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LA PROVINCE D EAUZE AUGH

La province ecclésiastique d'Eauze dut, à l'origine, correspondre exactement à la province civile de Novempopulanie. Mais elle perdit de bonne heure le diocèse correspondant à la civitas Boatium (1).

La cité métropolitaine, elle aussi, fut supprimée, mais beaucoup plus tard. Elle survécut aux invasions germaniques, basques et arabes, et se maintint, semble-t-il, jusque vers le milieu du IXe siècle. Ce sont sans doute les Normands qui l'auront ruinée. Le diocèse fut réuni à celui d'Auch et la qualité de métropolitain passa au titulaire de ce dernier.

En revanche, un nouveau diocèse se forma au sudouest, par démembrement de celui de Dax. Le siège épiscopal fut fixé à Lapurdum (Bayonne), localité connue par des textes du Ve siècle. Mais on ignore à quelle date se produisit ce changement. Lapurdum est nommée comme civitas dans le traité d'Andelot, en 587 (2), ce qui a donné lieu de penser qu'elle était alors un évêché (3). Toutefois, on ne connaît aucun évêque avant le Xe siècle.

(1) Voy. ci-dessus, p. 17.

(2) Greg. Tur., H. Fr., IX, 20.

(3) C'est l'opinion de M. Longnon (Gèogr. de la Gaule, p. COG); M. Bladé (Mémoire sur Vévêché de Bayonne, p. 13 et suiv.) rattache la fondation de cet évêché à la constitution du royaume d'Aquitaine en 778. D'autres conjectures pourraient être proposées. Je ne vois pas qu'une solution s'impose dans l'état présent de la documentation,

Le diocèse de Bayonne posséda jusqu'en 1566 une portion assez considérable du territoire espagnol, divise en quatre archiprètrés, ceux de Bastan. de Lerin, de Cinco Villas en Navarre, et de Fontarabie. en Guipuzcoa. Ces appendices proviennent évidemment des conquêtes de rlëmagne au delà des Pyrénées ; il est bien possible qu'ils aient été d'abord rattachés au diocèse de Dax. si, comme il est permis de le croire, le diocèse de Bayonne stérieur à la conquête de cette partie du territoire espagnol.

A côté de ces annexions durables, il convient de signa- 1er jmme résultat des conquêtes franques du VIIIe

et du IXe siècle, une certaine extension des droits métropolitains du siège d'Eauze-Auch sur les deux diocèses de Pampelune et d'Osca 1). c'est-à-dire sur la Navarre et l'Aragon primitif. Ces deux diocèses avaient fait partie de la province de Tarragone. Celle-ci ayant été désorganisée par la conquête arabe et la ruine de la métropole, il était naturel que, à mesure que le pays passait sous l'autorité chrétienne des princes francs, les diocèses se rattachassent aux métropoles les plus voisines. On a vu. dans le volume précédent (p. 301), que plusieurs diocèses catalans entrèrent ainsi dans la province de Xarbonne. M. Bladé a rassemblé (?) dernièrement et discuté quelques textes d'où il

3ulte, je crois, que, jusque vers la fin du XIe siècle, les archevêques d'Auch se considéraient comme métropolitains en Navarre et en Aragon. Cette situation cessa d'ellemême quand Urbain II eut reconstitué l'antique province de Tarragone.

Les séries épiscopales de la province d'Eauze sont très

difficiles à établir. La plupart des noms connus sont ceux

vé [ues qui ont pris part aux conciles nationaux du

VI* siècle . depuis celui d'Agde (506) jusqu'à celui de

En ce qui regarde celui-ci. il ne peut être question q«e de la partie nord, autour de Jacca. où résidait alors lévêque. - à l l iu Midi, t. VIII, p.

Mâcon (585). Antérieurement au VI* siècle, on n'en connaît que trois ou quatre pour toute la province. La découverte des conciles de Paris (614) et de Bordeaux (673-5) a permis de prolonger au delà du VIe siècle les courtes séries précédemment connues. Mais les évêques gascons s'étant abstenus de paraître aux assemblées des temps carolingiens, on n'en trouve que très rarement au VIII* siècle (1), au IXe et même au Xe. Des chartes, fausses pour la. plupart, ou tout au moins suspectes, et qui ne remontent qu'au XIe siècle, exploitent, comme reçue dans le pays, une tradition d'après laquelle plusieurs évêchés de la partie occidentale (2) de la province auraient été pendant quelque temps réunis en un seul (3).

