L EGLISE DE LYON AU TEMPS DES ORIGINES
Ainsi, le témoignage de nos listes épiscopales se trouve confirmé tant par l'analogie que par des renseignements directs. La progression suivie en Gaule dans la fondation des évêchés est exactement celle que nous constatons dans la haute Italie, celle qu'atteste un auteur grave, contemporain, bien informé. Au IVe siècle encore, notamment au temps de Constantin, beaucoup d'églises étaient, sinon à fonder, du moins à pourvoir d'une organisation épiscopale distincte. Antérieurement, peu d'évôques et seulement dans
40 FASTES ÉPISCOPAUX DE i/ ANCIENNE GAULE.
les principales villes. Plus tôt encore, un évêque par province ou région.
Sur ce dernier point, le témoignage de Théodore n'a sans doute pas la même valeur que quand il parle des choses de son temps. Cependant, quand on l'écarterait du débat, il resterait celui des listes épiscopales, dont une seule dépasse le commencement du IIIe siècle. Il en résulte que, dans l'ancienne Gaule celtique, avec ses grandes subdivisions en Belgique, Lyonnaise, Aquitaine et Germanie, une seule église existait au IIe siècle, celle de Lyon.
S'il ne s'agissait que d'affirmer une simple prééminence de l'église de Lyon sur les chrétientés de la Celtique, on ne risquerait d'étonner personne. La situation politique hors cadre et hors ligne de la colonie lyonnaise, le fait qu'elle était, au point de vue du culte officiel de Rome et d'Auguste, non seulement le centre d'une province, mais le centre des trois provinces celtiques, des très Galliae, l'éclat jeté par ses martyrs au temps de Marc-Aurèle, tout concourrait à expliquer une primauté d'honneur et même de juridiction. Mais il ne s'agit pas seulement de cela. Ce que nos documents nous apprennent, c'est que l'église de Lyon était, en dehors de la Narbonnaise, non la première, mais la seule. Tous les chrétiens épars depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées ne formaient qu'une seule communauté; ils reconnaissaient un chef unique, l'évêque de Lyon.
Cette situation a quelque chose de si extraordinaire qu'il est utile de constater qu'elle n'est démentie par aucun texte autorisé et que l'analogie la vérifie tout aussi bien qu'elle vérifie la situation du IV* siècle.
1° La célèbre lettre de l'année 177, adressée aux chrétiens d'Asie et de Phrygie, est écrite, il est vrai, au nom des fidèles de Vienne et de Lyon, ce qui donnerait lieu de croire que les deux églises de Vienne et de Lyon étaient alors distinctes (1). D'autre part, il est question dans cette
(1) C'est ainsi qu'Eusèbe parait l'avoir entendu quand il parle, à propos
lettre d'un diacre de Vienne, ce qui donne une impression analogue. Mais je ferai observer d'abord que l'intitulé de la lettre prouve plutôt pour que contre l'unité des deux
églises .' 01 Iv Bisvvy) xocl AouySouvw tyJs raXXiocç 7rapoixouvxEç SouXoc Xpiff-
xoîi x. t. i. C'est tout à fait l'analogue des suscriptions employées, au Ier et au II# siècle, par les églises de Rome, de Corinthe, de Smyrne, etc. rH Uxl^icc tou 0£ou *, Trapoixoïïaa
Pcou.v]v x9j lxxXY)<ria toG ©sou t9) 7rapoixou<7y) Kopivôov (!)..• ; UoÀuxapitoç... tyj ixxXy)(jia xou Oeoïï t9j 7rapotxou<77) <ï>tXi7C7rotç (2)... 'H IxxXrjaia roîi Oeoû % 7rapoixouGra 2[xupvav ty) £xxXY)aia xou 0£ou ttj 7rapotxouay) £v <I>iXo[xy)Xiw (3)...
Cette formule semble plutôt désigner un groupe ecclésiastique que deux groupes ayant chacun son organisation distincte; en tout cas, elle n'offre rien de contraire à l'indistinction des deux églises. Il en est de même de la circonstance qu'un diacre de Vienne figura au nombre des martyrs de Lyon. On peut même remarquer que ce diacre est introduit par la formule « le diacre de Vienne, tov 8iaxovov à7co Biévvrjç, » qui s'expliquerait difficilement s'il s'agissait de l'un des diacres d'un évêque de Vienne, mais qui devient très naturelle si l'on y voit la désignation d'une fonction locale, d'une direction déléguée, exercée à Vienne au nom de l'autorité ecclésiastique de Lyon (4). Cette situation d'un diacre chargé du gouvernement spirituel d'une chrétienté éloignée de la mère-église, pour extraordinaire qu'elle nous paraisse, n'a rien que de conforme aux usages antiques. Le concile d'Elvire (v. 300) la vise clairement dans son 77e canon : Si quis diaconus regens plebem sine episcopo velpresbytero aliquos baptizaverit, etc. Au VIe siècle,
de cette lettre, des églises les plus en vue du pays : « ai xrjôe ôiaçavécrtaTai éxxX-rçatai » (H. E., V, 1).
