‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 3)Chapitre 14 sur 144 · LES PROVINCES ALPINES · texte numérisé non relu

LES PROVINCES ALPINES

chef-lieu était (1) à Embrun, Ebrodunum ou Eburodiimim, qualifié de xcôix-/) par Strabon, mais qui reçut plus tard une organisation municipale (2), Plus haut encore, près des sources de la Durance, on trouvait un autre municipe, Brigantio (Briançon). Ptolémée le groupe avec Suse et attribue ces deux localités aux Ségusiens (3). Sous le haut empire, Embrun et Briançon appartenaient à la province des Alpes Cottiennes, dont le centre était à Suse, sur le versant italien. Il est bien probable que cette province comprenait aussi la vallée de Maurienne, où Ton place, sans en être bien sûr, le territoire des MeduUi. Depuis Dioclétien, Embrun , avec le territoire des Caturiges, fut annexé à la province des Alpes Maritimes (4); il est douteux qu'il en ait été de même pour Briançon (5). La Maurienne, en tout cas, relevait, au commencement du VP siècle, de l'évêché de Turin , tout comme la ville de Suse et le reste de la province des Alpes Cottiennes. Ce fait montre que la limite occidentale de la province ne fut pas re[)orlée systématiquement au sommet des Alpes. Il y a lieu de croire que,

(1) Ptol., IIÎ, 1. 39.

(2) C. /. L., t. V, n» 7259; t. XII, n" 84. Dans la première de ces inscriptions, la civilas Ebroduniensis est nommée; l'autre a été trouvée à Embrun même. D'autres inscriptions (t. XII, 81, 82, 83) mentionnent simplement la cité ou ses magistrats; le n" 78 porte CIVIT . OATVR. Ainsi, on employait tantôt le nom du chef- lieu, tantôt celui de la cité indigène.

(3) Loc. cit. : « Kaxoupîywv èv taî; Tpaïai; 'AÎ.TtEcrtv 'Eêopoôouvov, IcYO'jijiavwv èv rpaïaiç "A),irei7iv I,f^o<)a\.ov, BpiyâvTtov. » L'attribution des trois localités aux Alpes Grées est considérée par Mommsen, et, je crois, avec raison, comme une erreur de copiste (C. /. L., t. V, p. 810). Toutefois M. do Mantcyer (La Provence du I" au XII' siècle, p. 8) pense que le rattachement eut lieu en réalité et qu'il dura jusqu'au delà de l'année 333.

(4) C. I. L., t. XII, n° 78.

(5) L'inscription n<» 94 du Corpus est en trop mauvais état pour être concluante. Elle comprenait deux fragments d'une table de bronze dont la date et la provenance sont inconnues. Il est peu probable que le Conslan... qui s'y trouve nommé soit un empereur. La province des Alpes Maritimes y est marquée dans un endroit; on y lit aussi le nom Brigantionis; mais est-il sûr que ce soit celui de notre Briançon? Il ne faut pas oublier loido Brig... dont il va être question ci-dessous. Quand il serait prouvé que ce monument est du quatrième siècle, qu'il a été trouvé à Briançon et qu'il mentionnait cette localité, on pourrait encore se demander s'il la mentionnait comme appartenant à la province des Alpes Mai ilimes.

dans la vallée de la Dnrance, comme dans celle de l'Arc, elle descendait notablement au-dessons du faite, et que Briançon s'y trouvait comprise (1).

Quoi qu'il en soit , les municipalités d'Embrun et de Briançon ne tardèrent pas à disparaître; ces deux localités n'étaient plus, en 333, que de simples mansioy-ies.

La suppression ne fut pas définitive en ce qui concerne Embrun. La cité fui réorganisée avant la fin du 1V« siècle; elle obtint même le rang de métropole des Alpes Maritimes, comme on le voit dans la Notice des Gaules.

