‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 2)Chapitre 36 sur 140 · LES SUFFRAGANTS DE VIENNE · texte numérisé non relu

LES SUFFRAGANTS DE VIENNE

celui de Tarantaise, une province spéciale. D'autre part, on donna lecture au concile de Francfort des lettres de Léon, confirmées par Symmaque, où l'on ne reconnaissait à Vienne que quatre suffragants, Tarantaise y compris. En 867, cet arrangement fut consacré à nouveau, et dans les termes mêmes de Léon, par le pape Nicolas (1). Du silence de ces documents pontificaux il était naturel de conclure que ni Maurienne, ni Die, ni Viviers ne relevaient de Vienne. Maurienne était tout près de Tarantaise; Die et Viviers s'étaient jadis rattachées à Arles.

En ce qui regarde Maurienne, nous n'en sommes pas réduits aux conjectures. Une lettre de Jean VIII (Jafïé, 3150), de l'année 878, désigne formellement l'évêque de cette localité comme suffragant de Tarantaise.

Un manuscrit du Xe siècle (2), provenant directement du Puy en Velay, mais évidemment d'origine viennoise, contient un récit de la fondation du siège de Maurienne avec le titre suivant : Auctoritas quod ex antiquo Moriensis ecclesia Viennensi ecclesie metropoli subdita fuit. Ce document semble postérieur à Grégoire de Tours et même à la Chronique d'Adon (3). Il semble bien avoir été rédigé en vue de prouver que Maurienne avait été, dès l'origine, soumise à la métropole de Vienne. On éprouvait donc à Vienne, au Xe siècle, le besoin de se défendre sur ce point. Dans le même manuscrit figure la Notice des Gaules, mais avec une retouche assez grave; l'unité de la Viennoise administrative est brisée ; il y a une province de Vienne et une province d'Arles (4). On a voulu, cela est clair, faire

(1) Lettre à l'archevêque Adon (Jaffé, 2876).

(2) Parisinus, 1452, fo 202.

(3) Gl. mart.f 13; Adon, Migne, P. L., t. CXXIII, p. 103; cf. Gundlach, dans le Neues Archiv., t. XV, p. 63, n. 1. Dans son édition de ce document (M. G. Script, merov., t. III, p. 533), M. Krusch donne les variantes d'un autre manuscrit, conservé aux archives de la cathédrale de S. Jean de Maurienne, mais il n'en indique pas l'âge.

(4) Sur les mss. qui présentent cette particularité, voir Mommsen, M. G. Auct. Antiquissimi, t. IX, p. 582.

coïncider la vieille notice avec les circonscriptions ecclésiastiques.

La Viennoise se présente d'abord, avec les cités de Vienne, Genève, Grenoble ; Valence est omise par suite de quelque accident ; puis vient la province des Alpes Grées et Pennines :

Item de provinciis septem :

Provincia Viennensis prima :

Civitas Vienna metropolis,

Civitas Genavensium,

Civitas Gratianopolitana ; ad quam etiam provincia Aipium Graiarum et Penninarum pertinet :

Civitas Ceutronum Darentasia,

Civitas Vallensium Octodoro,

Civitas Maurienna,

Civitas Augustana.

Provincia Aquitanica prima :

Suivent les six provinces de Bourges, Bordeaux, Auch, Narbonne, Aix, Embrun. Après quoi le texte continue :

Finiunt provinciae septem.

Arelatensis. Civitas metropolis Arelas,

Civitas Masiliensium,

Civitas Albensium Vivario,

Civitas Dehinsium,

Civitas Trecastinorum,

Civitas Vasensium,

Civitas Aurasicorum,

Civitas Cavallicorum,

Civitas Avennicorum,

Civitas Carpentoratensium Vindasca.

Toulon est omis.

Cet arrangement est remarquable. D'abord il nous offre une conception des Sept-Provinces qui est identique à celle des faux privilèges. Dans ceux-ci on ne réclame jamais ni Arles ni son domaine : la province d'Arles ne fait pas partie du groupe des Sept-Provinces. En revanche, on subordonne à la métropole de Vienne toute la province de Tarantaise. Le faussaire a dû avoir sous les yeux une No-

tice des Gaules exactement conforme à celle ci. On sait d'ailleurs qu'il s'est servi de ïauctoritas relative à Maurienne (1).

