Dodo. — La première fois que l'on trouve son
(1) ActaSS. sept., t. IV, p. 72.
(2) Acla SS. ocl.y t. VII, p. 940.
(3) J. Havet, Œuvres, t. I, p. 398, 435.
(4) Bôhmer-Mùhlb., 134; G. C, t. XIV, p. 144 (instr.).
(5) Bôhmer-M., G14.
((j) Ibid., 834. , ,
nom, c'est au bas de deux chartes du 1er avril 837, délivrées par Aldric, évêque du Mans (1). Il est mentionné ensuite dans un grand nombre de documents dont le dernier connu est une charte de Charles le Chauve (2) du 16 avril 872. Un obituaire de la cathédrale marque sa mort au 9 novembre [879].
32. — Raino. — D'après la note citée p. 351, il fut promu en 880 et siégeait encore en 905.
Le catalogue des évêques de Nantes s'est conservé dans les recueils suivants :
1° Le premier recueil de Saint-Aubin;
2° Le recueil de Robert de Torigni ;
3° Le second recueil de saint Aubin (Fat. Reg. 450 et Paris. 4955);
4° Le cartulaire de Quimperlé;
5° La Grande Chronique de Tours.
Ce dernier est prolongé jusqu'à Etienne de la Bruère (1213-1227); les deux précédents s'arrêtent à Robert (1170- 1185); Robert de Torigni a un nom de moins ; le dernier est celui de Bernard (1148-1169). Avec le premier recueil nous atteignons une rédaction beaucoup plus ancienne, puisque l'évêque Gautier, le dernier nommé, siégea de 1008 à 1041.
Le texte de Quimperlé, conformément à l'usage des plus anciens catalogues, joint à chaque nom la qualification episcopus. Toutefois il est à noter que cette disposition s'arrête à l'évêque Adalard, qui vécut au commencement du Xe siècle. Je serais disposé à voir dans cette particularité la trace d'une rédaction plus ancienne que tous nos manuscrits et contemporaine d'Adalard.
(1) Gesta Aldrici, p. 85, 95.
[1) Bouquet, t. VIII, p. 638.
Ce soupçon est confirmé par un autre fait. Deux évêques du VIIIe siècle environ sont désignés comme des intrus, par la formule vocatus sed non episcopus. Cette formule, pour le dire en passant, semble supposer que, dans le catalogue, le mot episcopus était joint à chaque nom. Quoi qu'il en soit, le catalogue du XIe siècle admet ces deux évêques intrus, et, s'il faut s'en tenir à ce que l'on raconte de l'un d'eux (1), non consacrés. Cependant il omet absolument deux évêques qui, vers la fin du Xe siècle, soulevaient exactement les mêmes objections, Guérec et Judicaël (2). Pourquoi cette différence? Je ne vois pas qu'on la puisse expliquer si ce n'est en admettant que déjà, pour le rédacteur du XIe siècle, Agatheus et Amito avaient au catalogue une possession dont il était impossible de les évincer. Il appliqua, pour les temps plus rapprochés de lui, les principes de droit canonique qui lui parurent dominer la question ; mais il reproduisit fidèlement, pour les temps antérieurs, le catalogue traditionnel. Des cinq rédactions de ce catalogue, le texte de Quimperlé est le seul où l'on ait biffé tout à fait les noms d'Agatheus et d'Amito ; mais ceci est l'effet d'un scrupule postérieur.
En dehors de ce que je viens de dire, les cinq rédactions ne diffèrent que par des variantes orthographiques. Cependant il faut noter que, dans le second recueil de Saint- Aubin, un certain nombre de noms sont précédés de l'abréviation s. ou ses. du mot sanctus. Ce sont d'abord les quatorze premiers évêques, de Clarus à Epiphanius inclusivement. Puis Félix (n° 16), Pascharius (n° 20), Gunhardus (n° 30) et Landrannus (n° 34).
Je rétablis, ainsi qu'il suit, le texte du catalogue du XIe siècle, en tenant compte des observations que je viens de présenter.
(1) Voy. ci-dessous.
(2) Entre Gautier Ier et Hugues.
NOMINA EPJSCOPORUM XaNXETENSIUM,
Clarus episcopus.
Emius episcopus.
Similinus episcopus.
Eumelius episcopus.
5 Marcius episcopus.
Arifius episcopus.
Desiderius episcopus.
Léo episcopus.
Eusebius episcopus.
10 Nonnechius episcopus.
Cariundus episcopus.
Cerunius episcopus.
Clematius episcopus.
Epiphanius episcopus.
15 Eumelius episcopus.
Félix episcopus.
Nonnechius episcopus.
Eufronius episcopus.
Leobardus episcopu9.
20 Pascharius episcopus.
Taurinus episcopus.
Haico episcopus.
Salapius episcopus.
Agatheus vocatus, sed non episcopus.
25 Amito vocatus, set non episcopus.
Deormarus episcopus.
Odilardus episcopus.
Alannus episcopus.
Trutgarius episcopus.
30 Gunhardus episcopus.
Gislardus episcopus.
Haitardus episcopus.
Ermengarius episcopus.
Landrannus episcopus.
35 Fulcberius episcopus.
Esaias episcopus.
Adalardus episcopus.
Walterius.
Hugo.
40 Ilervisus.
Walterius.
Budichus (1).
Erardus.
Quiriacus.
45 Benedictus (3).
Brictius.
lterius.
Bernardus.
Roberlus.
50 Mauricius.
Goffredus.
Stephanus.
Variantes (4).
