ANALOGIE OFFERTE PAR LA HAUTE ITALIE
La haute Italie était de tous les pays voisins de la Gaule le mieux placé pour entretenir avec elle des rapports constants et eflBcaces. C'est par là que Ton communiquait avec Rome et avec l'Orient. Milan était la première grande étape, non seulement sur la route de Rome, mais encore sur celle de Sirmium, Constanlinople, Antioche. Dans mon livre sur les Origines du culte chrétien (1) j'ai mis en relief l'influence que cette métropole de l'empire d'Occident exerça, au IV® siècle, sur l'organisation et les usages de nos églises. Au point de vue du groupement des populations en circonscriptions de cités, l'ancienne Gaule cisalpine offrait autant de ressemblance avec la Gaule transalpine qu'elle présentait de différence avec l'Italie péninsulaire. Par contre, entre celle-ci et les provinces africaines, il y avait, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, une similitude presque absolue. Au IV*, au V® siècle, les circonscriptions de cités, et, par suite, les évéchés, étaient fort nombreuses dans l'Italie méridionale, comme elles Tétaient en Afrique. Peu après l'année 250, le pape Cornélius et l'évoque de Carthage, saint Cyprien, groupaient autour d'eux, Tun soixante, l'autre quatrevingt-dix évoques. Un siècle ou deux après, les sièges épiscopaux se comptaient par centaines de l'un et de l'autre côté de la mer.
Il n'en était pas de môme dans l'Italie du Nord. Entre les Alpes, l'Apennin et la frontière pannonienne, on ne compta jamais plus d'une cinquantaine d'évôchés. Les
(1) Pages 32, 84 et suiv.
36 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNGIENNE GAULE.
principaux sont pourvus de listes épiscopales qui nous per-
"^etteiit d'en apprécier Tantiquité. Au concile d'Arles,
1 314, figurèrent le septième évoque de Milan et le cin-
lième évoque d'Aquilée ; au concile de Sardique, en 343,
douzième évéque de Ravenne, le sixième de Vérone et
cinquième de Brescia.
Dans toute la haute Italie, « les sièges de Ravenne (Classis), Milan, Aquilée, Brescia, Vérone sont les seuls que Ton puisse faire remonter, par des arguments sérieux, au delà du IV* siècle. Les deux premiers paraissent avoir été fondés vers le commencement du III* siècle, ou même un peu plus tôt (1). » C'est à peu près la tuation de Lyon et d'Arles.
Au IV' siècle; ces vieilles églises ne se pressèrent pas essaimer. Le célèbre saint Eusèbe de Verceil (f 370), ii commença son épiscopat vers le milieu du IV* siècle, >t le premier èvêque de ce siège (2). L'église de Pavie ;t à peu près du même temps : le troisième de ses évêles assista au concile d'Aquilée en 381 (3). Celle de ôme est postérieure, puisque son premier évêque, Félix, it ordonné par saint Ambroise (374-397) (4). L'évêché de ovare ne remonte qu'au successeur de saint Ambroise, implicien (397-400), qui ordonna le premier évêque audence (5).
De ces situations connues, on peut conclure à celles sur squelles les renseignements font défaut, et cela avec autant plus de raison qu'il s'agit ici de villes importantes , relativement éloignées du centre ecclésiastique de Milan.
(1) Origines du culte chrétien, p. Î9, note 2.
(2) Corpus inscr. lat., t. V, n* 6722.
(3) A Pavie, comme ailleurs, on réclame dos origines autrement antiques. ins ces derniers temps, on a fait les plus grands efforts (Do Rossi, Bull., 76, p. 77 et suiv.) pour les étayer d*un argument épigraphique. Mais ces fort» n'ont pas abouti. Voir, sur ce sujet, un mémoire du P. Fedele Savio, iblié dans le Giornale Ligustico de 1892 (t. XIX, fasc. 11-12) sous le titre i leggenda di s, Siro.
(4) Arabr., Ep. 4.
(5) Vie de saint Gaudence, Ac(a SS., 22 janvier.
DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISGOPAUX. 37
Si Ton a attendu jusqu'au IV* siècle plus ou moins avancé pour organiser les diocèses de Pavie, Verceil, Côrae, il a dû en être de môme en beaucoup d'autres endroits. Les fondations d'évêchés, dans Tltalie du nord, sont donc, pour la plupart, du IV* siècle (1).
On voit combien cette situation ressemble à celle que révèle, pour les Gaules, l'étude de nos catalogues.