Au temps de Ptolémée, la province des Alpes Maritimes comprenait, sur le versant gaulois, quatre cités : celles de Vintium (Vence), de Salinae (Castellane) , de Cemenelum (Cimiez), et de Sanitium (Senez). Ce nombre fut modifié depuis. A Briançonnet, dans l'ancien diocèse de Glandève, on a trouvé des inscriptions (2) du temps de Valérien et d'Aurélien, gravées au nom d'un ordo Brig. La finale de ce nom est inconnue (3) ; mais il y a lieu de croire que cette organisation municipale s'est continuée dans la civitas Glannativa de la Notice. Celle-ci mentionne encore une autre cité, la civitas Rigomagensium, dont la situation précise n'est pas établie d'une manière bien sûre. Si, comme le veut M. Longnon (4), cette civitas tloit être identifiée

(1) Le diocèse de Mauricnne, qui comprit, outre le val de Suse, tout ce qui restait des Alpes Cottiennes à l'occident des Alpes, s'étendit d'abord jusqu'à Rama, ancienne station (mulatio) de la voie romaine entre Embrun et Briançon, à peu près à mi-distance. Ceci résulte d'un document (Billiel, Mémoire sur les premiers évêques de Maiiriei^ne, p. 35) relatif aux limites de ce diocèse. Il y est dit que du temps de l'évéque Leporius (v. 650), pour terminer les conflits entre les évéques d'Embrun et de Maurienne. le duc Mero, par commission royale, fit planter une borne à un mille de la civilalula appelée Rama. Or, il n'y a pas, dans cette région, d'autre Rama que la station postale (J. Roman, Tableau historique du déparlemeitl des Hautes-Alpes, t. I, p. XI). Sur l'àgc et lautonté du document, v. de Mantcyer, La Provence, p. 182 et suiv.

(2)C, J. L., t. XII, 57, 58.

(3) Une inscription de provenance suspecte (iUid., GO; cf. ^\d(Z.) donnerait lieu do croire qu'il faut développer en Brig\omu]gensium. Le mieux est de s'abstenir de toute restitution.

(4) Mélanges Renier, p. 395 et suiv.

L KVANGKLISATION. Va

avec la vallée de Barcelonnelte, il y aurait lieu d'en faire remonter l'origine jusqu'au U" siècle, en lui rattachant une inscription de ce pays qui mentionne un duumvir (1). Je crois plutôt que son chef-lieu doit être placé à Thorame, dans la vallée voisine : un évêque de ce lieu, se qualifiant episcopus civitatis Eturamine, assista au concile de Vaison, en 442 (2).

A ces cités, au nombre de six, il en fut ajouté deux autres avant la fin du IV® siècle, celle d'Embrun^ détachée des Alpes Cottiennes, comme il vient d'être dit, et celle de Digne, démembrée de la Narbonnaise.

Les provinces que je viens de décrire ne furent pas toutes classées par Dioclétien dans la même circonscription diocésaine. On sait que l'ancienne Gaule forma, à partir de la fin du III^ siècle, deux ressorts diocésains, celui du pracfectus praeùorio Galliarum^ en résidence à Trêves, et celui du vicarius V provinciarum (ou VU prov.), en résidence à Vienne. Au premier de ces deux ressorts appartenait la petite province des Alpes Grées et Pennines ; les autres faisaient partie du diocèse des V (ou VII) provinces. Quant aux Alpes Cottiennes, elles furent attribuées au diocèse d'Italie ; aussi ne figurent-elles point dans la Notice des Gaules.

l'évangélisation

En dehors de tout témoignage positif, il serait déjà vraisemblable que le pays voisin du Rhône a été évangélisé de bonne heure. Les relations commerciales de Marseille

(1) C. /. L,, t. XII, 8î. L'inscription marque la tribu.

(2) M. Longnon pense que ce pourrait être l'cvéque de Senez. C'est un peut-être. D'autre part, il signale un paaiis ou vallis Rigomagensis dans le testament d'Abbon (726), et l'identifie avec la vallée de Barcelonnette. M. de Manteyer (La Provence, p. 172) a démontré que la vallée de Barcelonnette figure bien dans ce document, mais sous un autre nom; quant au pagus Rigomagensis, il le retrouve dans le pays de Chorges.

