GAULE
L'antiquité de nos églises est, comme on sait, une question des plus rebattues. Deux systèmes sont depuis longtemps en conflit : Tun, qui se réclame de légendes longtemps soutenues par leur appropriation liturgique, reporte au premier siècle la fondation de la plupart des sièges épiscopaux de la Gaule; l'autre, qui se fonde principalement sur un passage de Grégoire de Tours, abaisse de deux cents ans environ ces origines ecclésiastiques. Bien que ce second système ait toujours semblé aux gens rassis plus solide que le précédent, on pouvait trouver un peu étroite sa base de documents. Des textes peu précis de Sulpice Sévère, de la passion de saint Saturnin de Toulouse, une date assez arbitrairement établie par Grégoire de Tours, c'était à peu près tout ce qui représentait l'ancienne tradition de l'église des Gaules sur ses propres origines. Les légendes offraient un ensemble plus imposant. Leur nombre, leur concordance apparente — apparente seulement — ne laissaient pas de faire impression sur les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, n'étaient pas en
2 FASTES ÉPISGOPAUX DE l' ANCIENNE GAULE.
situation de se rendre compte de leur véritable valeur traditionnelle.
Aujourd'hui, il est manifeste que celte valeur traditionnelle est entièrement nulle, que toutes les compositions dont il s*agit sont postérieures, et quelques-unes de beaucoup, à Tavènement de Charlemagne, qu'elles s'inspirent, non de souvenirs antérieurs, mais de prétentions présentes et d'intérêts de clocher. Elles n'ont même pas ce degré inférieur d'autorité qui s'attache aux traditions populaires à quelques siècles des événements. Ce ne sont que des conjectures artificielles, des fictions de lettrés. En tenir compte , dans quelque mesure que ce soit , c'est aller contre les règles les plus essentielles de la méthode scientifique (1).
Mais ces pièces fausses étant écartées du dossier traditionnel, est-il possible de les y remplacer par des témoignages sincères qui n'auraient pas été produits jusqu'ici ou qui ne l'auraient été que d'une manière incomplète? Je le crois.
Bien des églises de France avaient conservé d'anciennes listes de leurs évéques. Plus modestes que les légendes de fondation , ces documents sont aussi beaucoup plus sûrs , beaucoup mieux fondés en tradition. Le plus souvent on n'y trouve autre chose que les noms et la suite des évoques, dans l'ordre de succession. C'est peu de chose sans doute, mais c'est quelque chose, surtout dans la question chronologique dont je m'occupe ici. On peut mesurer ces séries, voir à quelle date (approximative, bien entendu) elles
(1) Ceci doit être bien entendu. S'il y a encore des personnes à qui il faille démontrer que les fausses décrétâtes ne sont pas authentiques, que Denys TAréopagite n'a pas écrit une ligne des écrits qui se réclament do lui, ni été évoque de Paris, que la papesse Jeanne n*a jamais existé, etc., ces personnes ne doivent pas lire mon livre. Ce n*est pas pour elles qu*il a été écrit. Sans doute, il y est question de légendes, mais en tant qu'elles peuvent contenir un écho toi quel de la tradition, ou expliquer les déformations qu'elle a subies. Jamais je ne m'arrêterai à démontrer leur fausseté. La chose est faite depuis trop longtemps.
DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 3
reportent leurs origines respectives, comparer enfin les résultats partiels obtenus pour chacune d'elles et en tirer des conclusions plus générales sur le temps de la fondation des églises dans l'ensemble de notre pays.
Jusqu'à présent, ces listes d'évêques avaient été peu étudiées. L'extrême dispersion de leurs textes les rendait presque inabordables. M. L. Delisle (1), en dépouillant les manuscrits qui les contiennent et en classant par provinces et par diocèses les textes publiés ou inédits qu'il y a rencontrés, a singulièrement facilité les recherches dans cette intéressante catégorie de documents.
J'espère pouvoir les publier les uns après les autres, avec les explications nécessaires (2). Pour le moment, je dois me borner à faire valoir leur témoignage dans la question présente.
