CATALOGUES ÉPISCOPAUX
Avant tout, je vais énumérer les listes épiscopales dont il s'agit , en me bornant à celles qui offrent des garanties sérieuses, et en groupant ensemble tant celles qui nous sont parvenues à Tétat isolé que celles qui se déduisent de compositions plus étendues, comme VHistoria Francorum de Grégoire de Tours, VHistoria Remensis ecclesiae de Flodoard, les Gesta episcoporum de la province de Trêves, etc. L'ordre que je suis est celui de la Notitia Galliarum.
Lyon, Langres ;
Rouen ;
Tours, Angers, Nantes ;
(l) Histoire littéraire de la France, t. XXIX, p. 386 (1884).
('2) Ceci est déjà fait pour la province de Tours dans mon livre Les anciens catalogues épiscopaux de la province de Tours, Paris, Thorin, 1890, et, pour réglise de Poitiers, dans la Revue poitevine et saintongeaise^ t. III.
Sens, Chartres, Auxerre, Troyes, Orléans, Paris (I) ; Trêves, Metz, Toul, Verdun; Reims, Chftlons, Senlis, Beauvais (2); Vienne, Grenoble, Viviers; Bourges, Auvergne (3).
Cette liste est courte. Elle no comprend pas toutes les églises dont la fondation peut être rapportée à une date approximative assez bien déterminée, mais seulement celles qui ont conservé de bons catalogues épiscopaux.
Ici il devient nécessaire, puisque je me borne aux bons catalogues épiscopaux, de dire un mot des autres et surtout d'indiquer à quels signes je distingue les bons d'avec les mauvais.
Les mauvais sont en assez grand nombre ; ils se rencontrent, comme les bons, dans des manuscrits d'âge différent, depuis le IX'' siècle jusqu'au XIIP et au-dessous. Mais ici l'âge des manuscrits importe assez peu.
En réunissant les données fournies par les récits de Grégoire de Tours et quelques autres documents historiques du V" au VHP siècle, en les complétant par les dates fort nombreuses qui résultent des signatures apposées aux conciles des temps romains et mérovingiens, il est aisé de dresser, pour la plupart des diocèses, des séries épiscopales, incomplètes, il est vrai, discontinues, mais absolument sûres. Cela fait, on compare, pour chaque diocèse, le catalogue avec cette série de dates. Si le catalogue omet des évêques certains, s'il intervertit Tordre établi d'ailleurs, si ses fautes sont de telle nature qu'elles ne puissent être
(1) J*omcts lo ca(alo{;uo do Novors, qui est do bonno note, mais qui no peut remonter aux origines, ce diocèse n'ayant été démembré do celui d'Auxerre quo vers lo commencement du VI« siècle.
{1) La liste de Beauvais n'existe plus; mais les auteurs du Gallia chriS" liana l'ont eue sous les yeux.
(3) n n*y a pas, pour l'église d'Auvergne (Clermont), de catalogue à l'état isolé ; mais Grégoire de Tours, en divers endroits do son Historta Francorum^ nous a conservé, jusqu'à son temps, toute la série des évoques de ce siège.
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imputées à des accidents de transcription, alors il est clair qu'il ne mérite aucune confiance pour les parties où la vérification est impossible. C'est une compilation artificielle, rédigée à une époque où la tradition s*était perdue, par des personnes qui ne disposaient pas des documents ou de rintelligence nécessaire pour la reconstituer. De tels catalogues finissent toujours par arriver à l'exactitude, en se rapprochant du temps où le rédacteur écrivait; mais on s'exposerait à de graves mécomptes si Ton se fiait à eux pour la période des origines.
Il y en a de très anciens. Celui d'Arles, par exemple, s'est conservé dans un sacramentaire du IX* siècle. Mais on constate : !• qu'il ne mentionne qu'un évoque avant celui qui était en fonctions en 314, Marinus, alors que nous en connaissons au moins deux, Trophime et Marcien ; 2** qu'il marque entre Patrocle et saint Honorât un Helladius, entre iEonius et saint Césaire un Jean, qui n'ont sûrement pas occupé le siège d'Arles ; 3*" qu'on y trouve la série suivante : Ambroise, Martin, Ingenuus, Augustin, Jérôme, dans laquelle un seul nom, celui d'Ingenuus, est celui d'un évêque d'Arles, les quatre autres, très vraisemblablement ceux de quatre grands saints de l'Eglise latine; 4* qu'il y manque le nom de Saturninus, évêque des plus certains. Ce catalogue, malgré son antiquité, doit donc être considéré comme inexact et écarté de la liste de ceux dont on peut faire état dans la question qui nous occupe.
