Godalsaldus
40. — Bemoinus. — Il assista, en 829, au concile de Paris. Son nom figure au bas du privilège d'Aldric de Sens ; il est mentionné dans la translation de saint Liboire (2) comme siégeant encore en 836.
41. — Helias. — Apparaît pour la première fois (3) au concile de Beauvais (avril 845). Signa, à la fin de 850, la lettre contre Nominoé. Il se fit donner par le roi l'abbaye de Saint-Père ; aussi les moines se plaignirent beaucoup de lui (4). Il vécut jusqu'en 853.
42. — Burchardus. — Le siège était vacant en 853 ; le roi désigna pour l'occuper Burchard, clerc du royaume de Lothaire, contre lequel il y avait des objections très graves; il fut cependant ordonné au mois de juin de cette année (5). Au mois de novembre il reçut la charge de missus dominions (6) ; l'année suivante il est mentionné dans les
(1) Communication de M. l'abbé Clerval.
(2) Acta SS. fui., t. V, p. 422, c. 31.
(3) La signature apposée au diplôme de Corbion (Germigny, 843) ne prouve rien: elle se trouve là en compagnie d'autres signatures, par exemple celle d'Hincmar de Reims, qui ont été ajoutées après coup (Mabillon, Acta SS., t. 1V2, p. 251).
(4) Cavt. de Saint-Père de Chartres, t. I, p. 9.
(5) Audradus Modicus, Revel., c. 15 (Migne, P. L., t. CXV, p. 27); concile de Soissons de 853, can. 3.
(6) M. G. Capit., t. II, p. 276.
Annales comme ayant organisé la résistance à l'invasion normande.
43. — Frotbaldus. — Présent à l'assemblée de Bonneuil, en juillet 856 (1). Il est question de lui, la même année, à propos du remplacement de l'évêque de Paris Ercanrad (2). Il périt le 12 juin, en 857, quand les Normands prirent la ville de Chartres (3).
44. — Gislebertus. — Mentionné souvent dans les conciles et autres documents, depuis le concile de Toul (Savonnières), en 859, jusqu'à celui de Troyes, en 878. — Obit, le 3 janvier, dans le Xécrologe du XIe siècle.
45. — Haimo. — Il accueillit à Chartres, le 21 novembre 885, les reliques des saints Wandrille et Ansbert, avec les religieux de Fontenelle qui fuyaient devant les Normands (4).
46. — Gir ardus. — Sa note obituaire, dans le Nécrologe, rappelle qu'il obtint un diplôme de l'empereur Charles le Gros ; ce qui n'a pu avoir lieu qu'en 886 ou 887. — Obit, le 13 juin.
47. — Haimericus. — On a de lui une charte de 890 (Odonis II) (5); en 891 il signa le privilège de Mehun-sur- Loire pour Saint-Pierre-le-Vif. — Obit, le 10 février.
Les plus anciens monuments de l'historiographie épiscopale, à Auxerre, sont les vies de saint Germain et de saint Amator. La première (6) se réclame du nom de Constance, savant prêtre de Lyon au temps de Sidoine Apol-
(1) M. G. Leg., t. 1, p. 447. Il ajoute, après coup, son nom à la liste des signatures du concile de Soissons (853).
(2) Loup de Ferrières, ep. 99.
(3) Pour l'année, je suis les annales; pour le jour, le Nécrologe (Merlet et Clerval, p. 166) de la cathédrale.
(4) Acla SS. ml., t. V, p, 289.
(5) G. C., t. VIII, p. 1, instr.; Cart. de Saint-Père, t. I, p. 15.
(6) Cf. Duru, Bibliothèque historique de l'Yonne, t. I, p. 47.
linaire, dont il était l'ami, et de l'évêque Patiens, qui l'exhorta à se mettre à l'œuvre. Constance la fît précéder d'une dédicace à Patiens, et, comme l'évêque d'Auxerre Censurius avait désiré en prendre connaissance, Constance lui écrivit aussi en la lui envoyant. Les deux lettres sont conservées dans les manuscrits, en tête de la vie du saint.