CATALOGUES EPISCOPAUX.
Avant tout, je vais énumérer les listes épiscopales dont il s'agit, en me bornant à celles qui offrent des garanties sérieuses, et en groupant ensemble tant celles qui nous sont parvenues à Tétat isolé que celles qui se déduisent de compositions plus étendues, comme VHistoria Francorum de Grégoire de Tours, VHistoria Remensts ecclesiae de Flodoard, les Gêsta episcoporum de la province de Trêves, etc. L'ordre que je suis est celui de la Notilia Galliarum,
Lyon, Langres ;
Rouen ;
Tours, Angers, Nantes ;
(1) Histoire littéraire de la France, t. XXIX, p. 386 (1884).
{'l) Ceci est déjà fait pour la province de Tours dans mon livre Les anciens catalogues épiscopaux de la province de Tours. Paris, Thorin, 1890, et, pour réglise de Poitiers, dans la Revue poitevine et saintongeaisef t. III.
4 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNK GAULE.
Sens, Chartres, Auxerre, Troyes, Orléans, Paris (1) ; Trêves, Metz, Toul, Verdun ; Reims, ChAlons, Senlis, Beauvais (2); Vienne, Grenoble, Viviers; Bourges, Auvergne (3).
Cette liste est courte. Elle ne comprend pas toutes les églises dont la fondation peut être rapportée à une date approximative assez bien déterminée, mais seulement celles qui ont conservé de bons catalogues épiscopaux.
Ici il devient nécessaire, puisque je me borne aux bons catalogues épiscopaux, de dire un mot des autres et surtout d'indiquer à quels signes je distingue les bons d'avec les mauvais.
Les mauvais sont en assez grand nombre ; ils se rencontrent, comme les bons, dans des manuscrits d'âge différent, depuis le IX** siècle jusqu'au XIII® et au-dessous. Mais ici Tâge des manuscrits importe assez peu.
En réunissant les données fournies par les récits de Grégoire de Tours et quelques autres documents historiques du V au VHP siècle, en les complétant par les dates fort nombreuses qui résultent des signatures apposées aux conciles des temps romains et mérovingiens, il est aisé de dresser, pour la plupart des diocèses, des séries épiscopales, incomplètes, il est vrai, discontinues, mais absolument sûres. Cela fait, on compare, pour chaque diocèse, le catalogue avec cette série de dates. Si le catalogue omet des évêques certains, s'il intervertit Tordre établi d'ailleurâ, si ses fautes sont de telle nature qu'elles ne puissent être
(1) J*omcts lo cataIoj;uc do Ncvors, qui est do bonne noto, mais qui no peut remonter aux origines, co diocèse n*ayant été démembre de celui îl'Auxerre que vers lo commencement du VI* siècle.
(2) La liste de Beauvais n'existe plus; mais les auteurs du Gallia c/in«- (tana l'ont eue sous les yeux.
(3) n n'y a pas, pour l'église d'Auvergne (Clermont), de catalogue à l'état isolé ; mais Grégoire de Tours, en divers endroits de son Ilisloria Francortim, nous a conservé, jusqu'à son temps» toute la série des évéques do ce siège.
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imputées à des accidents de transcription, alors il est clair qu'il ne mérite aucune confiance pour les parties où la vérification est impossible. C'est une compilation artificielle, rédigée à une époque où la tradition s*était perdue, par des personnes qui ne disposaient pas des documents ou de rintelligenco nécessaire pour la reconstituer. De tels catalogues finissent toujours par arriver à l'exactitude, en se rapprochant du temps où le rédacteur écrivait; mais on s'exposerait à de graves mécomptes si Ton se fiait à eux pour la période des origines.
