précision avec laquelle Faraday décrit ces résultats et la netteté avec laquelle il assigne aux faits leur portée, sont vraiment admirables. Ainsi, l'aimant ne doit pas occuper toute la longueur de la bobine, mais seulement une moitié; car, dès qu’il dépasse le milieu, l’aiguille s’arrête brusquement comme par un choc, et Faraday vit bientôt que ce choc a pour cause le renversement du courant dans l’hélice. 11 opéra ensuite avec le puissant aimant permanent de la Société royale, et reproduisit ainsi, mais dans un degré plus grand d’exaltation, les phénomènes que nous venons de décrire.

Fort des lumières acquises par ces découvertes, il entreprit alors d’éclairer de quelque jour les phénomènes physiques les plus mystérieux de cette époque. Arago avait découvert en 1834 qu’un disque de métal non magnétique avait le pouvoir d’éteindre rapidement les oscillations d’une aiguille aimantée suspendue au-dessus de lui, et que, mis en rotation, ce disque entraînait l’aiguille avec lui. Quand le disque et l’aiguille étaient en repos, il n’y avait aucune trace sensible d’attraction ni de répulsion mutuelles ; mais le disque en mouvement entraînait dans sa rotation, non-seulement une aiguille légère, mais encore un lourd aimant. Ces faits avaient été démontrés et discutés avec une intelligence admirable par Arago et Ampère. Poisson avait publié sur cette question un grand mémoire théorique, mais on n'avait pas pu assigner de cause à cet effet si extraordinaire. Ceg faits furent également étudiés en Angleterre par deux hommes célèbres, M. Babbage et sir John Herschel, mais ils ne cessèrent pas d’être un mystère. Faraday, dans les cas douteux, recommandait toujours

de' suspendre son jugement. « J ai beaucoup admiré, disait-il, la prudence et la réserve philosophiques dont M. Arago a fait preuve en résistant à la tentation de donner une théorie du phénomène découvert par lui, tant qu’il n’en trôuva pas une qui fût parfaite dans son application, et en refusant d’admettre les théuries insuffisantes des autres. » Mais le temps était venu * de donner cette théorie. Faraday voyait intuitivement le disque en rotation sous l’action de l’aimant, parcouru par se3 courants induits, et des lois connues de l’action réciproque des courants et des aimants il espérait déduire le mouvement constaté par Arago. Il réalisa cette espérance en montrant par une expérience directe que le disque en mouvement était de fait parcouru par des courants de direction telle que, d’après les lois établies de l’action électro- magnétique, ils dévaient produire la rotation observée.

Après avoir placé le bord de son disque entre les pôles du grand aimant en fer à cheval de la Société-royale, et relié l’axe et le bord aux deux extrémités du fil d’un galvanomètre, il obtint pendant qu’on faisait tourner le disque un flux con* tinu d’électricité. La direction du courant dépendait de celle de la rotation, elle était renversée lorsqu’on tournait en sens contraire. Faraday établit ensuite la loi qui préside à la production des courants dans les disques et les fils, et se servit à cette occasion pour la première fois d’une expression devenue plus tard très -célèbre. On sait que, si on projette de la limaille sur un aimant, les particules de limaihe se disposent suivant certaines lignes déterminées que l’on appelle courbes ou fantômes magnétiques. En 1831, Faraday appliqua pour la première fois à ces courbes la dénomination de lignes de force magné ligne, et fit voir que, pour produire les courants induits, rapproche ou l’éloignement de la source du centre ou du pôle magnétique n’étaient pas absolument nécessaires j qu’il

fallait seulement couper ou traverser d’une certaine manière les lignes de force magnétique. Le premier mémoire de Faraday sur l’induction magnéto-électrique, que j’ai ici essayé de résumer, a été lu à la Société royale le 24 novembre 1831.