s'étendaient à toute la Méditerranée. S'il n'est pas possible d'accepter, comme ayant une valeur traditionnelle quelconque, les légendes relatives à sainte Madeleine et à d'autres personnages soi-disant émigrés de Palestine en Provence, il est naturel de supposer que, parmi tant de navires qui vinrent, aux tem[)S les plus anciens du christianisme, jeter l'ancre dans le port de Marseille, il s'en est trouvé qui auront débarqué des évangélistes. Au milieu du II« siècle, il y avait à Lyon et à Vienne un assez grand nombre de chrétiens, qui paraissent avoir formé d'abord une seule et même église. La région maritime nous offre deux monuments qui semblent bien remonter à des temps tout aussi anciens, une inscription actuellement conservée à Marseille (1), et un sarcophage trouvé à laGayole, dans les limites du territoire d'Aix (2). On peut considérer comme attesté que les églises d'Arles, Toulouse, Vienne, existaient au milieu du IIP siècle, et il est probable qu'elles n'étaient pas les seules. Les souvenirs martyrologiques relatifs à saint Saturnin de Toulouse, saint Ferréol de Vienne, saint Gênés d'Arles, saint Victor de Marseille, constatent des faits du IIP siècle, ou. au plus tard, des premières années du IV®. Au concile d'Arles de 314 furent représentées les églises de Vienne, Vaison, Orange, Apt, Arles, Marseille, Nice; un évéque de Die assista, en 325, au concile de Nicée. 11 est bien probable que. pour la plupart, les cités énumérées un siècle après dans la Notice avaient dès lors des églises et des évéques. Ceci, cependant, doit s'entendre de l'ancienne Gaule narbonnaise, et non point des provinces alpines, dont l'évangélisation ne semble pas remonter si haut.

Dans les Alpes gauloises, deux centres de rayonnement

(1) C. /. L., t. XII, n" 489; Leblant, n° 548a; reproduction très soignée dans le livre de l'abbé Albanès, Armoriai et Sigillographie des évéques de Marseille, p. 4. Cependant, il n'est pas absolument sûr que cette inscription ait été gravée à Marseille même.

(2) Leblant, Sarcophages <-hréUens de la Gaule, p. 1.57, pi. Lix, 1. L'inscription est rapportée.

l'kvangélisation. 77

chrétien se manifesteiil au IV" siècle. La vallée Pennine honorait dés lors, à Agaunum {Taniaiae Nantuatium) , un grand souvenir à la fois martyrologique et militaire. En 377, le pays était assez christianisé pour que le gouverneur de la province pût faire graver le monogramme du Christ sur rinscri[ition dédicatoire d'un monument public (1). L'évêque à.'Octodurus (Martigny) assistait, quatre ans plus tard (381), au concile d'Aquilée.

En ce qui regarde l'évangélisation des Alpes Cottiennes, nous sommes dépourvus de tout renseignement. Les vallées de Maurienne et de Briançon ressortissaient au siècle suivant, avec toute la province, au siège épiscopal de Turin, dont la date est inconnue, mais qui n'apparaît pas avant le V^ siècle.

Quant aux Alpes Maritimes, c'est surtout par la mer que ces districts communiquaient avec l'extérieur. C'est de Nice, en effet, que leur vint le christianisme. Nice avait une église organisée dès le temps du premier concile d'Arles (314). Vers le milieu du IV® siècle, il en sortit des missionnaires, les saints Marcellin, Domnin et Vincent, auxquels les églises d'Embrun et de Digne doivent leur fondation. Aucune tradition, même légendaire, ne s'est conservée sur l'origine des six sièges compris dans l'ancienne province. Il y a lieu de croire, toutefois, que, lors du coTicile de Riez (439), chacune des huit cités avait son évêque (2).

Deux de ces sièges, ceux de Rigomagus et de SaUnae, disparurent dans la suite, à une date incertaine (3).

(1) C. /. L., t XII, n° 138. Inscription trouvée à Sion.

(2) Cf. ci-dessus, p. 29, n. 2.

(3) On ne saurait affirmer que quelques uns de leurs titulaires n'aient pas siégé aux conciles de la province dWries au temps de saint Césaire. Au concile provincial de 554, dix-huit évéques furent présents ou représentés. La province en possédait alors 24 ou 22 (Uzès exclu); suivant que l'on compte ou non les deux cités en question Les sièges de ces évéques sont tous connus; un seul, celui dEmeterius, reste incertain. Il n'est nullement sûr que l'on doive y voir un évéque de Rigomagus ou de SaUnae; il pourrait tout aussi bien être revendiqué pour les sièges de Trois -Châteaux,

Il est vraisemblable que. dés les dernières années du IV« siècle, chacune des cités existantes avait son église et son évéque. Pour un bon nombre, cela est attesté directement. Dans le tableau suivant, je reproduis le texte de la Notice des Gaules pour les cinq provinces considérées ici, en le complétant [lar l'indication des localités épiscopales qui n'y figurent point. Les noms de celles-ci sont imprimés en italique, accompagnés du qualificatif locus^ civitas, castrum, etc.. qu'ils portent dans les plus anciens textes où il en est question. J'y joins l'énumération des sièges épiscopaux d'Italie et d'Espagne qui furent rattachés, passagèrement ou non, aux métropoles gallicanes, depuis le VP siècle et le VHP. En regard de chacun de ces noms figure la date du plus ancien document où l'évêché se trouve mentionné. Quand il a été possible de déterminer, avec quelque approximation, la date de la fondation du siège, c'est cette date qui est marquée, mais elle est accompagnée d'un astérisque.