Ce dernier document est, il est vrai, en contradiction avec la Notice, où Maurienne est annexée à la province de Tarantaise. Entre les deux, le faussaire a suivi le plus favorable au siège métropolitain de Vienne. Il faut noter aussi que la Notice remaniée maintient dans le ressort d'Arles les deux évèchés de Die et de Viviers (2), tandis que le faussaire les revendique expressément pour Vienne.

De tout ceci il paraît résulter que la situation demeura longtemps indécise et que, dans le courant du Xe siècle, il n'était pas bien sûr, même à Vienne, que les évèchés de Maurienne/ Die et Viviers appartinssent au ressort de cette métropole. L'ancienne répartition opérée par saint Léon, renouvelée par Nicolas Ier, suivie par Jean VIII, faisait toujours obstacle. On l'alléguait volontiers pour soutenir les prétentions relatives à Tarantaise; mais pour Die et Vi" viers elle était gênante. On se tira de là, d'abord par les faux du XIe siècle, puis par les bulles de Calixte II, qui consacrèrent toutes les revendications viennoises et donnèrent à la province ses limites définitives.

Une tradition très ancienne, constatée dès le premier tiers du VIe siècle, attribue la fondation de la chrétienté de Valence à trois missionnaires envoyés de Lyon, les martyrs Félix, prêtre, Achillée et Fortunat, diacres (3). Après ces origines, le souvenir de saint Apollinaire, frère de

(1) Gundlach, loc. cit.

("2) Cependant, un manuscrit aussi ancien que celui-ci, le Parisinus Nouv. Acq., 1460, où la Viennoise primitive est démembrée aussi, exclut ces deux cités de la province d'Arles.

(3) Sur cette tradition, cf. ci-dessus, p. 51 et suiv. Son premier document est, il est vrai, une pièce apocryphe, mais qui suppose et constate une croyance antérieure. Fête, le 23 avril, marquée déjà dans le martyrologe hiéronymien.

l'illustre évêque de Vienne saint Avit, est le plus ancien de ceux qui ont été retenus par la tradition du moyen âge. Il est vrai que, sur cette tradition, nous n'avons qu'un docuriient bien tardif, la chronique des évèques de Valence, recueillie par dom Estionnot dans un manuscrit de Nicolas Chorier, et publiée par M. l'abbé Ulysse Chevalier (1). Ce manuscrit provenait de la cathédrale de Valence; il avait été rédigé successivement à des époques assez diverses, jusqu'au XVIe siècle. Estiennot a cru distinguer des rédactions du Xe siècle, du XIIe, du XIIIe, du XIVe et du XVIe. Voici ce texte :

Narrât Hieronymus doctor legis Dei in Catalogo scriptorum ecclesiasticorum s. Polycarpum b. apostoli Domini et evangelistac Iobannis fuisse discipulum et ab eo Smyrnae provinciae Asiae fuisse o-rdinatum episcopum. Cuius discipulus Irenaeus Lugdunensis archiepiscopus suos discipulos, Felicem presbyterum, Fortunatum et Acbilleum diaconosad hanc Valentinam urbem ad praedicandum verbum Dei misit, qui primi urbis huius incolis verbum Dei fidei ad gloriosum nomen Domini simulque b. et individuae Trinitatis communitatem indissolubilem prnedicarunt. Qui cuin maximam praefatae urbis partem ad Cbristi fidem convertissent, a Cornelio pp. Aureliani imperatoris duce novam persecutionem in Christianos moventis, anno salutis CCLXXVIIt palmam martyrii sumpserunt.