Le 12 janvier 1832, il communiquait à la Société royale, sur l'induction magnéto-électrique par la terre, un second mémoire, qui fut choisi pour la lecture Bakérienne de cette même année. Il plaçait un barreau de fer dans une hélice, et, en donnant à cette hélice la direction de l’aiguille d’inclinaison, il voyait naître un courant dans le fil. Lorsqu il renversait le barreau, il obtenait un courant de sens contraire. Il produisait le même effet, quand, maintenant l’hélice dans la direction de l’aiguille d’inclinaison, il y introduisait un barreau aimanté.

Ici cependant, la terre agissait sur la bobine par l’intermédiaire du barreau de fer. Faraday mit de côté le barreau et se contenta de faire tourner un disque de cuivre dans un plan horizontal; il savait que les lignes de force de la terre traversaient ^lors la plaque sous un angle d’environ 70 deg. Quand la plaque tournait, elle coupait les lignes de force magnétique , et on voyait naître des courants induits qui produisaient leur effet ordinaire, lorsqu’on les faisait passer de la plaque au galvanomètre. Quaud la plaque était dans le méridien magnétique ou dans l’un quelconque des plans passant par la ligne d’inclinaison, sa rotation était sans effet sur le galvanomètre.

Sur l’invitation d’un esprit fécond en idées profondes et heureuses, sir John Herscnel et M. Barlow de Woolwich, avaient expérimenté les effets produits par la rotation d’une sphère creuse en fer. M. Christie avait fait de son côté une belle série d’expériences, avec un disquede fer tournant. Tous deux avaient constaté que, dans sa rotation, le corps exerçait sur l'aiguille

aimantée une action particulière, qu’ils lui imprimaient alors une déviation différente de celle qu’ils produisaient au repos. Mais ni l’un ni l’autrene soupçonnaient à cette époque l’agent de cette déviation extraordinaire, ils l’attribuaient à quelque changement dans le magnétisme de la sphère ou du disque de fer. Faraday aperçut de suite qu’il s'agissait encore ici de courants induits, et il n’eut pas de peineà lesobtenir du disque de fer. De plus, avec une sphère creuse en laiton, il reproduisit les effets observés par M. Barlotv. Le fer n’était nullement nécessaire; la seule condition essentielle du succès était, que le corps mis en mouvement lût de nature à admettre la formation de courants dans sa substauce;en d'autres termes, qu’il fût conducteur de l’électricité. Plus la conductibilité était grande, 'et plus les courants étaient abondants ou intenses. Faraday passa ensuite de son petit globe en laiton au globe terrestre. 11 joua avec le magnétisme de la terre, comme un magicien avec ses muscades. 11 vit les lignes invisibles le long desquelles s’exerçait l’action magnétique de la .terre, et, les coupant avec sa baguette, il força cette nouvelle puissance d’obéir à son évocation. Entourant une aiguille aimantée d’une simple ganse de fil, il incline la partie supérieure de la ganse vers l’ouest, et aussitôt le pôle nord de l’aiguille se détourne vers l’est; il incline la ganse vers l’est, et le pôle de l’aiguille marche vers l’ouest. Il suspendit un barreau aimanté ordinaire dans une position verticale,, et le fit tourner autour de son axe ; le pôle du barreau étant en communication avec l’une des extrémités d’un til galvanométrique, et l’équateur du barreau avec l’autre extrémité, un flux d’électricité s’élança de l’aimant et circula autour du galvanomètre. Faraday remarqua ia singulière indépendance entre le magnétisme du corps et l’aimant qui le déveluppe. L’acier se comporte comme B’il était isolé de son propre magnétisme.