Il y en a de très anciens. Celui d'Arles, par exemple, s'est conservé dans un sacramentaire du IX* siècle. Mais on constate : 1" qu'il ne mentionne qu'un évêque avant celui qui était en fonctions en 314, Marinus, alors que nous en connaissons au moins deux, Trophime et Marcien ; 2° qu'il marque entre Patrocle et saint Honorât un Helladius, entre ^onius et saint Césaire un Jean, qui n'ont sûrement pas occupé le siège d'Arles ; 3® qu'on y trouve la série suivante : Ambroise, Martin, Ingenuus, Augustin, Jérôme, dans laquelle un seul nom, celui d'Ingenuus, est celui d'un évéque d'Arles, les quatre autres, très vraisemblablement ceux de quatre grands saints de l'Eglise latine; 4** qu'il y manque le nom de Saturninus, évéque des plus certains. Ce catalogue, malgré son antiquité, doit donc être considéré comme inexact et écarté de la liste de ceux dont on peut faire état dans la question qui nous occupe.
Il en est de même, pour citer un second exemple, du catalogue de Besançon. Certaines de ses rédactions omettent l'évéque Sylvestre, dont on a, outre la pierre tombale, deux signatures aux conciles de 573 et 585 ; d'autres rédactions du même catalogue le placent bien avant l'évéque Celidonius, du milieu du V® siècle. Il omet aussi l'évéque Urbicus, présent au concile de 549 ; il met les évêques Claude (517) et Tetradius (552, 570) après les évoques Nizier, Protadius, Donatus, Ternatius, qui sont
tous les quatre du VII* siècle. Encore une pièce à exclure.
J'en ai éliminé quelques-unes qui, vérifiées pour la partie afférente au VP siècle et aux siècles suivants, soulèvent d'assez fortes objections pour la partie antérieure. Ainsi le catalogue de Noyon {civ, Veromanduorum)^ qui débute par les noms des trois grands confesseurs Hilaire, Martin, Germain; ainsi encore celui de Poitiers, dont le premier nom. Nectaire, n'est sûrement pas celui d'un évoque de ce siège, et où figure, après saint Hilaire, un Pascentius trop évidemment suggéré par un prologue de Fortunat (1).
Ayant ainsi restreint l'examen aux seuls catalogues qui paraissent avoir quelque valeur traditionnelle, il reste à s'en servir comme documents 'chronologiques. Pour cela il faut d'abord déterminer à quel point de chaque série correspond la date la plus ancienne que l'on connaisse par les conciles et autres documents. Cela fait, on remonte plus ou moins haut, suivant la longueur de la liste au-dessus du point d'attache. Voici un exemple.
Au concile d'Arles de 314, seize églises de Gaule étaient représentées, par leurs évoques ou autrement. Sur ces seize églises, cinq seulement ont de bons catalogues, ce sont celles de Lyon, Vienne. Reims, Trêves, Rouen. Or, l'évoque de Lyon, Vociusy est le neuvième de sa série; les évoques de Vienne, Reims, Trêves {Verus^ Imbelausius, Agrœdus) occupent tous les trois le quatrième rang dans leurs séries respectives; l'évêque de Rouen, Avilianus, est le deuxième de la sienne. Si l'on tient compte de ce fait que le premier nom de la liste lyonnaise, celui de saint Pothin, est le nom d'un évêque qui mourut en 177, on conclura aisément que les églises de Vienne, Reims, Trêves ne peuvent avoir eu d'évéques avant le milieu du III* siècle environ, et que Ti^glise de Rouen est notablement moins ancienne.
(1) Voir rocs deux mémoires sur la liste épiscopale de Poitiers dans la Revue poitevine et snintongeaise, t. III et IV*
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Saint Athanase inséra dans son Apologie contre les Ariens une copie du décret rendu en sa faveur par le concile de Sardique, en 343; il y joignit les noms des évoques qui, sans avoir assisté à cette assemblée, adhérèrent à la réhabilitation du métropolitain d'Alexandrie. Ces noms ne sont suivis d'aucune indication de siège, mais simplement groupés par contrées. Dans ce catalogue figurent trente-quatre évêques de Gaule , dont il n'est pas aisé de retrouver les sièges. L'un d'eux pourtant, Declopetus^ porte un nom caractérisé ; c'est évidemment le même qui ouvre la série des évêques d'Orléans dans le catalogue de cette église. Ainsi l'église d'Orléans avait encore son premier évoque à sa tête au moment où cette signature fut apposée. Dans ces conditions, on ne sera pas tenté de faire remonter son origine au delà du règne de Constantin.
