ANDREE SANCTI PROMERITVRVS OPES
IS REX. CONRADVS MONACOS STABILIVIT IBIDEM :
CORPORE Q PERTVR LVDV TVMVLATVR IBIDEM.
L'an 993, Rodolphe III, dit le Fainéant, fils aîné de Conrad, prit possession du royaume de son père d'abord après sa mort. J'ai déjà remarqué que l'église de Saint- André-le-Bas était la chapelle ordinaire des rois de Vienne.
La rue qui conduisait de leur palais, situé dans le lieu où le bailliage siège aujourd'hui, à cette église, était plantée d'ormes. Rodolphe , craignant de troubler la tranquillité des moines que son père y avait mis, choisit l'ancien prétoire des Romains, qui était près de ce palais, le mutila, le gâta^ sous prétexte de le réparer, et en fit sa chapelle, qui fut consacrée par l'archevêque Burcard. Elle est devenue depuis une église paroissiale de la ville, sous le titre de Notre-Dame de la Vie, par corruption du latin Nostra Domina vix veteris, dénomination tirée de la grande route qui passait autrefois devant ce respectable monument.
Rodolphe , dont le règne fut très-faible , se voyant sans enfants, quoiqu'il eut eu deux femmes, Agildrude et Hermengarde, disposa de son royaume en faveur de son neveu Henry II, roi de Germanie ; mais ce prince étant mort le 14 juillet 1024, il institua son héritier l'empereur' Conrad II, surnommé le Salique, qui avait épousé Gisèle, sa nièce. Il donna à l'archevêque de Vienne et à son église-cathédrale le comté de Vienne, la terre de Mont-Salomon, le palais des Canaux et le château Pipet, dont il se réserva la jouissance et à la reine, son épouse, pendant leur vie. Rodolphe mourut le 6 septembre 1032. En lui finirent les royaumes de Bourgogne, de Vienne, de Provence. Dès lors, l'empereur devint possesseur des Ktats de Rodolphe, qui furent réduits en provinces de l'empire. On ne peut pas douter que cette nouvelle couronne ne lui donnât la supériorité territoriale, ou, du moins, la suzeraineté sur le Dauphiné, la Provence, le Lyonnais, la Savoie, le Genevois, la Bresse, le Bugey, la Franche-Comté, la Suisse et le pays des Grisons. Je
n'entre point dans la validité du titre. Je sais qu'en France on le regarde comme une usurpation.
Hermengarde, femme de Rodolphe, jouit du comté de Vienne et le fit gouverner par des lieutenants jusqu'en 1057, année de sa mort. Elle fut enterrée dans le cloître de l'église cathédrale , où l'on voit son image et son épitaphe peints sur la muraille, à côté de la porte de la chapelle de saint Jean -Baptiste. La reine Mathilde , épouse de Conrad , avait été enterrée dans le même lieu. On voit son image et son épitaphe peints sur la muraille , à côté de la porte de la chapelle de Notre- Dame ; son tombeau est au bas de l'épitaphe. Jean de Bournin, archevêque de Vienne, fit détruire tous ces mausolées, pour y construire les chapelles de Notre- Dame, de Saint-Jean-Baptiste et de Maguelonne. Il semble que les hommes craignent la vue des monuments qui leur rappellent l'idée de leurs bienfaiteurs. Attribuons plutôt ce malheur au mauvais goût, à un zèle mal entendu qu'à l'ingratitude. Jean de Bournin était un grand homme ; mais il a vécu dans un siècle encore barbare. On trouvera les images et les épitaphes de ces deux reines au commencement de mes Mémoires manuscrits pour l'église de Vienne. Un pauvre archidiacre de l'église de Vienne cherche à conserver ce qu'un riche archevêque a voulu détruire. Ces monuments étaient grossiers, je l'avoue ; mais, s'ils avaient choqué les hommes de goût dans ce siècle, ils auraient, dans tous les temps, contenté les hommes de sentiment. L'intention de l'archevêque n'était point de détruire : il croyait faire mieux. C'est lui qui a fait peindre les images et les épitaphes des deux reines.
Lothaire II, roi de Germanie, et ensuite empereur,
voyant rindépendance des grands dans la Bourgogne, le Dauphiné, le Lyonnais et la Provence, et craignant que ce royaume ne lui échappât, imagina de faire, de toutes les provinces qui le composaient, un grand fief ou un duché, qu'il donna à Conrad de Zeringhen (a), réservant la suzeraineté à l'empire. Berthold de Zeringhen succéda à Conrad, son père ; mais il ne jouit pas longtemps du nouveau duché'. L'empereur Frédéric Barberousse le retira de ses mains, l'an 1167, et ne lui laissa que les villes de Genève, de Lausanne et de Lyon (b). Cependant Berthold de Zeringhen avait donné, du consentement de Frédéric, la ville de Vienne à Guignes V, comte d'Albon, à titre de fief de retraite, avec promesse de l'en faire jouir et d'en dépouiller la maison de Vienne-Mâcon, qui descendait de Charles Constantin, fils de l'empereHr Louis-l' Aveugle , condition qu'il ne put jamais effectuer (c). L'acte est daté deRiVarole, en Italie, Tan 1155. Valbonnais remarque que cette concession ne comprenait qu'une juridiction subordonnée à celle de l'archevêque, qui avait la supériorité du fief (d). Quelques-uns veulent que les droits des Dauphins sur Vienne dérivent de cette concession; d'autres pensent que les Dauphins avaient acquis une portion de fief dans cette ville par quelque alliance ou par achat. Il est certain qu'ils achetèrent le palais où l'on rend la justice aujourd'hui, et que leur
(a) La maison de Bade descend des ducs de Zeringhen. Voyez l'histoire de cette famille, par M. Schœpflin.
(b) Duchesne, Hisi. de Bourgogne, p. 507.
(c) Boissieu, Usage des fiefs, p. 40.
(d) HisL de Dauphiné, tom. I, p. 110, tit. ii. Preuves, p. 256.
juridiction fut d*abord fort peu de chose. Le titre de comte était fort de mode dans les onzième et douzième siècles. On voit, dans le cartulaire de l'église de Vienne, que plusieurs seigneurs avaient fait avec elle des échanges désavantageux, pour avoir une petite portion de son fief et avoir le titre de comte. Les anciens documents font mention d*un grand nombre de comtes de Vienne. On en voit plusieurs dans le même temps, ce qui jette dans un grand embarras. Il y a, près la ville de Vienne, hors la porte de Lyon, un territoire, appelé, dans les anciens papiers terriers, la terre des comtes, terra comitum. Il a porté depuis le nom de Bechevienne, parce qu'il confronte aux rochers de Mont-Salomon, la rivière de Leveau entre deux. Les territoires de Gharavelle , de Mont-Rosier et de Bois-Royal, aujourd'hui Beurrier, appartenaient aux comtes séculiers de Vienne.