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Et alors ses idées s’agrandissent subitement. 11 se demande si la terre ne donne pas naissance à des courants induits, en tournant de l’ouest à l’est autour de son axe. Dans son expérience avec l’aimant tournant, le fil du galvanomètre restait en repos; une partie du circuit était par rapport à l’autre dans un état de mouvement relatif. Mais, dans le cas de la planète animée d’un mouvement de révolution, le ül du galvanomètre serait nécessairement entraîné avec la terre; il n’y aurait plus de mouvement relatif. Qu’en résuiterait-t-il ? Prenons le cas d’un fil télégraphique avec ses deux plaques terminales, plongées dans la terre, et supposons que le fil soit dans le plan du méridien magnétique. Le sol au-dessous du fil est influencé comme le ül lui-même par la rotation de la terre; si un courant allant du sud au nord est engendré dans le fil, un courant semblable du sud au nord sera engendré dans la terre sous le ül; ces courants se rencontreront en sens contraires dans la même plaque terminale et se neutraliseront l’un l'autre.

Cette conséquencè parait inévitable, mais l’esprit pénétrant de Faraday lui a fait deviner qu’elle peut ne pas être vraie.- Il vit qu’il était au moins possible que la différence de conductibilité entre la terre et le fil donnât à celui-ci un avantage sur l’autre,et qu’on pourrait obtenir ainsi un courant résultant ou différentiel. 11 combina des fils de substances différentes et les fit agir en opposition les uns avec les autres, mais toujours leur combinaison fut inefficace. L’écoulement plus abondant dans le meilleur conducteur était exactement contre-balancé par la résistance du plus mauvais. Cependant, malgré tout ce que cette expérience a de concluant, il voulut, pour n’avoir rien à se reprocher, opérer sur la terre elle-même. Il alla sur les bords du lac près de Kensington Palace; il étendit à travers le lac, du nord au sud, un fil de cuivre de 480 pieds; souda

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des plaques' aux extrémités du ûl et les plongea dans l’eau. Le fil de cuivre était coupé en son milieu, et les extrémités séparées communiquaient avec un galvanomètre. On ne vit se produire aucun effet. Mais, alors que l’eau au repos est sans effet, l’eau en mouvement pourrait agir. Il institua de nouvelles expériences au pont de Londres duran t trois jours, opérant tour à tour avec le flux et le reflux, mais sans aucun résultat satisfaisant. 11 n’était pas encore vaincu ! C’est, se disait-il, une conséquence nécessaire de lâ théorie, qu’il doit se former des courants électriques partout où l’eau est en mouvement. Si l’on imagine une ligne allant de Douvres à Calais par la mer, et revenant à Douvres par la terre au dessous de l’eau, cette ligne formera un circuit de matière conductrice, dont une partie coupera les courbes magnétiques de la terre quand l’eau s’élèvera ou s’abaissera dans le canal, tandis que l’autre partie sera relativement en repos... Il y a tout lieu de croire que des courants suivront la direction générale* de ce circuit, soit dans un sens, soit dans l’autre, suivant que l’eau montera ou descendra dans le canal. » Ceci était écrit avant que l’on pensât au câble sous-marin, et Faraday m’apprit un jour que l’observation faite sur ce câble s’était trouvée d’accord avec cette déduction théorique (t).

(1) Je dois à un ami la délioieuse anecdote que voici : « Peu de temps après la publication des premières recherches de Faraday sur l’induction magnéto-électrique, il assistait à la réunion de l’Association britannique, à Oxford, en 1832. Profitantde l’occasion, quelques savants lui demandèrent de répéter la célèbre expérience dans laquelle il tirait une étincelle d’un aimant, au moyen du grand aimant du musée Ashmoléen. 11 y consentit, et une grande partie de l’assemblée fut témoin de l’expérience; je n’ai pas besoin de dire qu’elle réussit parfaitement. A ce moment, un dignitaire de l’Université entra dans la salle, et,- s’adressant au professeur Daniel!, qui était près de Faraday, il lui demanda ce que l’on laisait. Le professeur lui expliqua aussi simplement que possible ce ré-

