SAINT VINCENT D'AGEN
goire de Tours entendit parler, bien qu'il ne semble pas l'avoir lue. Il nous en reste divers textes, pour lesquels il y aurait encore beaucoup à faire (1). L'église avait eu à souffrir au temps des Goths. Un des hospites barbares installés dans cette région de l'ancien empire romain avait abusé de sa situation pour opprimer et dépouiller les propriétaires d'alentour. On était allé jusqu'à détruire l'édifice sacré : un évêque arien, nommé Guetarius dans certains textes , Nicasius dans d'autres , avait ouvert la tombe sainte et tenté; à tout le moins, d'enlever les restes du martyr. Mais ces violences n'avaient pas porté bonheur à leurs auteurs. L'oppresseur goth, tombé en disgrâce auprès de ses chefs, avait été exilé, d'abord en Espagne, puis au fond de l'Italie, sur les bords du lac Averne ; rentré enfin en Espagne, il s'était noyé au passage d'une rivière.
Ces événements étaient encore récents au moment où le biographe écrivait, car les jeunes gens, sans parler des vieux, se souvenaient d'avoir vu les hérétiques perpétrer leur attentat contre la basilique vénérée.
Quant au saint lui-même, on racontait que ses reliques avaient été « révélées» à un saint homme, cent cinquante ans après son martyre. On les avait trouvées en un lieu appelé Nemetum, in agro Vellauno, à quatre ou cinq milles de Pompeiacus, également sur la Garonne (2), Là s'élevait autrefois un temple païen fort célèbre, dont la fête attirait beaucoup de monde. On y voyait un prodige, une roue de
Léonce II, évêque de Bordeaux, fit couvrir en étain (Fortunat, I, 8). Il y en a encore une, sur les lieux, de même vocable; il y a même trace auprès d'elle du nom Pompeiacus (Longnon, Géogr. de la Gaule, p. 551).
(1) Du Bosquet, Ilist. eccl. gall., t. II, p. 171 ; Acta SS. iun., t. II (9 juin), p. 164, 1G5; Anal. Boll., t. II, p. 299.
(2) Gc lieu n'est pas identifié. Il est possible que ce soit le Vernemelis où Léonce II, évêque de Bordeaux, fit construire une basilique en l'honneur de saint Vincent (Fortunat, I, 9), bien que Fortunat, qui relate le fait, s'exprime en termes qui sembleraient plutôt correspondre au fameux saint Vincent de Saragosse. Grégoire de Tours confond le lieu de ht passion avec celui de la sépulture définitive.
feu qui sortait, à un moment donné, du sanctuaire, dévalait le long de la colline jusqu'à la rivière, plongeait et remontait ensuite à son point de départ. L'une de ces fêtes fut troublée par un chrétien, inconnu de tout le monde, qui, d'un signe de croix, fît cesser les « prestiges du démon ». On l'arrêta ; le praeses de la cité d'Agen le fît mettre à la question, et ne put en tirer autre chose, sinon qu'il s'appelait Vincent et qu'il était chrétien. Il fut exécuté près du temple ; mais celui-ci perdit sa vogue et fut bientôt abandonné. Le martyr lui-même demeura oublié pendant plusieurs générations.
Je ne sais si son histoire, écrite aux environs de l'année 520, suffît à démontrer que son martyre remonte aux temps antérieurs à ce qu'on appelle la paix de l'Eglise. Quelle que soit la date que Ton admette pour saint Vincent, elle ne prouve ni pour ni contre l'existence d'une chrétienté, et surtout d'une église épiscopale, à Agen (1).