Mais il est possible d'aller plus loin. La liste des évêques de Gaule, dans l'Apologie de saint Athanase, paraît bien avoir été relevée sur un document de l'année 346, lequel ne se bornait pas aux noms des prélats, mais indiquait le siège épiscopal de chacun d'eux. En partant de là on constate qu'en 356 l'église de Paris en était à son sixième évêque {Victorinus), l'église de Metz au quatrième ou au cinquième {Victor)^ l'église de Sens au quatrième [Severinus]^ celles de Langres et d'Auxerre au troisième [Desiderius^ Valerianus)^ celle de Troyes au deuxième [Opiatianus)^ celle de Verdun comme celle d'Orléans au premier {Sanctinus) (1).
Un évêque appelé Defensor est signalé par Sulpice Sévère au nombre des prélats réunis à Tours, en 372, pour donner un successeur à Lidoire, second évêque de cette église. Or, ce Defensor est marqué en tête de la liste épiscopale d'Angers et même désigné avec quelque insistance
(1) Je fais ici usage du concile do Cologne, document apocryphe, sans doute, mais dans lequel se sont conservés des renseignements de valeur appréciable. W n*en avait pas été tenu un compte suffisant dans la première édition. Voir la note à la fin de ce volume.
comme le premier évoque de ce siège : Primus Defensor episcopus. Cette circonstance conseille de ne pas chercher bien au delà du milieu du IV siècle la fondation du siège d'Angers.
INFORMATIONS LOCALES SUR l'ORIGINE DES ÉGLISES.
Après avoir expliqué le procédé par ces quelques exemples, je vais passer en revue les diocèses de l'ancienne Gaule, tant ceux qui ont des catalogues en bon état que ceux qui n'en ont pas, en indiquant pour chacun d'eux Tétat des informations sur la chronologie des origines. Les noms des églises qui ont conservé de bonnes listes épiscopales sont marqués d'une astérisque.
*Lyon.
Le premier évéque la liste, saint Pothin, mourut plus que nonagénaire en 177 (1). On peut donc reporter jusqu'au milieu du II* siècle, au moins, les origines de l'église de Lyon.
Aulun.
Le plus ancien évéque que l'on connaisse est Reticius, qui siégea aux conciles de Rome en 313 et d'Arles en 314.
*Langres.
Le troisième évoque, saint Didier, est présenté par la tradition du pays comme une victime de l'invasion vandale (407?). Son nom figurait dans le document de 346 (2).
(1) Eusébe, //. E., V, l, 29.
(2) Ces doux données sont difficiles à concilier; mais la vie du saint,
DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 9
Six noms figurent sur la liste entre le nom de Didier et celui d'Aprunculus^ qui quitta, vers Tannée 480, le siège de Langres pour celui de Clermont (t). — Le siège de Langres aura élé fondé vers le commencement du IV* siècle.
Chalon»
Mâcon.
Ces deux localités sont mentionnées dans la Notice des Gaules non comme cités, mais comme castra. Un Donatianus Cabillonorum figurait dans le document de 346. Après lui, le premier évoque de Chalon dont on ait connaissance apparaît vers Tannée 470 (2) ; pour Mâcon, il faut descendre jusqu'au VI« siècle.
* Rouen (3).
Le deuxième évoque de Rouen siégeait au concile d'Arles en 314. Le premier, Mellonus^ ne peut être de beaucoup antérieur à Tan 300.
Bayeux.
Avranclies.
Evreuœ.
Séez.
Lisieux.
Coutances.