Trois ans après la publication de ces recherches, c’està dire le 29 janvier 1835, Faraday lut devant la Société Royale un Mémoire <t Sur l'influence qu’un courant électrique exerce sur lui-même par induction. » Un choc et une étincelle d’un caractère tout particulier avaient été observés par un jeune homme appelé William Jenkin, qui promettait de devenir un habile physicien, mais à qui son père, comme Faraday me l’apprit un jour, conseilla fortement de n’avoir rien à démêler avec la science. L’examen du fait signalé par M. Jenkin conduisit Faraday à la découverte de Y extra-courant ou du courant induit au sein du fil primaire lui-même, à l’instant de la fermeture ou de la rupture du contact, « phénomènes qu’il a décrits et démontrés dans le beau Mémoire que je viens de citer, et où il a si parfaitement épuisé son sujet. » »

Trente-sept années se sont écoulées depuis la découverte de l’électricité par induction magnétique ou magnéto-électricité; mais, à l’exception de Y extra-courant, rien d’important, jusqu’à ce jour, n’a été ajouté à cette branche de la science. Faraday était d’avis que celui qui découvrait une grande loi ou un grand principe avait droit aux « dépouilles, » c’élait son

sultat frappant de la découverte de Faraday. Le doyen écouta avec attention et regarda avec empressement les brillantes étincelles; mais, un moment après, il prit une contenance sérieuse et, branlant la tête: a J’en suis fâché, » dit-il en s’en allant. Arrivé au milieu de la salle, il s’arrêta un instant et répéta : « J’en suis fâché; » puis, s’avançant vers la porte, et tenant déjà le bouton à la main, il se retourna en s’écriant encore : « Vraiment, j'en suit fâché ! c'est mettre des armes nouvelles aux mains des incendiaires. » Ceci se passait peu de temps après que les journaux avaient retenti des exploits des brûleurs de meules de foin. Une reproduction erronée des paroles sorties de la bouche du vénérable doyen parut à cette époque dans un des journaux d’Oxford. On l’accusait à tort d’avoir dit : « C’est mettre des armes nouvelles aux mains des infidèles. "

expression, c’est-à-dire à tout ce qui peut provenir de ses démonstrations. Guidé par le principe qu’il avait découvert et aidé de ses dix doigts, merveilleusement habiles, son puissant esprit fit* en un seul automne, la conquête de ce vaste domaine, et laissa à peine après lui quelques bribes de faits que ses successeurs pussent recueillir.

Mais une question a pu naître dans quelques esprits : A quoi sert tout cela? La réponse est que, si la nature de l’intelligence humaine a soif de science, la science dès lors est utile puisqu’elle éteint cette soif. Si l’on demande le but pratique, on devra, ce me semble, étendre la définition du mot pratique, et faire en sorte qu’elle comprenne tout ce qui élève et éclaire l’intelligence, aussi bien que ce qui concourt à Ja santé et au confort de l’homme. Mais, si tant est que cela soit nécessaire, on peut donner une répons» d’un autre genre à la terrible question : « A quoi bon ? » Vous avez remarqué les lignes de Üls qui se croisent à travers les rues de Londres. Ce sont les courants de Faraday qui s’élancent d’un lieu à l’autre à travers ces fils. Arrivé en vue de la pointe de Dungeness, le marin voit une lumière d’un éclat extraordinaire, et, du sommet des nobles phares de la Hève, cette même lumière s’élance au loin sur les eaux. Ce sont les étincelles de Faraday, exaltées par un mécanisme approprié, au point de rivaliser avec la lumière du soleil. En ce moment le Board of Trade et les frères de Trinity House , aussi bien que les membres de la commission des phares d’Ecosse, sont sur le point d’installer la lumière magnéto-électrique sur des points nombreux de nos côtes; et les générations futures n’auront qu’à montrer ces étoiles, guides providentiels des marins, pour répondre à cette malencontreuse question : « à quoi ont servi pratiquement les travaux de Faraday? «Mais je pourrais répéter encore dans ma conviction profonde que ses tra-

vaux n’ont pas besoin d’une pareille justification ; et que, si son intelligence s’était laissé troubler par ces considérations de l’utilité pratique de ses découvertes, ses découvertes n’auraient pas été faites. « J’ai été plutôt, » écrivait-il en 1831, « désireux de découvrir de nouveaux faits et de nouvelles relations de l’induction magnéto- électrique, que de donner une plus grande valeur aux faits et aux rapports que j’avais déjà mis au jour; car j’étais certain que leur développement ultérieur ne se ferait pas longtemps attendre. *