Celle-ci, telle qu'elle a été publiée, au 31 juillet, par Surius et par les Bollandistes, ne saurait être considérée comme le texte primitif de Constance : il est évident qu'elle a été très largement interpolée. Le départ entre les parties originales et les adjonctions a été fait, ces temps derniers, tant par les nouveaux Bollandistes (1) que par M. Levison (2).
La vie de saint Amator (3) fut commandée par l'évêque Aunachaire (fin du VIe siècle) à un prêtre africain d'origine, appelé Etienne. Nous avons, je crois (4), cette composition; elle porte en tête la lettre d'Aunachaire et la réponse d'Etienne. De larges emprunts ont été faits à ce document (c. 24-32) par l'interpolateur de la vie de saint Germain (2-8).
La passion de saint Pèlerin (5), le premier évêque, ne paraît pas être de beaucoup postérieure, si elle l'est, aux deux vies précédentes. Son auteur semble s'inspirer de la passion des saints Andoche et Thyrse, du diocèse d'Autun (6). Elle n'offre aucun détail qui ne puisse avoir été écrit au temps où remonte celle-ci. Or la passion des saints Andoche et Thyrse est de la première moitié du VIe siècle.
Il est possible que, dès le temps d'Aunachaire, il existât à Auxerre une passion de saint Bris (Priscus) et de ses compagnons. A huit kilomètres vers le sud-est de la ville
(1) Dibl. hagingr. latina, t. I, p. 515.
(2) Neues Archiv, t. XXIX (1904), p. 97 et suiv., avec une excellente étude sur les sources, la valeur et l'histoire du texte.
(3) Duru, t. c, p. 135; Acla SS. mai., t. I, p. 53 (l,r mai).
(4) C'est aussi l'opinion de M. Levison, l. c, p. 158.
(5) Duru, t. c, p. 1*23 ; Acla SS. mai., t. III, p. 563 (16 mai).
(6) Acta SS. sept., t. VI, p. 675.
s'élevait un monastère qui, dans un règlement du temps d'Aunachaire, portait le nom de monasterium Cociacense. Là, d'après une histoire qui circulait certainement au IXe siècle, une multitude de chrétiens avaient été massacrés au temps de l'empereur Aurélien. Ils n'étaient pas indigènes : c'étaient des gens de Besançon qui fuyaient la persécution, déchaînée dans leur pays, et qui finirent par y succomber aux environs d'Auxerre. Saint Germain, disait-on, avait retrouvé leurs restes et bâti deux églises, l'une au lieu du supplice, où les ossements avaient été entassés dans un puits, l'autre à trente stades de là, à l'endroit où l'on avait retrouvé la tête de saint Bris, le chef de cette troupe de martyrs (1). Celle ci parait avoir survécu à l'autre, détruite de bonne heure; c'est auprès d'elle que se maintint la tradition. 9
Outre ces documents historiques, l'église d'Auxerre possédait, dès la fin du VIe siècle, un calendrier où étaient représentés tous les anciens souvenirs des origines et de la succession épiscopale. Il a passé, avec quelques pièces analogues, dans la compilation du martyrologe hiéronymien, arrangée à Auxerre, précisément au temps del'évêque Aunachaire.
Ce prélat, si zélé pour les antiques traditions de son église, trouva à son tour un biographe, dont l'œuvre est venue jusqu'à nous (2). Ce n'est pas une pièce contemporaine; elle ne peut guère être antérieure au IXe siècle, mais elle est citée et copiée dans les Gesta.
On connaissait donc, au IXe siècle, les vies de quatre des anciens évêques d'Auxerre. On voulut compléter la série, ou plutôt, à l'imitation du Liber pontificalis de Rome, constituer un recueil de biographies épiscopales dans l'ordre chronologique, s'étendant à la série toute entière. Sous l'évêque Wala (v. 875), deux chanoines d'Auxerre,
(1) Actà SS.y 2G mai. Cf. Dura, Bibl. de l'Yonne, t. I, p. 319. Ces textes distinguent assez mal, mais distinguent cependant les deux églises.
(2) Acta SS., t. VII (25) sept., p. 97.
