CHAPITRE XI
La Sénonie est vraiment le cœur de l'ancienne France. Les régions qui l'entourent ont présenté de bonne heure soit un mélange de races, soit même une certaine complexité politique. Les Francs dans les provinces belgiques, les Burgondes dans la Lyonnaise Ire, les Normands et les Bretons dans les Lyonnaises IIe et IIIe, diversifièrent plus ou moins la population. Ce n'est que très tard que Lyon et l'Aquitaine furent définitivement rattachées à l'unité française. La province sénonaise ne comptait guère, à l'origine, que des Gallo-Romains ; les éléments hégémoniques introduits par les Francs n'y furent pas assez puissants pour modifier sensiblement la race. Les capitales les plus anciennes, Paris et Orléans, y maintinrent toujours le centre des relations, au temps où l'on était divisé, et de l'organisation, quand on parvenait à vivre ensemble.
Dès le temps de Clovis, la ville d'Orléans avait été choisie pour être le siège du grand concile national de 511. Childebert, après la mort de son frère Clodomir, reprit les idées du chef de la dynastie. Il réunit souvent, avec une sorte de périodicité, des conciles où se rencontraient les évêques de son royaume et du royaume de Clotaire. Presque tous (1) se tinrent à Orléans, en 533, 538,
(1) La seule exception certaine est celle du concile de Paris de 552, qui ne fut qu'une assemblée judiciaire réunie pour juger l'évêque du lieu. Quant au deuxième concile de Paris, auquel on assigne souvent la date de 557, il
541, 549. Le clergé franc trouvait dans ces assises fréquentes une occasion de perfectionner la législation ecclésiastique, de l'adapter aux exigences du nouvel état de choses, de réformer les abus par une surveillance mut telle. L'épiscopat y prenait contact avec le gouvernement royal ; ces deux forces dirigeantes de Tétat franc avaient là d'utiles occasions de concerter leurs efforts.
Ainsi placée au centre de l'empire, la province de Sens ne pouvait manquer de se ressentir plus que les autres des partages de succession dans la famille mérovingienne. Deux des fils de Clovis, Childebert et Clodomir, y eurent leurs capitales, Paris et Orléans. Il est à croire que Clodomir, qui déploya tant d'acharnement contre le royaume des Burgondes, confinait à cet état, c'est-à-dire qu'il possédait Sens et Auxerre. La cité de Chartres lui appartenait probablement aussi (1). Paris était à Childebert, Nevers en dehors de l'état franc. De Troyes et de Meaux, on ne peut rien dire alors.
Après la mort de Clodomir et le partage de la Bourgogne, les cités de la Sénonie furent réparties entre les deux royaumes de Théodebert et de Childebert. Celui-ci eut la partie occidentale, Chartres, Orléans, Paris, Meaux; Théodebert les cités les plus à l'est, Troyes, Auxerre, Nevers. La cité métropolitaine fut divisée. La ville de Sens ellemême devint austrasienne ; mais les régions situées à l'ouest, Melun, Château-Landon, Etampes, furent rattachées au royaume de Paris. Childebert voulut faire consacrer cette division par la création d'un nouvel évêché à Melun. L'évéque de Sens, Léon, protesta et parvint à empêcher le démembrement de son diocèse (2).
est difficile de lui en attribuer une, avec précision, entre les années 556 et 573. Voy. l'édition de Maassen, p. 141. Je serais disposé à y voir un concile du royaume de Caribert et à le placer ainsi entre 561 et 567; mais rien ne prouve absolument qu'il ne puisse être du temps de Chilpéric, entre 567 et 573.
(1) Longnon, Géographie de la Gaule au VI* siècle, p. 94.
