SCÈNE VII
Lia Mêmes , ISABELLE.
ISABELLE
Je compatis, Farruck, à vos justes douleurs;
Sur vous, sur votre fille , oui , je verse des pleurs ,
Et je ne pense pas qu'il soit rien sur la terre Qui puisse racheter votre chagrin de père...
Croyez au mien , Farruck ; tenez, prenez cet or. Qu'il vous préserve au moins d’un misérable sort. FA BROCS.
De l'or, encor de l’or, pour une fille morte.
Ses jours, pensez-vous donc les payer de la sorte Gardez-le , ce n’est pas avec l’or, par malheur, Sénora , qu’on guérit les blessures du cœur !
De mes maux en ce.s lieux si tout semble se rire;
Si je n’ai plus d’enfant, du moins je puis maudire...
ISABELLE
Pardonnez à celui qui causa son trépas...
Par pitié , par pitié, ne le maudissez pas !
farruck. [mes I
Lui pardonner, à lui !... vous comptez sur vos char- A lui qui m’arracha mes deux premières larmes !... A lui qui toitt-ù-l’heure... et c’est vous, vous encor, Vous qui m’en suppliez en me donnant de l’or!... Sans doute il est cruel pour une grande dame , D'épouser l'homme encor couvert d’un sang de fem- Voiis voulez étouffer avec quelques dobras [me. . Mes pleurs , pour que le ciel ne les entende pas !... Lui pardonner, à lui ! peut-être qu’il espère, L'assassin de ma fille, avoir grâce d’un père Comme de sa maîtresse ou de son confesseur ! , JUAN.
D'entendre tout cela qui vous force, ma soeur ?
FARRUCK , bas à Isabelle.
Un seul espoir encore ici-bas me domine;
Sénora, ce secret pèse sur ma poitrine,
Il voudrait s'échapper, mais sans témoins que vous. Je puis goûter encor des moments assez doux Vous pourrez obtenir, selon votre réponse,
L’oubli de mes douleurs, et le pardon d’Alphonse... Que je vous parle seul avant de fuir ce lieu,
Sénora , par pitié , c’est mon unique vœu !
ISABELLE, à part. [coule.
Qu’a -t -il donc à me dire? allons, quoi qu'il m’en (A don Joan.)
Laissez- nous seuls, don Juan, n'allez pas loin.
(Don Juan sort. J