CARPENTRAS
La cité de Carpentras n'est pas mentionnée dans la Notitia Galliarum : elle avait donc cessé d'exister avant le commencement du Ve siècle. Il est sûr qu'elle fonctionna sous le Haut-Empire. Soit qu'elle ait été rétablie peu après le temps où fut rédigée la Notice, soit que son évêché remontât notablement au delà, c'est à-dire au temps où il y avait une cité, il est sûr que, dans la première moitié du V6 siècle, Carpentras avait un évêque. Le titre d'évêque de Venasque (Vindascensis) apparaît au VIe siècle ; il vient sans doute de ce que le siège épiscopal avait été transporté dans cette localité.
(1) Ilist. Fr.t VIII, 31; IX, 4, 41; Mir. s. Martini, III, 60. — Voir sa vie dans les Acla SS. oct., p, 467.
(2) Le n° 8 du G. C. est un Hildebotdus Cabilonensis qui signe en dernier lieu au privilège de Tournus. Ce privilège est de l'année 875, et fut signé d'abord par l'évéque du lieu, Gerbaldus Cabilonensis. Les auteurs du G. C. voient une impossibilité à ce que Hildeboldus soit un évêque du môme siège, c'est-à-dire de Chalon-sur-Saône. La chose ne me paraît pas aussi claire, car, sauf les quatre premières, toutes les signatures du privilège ont été ajoutées après coup. Rien n'empêche que la dernière soit celle d'un successeur de Gerbaldus. Ce n'est, du reste, pas le seul cas ou ce privilège porte la signature de deux évéques du même siège.
1. — Constantianiis (1). — Se fît représenter au concile de Riez (439), signa aux conciles d'Orange (441) et de Vaison (442) comme évêque civitatis Carpentorotensis. Son nom se retrouve dans les lettres arlésiennes de 449, 450, 451.
2. — Iulianus. — Signa, comme évêque de Carpentras, au concile d'Epaone, en 517. Il reparaît aux conciles provinciaux de 524, 527, 529 (2).
3. — Si ff reclus. — S. Siffrein , patron de Carpentras ; fête, le 27 novembre. D'après sa légende (3) , il aurait été ordonné par saint Césaire, à l'âge de 30 ans, et serait mort à un âge très avancé. Ces données sont incompatibles. Si saint Césaire (502-542) a ordonné saint Siffrein, ce n'a pu être que depuis 523 ; Siffrein serait donc le successeur de Julianus ; et son épiscopat n'aurait pu durer plus de 12 ans (4) ; ainsi il serait mort avant d'avoir atteint la vieillesse. Ce qu'il y a de mieux à faire, c'est d'accepter de la tradition l'épiscopat de saint Siffrein, mais de renoncer à lui assigner une date. D'après sa légende, il éleva trois églises : à Carpentras, celle de Saint-Antoine; à Venasque, celles de Notre-Dame et de Saint-Jean. Inhumé dans la basilique Sainte-Trinité de Venasque, son corps fut porté plus tard à Carpentras.
(1) Constantianus manque au G. C. A sa place on trouve un Valentinus polycarpique, et, d'après une série de portraits que l'on voyait jadis à l'évêché, Orontius Modeslus, Sabinus et Supevventor, sans autre référence. — Polycarpe a inventé aussi un évêque Firminus de Venasque, contemporain de son Valentinus, ce qui entraînait la distinction des deux sièges aux temps primitifs. Tout cela est à écarter.
(2) Ici le G. C. intercale un Principius qui est impossible. C'est, comme Julianus, un des ôvèques du concile d'Orange de 529. Après Principius il place Suffredus, saint Siffrein, dont le rang est incertain.
(3) Surius, 27 nov. Je l'ai lue dans un lectionnaire du XIVe siècle, Parisin. 3820. Cf. Proprium Sanctorum ecclesiae Ucetiensis ; Lugduni, 1680, pp. 150-151.
(4) Joignez à cela que la légende suppose que le saint entra tout jeune enfant dans le monastère de Lérins, où il aurait été reçu et élevé par saint Césaire, abbé du lieu. Saint Césaire n'a jamais été abbé de Lérins. Il aurait eu cette qualité jusqu'à son élévation à l'épiscopat qu'une autre difficulté surgirait. Si Siffredus a été ordonné évêque à 30 ans, en 530 au plus tôt, il avait 2 ans seulement en 502, date de l'avènement de saint Césaire à l'épiscopat. Voit-on les moines de Lérins adopter des pupilles de cet âge ?