VlENNENSlS.

metrop. civ. Viennensium v. 250*.

civ. Genavensium v. 400.

civ. Gratianopolitana v. 381*.

re

civ. Albensium I\'

civ. Deensium 325.

civ. Valentinorum 374.

civ. Tricastinorum 517.

civ. Vasensium 314.

civ. Arausicorum 314.

civ. Cabellicorum 396.

Marseille, Riez, Embrun. On ne trouve pas d'évéque de nos deux sièges aux conciles nationaux de 541 et .149 où figurèrent en grand nombre les prélats de la province d'Arles. — Severianus , évéque d'Eluramine, c'est-à-diro probablement de Rigomagus, figura encore, en 45n, parmi les prélats qui sollicitèrent le rétablissement de la métropole d'Arles. Depuis lors, il n'y a aucun document certain de la persistance de ce siège et de celui de Salinae.

l'évangélisation. 79

civ. Aveiiiiicorum 439.

civ. Arelatensium 254.

civ. Massiliensiuiii 314.

cil). Carpentoratensifi 439.

locus Telonensis 439.

portus Nicaensis 314.

Narbonensis prima.

metrop. civ. Narbonensium v. 250*.

civ. Tolosatium v. 250*.

civ. Beterrensium 418.

civ. Nemausensium 396.

civ. Luteveiisiuni 422.

castrum Uceliense 442.

civ. Agathensis 506.

ecclesia Elenensis 571 .

ecclesia Carcassonensis 589.

ecclesia Magalonensis 589.

viens Arisitensis 572.

Narbonensis secunda.

melrop. civ, Aquensium v. 408.

civ. Aplensium 314.

civ. Regensium 439.

civ. Foroiuliensium 374.

civ. Vappincensium 517.

civ. Segesteriorum v. 500.

civ. Antipolitana 442.

Alpes Maritimae.

metrop. civ. Ebrodunensium v. 365*.

civ. Diniensium v. 370*.

civ. Rigoinagensium 442.

civ. Saliniensium 439.

civ. Sauitiensium 506.

civ. Glannativa 541.

civ. Cemenelensium 439.

civ. Viiitiensium 439.

Alpes Graiae et Poeninae.

civ. Ceutronum 450.

civ. Vallensium 381.

DiOECESis Italica.

ecclesia Mauriennatis v. 575*.

civ. Aufjuslana 450.

DiOEGESIS HiSPANIARUM.

Urgellum.

Ausona.

Barcino (Egara) .

Gerunda (Empuriae).

DIVISIONS POLITIQIES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN

Peu d'iinnées après la rédaction de la Notitia Galliarum commença l'occupation de l'ancienne Narbonnaise par les barbares Goths et Burgondes. Les premiers, cantonnés, dés 419, dans l'ouest de l'Aquitaine, obtinrent en même temps la cité de Toulouse, qui fut la première résidence de leurs rois. En 443, les Burgondes s'installèrent dans la Sapaudia, c'est-à-dire, sans doute, dans le territoire de Genève (1). De ces deux points extrêmes, l'occupation barbare s'avança dans la direction du Rliône et de la métro pôle d'Arles. Les Goths entrèrent à Narbonne en 462, grâce à la trahison du gouverneur, le comte Agrippinus (2). En 463, on voit les Burgondes se mêler aux affaires ecclésiastiques de Die, ce qui suppose qu'antérieurement ils

(1) Il faut noter aussi, vers ce temps (44(1), l'établissement d'une colonie d'Alains dans les campagnes de Valence; elle y commit, deux ans aprt'S, des violences fort graves contre les propriétaires gallo-romains [Chronique de k52 [Prosper Tiio], édit Mommsen, p. G60).

(2) Chronique d'Idace.

DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN. 81

avaient occupé Grenoble (1). Les années suivantes ils firent de grands progrès; cependant Vaison tenait encore en 474 (2). A la chute définitive de l'empire, en 47G ou en 480, le roi des Goths, Euric, s'installa à Arles. Il avait alors sous son autorité, outre les trois Aquitaines, toute la Narbonnaise P", plus la cité des Helviens, c'est-à-dire toute la rive droite du Rhône ; de plus, les parties méridionales de la Viennoise, delà IP Narbonnaise et des Alpes Maritimes; la Durance formait la limite de ce côté. Aux Burgondes était échu le reste du pays compris entre le Rhône et les Alpes (3).

Ces arrangements furent troublés par la guerre de 507, entre les Francs, alliés aux Burgondes, et les Goths d'Alaric II. Indépendamment de l'Aquitaine, les Francs acquirent alors la cité de Toulouse, les Burgondes celle des Helviens (4).

D'autre part, le régime romain fut rétabli en Provence

(1) L'un des continuateurs de Prosper {Contin. Haviiiensis) marque à l'année 457 : « Gundiocus rex Burgundionum cum gente et omni praesidio, annuente sibi Theuderico ac Gothis, intra Galliam ingressus, societate et aniicitia Gothorum functus. »

(?) Sidoine, Ep. V, 6.

(3) Pour ce qui va suivre, je renvoie, en général, au livre de M. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle. Si, sur certains points, mes conclusions différent de celles de mon savant confrère, cela tient à ce que je n'ai point fait usage : 1° du colloque de Lyon, de 499, cette pièce ayant été démontrée fausse postérieurement à la publication de M. Longnon (J. Havet, dans la Bibliollièque de l'Ecole des chartes, t. XLVI, 1885, p. '205 et suiv.); 1° du concilium Arvernense de 549, qui n'a pas plus de valeur que le document précédent; 3° de certaines compositions hagiographiques peu propres, eu égard à leur date, à fournir des renseignements précis dans des questions comme celles-ci.

(4) Peut-être aussi celle d'Uzès. L'évêque d'Uzès figure, en 506, au concile d'Agde; on ne le voit pas, en 517, au concile d'Epaone, ce qui donnerait à croire que son diocèse n'avait pas encore été annexé au royaume burgonde. Il n'apparaît dans les conciles francs qu'en 541, en même temps que les évèques de Provence jusque-là soumis aux rois d'Italie Entre 506 et 541, on n'a aucun indice sérieux sur l'attribution politique de ce pays, de sorte qu'il est difficile de dire de quelles mains les Francs l'ont reçu, si c'est des Wisigoths, ou des Ostrogoths, ou des Burgondes. — La guerre de 507 valut aussi aux Burgondes une occupation plus complète de la cité d'Avignon.

par le roi Théodoric, et son domaine, d'abord restreint aux cités situées au sud de la Durance, fut étendu, en 523, jusqu'à la Drôme, de sorte que les cités burgondes les plus méridionales étaient alors celles de Die, Valence et Viviers.

En 534, le royaume burgonde passa aux mains des Francs ; en 536, ils héritèrent aussi de la province romaine. Depuis lors, ils furent les maîtres de toute l'ancienne Gaule, sauf la partie de la Narbonnaise T^ qui demeura sous l'autorité des rois wisigoths d'Espagne, c'est-à-dire les anciennes cités de Narbonne, Lodève (1), Béziers et Nimes. C'est ce qu'on appela la Septimanie (2). Elle suivit les destinées de l'Espagne, jusqu'à l'invasion musulmane du VIII® siècle. Les Sarrasins parurent, en 720, au delà des Pyrénées i depuis lors jusqu'en 759, ils furent presque toujours en état de guerre avec les Francs. En 759, Pépin le Bref prit Narbonne et porta sa frontière jusqu'aux Pyrénées. Mais l'ancienne province wisigothique conserva son individualité; sous les noms de Septimanie ou de Gothie, elle forma une circonscription spéciale de l'empire franc et plus tard du royaume de France. Au delà des montagnes, les conquêtes de Charlemagne et de Louis le Pieux amenèrent la fondation de la marche de Barcelone, où se trouvèrent comprises les anciennes cites d'Urgel, Ausona, Empuriae, Gerunda, Egara et Barcelone. Cette province transpyrénéenne doit être mentionnée ici, car elle entra, pour un temps, dans l'orbite ecclésiastique de Narbonne.

