Theutbaldus
40. — Argrimus. — Deux évêques rivaux. Argrim parait avoir été véritablement l'élu de la population; il fut installé régulièrement par l'archevêque de Lyon, Aurélien. Mais l'archevêque de Reims, Fulco, qui tenait à gagner Tévêché de Langres à la cause de Charles le Simple, irit en avant la candidature de Theutbald, parent de ce prince. Il réussit à y intéresser le pape Etienne V; celui-ci écrivit deux fois à l'archevêque de Lyon pour le décider à consacrer Theutbald et finit par le consacrer lui-même (4). Argrim, cependant, siégeait à Langres, où il reçut un diplôme du roi Eudes, en date du 19 décembre 889 (5). Au bout de deux ans et trois mois, il en fut évincé par Theutbald ; le pape Etienne avait recommandé à Foulques de so transporter à Langres pour l'installer. On était alors à l'automne 890. Theutbald députa en 894 au concile de Chalonsur-Saône. A la fin de cette année, ses ennemis politiques se saisirent de sa personne et lui crevèrent les yeux (6). Il mourut, et Argrim recouvra son évêché. Le pape Formose
(1) Concile de Soissons (866), 4* des schedulae d'Hincmar; concile de Savonnières (859), c. 5.
(2) Sur son ordination, voy. Flodoard, Ilisl. Rem., IV, 1.
(3) Pérard, p. 158.
(5) G. C, t. IV {instr.), p. 135.
(6) Ann. Vedaslini, 894.
CttALON. 191
chargea les meurtriers de ses anathèmes ; mais, loin de s'opposer à la réintégration d'Argrim, il le décora du pallium (1). Etienne VI, ennemi de Formose, lui envoya, l'année suivante (896), une sentence de déposition. Mais Argrim se rendit à Rome, y porta les protestations des clercs et du peuple de Langres, et fit si bien que Jean IX (899) revint sur la sentence d'Etienne VI (2). Sa décision fut confirmée par son successeur Benoît IV (3). Argrim put enfin siéger en paix jusque vers l'année 910. Alors il se démit et prit le froc à Saint-Bénigne. Son épitaphe (4), conservée au musée de Chalon-sur-Saône, est ainsi conçue :
f IN HOC SEPVLCHRO QVI ESCIT ARGRIMVS MONV QVONDAM E"PS LINGONI QVI OBIIT VII KL FBR
L'église de Chalon célébrait le 30 avril (5) une fête commune à huit de ses anciens évoques, ainsi qu'à un prêtre : SS. Silvestri, loannis, Agricolae, Flavi, Verani, Grali, Lupi, Tranquilli et Desiderii episcoporum Cabillonensium ac Desiderati presbyteri. Les trois saints Loup, Silvestre et Agricola furent extraits de leurs tombeaux par Tévêque Girbald, le premier en 877, les deux autres en 878. Le pape Jean VIII, au retour du concile de Troyes, consacra cette translation par une dernière cérémonie, au cours de laquelle il autorisa le culte de ces anciens évêques (6). Sil-
(4) Cf. C. L L., t. XIII, n° 2G28.
(5) Acta, SS. apr., t. III, p. 789, où l'on cite un propre imprime en 1C20. Mais il est aisé de voir, par la vie de saint Gratus [Acla SS. oct., t. IV, p. 288), que cette fête remonte au moyen âge.
(G) De tout cela nous avons une relation écrite par un contemporain, Acta SS. mart., t. II, p. 510. Il faut y corriger la date 879 en 878.
vestre et Agricola nous sont connus par Grégoire de Tours. L'auteur de la Translatio dit qu'on ne doit pas douter que des vies de ces deux saints n'aient été écrites autrefois ; il pense qu'elles ont dû disparaître dans les fréquents incendies de la ville de Chalon. La vie de saint Loup existe encore ; elle paraît antérieure à la translation de 877, sans cependant qu'elle puisse remonter au delà du IXe siècle. Les vies de saint Grat évèque et de saint Gervais martyr, où l'on trouve quelques données sur la série épiscopale, sont postérieures au Xe siècle.
Un vieux manuscrit de la règle du chœur, conservé autrefois à la cathédrale de Chalon, contenait un catalogue épiscopal, sur lequel le Gallia Christiana donne quelques renseignements. Il commençait par la série suivante : S. Flavius (ou Flavus), s. Tranquillus, s. lohanncs, Sylvester, Dcsiderius, Legontius, Theodorus, s. Agricola, s. Vera?ius, s. Lupus; et il se prolongeait jusqu'à Willermus (1231-1245). On y trouvait aussi Gebderinus, connu par la vie de saint Gratus; Antestius, dont le concile de 614 nous a rendu la date ; Amblacus, Milo, Axoranus, Stacteus, Durandus, Raduifus, Lambertus, Wido, etc. La série des dix premiers noms n'est évidemment pas en ordre, comme on peut le voir par ce qui suit. En admettant qu'elle n'ait compris que des évèques authentiques, quelques noms seraient à joindre à la liste que les documents nous permettent de constituer,