Les listes épiscopales de ces six diocèses sont tout à fait incomplètes et fautives. Dans toute cette région, les plus
écrite au commoncemont du VII* siècle {Acla SS,, 23 mai, t. V, p. 245), a pu confondre l'invasion vandale avec une incursion plus ancienne, comme le 1V< siècle en vit plusieurs.
(1) Greg. Tur., Hist. Franc, II, 23, 36; III, 2, cf. Mommsen, M. Germ. script, antiquissimi, t. VIII, p. xux.
(2) Sidoine ÂpolU, ep, IV, 25.
(3) La liste épiscopale de Rouen a été publiée récemment par M. l'abbé Sauvage, dans les Ana(ec(a fio/(andtana, t. VIII, p. 406 et suiv.
anciens évoques auxquels il soit possible d'assigner une date sont du VI* siècle (1).
* Tours.
Saint Martin, ordonné en 372, n'avait eu que deux prédécesseurs. Lidoire avait siégé avant lui pendant trentetrois ans ; Grégoire de Tou rs le fait commencer son épiscopat en 337 ou 338. Avant cette date, il place d'abord une vacance de trente-sept ans, ce qui le conduit à Tan 300 environ, puis il attribue, avec quelque hésitation, cinquante ans d'épiscopat au premier évêque, saint Gatien. Grâce à ces chiffres, il rejoint la date 250, qu'il considère, probablement à tort, comme résultant d'une tradition (2).
Le Mans.
Le plus ancien évéque dont la date soit bien assurée est Victurius, qui assista au concile d'Angers en 453 (3).
Rennes.
Le siège de Rennes n'a pas d'attestation antérieure au milieu du V* siècle (4).
* Angers.
Le premier évêque, Defensor, siégeait encore en 372 (5).
"Nantes.
Le septième évoque de Nantes, Desiderius^ était contem-
(1) La liste de Coutancos, plus longue que les autres, ne nomme que deux évoques avant Leonatus (Leontianus), qui assista, en 511, au concile d'Orléans.
(2) Sur ceci, voyez mon mémoire Calaloguts épiscopAux de la province de Tours, p. 22 et suiv.; cf. t. II, p. 332.
(3) Ibid., p. 50; cf. t. II, p 369 et suiv.
(4) /6id., p. 8G et 340.
(5) Ci-dessus, p. 7.
DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 11
porain du concile d'Angers de 453 (1). La liste en arrière est à peine assez longue pour atteindre le commencement du règne de Constantin (2).
Civiias Coriosopitum (Quimper).
Pas de titulaire connu avant l'immigration bretonne de la fin du V" siècle.
Vannes.
Le premier évoque connu, Patemus^ fut ordonné peu après Tannée 461 (3).
Civitas Ossismorum (S'-Pol de Léon).
Pas de renseignements précis antérieurement à l'immigration bretonne (4).
*Sens.
En 346, l'église de Sens avait déjà son quatrième évêque. Il résulte d'une lettre de Sidoine Apollinaire (VII , 5) que vers l'année 475 elle en était à son treizième, Agrœcius. Les origines atteignent donc aisément le commencement du IV' siècle; on pourrait même remonter un peu au delà.
* Chartres.
Le troisième évoque, Valentinus^ est un contemporain
(1) Coll. conciL G&lliae, t. I, p. 573; Catalogues, p. 69; t. II, p. 358. Ci) Sur robjoction qui résulterait do la passion des saints Kogatien et Donatien, voyez Catalogues, p. 71; t. II, p. 360.
(3) Concile de Vannes (v. 465).
(4) Les trois derniers sièges, Quimper, Vannes, civ* Ossismorum, étaient très probablement occupes en 453. Sur ce point, voy. Catalogues, p. 86, n. 1 ; t. II, p. 246. La Notice des Gaules mentionne ici une civitas Diablintum, qui fut de bonne heure unie à celle du Mans. On n'en connaît aucun éTéque {Ibid.f p. 85).
de saint Martin (1). Le diocèse remonte donc au temps de Constantin environ, comme celui de Tours (2).