Post illorum gloriosam mortem fides catbolica in hac urbe latuit exigua (2) usque ad Constantinum magnum, pace ecclesiis Dei per eum reddita ; cuius edicto gentilium templa subversa sunt aut secundum morem illorum temporum Deo et eius Virgini Matri dicata fuerunt. Quare ad exhortationem alicuius sacerdotis qui secrète aliquos urbis buius ci ves christianismum doccbat, templum idolorum ad houorem Christi et eius Virginis Matris dicatum est, quod a figura eius rotunda nunc ecclesia b. Mariae Rotundae nuncupatur. Nomina autem sacerdotum ibidem Deo et populo Valentino deservientium incognita habentur. Nam anno CCCCXIX haec urbs capta est a Gothis peste Ariana laborantibus (3) et a fide sincera deflexit usque ad tempora beatissimi confessons

(1) Documents inédits relatifs au Dauphinè (Académie Delphinale*, t. II, 5e partie, p. 31-37.

(2) Ceci est peu d'accord avec la conversion de la plus grande partie de la ville, racontée dans la phrase précédente.

(3) Chronique de 452 {Prosper Tiro), à Vannée 412 : « Valentia nobilissima Galliarum civitas a Gothis effringitur. ad quant se fugiens Iovinus contulerat. » — Peut-être la tradition avait-elle fondu ensemble ce souvenir et celui des ravages de la colonie d'Alains installée en 440 sur le territoire de Valence; voy. ci-dessus, p. 80, n. 1.

Christi Apollinaris mirae sanctitatis ac signifioae virtutis, a fratre suo Avito arcbiepiscopo Viennensi primi liuius urbis ordinati episcopi, régnante Zenone imperatore (l). Cuius sedes episcopalis fuit ecclesia s. lohannis Baj)tistae et Evangelistae ab ipso et civibus Valentinis constructa, quae nunc Stephani protomartyris nomine nuncupatur, in qua sedens claruit annis XXIV.

Beato Apollinari successif Maximinus (2), sanctitate et virtutibus pollens.

Inde Aemilianus, vir sanctissimus (3),

et post hune s. Salvius, mirae sanctitatis episcopus (4);

quem secuti sunt Antonius^

deinde Antoninus,

post Gallus (5),

et tum Baynaldus (6),

inde Elephas. Qui, iuxta sententiam apostoli duplici honore habiti sunt digni. Nam cum decano, archidiaeono, archiclavo et eorum canonicis verbo et doctrina ita praefuerunt ut eorum successor

Waldaldus, familiaris fuerit Karolo imperatori, manifestans ei primordia religionis christianae in hac urbe et diocesi. Quare religiosus imperator inter caetera dona dédit ei in episcopatu Rhegensi ecclesiam unam cum appenditiis suis, in qua beati confessores Maximus Rhegensis episcopus et Apollinaris convenire (7) solebant de rébus divinis tractaturi.

Eo tempore legati praedicti imperatoris providentia divinaossab. Cypriani martyris et episcopi Cartaginensis ab Africa secum detulerunt usquead urbem Arelatensem ; quae a praefato imperatore Lcydraldo archiepiscopo Lugdunensi data fuerunt in custodiam quoadusque reliquias b. Cornelii Romani pontificis et martyris coadunasset. Dumque in hoc sancto proposito intendit, Aquis Grani in Domino obdormivit. Guius piam voluntatem sequentes ej)iscopi Sylvius

et Lambertus executioni mandare curaverunt. Nam devota fidelium multitudine crescente, quia ecclesia s. Stephani angustior erat, iuxta illam sacellum cum suo altari ad honorent b. Oypriani construxerunt.

Bonitus vero mirae sanctitatis vir, translationem b. Apollinaris ab inferiori s. Pétri ucclesia burgi ad ecclesiam s. Stephani celebravit.

(1) La tradition est trop modeste -, le siège de Valence existait certainement au IVe siècle.

(2) Il serait dur de croire que ce Maximin fût identique au Maxime dont il est parlé ci-dessous (n° 2); ce sera plutôt celui de 5G7 (n° 6).

(3) Celui de 374.

(4) Ce saint Salvius a été identifié par les uns avec un personnage de ce noru mentionné dans la vie de saint Eloi, les autres avec saint Sauve de Valenciennes (t v. 800) Ces identifications ne sont pas justifiées.