En 1817, dans une leçon sur le chlore, fait à Londres au sein d'une société particulière, Faraday s’est exprimé ainsi relativement à l’éternelle question d’utilité pratique : « Avant de quitter ce sujet, je rappellerai l’histoire de cette substance pour servir de réponse à ceux qui ont l’habitude de dire à chaque fait nouveau : « A quoi servira-t-il? » Le docteur Frauklin leur disait déjà : « A quoi sert un enfant ? # La réponse de l'expérimentateur est : « Efforcez-vous de le rendre utile. » Lorsque Scheele découvrit cette substance, elle était sans usages; c’était son enfance et sa période d’inutilité; maintenant qu’elle est arrivée à l’âge mûr, témoins de sa puissance, nous sommes étonnés des efforts qu’on a faits pour la rendre utile. »

Traits de caractère.

Nous touchons à un point qui nous donnera un haute idée du caractère de Faraday. 11 avait exposé sa découverte de la magnéto-électricité dans une lettre à son ami M. Mac bette, de Paris, qui la eommuuiqua à l’Académie des sciences. La lettre fut traduite et publiée. Aussitôt après, deux physiciens italiens distingués s’emparèrent du sujet, firent de nombreuses expériences et publièrent leurs résultats avant que les Mémoires complets de Faraday eussent été livrés à la publicité. Il en fut naturellement irrité. Il fit réimprimer le Mémoire des savants italiens dans le Philosophical Magazine , en l’accompagnant de remarques critiques très-vive3. Il écrivit à Gay-Lussac, un des directeurs des Annales de chimie et de physique, à la date du 1 er décembre 1832, une lettre dans la- • quelle il analysait les résultats des savants italiens, signalant leurs erreurs,et se défendant contre ce qu’il regardait comme une offense à son caractère. Le style de cette lettre est irréprochable, Faraday ne pouvait écrire autrement qu’en gentleman ; mais la lettre prouve que, s’il l’avait voulu, il aurait frappé de rudes coups. On a beauconp parlé de l’amabilité, de la douceur, de la tendresse de Faraday. Tout cela est vrai,

mais ce n’est pas tout. On ne peut résoudre une puissante nature en ses éléments, et le caractère de Faraday eût été moins admirable s’il avait manqué de cette vigueur et de cet élan que les adjectifs si doux d 'aimable et de tendre ne rappellent en aucune façon. Sous sa douceur et sa bienveillance, il y avait la chaleur d’un volcan. C’était un homme d’une nature excitable et ardente; mais, par le généreux empire qu’il exerça sur lui- même, il avait su changer ce feu dévorant en un foyer de chaleur et de puissance vitale, au lieu de lui permettre de se consumer lui-même dans l’exercice de passions sans but et sans fruits. « Celui qui est lent à se mettre en colère, » dit le sage, « est plus grand qu’un potentat; l’homme qui est maître de son esprit l’emporte sur celui qui prend une ville d’assaut. » Faraday n’était pas lent à se mettre en colère, mais il s’était rendu complètement maitre de son esprit, et s’il n'a pas pris de villes, il a su captiver tous les cœurs.

Comme il a déjà été dit. Faraday publia dans le « Quaterly Journal of Science » beaucoup de ses mémoires moins importants, y compris sa première analyse de la cbaux caustique. Enii832, il réunit ensemble ces mémoires et d’autres encore en un petit volume in-octavo, sous ce titre et avec cette petite préface :

« MÉMOIRES, NOTES, NOTICES, etc., etc,,

PUBLIÉS IN-OCTAVO jusqu’en 1832.

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