* Aux erre.
Valerianm Auli$siodorensium\ le troisième évéque, parait en 346. Saint Amator^ le cinquième, mourut en 418. Il est donc peu probable que la série épiscopale remonte au delà du IV' siècle. Le premier évéque, Peregrinus, est, il est vrai, honoré comme martyr. Mais certaines circonstances de sa légende donnent lieu de croire qu'il fut victime d'un tumulte populaire dans une localité rurale. Un tel fait a fort bien pu se produire sous les empereurs chrétiens.
* Troyes.
Le deuxième évéque, Optatianusy figure dans le document de 346. Le huitième, saint Loup, fut installé en 426(3).
* Orléans.
Il a été dit ci-dessus que le premier évéque d'Orléans, Declopeius^ apposa sa signature à un document de Tannée 346.
* Paris.
Le sixième évêquo de Paris, Victorinus^ figure dans le document de 346. Heraclius^ qui siégea en 511 au concile d*Orléaus, est le quinzième évéque.
Meaux.
Aucun évoque sûrement attesté avant le VI* siècle (4).
(1) Sulpice Sévère, DiaL, III, 2.
(2) Le Catalogue de Chartres a été publié récommont par M. Roné Mcrlet. Chartres, Garnier, 1889.
(3) Acta SS. iu«., t. VU, p. 63.
(4) Ici je néglige le diocèse de Nevers, pour la raison indiquée ci-dessus, p. 4, n. 1.
DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 13
*Trèves.
Le quatrième évoque, Agrœcius, assista, en 314, au concile d'Arles. L'église de Trêves doit remonter au milieu du IIP siècle environ.
"Metz.
Victor, quatrième ou cinquième évêque de Metz, nous est connu par le document de 346. De plus, la tradition locale, qui fait du treizième évêque, saint Auctor, un contemporain d'Attila, permet de le placer au temps des invasions du V" siècle. L*église de Metz paraît remonter au déclin du IIP siècle.
* Toul.
Le cinquième évêque, Auspicius, figure, vers l'année 472, dans la correspondance de Sidoine Apollinaire (IV, 17; VII, 10). Le premier, Mansuetus, ne peut donc être que du IV* siècle.
* Verdun,
Le premier évêque, Sanctinus^ figure parmi les signataires du document de 346. Au cinquième évêque, la série verdunoise rencontre une autre indication chronologique qui correspond au déclin du V« siècle : Polychronius, évêque de Verdun, est mentionné dans la vie de saint Loup de Troyes comme son disciple immédiat (1).
•Reims.
Eglise du IIP siècle : le quatrième évêque figura au concile d'Arles en 314.
(1) Acla SS. iuUi, t. VII, p. 70,
Soissons.
Une tradition recueillie par Flodoard (1) présente les deux premiers évoques de Reims comme ayant été aussi évoques de Soissons. S'il en est ainsi, l'organisation autonome de cette dernière église remonterait aux environs de l'an 300.
* Châlons.
Le neuvième évéque, Amandinus, assistait, en 461, au concile de Tours. Cette donnée permettrait de remonter à peu près à la même antiquitëjqu'à Soissons.
Civ, Veromanduorum (Noyon).
J'ai dit plus haut que la liste épiscopale de Noyon soulève quelques doutes pour le commencement. L'évéque SophroniuSj qui assista, en 511, au concile d'Orléans, y figure au neuvième rang, si l'on néglige les noms des trois confesseurs Hilaire, Martin, Germain, par lesquels la liste commence, au douzième, si on les compte. En tout état de cause, cette liste ne permet pas de dépasser, en remontant, le commencement du IV' siècle.
Arras,
Cambrai.
Tournai.
On ne connaît, pour ces cités, ravagées de bonne heure par les Francs, aucun évéque antérieur au VP siècle, si ce n'est Superior, qualifié d'episcopus Nerviorum dans le document de 346.
*Senlis.
A Senlis, comme à Noyon, l'évoque qui figure au concile de 511 est le neuvième de sa série.