(1) /. Clem., 1.
(2) Polyc, 1.
(3) Martyr. Polyc. 1.
(4) Un autre diacre de Vienne, Demctrius, était nommé en tète et comme destinataire d'un ouvrage perdu de saint l renée, uepi 7itiTeo)ç, dont il nous reste deux citations dans les œuvres de saint Maxime (Mignc, P. G., t. VII, p. 1232; cf. Harnack, Gesch. d. altchrisll. Literaiur, lre partie, p. 276, 283; Chronologie, p. 520).
on voyait encore, en Gaule, des paroisses rurales ainsi gouvernées. Grégoire de Tours parle d'un diacre qui dirigeait l'église du viens Iciodorensis (Issoire) (1).
Quant au fait que deux villes aient eu le même évêque, il ne faut pas s'imaginer qu'il soit sans exemple. Au milieu du IIIe siècle (2) un même évêque dirigeait les églises de Léon et d'Astorga [Legio et Asturica), en Espagne, et cette situation se maintint jusqu'au IXe siècle. Au concile d'Ephèse (3 . en 431, les évêques de la province d'Europe certifient que. d'après un ancien usage, chacun d'eux a deux ou trois cités sous sa juridiction. La province de Scythie, où les villes étaient fort nombreuses, n'a jamais eu qu'un évêque, celui de Tomi.
2° Saint Irénée. dans son traité contre les hérésies (4), insiste sur l'uniformité de la foi et de la tradition dans les pays les plus divers. A ce propos, il atteste les « églises » qui sont en Germanie, chez les Ibères, les Celtes, les Libyens. Il est clair qu'il vise ici, non l'état plus ou moins avancé de l'organisation ecclésiastique, mais la diffusion du christianisme ou plutôt la diversité des pays où il a déjà fait des conquêtes. Par les Celtes, il entend sans doute Lyon et les dépendances de cette église dans la Gaule celtique ; par Germanie, les provinces militaires de Germanie (5). Or, la Germanie supérieure commençait à peu de distance de Lyon : à quelques lieues au nord de Chalon-sur-Saône, on était déjà, au temps de saint Irénée, dans la Germanie administrative : Langres et Besançon en faisaient partie.
3° Eusèbe, énumérant, dans son Histoire ecclésiastique {§ ,
(1) o Cautinus.. in diaconato suo ecclesiam vici illius rexit » KGl. conf., 29).
(2) Cypr., ep. 07.
(3) Hardouin, t. I, p. 1628.
(5) S'il en était autrement, il y aurait ici une forte exagération, car il ne subsiste, pour la période antérieure nu IVe siècle, à tout le moins, aucune trace d evangélisation des Germains indépendants, à ptus forte raison aucune trace d'organisation ecclésiastique, dans le pays situé à l'est du Rhin et au nord du Danube.
les lettres épiscopales qui furent écrites vers l'année 195, à propos de la question de la Pâque, mentionne une lettre
twv xaxà TaXXiav TOxpoixiwv &ç Eïpvjvaîoç 67cecrxo7cei. Bien que le mot
icapoixiai ait souvent (1) le sens de diocèse épiscopal etqu'Eusèbe l'emploie ainsi dans le même chapitre, il est nécessaire de lui donner ici une autre signification. En effet, Eusèbe présente Irénée comme étant l'évêque de toutes les TOxpoixio» dont il parle. Le verbe êwtffîuwreïv ne saurait s'entendre d'une simple présidence, comme serait celle d'un métropolitain à la tête de son concile. Cetle dernière situation est visée dans le même passage d'Eusèbe ; en parlant de l'évêque Théophile, qui présida le concile de Palestine, de l'évêque Palmas, qui présida celui du Pont, il se sert de l'expression TrpouxsTaxxo. En prenant itapowu'ai dans le sens de groupes détachés, dispersés, d'une même grande église, ce texte d'Eusèbe correspond parfaitement à la situation de l'église des Gaules vers la fin du IIe siècle : plusieurs groupes de chrétiens, épars sur divers points du territoire; un seul centre ecclésiastique, un seul évêque, celui de Lyon (2).