Le groupe formé au delà du Rhône par les provinces de Viennoise, de Narbonnaise II®, des Alpes Grées et Pennines, des Alpes Maritimes, s'arrondit, vers 575, par l'annexion de l'ancienne province des Alpes Cottiennes et de

(1) LoUève fut quelque temps soumise aux Francs; son évcquc assista, en 535, au concile austrasicn de Clermont. En 589 et depuis il figure régulièrement aux conciles d'Espagne.

(2) Ce nom se trouve déjà, et pour désigner le pays où nous sommes, dans Sidoine, £/v., III, 1.

DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN. 83

la cité d'Aosle. De ce côlé, l'empire franc déborda un peu le faîle des Alpes (1).

Les partages successifs entre les princes mérovingiens introduisirent ici, à certains moments, quelques différences dans l'appartenance politique. La civitas Helviorum passa, dès 534, au royaume d'Austrasie; elle demeura, dans les partages subséquents , annexée au groupe des provinces que ce royaume possédait au delà de la Loire et dont l'Auvergne formait le centre. Il en fut de même d'Uzès, soit alors, soit depuis 536, ou encore depuis la mort de Clotaire (561). Ces deux cités ou diocèses sont sur la rive droite du Rhône. La rive gauche, autant qu'il est possible de s'en assurer ("2), passa tout entière, en 534 et en 536,

(I) A partir de ce temps-là, les notices des provinces italiennes, tout en conservant le nom des Alpes Colliae, le transportent à un pays différent, à la région sud-ouest de la Ligurie administrative du quatrième et du cinquième siècle, c'est-à-dire à la vraie Ligurie ancienne. Paul Diacre suit ce système, mais il avait des racines anciennes, que P. Fabre a fort bien mises en évidence dans son mémoire sur le patrimoine des Alpes Cottiennes {Mélanges de l'Ecole de Rome, t. IV, 1884, p. 402 et suiv.) et que Mommsen (Auct. ant., t. IX, p. 536) a eu tort de négliger.

(1) En ce qui regarde le partage de 534, Marins d'Avenches y fait intervenir Clotaire : « Childebertus, Chlotarius et Theudebertus Burgundiam obtinuerunt, et fugato Godomaro rege, regnum ipsius diviserunt. » Mais Grégoire de Tours nous a conservé le souvenir d'une campagne de Childebert et de Théodebert contre Clotaire [Hist. Fr., III, '28); il représente {III, 24, 31) Ghildebert comme très intime avec Théodebert, très mal disposé, au contraire, pour Clotaire. Il n'est pas possible de prouver qu'aucune cité burgonde (pour Vienne, voir plus loin) ait été soumise à Clotaire avant qu'il n'eût hérité de l'Austrasie (555) et du royaume de Paris (558). Childebcrt céda, en 534, plusieurs cités importantes à Théodebert (Bourges, Sens [ville], Auxerre); de plus, il lui laissa s'adjuger, dans le partage de la Burgondic, les cités d'Autun, Chalon-sur-Saône, Langres, Avenches, Viviers, probablement encore celles de Nevers et de Besançon. En lui attribuant le reste du royaume conquis, c'est à peine si on lui fait part égale. M. Longnon {loc. cit., p. 231) assigne à tort le Valais à Théodebert, en se fondant sur la présence de l'évéque Grammatius au concile austrasien de Clermont (535); Grammatius était évéque de Vindonissa et non du Valais. — En 536, Clotaire e=t, il est vrai, mentionné par les historiens grecs comme ayant traité avec Vitigès; mais Grégoire de Tours (III, 31) rapporte que l'argent versé par les Goths fut partagé entre Childebert et Théodebert, et r|ue Clotaire n'en toucha rien; il ne dit mot des provinces; je suis bien porté à croire qu'il en fut d'elles comme de l'argent. Théodebert s'attribua les provinces riiotiques et poussa ses conquêtes jusqu'en Norique et en Panuouie;

84 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aXCIENNE GAULE.

aux mains de Childebert, fils de Clovis. Clotaire y régna ensuite (558-561), puis Gontran (561-592).

Au temps de Gontran, toutefois, le royaume d'Austrasie s'étendait jusqu'en Provence, où il possédait Avignon, Aix et la moitié de Marseille (1).