(1) Hist. Rem,, î, 3.
DE l'origine des DIOCÈSES RPISCOPAUX. 15
*Beauvais.
Le catalogue de Beau vais, que les auteurs du Gallia christiana ont eu entre les mains, était peut être incomplet. En tout cas, le premier évoque de cette série qui soit daté est Marinus^ qui se rencontre de 632 à 660 ; c'est le treizième de la liste.
Amiem.
Un Eulogius Ambianorum figure parmi les signataires du document de 346. Vient ensuite Edibius (511).
Téi^ouanne.
Boulogne.
Aucun renseignement bien net avant le VII* siècle. L'évéque de Rouen, saint Victrice, avait évangélisé, vers la fin du IV' siècle (1), le pays des Morini (Térouanne). Il est difficile de dire si cette mission fut la première et quel rapport elle peut avoir avec Inorganisation des diocèses de cette région (2).
Mayence.
Martintis, évoque de Mayence, est mentionné dans le document de 346. Après lui, le plus ancien évêque datable est SidoniuSy connu par Fortunat (II, il, 12; IX, 9); il vivait dans la seconde moitié du VP siècle.
Strasbourg,
Amandm episcopus Argeniinensium parait en 346. Après lui, Ansoald, qui figura, en 614, au concile de Paris, est le plus ancien évêque daté.
(1) Paulin, Ep. 19; Migne, P. L., t. LXI, p. Î38.
(2) Je néglige, dans cetto province, le diocèse do Laon, qui fut démembré de celui de Reims, par saint Rémi, dit-on. En tout cas, on n'en connaît aucun évêque antérieur au VI* siècle.
Spire.
J esses Nemetumj en 346. Puis Hildéric (614).
Worms.
Victor Vanginnum en 346 ; puis Tévéque de 614, Berihulfus.
Cologne.
Les catalogues, tous incomplets, s'accordent à indiquer Malernus comme le premier évéque. Il fut invité aux conciles de Rome et d'Arles, en 313 eb 314. Un Malernus se rencontre au troisième rang, sur la liste de Trêves : il est probable que c'est le même personnage.
Tongres.
Maternus figure aussi en tête du catalogue de Tongres, lequel est fort suspect, non de lacunes, mais d'interpolations. Il y a tout lieu de croire que l'église de Trêves, au III' siècle, étendait son action, non seulement sur la civitas Trevirorum, mais sur la Germanie inférieure, où se trouvaient les cités de Cologne et de Tongres. Au commencement du IV* siècle, Tévêque Maternus, après s'être donné un successeur pour la cité de Trêves, se sera consacré lui-même aux régions septentrionales. Après lui seulement aura eu lieu la fondation d'une église spéciale pour la cité de Tongres. L'évêque saint Servais était déjà en fonctions en 346.
Besancon.
Pancharius (ïIoocaTo;?) Versontionensium j en 346. Après lui, le plus ancien titulaire de ce siège qui soit sûrement connu en dehors du catalogue (1) est Chelidonius, contemporain de saint Hilaire d'Arles (v. 445).
(1) Voy. plus haut, p. 5, co qu'il faut penser do l'autorité do ce catalogue.
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Civ. Equeslrium (Belley).
Le preDiier évoque certain, Vincentius, assistait, en 552, au concile de Paris.
Civ. Helvetiorum (Windisch (t), Avenches, Lausanne).
Pas d'évéque connu avant Bubulcus, qui siégea, en 517, au concile d'Epaone.
Bâle.
JusUnianus Rauricorum^ en 346. Après lui, le plus ancien évéque bien certain est mentionné dans la vie de saint Gall (c. 26), à propos d'un événement de Tannée 614.
Tarantaise.
L'évéché apparaît pour la première fois dans la lettre du pape saint Léon, portant délimitation entre les juridictions métropolitaines de Vienne et d'Arles (2). Cette lettre est de l'année 450.
Civitas Vallensium (Octodurum, Sion).