Un document de l'église d'Audi, daté de 1108 (4), nous a conservé une tradition, ou plutôt un système, d'après lequel Eauze n'aurait eu que quatre évoques : Paternus, Optatus, Scrvandus, Pompidianus. Le cinquième, Taurinus, se serait vu obligé d'abandonner sa ville épiscopale, détruite par les Vandales, et de transférer le siège à Auch.

Aucun de ces évêques n'est connu par des documents indépendants de celui-ci. En revanche, on peut énumérer une dizaine d'évèques d'Eauze, du IVe siècle au VIIe, et il s'en faut que ce soient les seuls.

(1) Trois d'entre eux figurent parmi les signataires du concile de Narbonne (v. 787), pièce d'une authenticité plus que douteuse.

(2) La lettre du métropolitain d'Auch, à laquelle le pape Jean VIII répondit en 879, n'était signée, au contraire, que des évoques de la partie orientale, Bigorre, Comminges, Couserans. Cette région, à laquelle le diocèse de Lectoure se rattache naturellement, avait, au IXe siècle, des fonctionnaires qui relevaient directement des souverains francs et qui paraissent avoir été indépendants des princes gascons.

(3) Voir le récent ouvrage de M. Bladé, Vèvêché des Gascons. Paris, Picard, 18C9; cf. Brutails, Note sur une charte de S. Seurin (Acad, de Bordeaux, 1899).

Le Cartulaire noir de la cathédrale d'Auch (1), compilé dans la seconde moitié du XIIIe siècle, contient une assez mauvaise liste épiscopale.

INCIPIUNT NOMINA AKCHIëPISCOPORUM AdXIENSIS SEDIS METROPOL1TANE.

Primus beatus Ceracius baptizator ipsius provincie etfundator eiusdem ecclesie. Iste Ceracius rexit Auscitanam sedem XL et III annis.

Post hune Paternus archiepiscopus mansit in eadem sede XL et VIIII annos.

Servandus archiepiscopus XXIII a.

Luperculus archiepiscopus XVI a.

5 Optatus archiepiscopus XI a.

Pompidianus archiepiscopus XXX a.

Taurinus archiepiscopus XVIIII a.

Citerius archiepiscopus XXVI a.

Anfrovius archiepiscopus XII a.

10 Apronculus archiepiscopus XIII a.

Ursinianus archiepiscopus I a.

Orientius archiepiscopus XI a.

Armentarius archiepiscopus 111 1 ann.

Minervius archiepiscopus XVIII ann.

15 Iustinus archiepiscopus XVII ann.

Nicecius archiepiscopus VIIII ann.

Minervus archiepiscopus XIII ann.

Alecius archiepiscopus X ann.

Amelius archiepiscopus XVI ann.

20 Salvius archiepiscopus XI ann.

Porcarius archiepiscopus XIII ann.

Proculianus archiepiscopus VII ann.

Pricius archiepiscopus VII ann.

Proculinus archiepiscopus X ann.

25 Marcellus archiepiscopus XVIII ann.

Vigilius archiepiscopus XI annos.

Polemius archiepiscopus III annos.

Alecius archiepiscopus VII ann.

Eonius archiepiscopus XVII ann.

30 Paulinus archiepiscopus XII annos.

Faustius archiepiscopus XV annos.

Cithorius archiepiscopus XII ann.

Tithonius archiepiscopus VII ann.

(1) Archives départementales du Gers, G, 1G. Copie de M. Bladé, revue par M. l'archiviste Thierny. Le cartulaire vient (mai 1899) d'être publié dans les Archives historiques de la Gascogne.

Dracoaldus archiepiscopus XIIIl annos.

35 Perpetuus archiepiscopus XVII annos.

Auditius archiepiscopus XXVII1I annos.

Dracoaldus archiepiscopus XXIIII annos.

Leocadius archiepiscopus XXVI ann.