Baec sunt nom. Namnetensium pontificum 4 — Nanneticensium 2, Namnetine civitatis 5 — 1 Primus Clarus 2 — 2 Emilius 2, Emilius 5 — 3 Similius 1, Similianus 4 — 4 Martius 4 — 6 Arifrius 5 — 11 Nariundus 1, Rariundus 2, Kariundus 3, 5 — 14 Epif. 1, 2, 3 — 20 Pascarius
(1) Le ms. de Quimperlé ajoute : « Quo presule Alanus Cainard Iudith filiam Iedecaelis Namnetensium comitis duxit uxorem. »
(2) Quimperlé : « filius Alani Cainardi. »
(3) Quimperlé : « frater eius qui Namnetensem et Kemperlegiensem ecclesiam simul rexit. »
(4) Les manuscrits sont désignés par les numéros qu'ils portent à la p. 336; quand il y a diversité entre les deux exemplaires du second recueil de saint Aubin (n« 3;, 3' indique le Vat. Reg., 450 et Z" le Parismus 4955.
2, Pasquai'ius 3' 4 — 22 Naico 1, Haito 2 — 24 om. 4; voc. sed. n. op. o/«. 5 — 25 om. 3', 4; sed in fine catalogi reslituit 3" (Amilto); Anuto 5 gui om. voc. sed n. ep. — 29 Trugarius 1, Di'utgarius 3', Turtgarius 5 — 31 Gisllardus 1, Sislardus 3 — 34 Landrancus 2 — 35 Fulcricus 4 — 36 Esayas 3' — 38 Galterius 3 (Gale. 3"). 5; Gualtcrius 4 — 40 Herriisus 3', Herinsus 3", Hervisius 4, Evisus 5 — 41 Walterius item 3", Gualterius 4, Galterius 5. Hic desinit 1 — 43 Airardus 4, Ayrardus 5 — 46 Briccius 3 — 47 Interius 2, Ictrierius 5—48 Bern. Uia desinit 2 — 49 Robertus 4. Hic desinunt 3 et i.
Cette liste est généralement d'accord avec les documents. Les vérifications commencent à l'année 453 et, depuis lors, sont assez nombreuses. Il y a, toutefois, une observation à faire. Entre révoque Salapius , que l'on trouve en 652 et en 650, et l'évêque Deormarus, constaté en 757, il n'y a que deux noms, et encore deux noms d'évêques intrus. C'est trop peu. En revanche, trois noms, ceux de Pascharius, Taurinus et Haico, se suivent entre Leobardus et Salapius, qui vivaient l'un en 627, l'autre en 632. C'est beaucoup. D'autre part, des documents, dont l'autorité mérite considération, nous présentent les évoques Pascharius et Taurinus comme ayant vécu vers la fin du septième siècle. On peut donc soupçonner que la liste épiscopale a subi, à une époque ancienne, une transposition de lignes et que Salapius doit être reporté immédiatement après Leobardus. C'est ce que j'admettrai, jusqu'à plus ample informé, dans le commentaire qui va suivre.
Quant à la partie antérieure au VIIe siècle, elle parait digne de confiance. En la prenant pour guide, il n'est guère possible d'admettre que l'église de Nantes ait été organisée avant le temps de Constantin. Et cette impression est renforcée parce que l'on sait de l'origine des églises voisines, celle de Tours et surtout celle d'Angers.
Cependant on ne doit pas négliger l'indication qui ressort de la passion des saints Donatien et Rogatien. Ces deux saints sont les seuls martyrs qui, dans toute la Gaule occidentale, puissent être rapportés avec quelque confiance aux persécutions romaines. D'après leur passion, rédigée
tardivement, il est vrai, mais sur des traditions encore vivantes, l'un d'eux, Rogatien, aurait été empêché de recevoir d'autre baptême que le baptême du sang, par une circonstance que l'hagiographe appelle sacerdotis absentia fugitiva.
Ceci porterait à croire, en traduisant sacerdos par évoque, qu'il y avait un évêque à Nantes au temps de la persécution de Dioclétien (304), date indiquée par le passionnaire. Je ne puis dissimuler toutefois que l'autorité du passionnaire ne me paraît pas suffisante pour écarter tous les doutes. La façon dont il parle de la persécution de Dioclétien ne dénote pas un homme bien au courant de la situation administrative de la Gaule au commencement du IVe siècle. On sait d'ailleurs combien il est douteux que, sous le gouvernement de Constance Chlore, des chrétiens aient été condamnés à la peine capitale pour le simple fait de professer le christianisme, c'est-à-dire précisément dans les conditions que suppose la tradition nantaise. Ceci porterait à écarter la date de l'hagiographe et à rattacher le martyre des saints nantais à une persécution plus ancienne, celle de Dèce, par exemple. Dès lors, on ne voit pas pourquoi l'on accepterait, sur un témoignage aussi faible, le trait de la fuite de Pévêque. La tradition avait sans doute conservé le souvenir d'une différence d'initiation entre les deux martyrs : l'un était baptisé, l'autre simple catéchumène. On aura voulu expliquer cela, et, pour l'expliquer, quoi de plus simple que de supposer l'évêque absent? En temps de persécution, un évêque absent est, pour bien des gens, un évêque en fuite. La genèse de ce détail s'aperçoit très bien.
Enfin, quand on voudrait accorder sur ce point une entière confiance à l'hagiographe, on aurait encore à se défier du sens qu'il a lui-même attaché au mot sacerdos. Il peut signifier évêque, mais on peut aussi le traduire par prêtre.
En somme, la passion des saints Donatien et Rogatien ne prouve pas absolument qu'il y eût un évêque à Nantes
dès le commencement du IVe siècle; elle introduit cependant, par son conflit, apparent ou réel, avec la liste épiscopale, un problème historique sur lequel il est difficile de se prononcer en toute confiance.