(1) Les documents ecclésiastiques du IV* siècle l'emploient couramment pour désigner un groupe rural, une paroisse soumise à l'église épiscopale.
(2) M. Harnack {Die Mission, p. 328) a contesté cette interprétation, en alléguant deux textes d'Eusèbe (H. E., VII, 26 et VII, 32, § 26), relatifs, le premier à un évéque Basilide, de la Pentapole libyenne, l'autre à un évoque Mélèce, du Pont. Pour désigner le premier, Eusèbe ne dit pas : ô xaxà IlevTàTroXiv Tiapoixtcôv £tci<jxotto; (citation de M. H.); son texte ne contient pas l'article ô. Il y a seulement : Ba<n>e(oï) xwv xaxà xrjv IIevxà7roXiv uapoixtcov inw xouco ypàtptov (Denys d'Alexandrie). C'est exactement la même formule que pour Mélèce , xùv xaxà IIovxov èxxXY]anâ3v è7ti<Txoiroç. Eusèbe a voulu dire « évéque d'entre ceux de Pentapole, du Pont », et non « le métropolitain de Pentapole, du Pont. » Il n'y avait du reste, aux temps considérés ici, ni métropole civile ni métropole ecclésiastique de Pentapole libyenne ou du Pont. L'objection est donc sans fondement. — Il n'y a pas davantage à tirer de deux autres textes d'Eusèbe, relatifs à deux lettres de Denys de Corinthe adressées en Crète et dans le Pont. Dans la première, adressée, dit Eusèbe, ir} èxx),Y]<ria x^j 7rapoixouc7Y] rôpxuvav àjxa xaï; ).oi7taï; xaxà Kpr)X7)v Ttapotxiaiç, ... 4>i'),i7nrov èicCaxoftOv aùxcov à^oôs/exat. Denys envoie l'autre, x9] éxx).r)c(a xrj rcapoixoucy] "Afxaaxptv à|/.a xaîc xaxà IIôvxov, èniffxoicov aùxtov ôv6[xaxi llà),[j.av 07rocnri[jLa(va)v. M. Harnack voit là deux métropolitains. Pourtant, quant à Palmas, cette situation est exclue. Au temps de la querelle pascale, il pré-
4° Peu après la persécution de Dèce, et vers l'année 254, une lettre de saint Cyprien parle des évêques des Gaules, qui étaient alors un certain nombre. L'évêque de Lyon, Faustin, avait écrit au pape Etienne, en son nom et au nom de ses collègues [tara ab eo quam a ceteris coepiscopis nostris in eadem provincia constitutis) , pour protester contre l'attitude de l'évêque d'Arles dans la question du schisme de Novatien. Ni les noms de ces ceteri coepiscopi ni leur nombre ne sont indiqués. Les listes, nous l'avons vu, permettent de croire qu'alors il y avait des évêques à Trêves, Reims, Vienne; l'église de Toulouse était également organisée ; on ne peut douter qu'il n'en ait été de même de celle de Marseille, peut-êlre de celle de Narbonne. Cela suffirait déjà pour expliquer l'expression de saint Cyprien. Il est d'ailleurs probable que d'autres églises avaient déjà été fondées dans la région du Bas-Rhône et sur le littoral de la Méditerranée. Comme il s'agit ici d'une affaire qui intéressait cette contrée, il est naturel de croire que les évêques qui s'associaient à la démarche de Faustin étaient des évêques voisins d'Arles et de Marseille (1).
sidait les évêques du Pont comme doyen et non en vertu des prérogatives de son siège. Or il est difficile de croire que, vingt ans auparavant, il fût déjà doyen. Les deux aÙTàW d'Eusèbe ne sauraient donc avoir le sens précis qu'on leur attribue. En partant des exemples fournis ci-dessus pour Basilide et Méléce, on leur donnera une explication plus satisfaisante. Les lettres ont été adressées aux églises de Gortyne et d'Amastris avec prière de les communiquer aux autres églises de la région. — Sur le Pont d'Amastris, v. Hisl. anc. de l'Eglise, t, I, p. 436. — Eusèbe est coutumier de ce langage peu précis; c'est ainsi qu'il présente, à deux reprises {H. E., VII, 14, '28), saint Grégoire le Thaumaturge et son frère Athénodore comme évêques des églises du Pont; il semblerait qu'ils les eussent gouvernées toutes, à eux deux ; en fait ils étaient, dans le Pont, évêques de deux églises déterminées.