Rainogala et Alagus, se consacrèrent à ce travail, dans lequel ils furent aidés par un moine de Saint-Germain, Herricus, connu par divers autres écrits. Le Liber episcopalis d'Auxerre (1) fut d'abord arrêté à Christian, prédécesseur de Wala. Vers le milieu du Xe siècle (2), on lui adjoignit une première continuation, et l'usage d'écrire ainsi la vie des évêques défunts se maintint pendant fort longtemps. Le manuscrit n° 123 de la bibliothèque d'Auxerre, exécuté au XIIe siècle, contient de première main les vies de cinquante-cinq évêques, depuis saint Pèlerin jusqu'cà Hugues, abbé de Pontigny (f 1151) ; puis la série se continue jusqu'à Erard de Lésigne (f 1278).
Les premiers auteurs ont pris le Liber pontifîcalis pour modèle. Les notices épiscopales d'Auxerre reproduisent le formulaire romain : N, natione N, ex pâtre Nf sedit an. m. d . Fuit autem temporibus . . . N et N consulibus. Ici on ajoute le synchronisme des papes ; puis vient le corps de la notice, mention des vertus, des constructions, des largesses, des actes divers ; enfin la date et le lieu de la sépulture, et souvent la durée de la vacance. Que les synchronismes des empereurs et des papes, et aussi les dates consulaires, soient fournis par le Liber pontifîcalis, c'est ce qui est évident. Quant aux chiffres d'années, mois et jours, qui expriment la durée de Tépiscopat, il y a lieu de croire qu'ils auront été, au moins en partie, tirés de quelque catalogue local. J'y reviendrai tout à l'heure.
Outre le Liber pontifîcalis, nos auteurs ont connu les passions de saint Pèlerin et de saint Bris (c. 1), celles aussi de sainte Colombe, des saints Bénigne, Andoche et Tyrse, et celle de saint Symphorien (2) ; les vies de saint Amator (4,
(1) La meilleure édition est celle de Duru, t. c, p. 309; cf. Labbe, iVoua bibl., t. I, p. 411; Migne, P. L., t. CXXXVIII, p. 219.
(2) Dans la vie de Wibald (879-887) il est dit qu'il y avait encore beaucoup de gens qui l'avaient connu (Duru, /. c, p. 359); le même propos se rencontre à propos d'Hérifrid (887-909), dont le biographe parle au passé du règne de Charles le Simple, ce qui suppose qu'il écrivait après 923 ou même après 929 (Duru, L c, p. 3G1, 3G4).
5, 6, 19), de saint Euverte d'Orléans (4), de saint Germain, rédaction interpolée (6, 7, 8, 10), de saint Marien (7, 8), de saint Aunachaire (19). Ils s'inspirent du texte de Grégoire de Tours sur les sept envoyés, mais en le retouchant (1) ; en effet, ils substituent les saints Savinien de Sens, Ursicin de Bourges, Memmius de Châlons, aux saints Trophime, Gatien, Paul, Austremoine, de sorte qu'au lieu de sept envoyés, il n'y en a plus que six. Ils ont lu aussi (26) le Liber historiae Francorum, c. 51. Ils connaissent plusieurs conciles francs, ceux d'Orléans en 511 (12) et 538 (16), de Mâcon en 581 et 585 (19), celui d'Auxerre (19). Les martyrologes qu'ils allèguent (14) ne peuvent être que des exemplaires hiéronymiens. Ils ont eu entre les mains deux lettres du pape Pelage II à Aunachaire (19) : l'une d'elles était en si mauvais état qu'on ne pouvait plus la lire complètement. L'autre est reproduite, comme aussi (20) une lettre de saint Grégoire à Didier de Vienne, que l'on s'est imaginé avoir été adressée à Didier d'Auxerre.