Cette extension austrasienne , ce dédoublement de la Provence entre deux obédiences politiques, se reproduisit ensuite, chaque fois qu'il y eut en même temps un roi d'Austrasie et un roi de Bourgogne, c'est-à-dire de 595 à 612, de 639 à 656, de 663 à 678. Depuis 678 jusqu'en 855, toutes les provinces entre les Cévennes et les Alpes de-

le lot de Childebert eût été maigre si on ne lui eût pas donné toute la Provence. — Théodebertet Childebert sont les seuls rois de ce temps que l'on voie en rapports avec l'Italie; le premier se mêle activement à la guerre gothique; le second traite avec le pape pour les affaires du vicariat d'Arles. Il était sûrement le souverain d'Arles et de Lyon; aucune cité de la rive gauche du Rhône n'est indiquée, dans un document sérieux, comme relevant de Théodebert ou de Clotaire. Si celui-ci a gagné quelque chose aux acquisitions faites par les Francs en 534 et en 536, c'est, sans doute, par voie de compensation : il était aisé de l'avantager en Aquitaine ou même ailleurs.

(!) Marseille était partagée {Hist. Fr., IV, 44; VI, 2, 11. 31, 33; et le partage s'étendait vraisemblablement à la ville et au port lui-même. La ville d'Avignon était austrasienne (Hist. Fr., IV, 30; VI, 1), mais une partie du pays appartenait au royaume de Gontran (VI, 43, 45). L'évêque d'Aix était sujet de Sigebert (GL conf., 60). Toulon relevait sûrement de Gontran; son évéque assista, en 573, au concile de Paris, où ne figura aucun prélat austrasien (on n'en peut dire autant du concile de Màcon, en 585). Pour Fréjus, que M. Longnon attribue à l'Austrasie, il n'y a aucune raison de le faire si ce n'est q«e son évéque ne figure à aucun des conciles de Gontran : cela n'est pas suffisant. Pour Vence, le texte allégué (Hist. Fr., IX, 24) n'est pas non plus très concluant. L'évêque d'Agde, Phronimius, abandonne le pays wisigoth pour se réfugier auprès du roi d'Austrasie, Childebert II; neuf ans après, en 588, le siège de Vence étant devenu vacant, il y est nommé rege laryiente. Est-il sur qu'il s'agisse ici du même roi que dans la phrase précédente, et, en cas d'affirmative, ne peut-on pas admettre que le crédit de Childebert II auprès de son oncle, avec lequel il était alors très bien, ait suffi pour lui permettre de caser dans le royaume de Gontran un prélat persécuté en Septimanie pour son dévouement à la nation franque ? En tout cas, on voit très bien pourquoi les Austrasiens tenaient à Marseille, ainsi qu'aux territoires d'Aix et d'Avignon, qui reliaient ce grand port à Uzès et à leurs domaines d'Aquitaine; mais on ne voit nullement pourquoi ils auraient recherché la possession de Vence, petit canton alpin, sans valeur propre et séparé de leur territoire par des cités sûrement bourguignonnes, .\ntibcs, Glandève, Riez, etc.

DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIUE ROMAIN. 85

meurérent soumises aux mêmes princes mérovingiens puis à Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Lothaire. A la mort de celui-ci, le groupe principal passa à l'un de ses fils, Charles de Provence. Cependant, il y eut, sur le pourtour occidental et septentrional , quelques changements d'attributions. Aoste fut rattachée, en 855, au royaume d'Italie (Louis II); Genève et Sion furent un moment (855-859) annexées à celui de Lothaire II ; Tarantaise, qui appartint aussi, de 855 à 858, à Lothaire II, rentra, en 858, dans le domaine du roi Charles. Celui-ci étant mort en 863, ses états passèrent à son frère Louis II, sauf Uzès, Viviers, Vienne et le pays de Sermorens (Voiron), démembré de Grenoble; ces contrées tombèrent aux mains de Lothaire II, puis, en 870, de Charles le Chauve. Celui-ci ayant hérité, en 875, de son neveu Louis 11, l'union se reconstitua. Mais elle ne prit sa forme définitive qu'à partir de la proclamation de Boson comme roi de Provence à l'assemblée de Mantaille, le 15 octobre 879.

Les trois cités de Genève, du Valais et d'Aoste restèrent, il est vrai, aux mains de Charles le Gros et firent partie, depuis 888, du royaume de Bourgogne [regnum lurense) ; mais dans le reste des provinces alpines et dans l'ancienne Gallia Narbonensis^ jusqu'à Uzès et Arles, on reconnut l'autorité du nouveau souverain.

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