(5) Ci-dessous, n" 5; il vivait en 549.

(G) Probablement le Ragnoaldus de 585 (n° 7).

(7) Ceci n'est pas possible; il y a prés d'un siècle de distance entre les deux saints.

Robertus aliud sacellum contiguum ad honorem dominicae Crucis construxit.

Dalvarannus limites episcopatus Valentini cura authoritate Hludovici imperatoria confirmare curavit anno DCCCCX et ita episcopatus Valentinus limitatus.

Cum (1) propter officium divinum, tum propter servitium ex pluribus officiis crebrescentibus, nobiles ac cives Valentini bona temporalia temporibus subsequentibus bonae memoriae episcoporum contulerunt, quorum haec sunt nomina :

Erlardus,

Isaac,

Aymericus,

Addoy

Brocardus,

Archimbertus,

Âginnus,

Robertus,

Isaac, qui cum laudabili ritu praefuerunt ; et eorum temporibus a felicis recordationis Nicolao papa huius nominis 11° data est potestas huius canonicis Valentinensis ecclesiae electionis episcopi et omnium dignitatum et officiorum.

Supradictis episcopis successit Remegarius vitae venerabilis, qui inter sua praeclara gesta translationem ss. martyrum Felicis, Fortunati et Achillei ab eorum sepultura in ecclesia b. Stephani celebravit. Postea eius successores

Odilbertus,

A imo,

et Guigo cum maiori observatione cultui divino praefuerunt.

Inde Lambertus colligens omnes reliquias praedictas in capsa argentea, solemnitatem inventionis earum instituit,

quam Humbertus continuando approbavit,

et Pontius ligno s. Crucis et cruce lapillosa cum portisac tabulis duabus eburneis sacellum s. Crucis decoravit.

Post quem Gontardus, quo praesidente bonae memoriae Urbanus II pontifex Romanus, ecclesiarum Christi cura m gerens, dum ad générale concilium Claromontem per hanc urbem iter faceret, prospiciens priol'iim episcoporum summam vigilantiam atquc doctus Karoli magni piam intentionem, dissolutis praedictis s. Crucis ac b. Cypriani sacellis iuxta ecclesiam b. Stephani, hanc basilicam magnificam a primo lapide ad summum usque aedificavit, sanctissimorumque martyrum Cornelii et Cypriani ossa coadunando supra maius altare, una cum corporibus ss. martyrum Felicis, Fortunati et Achillei ac primi episcopi Apollinaris, eam dedicavit anno MXCIV, transferendo in eam sedem episcopalem,

in qua Eustachius episcopus féliciter sedet.

(1) A partir d'ici, Estiennot note un changement d'écriture.

Suivaient, dans le manuscrit, diverses autres séries, qui prolongeaient le catalogue jusqu'à Jacques de Tournus, nommé en 1540.

Avant d'apprécier la valeur historique du texte que je viens de reproduire, il convient d'y adjoindre une série, limitée, il est vrai, puisqu'elle ne commence qu'au milieu du IXe siècle, mais très recommandable par sa provenance. On la trouve dans le troisième cartulaire de Grenoble; ce manuscrit, conservé à la bibliothèque de Grenoble est du milieu du XIIe siècle environ.

Dans la partie qui nous intéresse il n'est pas très facile à lire, beaucoup d'endroits ayant été endommagés. Voici ce qu'en a tiré M. Marion (t), dont je reproduis ici l'édition :

Episcopi Viennenses.

Ailmarus.

Ado.

Otrannus.

Bernuinus.

Ragenfredus.

Alexander.

Sobo.

Thcutbaldus.

Valentinenses.

Doctrannus.

Ratpertus.

Hysaac.

Aimenricus.

Remegarius.

Odilbertus.

Aimo.

Vuigo.

Gracianopulitani.

Bernerius.

Hysaac.

Alcherius.

Isarnus.

Umbertus.