(2j Cf. ci-dessous, p. 415,
sens. 395
En 561 , Paris, Meaux et Chartres firent partie du royaume de Caribert. Le reste de la province appartenait à Gontran, roi d'Orléans (1). Caribert mort, les cités de Paris et de Chartres furent partagées entre les trois frères survivants; Meaux passa au roi d'Austrasie Sigebert. Dans la partie de la cité de Chartres qui lui était échue, Sigebert voulut fonder un évêché. Châteaudun fut désignée pour en être le siège; un prêtre du pays, Promotus, pour en être le premier titulaire. Le métropolitain de Reims, iEgidius, célébra la consécration de l'élu. Mais l'évêque de Chartres, Pappolus, protesta; ses réclamations, appuyées par un grand concile tenu à Paris en 573, furent agréées, à ce qu'il parait, car l'évêché de Châteaudun n'a laissé aucune trace en dehors de ce concile.
A la mort de Sigebert (575), Chilpéric s'empara de ce qu'il avait possédé dans la Sénonie; il occupa même la ville de Paris, laissée en dehors du partage. Gontran gardait toujours Orléans, Sens et les cités de Test. Chilpéric mort (584), il y joignit la totalité des cités de Paris et de Chartres; Meaux seule revint à TAustrasie. Elle parait lui être restée pendant tout le VIIe siècle, avec la partie occidentale de la cité de Chartres.
1° Lk LISTE ÉPISCOPALE.
Le catalogue des évêques de Sens nous a été transmis par quatre anciens exemplaires :
1° Un manuscrit de Fontenelle, du XIe siècle, actuellement à la bibliothèque du Havre (n° 332, p. 140) (2).
2° Un manuscrit de Jumièges, actuellement perdu, dont nous avons une copie dans le Parisinus 13069 (f° 75).
(1) Cependant il y a incertitude pour Sens et mémo pour Troyea.
(2) J'en dois une copie à l'obligeance de M. 0. Join-Lambert,
3° Le célèbre sacramentaire de Stockholm, exécuté à Saint-Amand et possédé, depuis la fin du IXe siècle, par la cathédrale de Sens. M. Delisle l'a décrit et en a reconstitué l'histoire (1).
4° Le manuscrit 465 du fonds de la reine de Suède, au Vatican, provenant de Saint-Aubin d'Angers (2).
Les deux premiers exemplaires s'arrêtent à l'archevêque Evrard (883-887), les deux autres à l'archevêque Archambaud (959-968). Dans le sacramentaire on a ajouté après coup les noms des trois archevêques Anastase, Sewin et Léotéric; quelques ornementations et interpolations sont aussi à signaler dans ce manuscrit (3). En somme, cependant, les quatre textes sont sensiblement identiques. Voici d'abord le catalogue des manuscrits de Fontenelle et de Jumièges :
Nomina episcoporum Senonicae urbis.
Savinianus. Artemius.
Potentius. Lupus.
Leontius. 20 Mederius.
Severinus. Hildegarius.
5 Audactus. Aumbertus.
Eraclianus. Armentarius.
Lunarius. Arnulfus.
Simplicius. 25 Emmus.
Ursicinus.. Landebertus.
10 Theodorus (4). Vulfrannus.
Siclinus. Giricus.
Ambrosius Ebbo.
Agritius. 30 Merulfus.
Eraclius. Autbertus.
15 Paulus. Lupus.
Léo. Vuilarius.
Coustitutus. Godescalcus (5).
(1) Mém. de l'Acad. des inscr., t. XXXII, l" p., p. 106. A la fin de ce mémoire, p. 371, M. Delisle a publié lé texte du catalogue.
(2) Sur ce ms., cf. ci-dessus, p. 279.
(3) V. ci-dessus, p. 397, note 1.
(4) Teodorus Font&n*
(5) Godoscalcus Gemmet. .
35 Guntbertus.
Petrus.
Vuillebaldus.
Berradus.
Ragenbertus.
40 Magnus.
Hicremias.
Aldricus.
Vuenilo.
Egil.
45 Ansigisus.
Evrardus.
Voici ensuite le texte du sacramentaire (1) et du manuscrit de Saint-Aubin :
Nomina episcopomm civitatis Senonum.
Savinianus.
Potentianus.
Leontius.
Severinus.
5 Audactus.
Eraclianus.
Lunarius.
Simplicius.
Ursicinus.
10 Theodorus.
Siclinus.
