‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne GauleChapitre 62 sur 220 · SAINT GENOU DE CAHORS · texte numérisé non relu

SAINT GENOU DE CAHORS

leurs tombes. Ce lieu s'appelle actuellement Selles-sur- Nahon. La légende (1) de saint Genou fut rédigée à Strada longtemps après la translation de ses reliques, aux environs de l'an 1000. D'après cette pièce, Genitus et Genulfus, l'un père et l'autre fils, étaient romains d'origine. Sous le pape Sixte II, Genulfus, promu à l'épiscopat, fut envoyé en Gaule avec son père pour travailler à l'évangélisation du pays. Ils s'arrêtèrent d'abord dans une civitas Getumicensis, dont la situation n'est pas indiquée d'une façon bien nette. Leur séjour n'y fut pas long, quelques mois seulement, pendant lesquels ils convertirent beaucoup de monde et construisirent une église en l'honneur de sainte Marie et des saints apôtres. Puis, s'étant remis en route, ils parvinrent en Gaule, où ils se fixèrent dans une solkude, suites bords du Nahon. C'est là qu'ils vécurent et moururent, entourés de quelques disciples , sans avoir autrement étendu le cercle de leur activité apostolique.

On peut se demander comment on a pu déduire de là que saint Genulfus est le premier évêque de Cahors.

La civitas Getumicensis n'est pas sûrement identique à la civitas Cadurcensis ou Caturcensis. Il y a, entre les deux noms, une différence assez notable (2). Les biographes, du reste, ne semblent pas avoir songé à Cahors (3). Il est vrai qu'ils manquent ici de précision et même de logique. Les saints, venant de Rome, entrent en Gaule (4) ; ils se trou-

(1) Acta SS., 17 janvier. Il y en a deux rédactions. (?) Cf. Holder, Altceltisçhe Sprachschalz, p. 2017.

(3) L'inscription de Saint-Genou, publiée par M. Palustre dans le Bulletin monumental de 1889, p. 67, ne mentionne pas le séjour de saint Genou dans la civitas Getumicensis ; elle dépend, d'ailleurs, de la légende, et doit être du XIe siècle. Voici cette pièce :

Hic pausat presul pius eximiusque Genulphus quem peperit numerus sibi pontificum duodenus ecclesiae matris Romane fomite sancti imbutus Sysli cui parebat chorus omnis quo monitore sui sacer hic virtute beavit lios fines noslvos presenti corpore sacro.

(4) Incognitas parles Galliae coeperunt introinlrare (A)... Trunsaclis Alpibus Gallias pervenerunt (B).

vent aussitôt clans la civitas Gelurnicensis. Quand ils la quittent, ils arrivent encore en Gaule [ad Gallias pervenerunt A] ou en Aquitaine [Gallium Âquitanicam petierunl B).

Il y a donc, au moins dans la première rédaction, une certaine incohérence. Il est difficile que des moines du Berry se soient exprimés d'une façon aussi défectueuse, s'ils avaient eu en vue le Quercy et Cahors.

Est-il besoin d'insister sur l'étrangeté du nom de Genulfus, assigné à un missionnaire romain du IIIe siècle? Que Genulfus ait été honoré au IXe siècle à Selles-sur- Nahon, puis à Strada, comme un saint moine, cela ne fait pas de doute. Que la tradition locale soit fondée à le qualifier d'évêque. c'est déjà moins assuré. Qu'elle l'ait rattaché à Cahors, c'est assez invraisemblable. L'y eût-elle rattaché dès la première rédaction de la légende, qu'il faudrait encore écarter la date consignée dans ce document, car un évêque de nom germanique n'est pas possible au IIIe siècle.

B. — Saint Clair d'Albi et de Lectoure

Saint Clair partit d'Afrique avec six compagnons pour se rendre à Rome. Les sept voyageurs s'arrêtèrent d'abord à Joppé. où ils prêchèrent l'Evangile. Chassés de là par les autorités, ils parvinrent au but de leur voyage et le pape leur fit bon accueil. Ayant appris que la persécution sévissait en Gaule et en Aquitaine, ils se décidèrent à s'y transporter, pour conquérir la palme du martyre. Le pape les encouragea dans ce dessein et leur conféra les ordres ecclésiastiques ; Clair, leur chef, fut consacré évêque. De concert avec l'un de ses compagnons, Babilius. qui avait été ordonné prêtre, il s'établit dans une civitas Colonie, où il exerça quelque temps le saint ministère. De là il se rendit à Albi ; mais, avant de partir, il choisit, dans le personnel des convertis, ceux qui devaient continuer son œuvre. C'étaient Sabin, évêque, Ramnulf et Ramfred, pré-

SAINT CLAIR d'aLBI ET DE LEGTOURE. 129

dicateurs, et quelques autres. A la garde de la nouvelle chrétienté, il préposa Aldemar et divers autres magistrats. Il emmena avec lui Florent, Eugène et Montan. A Albi, il trouva le terrain préparé par un des premiers citoyens appelé Ybold. Sa prédication eut un plein succès. Au bout de trois ans, il établit à sa place un évêque appelé Anthime et partit pour Lectoure. Là, ses travaux apostoliques furent interrompus par la persécution. Après divers supplices, il eut la tête tranchée.

Tel est le récit que nous trouvons, depuis le XIIe siècle, dans les livres de chœur de la région (1). Il ne nous dit pas où se trouvait le tombeau du saint. Mais on sait que diverses églises de cette partie de l'Aquitaine , de Bordeaux jusqu'à Albi, de Limoges à Lectoure, se disent en possession de ses reliques. La légende a donné lieu de placer Clarus et Anthimius en tête de la série épiscopale d'Albi.

Outre Babilius, le groupe des six compagnons de saint Clair comprenc.it les saints Justin, Géronce et Sever, que l'on sait avoir été honorés dans le pays, plus un saint Polycarpe et un saint Jean, sur lesquels on n'a pas d'autre indication, à ma connaissance.

Je n'ai pas à renouveler ici les plaintes formulées par les Bollandistes à propos d'une pièce où l'on voit figurer Joppé sur le trajet entre l'Afrique et Rome, où des clercs et des magistrats du haut empire romain portent des noms comme Ramnulf, Ramfred, Aldemar, Ybold. Le nom du pape n'est pas marqué dans le texte tel que nous le connaissons. Dans les temps modernes, on découvrit qu'il s'appelait Anaclet, ce qui n'est pas pour atténuer la résistance du sens commun.

Telle que nous l'avons, cette histoire nomme trois localités gallicanes, la civitas Colonia, Albi et Lectoure. La première fut d'abord confondue par les exégètes avec la

(1) Ada SS. iun.y t. I, p. 11. Cf. Parisin., 5365.

ville de Cologne; on semble n'avoir pas remarqué que le narrateur la dit voisine d'Albi [proximam . . . Albiam nomine civitatem). Les Bollandistes ont proposé Coulogne ou Cologne, localité de l'ancienne civitas Tolosana, actuellement dans le département du Gers, à laquelle les érudits indigènes du XVIIe siècle n'avaient pas songé. Mais il semble difficile que le légendaire ait fait fonder un évéché dans une localité qui n'en avait pas de son temps et qui n'a jamais possédé un établissement ecclésiastique important. Il y a donc ici un petit problème.

Quand à l'idée de faire venir à Albi un saint d'Afrique, elle a pu être suggérée par le culte de saint Eugène, dont le nom figure parmi ceux des compagnons de saint Clair. Saint Eugène, évêque de Cartbage, exilé pour la foi, était mort près d'Albi, en 505, au tombeau de saint Amarand (1).

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