(1) Je n'aurais rien à ajouter à ce passage de ma première édition, si l'on n'avait essayé de faire valoir contre les idées que j'expose ici une singulière exégèse de ce texte do saint Cyprien. Suivant M. Harnack (Die Mission, p. 326), provincia signifierait ici la province lyonnaise et il en résulterait que, vers le milieu du IIIe siècle, cette province comptait, en dehors de Lyon, plusieurs évéchés organisés. A la vérité, je n'ai rien a priori contre l'existence de c^s évéchés ; mais je demande qu'on l'établisse par d'autres arguments que ce passage de saint Cyprien. Que le terme pro-
de l'origine des diocèses épiscopaux. 45
5° D'autres églises que celle de Lyon ont eu d'abord un cercle de rayonnement très étendu et ne se sont en quelque sorte subdivisées qu'après une indivision d'assez longue durée. Rome paraît bien avoir été assez longtemps la seule église d'Italie, Alexandrie la seule église d'Egypte, ce qui n'exclut nullement une certaine dissémination du christianisme dans ces deux pays et même l'existence, en diverses localités, de groupes de fidèles, rattachés à la communauté centrale. Saint Ignace ne se qualifie pas seulement d'évêque d'Antioche en Syrie, mais d'évêque de Syrie (1). Vers la fin du IIe siècle, un de ses successeurs, Sérapion, se comportait, à regard des chrétiens de Rhossos, en Cilicie, comme s'il eût été leur propre évêque (2). Le ressort d'Antioche s'étendait donc, même alors, bien au delà du territoire de cette grande ville. Sur la côte du Pont-Euxin, le christianisme eut de bonne heure des fidèles en très grand nombre. Les souvenirs antiques des églises de Sinope et d'Amastris, la lettre de Pline sur les chrétiens de sa province, l'histoire d'Alexandre d'Abonotique, le prouvent abondamment. Le progrès de la foi, ou tout au moins de l'organisation, n'avait pas été aussi rapide à
vincia, chez Cyprien, ait une signification précise, exactement d'accord avec l'état des circonscriptions administratives du temps où il vivait, c'est ce que je nu vois nulle part dans ses écrits. Les provinces africaines, Proconsulaire, Numidie, Mauritanies, forment pour lui une seule province, qui s'oppose aux pays transmarins (Ep. XLIII, 3; XLIV, 1; XL VIII, 3); c'est le style du concile de 256 : Cum... convertissent... episcopi plurimi ex provincia Africa Numidia Maurilania. Du reste, en ces temps anciens, le système provincial de l'empire n'avait pas encore été adopté comme règle des rapports ecclésiastiques {Origines du culte chrétien, p. 18, 3e éd.. Hist. ancienne de l'Eglise, t. I, p. 526); une exégèse aussi rigoureuse que celle de M. Harnack ne se suppose pas; elle doit être démontrée pour chaque cas. Dans celui-ci, il me semble clair que les expressions coepiscopis noslris in eadem provincia conslitutis, .. coepiscopos nostros in Gallia constitutos.. in provinciam, ne peuvent désigner qu'un seul et môme groupe épiscopal, celui des évoques de Gaule, sans distinction de Lyonnaise, Narbonnaise, etc. Il ne faut pas perdre de vue qu'à bien des égards, pour les douanes, par exemple, les provinces gallicanes formaient un ensemble plus compact que les provinces africaines.
(1) Rom., 2.
(2) Eusèbe, H. E., VI, 12.
l'intérieur du pays. C'est à saint Grégoire le Thaumaturge que, vers le milieu du IIIe siècle, les gens de Comane demandèrent leur premier évêque; lui-même avait été le premier évêque de son église de Néocésarée ; il avait été désigné pour ces fonctions par l'évêque d'Amasie, Phédime. Amasie, Néocésarée, Comane, sont assurément les villes les plus célèbres et les plus importantes de la région montagneuse qui forma, au IVe siècle, avec l'adjonction d'une partie du littoral, les provinces de Pont Polémoniaque et d'Hélénopont (1).
Mais je reviens à la Gaule.