Patricius archiepiscopus XVIII annos.

40 Tontonius archiepiscopus XVI ann.

Anerius archiepiscopus VII ann.

Erimaldus archiepiscopus XV ann.

Lupus archiepiscopus VIII ann.

Aster archiepiscopus IIII annos.

45 Asnarius archiepiscopus VIII ann.

Revclius archiepiscopus XV ann.

Galinus archiepiscopus XXII annos.

Eliseus archiepiscopus XXI annos.

lohannes archiepiscopus II annos.

50 Anloinus archiepiscopus XIII annos.

Airadus archiepiscopus X ann.

Ardmanus archiepiscopus XI ann.

Odilus archiepiscopus XXVII ann.

Bernardus archiepiscopus XXXIII ann.

55 Seguinus archiepiscopus I annum.

Oddo archiepiscopus XXXII ann.

Garsias archiepiscopus XVIII ann.

Austindus archiepiscopus XXXV1III ann.

Willelmus Bernardus archiepiscopus XXX ann. 60 Raimundus archiepiscopus XVIII annos.

Bernardus archiepiscopus VII annos.

Wilelmus archiepiscopus XLVIII ann.

Geraldus archiepiscopus XXI annos.

Bernardus archiepiscopus VIIII annos.

65 Garsias de Lord archiepiscopus XVII annos.

Âmaneus archiepiscopus XVII annos.

Ispanus archiepiscopus XV 1 annos.

L'évêque Garcias, auquel cette liste s'arrête de première main, mourut en 1225.

Le saint Cérat, qui est placé en tête, était honoré dans l'abbaye de Simorre (1), mais non comme un évêque local. C'était l'évêque de Grenoble du même nom, que l'on disait avoir été chassé de son pays par l'invasion burgonde ; Ceretius de Grenoble siégeait en effet au milieu du Ve siè-

(1) Diocèse d'Auch, à l'ouest de Lombez.

cle. Suivent les cinq évéques d'Eauze mentionnés dans le document de 1108, y compris Taurin; on a intercalé entre eux un Lupercutus qui est bien un saint local,. d'Eauze également 1), mais que rien ne nous autorise à considérer comme un évêque (2). La série à proprement parler auchoise commence à Taurinus. ou. si l'on veut, à Citerais. Celui-ci est le quatrième évêque avant saint Orens. Comme saint Orens siégeait en 439, rien n'est plus vraisemblable que de lui attribuer quatre ou cinq prédécesseurs. Malheureusement, nous ne sommes pas encore en un temps pour lequel la liste puisse être suivie avec confiance. Les évéques Xicetius, Proculeianus et Faustus, connus par divers textes comme ayant siégé au VIe siècle, y figurent sans doute, et dans l'ordre voulu. Mais ils sont séparés par un trop grand nombre de noms inconnus, cinq entre Nicetîus, qui vivait encore en 511, et Proculeianus, quel'on rencontre en 533 ; huit entre celui-ci, dont l'épiscopat se prolongea au moins jusqu'à l'année 551, et Fauste, qui mourut en 585. Après Fauste, la liste omet son successeur Saius, connu par Grégoire de Tours. Si elle a conservé les noms d'Audericus et de Leutadus. évéques du VIIe siècle, c'est en les transformant en Audit lus et Leocadius. Douze noms suivent, entre Leocadius ou Leutadus, qui vivait en 675, et Airardus, que l'on trouve en 879. Douze noms pour deux siècles, ce n'est pas exagéré. Il est plutôt à craindre qu'il ne s'en soit perdu quelques-uns, et, en effet, un document de l'année 836 nous fournit un Izimbardus, évêque d'Auch, qui n'est pas au catalogue. Depuis Airard, le premier archevêque, la liste est à peu près exacte.

Quant aux chiffres, ceux de la fin sont acceptables; mais il est clair qu'il n'y a rien à faire des autres ; autant qu'on peut vérifier, du Ve siècle au IXe, ils sont en désaccord avec les données chronologiques dont nous disposons.

\1) C. I. L., t. XIII, n° 563 (Leblant, Suppl., 294).

(2) Sa légende, quoique de basse époque et très fabuleuse, le représente comme un commandant militaire.

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