Doctrannum invenimus in cartis nostris contemporaneum Barnerii;... Bernerium Gratianopolitanum, in tempore Adonis; ...tempore Bemuini Viennensis, Hysaac Valentinensis ;... Remegarium Valentinensem... Sobonis sub Ludovico. Sobone defuncto, cum nondum... Valentinensem cum aliis episcopis, assensu Viennensis cleri et populi ord... aecclesiae, sub Conrado rege. Postea invenimus Teutbaldum Viennensem successorem Sobonis... lsarnum Gratianopolitanum eodem tempore fuisse sub rege Conrado. Postea invenimus... Vuigonem Valentinensem, Aimonis successorem, ac Humbertum Gratianopolitanum successorem... sub Conrado rege.

L'auteur de ces catalogues et des observations qui les accompagnent s'est aidé, exclusivement, à ce qu'il semble, des chartes qu'il avait sous la main.

(1) Cartulaire de Grenoble, p. 264.

Revenons maintenant au catalogue valentinois. Il est aisé de voir que, après le préambule sur les premiers missionnaires, contemporains de saint Irénée, il comprend quatre séries ou groupes de noms.

Le premier groupe contient neuf noms, qui, bien évidemment ne sont pas en ordre. Dans la pensée du compilateur, ces neuf évêques sont antérieurs à Waldaldus, contemporain de Cbarlemagne. En fait, les cinq qui sont connus d'ailleurs sont antérieurs non seulement au IXe siècle, mais au VIIe. Quelques-uns, appartenant à la même période, ne figurent pas ici, bien qu'ils soient sûrement attestés : Cariatho (442), Ailulfus (642), Ingildus (650), Bobo (678). La liste est donc non seulement en désordre, mais incomplète. Il est juste, je crois, de conserver les noms de Salvius, Antonius, Antoninus, Elephas, qu'elle est seule à donner; mais il n'est pas possible de les classer chronologiquement.

Dans la seconde partie, Waldaldus est donné comme familier de l'empereur Charlemagne ; il aurait donc vécu entre 801 et 814. Silvius et Lambertus auraient siégé après 814 ; l'auteur leur fait élever une chapelle à saint Cyprien, ce qui cadre, d'une part avec les prétentions que l'église de Valence éleva sur les corps des saints Corneille et Cyprien, d'autre part avec la date de la translation (814) de saint Cyprien à Lyon. Vient ensuite Bonitus, dont le nom figure au bas du faux concile de Narbonne (788). Lui aussi est dit s'être occupé d'une translation ; mais il est clair que sa date doit le faire reporter au delà des trois autres. Robertus est évidemment le Ratbertus ou Ratpertus que nous connaissons par le cartulaire de saint Hugues et par divers autres documents, desquels il résulte qu'il fut évêque de Valence au moins de 858 à 879. Avant lui, saint Hugues en marque un autre, Doctrannus, qui manque à notre liste. Celle-ci nous donne après Robertus un Dalvarannm qu'elle met en rapport avec l'empereur Louis l'Aveugle pour un événement daté de 910. Cette date est inacceptable, car le

siège de Valence était alors occupé par Remegarius. Mais il y a plus, le Dalvarannus étant absent de la liste de saint Hugues, qui fournit un contrôle pour cette période, il y aurait lieu de mettre son existence en doute, s'il n'était possible de l'identifier avec Doctrannus.

Donc, pour ce second groupe encore, c'est-à dire pour la partie afférente au IXe siècle, notre document laisse à désirer, au point de vue de l'ordre.

Le troisième groupe contient, comme le compilateur l'a marqué expressément, des noms d'évêques relevés dans les chartes de donation. Avec cette série on est censé atteindre le temps du pape Nicolas II (1059-1061). Mais il ne faut pas s'y fier. Le cartulaire de saint Hugues, vérifié par un grand nombre de documents, nous permet d'établir avec sûreté la liste épiscopale de Valence pendant le Xe siècle; un seul des neuf noms de notre liste y figure, c'est celui d'Aymericus, YAimenricus de saint Hugues. lsaac, qui semble avoir été dédoublé, est connu par des documents de 886, 892, 899 ; Robertus semble être ici une répétition du Robertus de 858. Addo est peut-être identique à l'évêque de ce nom qui concourut à Thionville, en 835, à la déposition d'Ebbon de Reims, et, en 840, à Ingelheim, à sa restitution. Restent Erlardus, Brochardus, Archimberbertus, Aginnus, qui, ne pouvant être placés ni au Xe siècle ni plus lard, ni même dans la seconde moitié du IXe siècle, se trouvent rejetés assez loin en arrière.