Les conciles du IVe siècle, même ceux sur lesquels nous avons des renseignements explicites, ne peuvent guère aider à suivre les progrès de l'institution des diocèses. Au concile d'Arles, en 314, seize diocèses seulement sont représentés. Six appartiennent à la province où se tient le concile, ce sont ceux de Marseille, Nice, Arles, Vienne, Orange, Vaison. Des douze autres provinces alors existantes (2), deux, la Lyonnaise première et l'Aquitaine, sont représentées chacune par deux évêques, six par un seul. Enfin quatre provinces, la Germanie première (Mayence), la Séquanaise, les Alpes Grées et Pennines, les Alpes Maritimes, ne sont pas représentées du tout. Cela peut tenir à ce qu'elles ne contenaient pas encore d'églises autonomes. On a même vu plus haut qu'il en est sûrement ainsi des Alpes Maritimes, dont la métropole, Embrun, ne reçut son premier évêque que vers le milieu du IVe siè-
(1) Dans \>\ première édition de cet ouvrage j'avais allégué ici un fait relatif à l'église d'Ancyre et à ses rapports avec les chrétientés du Pont. Je le retire, car il provenait d'une mauvaise leçon d'un texte d'Lusèbe (H. £., V, 17), xarà ïldvxov pour xoreà totcov. Cf. Harnack, Die Mission, p. 320. Mais l'auteur de la rectification a eu tort de me mettre en contradiction avec moi-même en rne reprochant d'avoir perdu de vue l'existence d'Amastris et autres églises du Pont. Il y a Pont et Pont. Celui d'Amastris n'est pas le même que celui de Néocésarée. Cf. Hisl. anc. de VEglise, t. I, p. 436, note 2.
(2) Les provinces de Lyonnaise I et II, d'Aquitaine et de Narbonnaisc n'avaient pas encore été dédoublées.
cle, au plus tôt. Quoi qu'il en soit, il semble que les invitations au concile aient été faites, sauf quelques exceptions (1), sur le pied d'un évèque par province. Certaines églises, dont l'existence en 314 est ou attestée ou fort probable, comme celles de Toulouse, Narbonne, Paris, Bourges, Clermont, ne furent pas représentées. Il y a donc lieu cle considérer le nombre des évêques présents comme sensiblement inférieur à celui des évêchés existants.
Les signatures épiscopales que saint Atbanase réunit dans les Gaules en 346 se montent au chiffre de 34. Ici encore, nous sommes fort au-dessous du nombre des sièges déjà fondés. Bien que l'on n'en puisse juger que par les noms des titulaires, quelques lacunes se laissent aisément reconnaître. Les séries épiscopales de Vienne, de Tours, d'Auvergne, présentent, vers le milieu du IVe siècle, des noms différents de ceux que saint Athanase a enregistrés; les séries de Chartres, de Nantes, de Châlons, qui remontent probablement au delà de 346, donnent lieu à des observations analogues.
Je ne vois ailleurs aucun document (2) dont on puisse
(1) La présence de l'évéque d'Autun s'explique par le fait que, l'année précédente, ce prélat avait été l'un des trois évéques envoyés de Gaule à Rome pour traiter l'affaire des donatistes.
(2) Je n'ignore pas l'usage que l'on a voulu faire à ce propos des conciles de Sardique (343) et de Rimini (359), et môme du concile d'Arles (314). Celui-ci porte dans certains manuscrits la dénomination de « concile des 600 évoques; » mais ce n'est là qu'une rubrique de copiste ou de collecteur: les manuscrits qui la contiennent dérivent d'un même exemplaire, du VI" siècle; ils ne valent à eux tous que ce que vaut cet exemplaire, c'est-à-dire rien du tout, le chiffre en question étant démenti par tout ce que nous savons sur le concile d'Arles, soit par les pièces conciliaires ellesmêmes, soit par les documents contemporains. A Sardique, il y avait à peu près 90 évéques de l'empire d'Occident, dans ses limites d'alors, qai comprenaient rillyricum. Ce pays fournit au moins le tiers des prélats; l'Italie en envoya une dizaine, l'Espagne, six: le reste se répartit entre la Pannonie, qui dut être assez largement représentée, la Gaule, la Bretagne et l'Afrique. On voit que ce concile est peu propre à démontrer que les sièges épiscopaux fussent nombreux dans notre pays. Au concile de Rimini, les documents les plus autorisés (Sulpice Sévère, Citron., II, 41; saint Athanase, De Synodis, 8. 33; saint Jérôme, Adv. Lucif., 18) attestent la présence de plus de 400 évéques, pour la même étendue ds pays que représentaient
s'autoriser pour évaluer exactement le nombre des sièges fondés à un moment quelconque du IVe siècle. Il faut donc reconnaître que l'histoire de ce développement ne peut être reconstituée.