Les archives épiscopales ont fourni divers règlements qui remontaient au temps des évêques Aunachaire (19) et Tetricus (23). Mais c'est surtout en fait de donations qu'elles étaient riches. Les renseignements donnés, dans la vie de saint Germain (7), sur ses fondations, ses translations, ses générosités, ne peuvent pas relever tous de la tradition orale ; c'est aussi d'après un document écrit que l'on a enregistré les donations d'Aunachaire (19). Le testament de Didier est largement extrait dans sa notice (20). Des deux suivantes, la première (21), celle de Palladius, doit probablement beaucoup à un document du même genre ; l'autre (22), celle de Vigile, s'y réfère expressément. D'autres emprunts de ce genre se relèvent dans les notices de Tetricus (24), Hainmar (27), Quintilius (29), Maurin (33), Angelelme (35). Les monuments ont dû fournir quelques renseignements par leurs vocables ou leurs inscriptions ; à plusieurs reprises il est question de vaisselles sacrées qui portaient des noms d'évêques.
Les rédacteurs ont recueilli aussi des traditions. Après l'évêque Alodius, Auxerre demeura dix ans sans évêque, à cause des barbares qui dévastaient la Gaule. Fraternus, élu enfin après un si long intervalle, fut massacré par les barbares le jour même de son ordination. Cette histoire (c. 8, 9), eu égard au temps où elle aurait dû se passer, est bien invraisemblable. Il en est de même de celle de Romanus (17), contemporain de Grégoire de Tours, qui aurait eu la tête tranchée, decisione capilis martyrium consummavit, sans que l'historien en ait eu le moindre vent. Plus recevable est la tradition (11) sur l'incendie éteint par le reclus Ursus, lequel, en récompense, fut élevé à l'épiscopat. L'assassinat de Vigile, arrivé dans la forêt Cotia et attribué au maire Waraton (22), rentre dans la catégorie des choses vraisemblables, de même que le meurtre de Tetricus, poignardé par son archidiacre (24). Avec l'histoire de Savaric, évêque séculier et guerrier (26), nous entrons dans les souvenirs du temps de Pépin d'Héristal et de Charles-Martel, un temps dont on parlait, sous Charles le Chauve, dans la plupart des évêchés de France, avec la même horreur et la même exactitude approximative que l'on y parle maintenant de la Révolution. Savaric et Hainmar, son successeur, étaient des capitaines beaucoup plus que des prêtres; tous deux trouvent la mort dans les aventures. Il est question d'un évêque, Theodrannus, qui exerçait à Auxerre les fonctions ecclésiastiques pendant que le titulaire bataillait au loin. C'est peut-être aussi le cas pour ses deux ou trois premiers successeurs, bien que cela ne soit pas marqué. Après les évêques en cuirasse, auxquels il faut des coadjuteurs, vient la dispersion, sous une autre forme, du patrimoine ecclésiastique : six nobles bavarois se partagent les terres de l'évêché. Nous sommes au temps de Pépin le Bref. Pour comble d'infortune, les évêques sont affligés d'infirmités; l'un, Clément, devient aveugle; l'autre, Aidulfe, est frappé de paralysie. On est obligé de les mettre à l'hôpital. Enfin, Maurinus voit luire des jours meilleurs :
Charlemagne commence à reconstituer le patrimoine ecclésiastique. Le travail de récupération se poursuit sous Aaron, successeur de Maurin.
Avec Angelelme nous atteignons le règne de Louis le Pieux, c'est-à-dire un teuips sur lequel les chanoines d'Auxerre pouvaient déjà avoir des souvenirs personnels.
Cependant, même pour cette dernière période, à plus forte raison pour les premiers temps carolingiens, ils sont sujets à s'embrouiller dans les synchronismes. A propos d'Hainmar, ils mettent à tort Pépin le Bref en rapport avec Eudes d'Aquitaine; c'est de Charles-Martel qu'ils auraient dû parler. Ils font ordonner Angelelme et même Héribald par des archevêques de Sens qui n'étaient pas encore en fonctions, du moins si Ton s'en tient à leurs chiffres d'années, et l'on a toute raison de s'y tenir. D'Héribald ils racontent qu'il fut archichapelain, ce qui est au moins invraisemblable.il est extraordinaire qu'ils aient dit si peu de chose d'Abbon et de Christian, les deux derniers évêques dont ils ont eu à s'occuper. Leur horizon, du reste, est assez borné ; il ne s'étend guère au delà de la ville et surtout de la mense épiscopale.
Revenons maintenant à leur chronologie. Les noms et les chiffres suivants se dégagent de leur texte.
Vacance.