Le dernier groupe s'ouvre par la série Remegarius, Odilbertus, Aimo, Guijo, qui concorde parfaitement avec la fin du catalogue de saint Hugues. La suite, Lambertus, Humbertus, Pontius, Gontardus, Eustachius, est attestée par les documents, sauf que ceux-ci ne soutiennent pas Humbertus et qu'ils nous obligent à introduire à sa place un Wigo II. Y a-t-il ici une erreur, ou cette différence des noms s'explique-t-elle par des circonstances inconnues de nous? je ne sais. Toujours est-il que, sauf ce point litigieux, le dernier quart de notre catalogue, correspondant aux Xe et

XIe siècles, est d'accord avec la réalité des choses. Rien ne s'oppose, en somme, à ce que l'ensemble ait été rédigé à la date que la finale réclame, c'est-à-dire sous l'évêque Eustache, qui, promu vers le commencement du XIIe siècle, siégea en droit jusqu'en 1134 (1) et en fait jusqu'en 1141. De cette discussion il résulte que, pour les temps antérieurs au début des listes de saint Hugues, c'est-à-dire au milieu du IXe siècle, c'est aux documents qu'il faut s'adresser directement pour constituer la série des évoques de Valence.

1. — Aemilianus. — Le plus ancien que l'on puisse atteindre nous est fourni par la vie de saint Marcellin d'Embrun, texte hagiographique de fort bonne note. Il y est dit que Marcellin, premier évêque d'Embrun, fut ordonné par saint Eusèbe de Verceil et par Emilien, évêque de Valence. Un Aemilianus signa au concile tenu dans cette dernière ville en 374. Ce doit être le même, bien que sa signature n'indique pas de siège épiscopal. A première vue, on peut trouver étrange l'association d'un évêque de Verceil et d'un évêque de Valence pour la fondation d'une église à Embrun. Quand on y regarde de plus près, on constate qu'il n'y avait guère, entre la vallée du Pô et celle du Rhône, d'évêchés plus rapprochés que ceux dont il s'agit. Celui de Grenoble n'apparaît pas avant 381 et à cette date il en était encore à son premier titulaire. De ceux de Tarantaise et de Turin, il n'est pas question avant le Ve siècle (2). Il n'y a donc aucune raison de se défier du témoignage de la vie de saint Marcellin. Mais il n'en résulte pas qu1 'Aemilianus doive être considéré comme le premier évêque de Valence. C'est le plus ancien que l'on connaisse, voilà tout ce qui peut être affirmé (3).

(1) Il fut alors déposé par le pape Innocent II.

(2) Die avait alors des évêques; peut-être le titulaire fut-il choisi pour être le troisième consécrateur.

(3) Le G. C. élimine, avec raison, un Sextus de source polycarpique.

2. — Maxim.us. — Ses antécédents et sa conduite donnèrent lieu à une lettre (1) du pape Boniface I, du 13 juin 419, où il est enjoint aux évoques « des Gaules et des Sept-Provinces » de le faire passer en jugement. D'après la teneur de cette lettre, Maxime aurait déjà donné des sujets de plainte sous les prédécesseurs de Boniface. c'est-à-dire à tout le moins sous les deux derniers, Innocent et Zosime, ce qui suppose qu'il siégeait avant l'année 417.

3. — Cariatho. — Se fît représenter au concile de Vaison, en 442(2).

4. — Apollinaris. — Saint Apollinaire, le frère de saint Avit, assistait, en 517, au concile d'Epaone ; un peu plus tard (518-523) à celui de Lyon. Sa fête est au martyrologe hiéronymien, 5 octobre. S'il faut en croire sa vie (3), il siégea trente-quatre ans.

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