Théodore, évêque d'Octoduruiu, le premier que Ton connaisse, assista, en 381, au concile d'Aquilée.
^Vienne.
L'évoque Vei^us^ quatrième de la série, figura au concile d'Arles en 314. Le siège a donc été fondé dans le courant du III* siècle.
Genève.
Le premier évêque connu est Isaac, dont parle saint Eu-
(1) Sur les vicissitudes de ce siège épiscopal, voyez ce que j'ai exposé dans le Bulletin de la Société des antiquaires de France, 1888, p. 193. m Jaffé, 450.
cher de Lyon dans le prologue de la passion des martyrs d'Agaune. D'après ce qu'il en dit, Isaac a dû vivre aux environs de Tan 400.
*Grenoble.
DomninuSy premier évoque de Grenoble, assista, en 381, au concile d'Âquilée.
*Civ, Albensium (Viviers).
Venanthis, neuvième évoque de Viviers, d'après le catalogue, assista aux conciles d'Epaone en 517 et d'Auvergne en 535. Autant qu'on en peut juger par cette indication, le siège remonterait au IV« siècle.
Die.
Un évéque de Die, Nicasius^ assista au concile de Nicée, en 325.
Valence,
Le plus ancien évêque de Valence dont on ait le nom est Émilien, qui assista au concile tenu en 374 dans sa ville épiscopale et qui, antérieurement à cette date, prit part à l'ordination du premier évéque d'Embrun, saint Marcellin (1).
Civ. Tricaslinorum (Saint-Paul-Trois-Chàteaux).
L'histoire ancienne de ce siège est très obscure. On ne trouve pas de date certaine et précise avant le concile d'Epaone, en 517, où figure Tévêque Florentins,
Vaison.
Siège existant en 314 : l'évêque Daphnus assista au concile d'Arles.
(1) Vie de saint Marcellin, Acta SS. apriL, t. H, p. 751 (20 avril).
DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUZ. 19
Orange.
Même observation : l'église d'Orange fut représentée au concile d'Arles.
Cavaillon.
Asclepius, évoque de Cavaillon, assista aux conciles de Riez (439) et d'Orange (441). Avant lui on place un saint Genialis, premier évéque; c'est peut-être Tévéque de ce nom qui assista au concile de Nimes en 396.
Avrjnon.
Nectarius est le plus ancien évoque d'Avignon dont on ait connaissance; il assistait au concile de Riez (439).
Arles,
L'église d'Arles était déjà organisée au milieu du III' siècle. Un évoque Marcianus est mentionné dans la correspondance (1) de saint Cyprien comme ayant suivi le parti de Novatien (vers 254). Ce n'était pas le premier évoque d'Arles : dés le commencement du V* siècle , la tradition reconnaissait ce titre à saint Trophime.
Marseille.
Le premier connu des évoques de Marseille, Oresius, assista au concile d'Arles en 314.
Carpentras.
Carpentras n'est pas mentionnée dans la Notice des Gaules; il est sûr toutefois que cette localité avait eu rang de cité sous le haut empire. Son église n'apparaît pas avant le concile de Riez (439), auquel Tévéque Constantianu-s se fît
(I) Cypr., Ep. 68.
représenter; mais il est possible que la fondation du siège remontât au temps où la cité fonctionnait, c'est-à-dire au delà du V" siècle.
Toulon.
Toulon n*eut jamais rang de cité. Son évoque Augustalis, le premier que l'on connaisse, assista aux conciles de Riez (439), d'Orange (441) et de Vaison (442). Dans ces deux derniers conciles le siège de ce prélat est désigné par l'expression loco Telonensi^ tandis que les autres évoques emploient la formule civitate.
Nice.
L'église de Nice fut représentée au concile d'Arles, en 314. Nice, n'étant qu'une dépendance de Marseille, n'est pas mentionnée dans la Notice des Gaules. Au concile, les représentants de Tévôque se disent, non eœ civitate, mais eœ portu Nicaensi.