Ambrosius.
Agritius.
Eraclius.
\b Paulus.
Léo.
Constitutus.
Artcmius.
Lupus.
20 Mederius.
Hildegarius.
Aumbertus.
Armentarius.
Amulfus.
25 Emmo.
Landebertus.
Vulfrannus.
Giricus.
Ebbo.
Merulfus.
Autbertus.
Lupus.
Wiliarius.
Godescalcus.
Gunbertus.
Petrus.
Vuillebaldus.
Berradus.
Ragenbertus.
40 Magnus.
Hicremias.
Aldricus.
Wenilo.
Egil.
45 Ansegisus.
Evrardus.
Gualterius.
it. Gualterius.
(1) Dans le sacramentaire, plusieurs noms sont précédés du sigle ses {sanctus) ; ce sont ceux de Savinien, Potention, Ursicin, Ambroise, Agrèce, Héraclius, Paul, Léon, Artème, Loup, Emmon, Vulfran, Ebbo, AIdric, autrement dit les n0' 1, 2, 9, 12-16, 18, 19,25, 27,29,42. Leurs noms sont écrits en capitales rouges. Les noms d'Egil et d'Anségise (44, 45) sont aussi en capitales rouges, celui de Gerlannus (51) en capitales noires. Quelques interpolations sont à signaler : après Loup (19), sanctus Amatus ; après Ebbon (29), sanctus Honobertus, sanctus Honulfus. Ces additions sont du seizième siècle.
S9â FASTES ÈPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE.
Adalaldii9. Archenbaldus.
50 Guillelmus. Anstasius.
Gerlannus. Sevuinus,
Hildemannus. Leotericus.
Variantes.
Titre : Nom. presulum Sennensium B — 4 Sivirinus B — 5 Auc !actus A, Adactus B — 6 Eraclius A — 7 Lunanus A, Launarius B — 8 Simplitius B — 10 Teodorus A. Theoderus B — 16 Leonius B — 18 Arthemius A — 20 Mederus B — 22 Auripertus A, AuïïTbertus B — 23 Erm. A — 24 Aunulfus B — 25 Emme A, qui h place après Landeberlus — 27 Vultfr. B — 29 Ibbo B — 31 Arbertus B — 34 Gotesc. A — 37 Vuildebaudus B — 38 Benr. B — 39 Ragem. B — 44 Agilo B — 46 — Eurardus B — 47, 48 Walt. B - 49 Aldaldus A — 50 Will. B - 53 Archenbaudus B, qui ne va pas plus loin.
Certaines particularités du texte du sacramentaire se retrouvent dans les exemplaires du XIIe siècle et au-dessous : la qualité de saint exprimée à propos de certains évêques, l'interversion de Landebert et d'Emmon, l'orthographe Auripertus (n° 22). Il y a donc lieu de croire qu'ils dérivent du sacramentaire, et cela est bien naturel. On y trouve, de première main, trois évêques, Amatus, Honobortus et Honulfus, qui ne figurent pas dans les textes antérieurs et qui, dans le sacramentaire, n'ont été interpolés que très tard. Le premier est sûrement un évêque de Sion, introduit dans le catalogue de Sens par suite d'une confusion entre les deux ethniques Sedunensis et Senonensis ou Sennensis. Les deux autres ont de meilleurs titres ; j'y reviendrai plus loin.
Entre les exemplaires, fort nombreux, du catalogue senonais dans sa nouvelle forme, je me bornerai aux suivants :
A. Un manuscrit du chroniqueur Clarius, le Parisinus 5002, f° 8 v° ; le catalogue s'y arrête à Hugues de Toucy (1142-1168);
B. La Chronique de Robert de Saint-Marien (Auxerre, n° 132, p. 90), qui va de première main jusqu'à Michel de Corbeil (1194-1199);
SEks. 399
C. Un manuscrit de Saint- Victor, du XIVe siècle, le Parisinus 14663 (f° 23), où la liste va jusqu'à Pierre, successeur de Michel (1200-1229).
Nomina episcoporum Senonensium.
S. Savinianus.