Il en est de même, pour citer un second exemple, du catalogue de Besançon. Certaines de ses rédactions omettent l'évêque Sylvestre, dont on a, outre la pierre tombale, deux signatures aux conciles de 573 et 585 ; d'autres rédactions du même catalogue le placent bien avant l'évêque Celidonius, du milieu du V* siècle. Il omet aussi l'évêque Urbicus, présent au concile de 549; il met les évêques Claude (517) et Tetradius (552, 570) après les évêques Nizier, Protadius, Donatus, Ternatius, qui sont
tous les quatre du VII* siècle. Encore une pièce à exclure.
J'en ai éliminé quelques-unes qui, vérifiées pour la partie afférente au VP siècle et aux siècles suivants, soulèvent d'assez fortes objections pour la partie antérieure. Ainsi le catalogue de Noyon {civ. Veromanduorum), qui débute par les noms des trois grands confesseurs Hilaire, Martin, Germain; ainsi encore celui de Poitiers, dont le premier nom, Nectaire, n'est sûrement pas celui d'un évoque de ce siège, et où figure, après saint Hilaire, un Pascentius trop évidemment suggéré par un prologue de Fortunat (1).
Ayant ainsi restreint l'examen aux seuls catalogues qui paraissent avoir quelque valeur traditionnelle, il reste à s'en servir comme documents Ichronologiques. Pour cela il faut d'abord déterminer à quel point de chaque série correspond la date la plus ancienne que Ton connaisse par les conciles et autres documents. Cela fait, on remonte plus ou moins haut, suivant la longueur de la liste au-dessus du point d'attache. Voici un exemple.
Au concile d'Arles de 314, seize églises de Gaule étaient représentées, par leurs évoques ou autrement. Sur ces seize églises, cinq seulement ont de bons catalogues, ce sont celles de Lyon, Vienne, Reims, Trêves, Rouen. Or, l'évoque de Lyon, Vocius, est le neuvième de sa série ; les évoques devienne, Reims, Trêves (Feriw, Imbetausius, Agrœdus) occupent tous les trois le quatrième rang dans leurs séries respectives; l'évêque de Rouen, Avitianus, est le deuxième de la sienne. Si l'on tient compte de ce fait que le premier nom de la liste lyonnaise, celui de saint Pothin, est le nom d'un évéque qui mourut en 177, on conclura aisément que les églises de Vienne, Reims, Trêves ne peuvent avoir eu d'évêques avant le milieu du IIP siècle environ, et que l'église de Rouen est notablement moins ancienne.
(1) Voir mes doux mémoires sur la liste épiscopale de Poitiers dans la Revue poitevine et sainlongeaise, t. III et IV.
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Saint Athanase inséra dans son Apologie contre les Ariens une copie du décret rendu en sa faveur par le concile de Sardique, en 343; il y joignit les noms des évoques qui, sans avoir assisté à cette assemblée, adhérèrent à la réhabilitation du métropolitain d'Alexandrie. Ces noms ne sont suivis d'aucune indication de siège, mais simplement groupés par contrées. Dans ce catalogue figurent trente-quatre évéques de Gaule, dont il n'est pas aisé de retrouver les sièges. L'un d'eux pourtant, Declopetus^ porte un nom caractérisé ; c'est évidemment le même qui ouvre la série des évoques d'Orléans dans le catalogue de cette église. Ainsi l'église d'Orléans avait encore son premier évoque à sa tête au moment où cette signature fut apposée. Dans ces conditions, on ne sera pas tenté de faire remonter son origine au delà du règne de Constantin.
Mais il est possible d'aller plus loin. La liste des évoques de Gaule, dans l'Apologie de saint Athanase, paraît bien avoir été relevée sur un document de l'année 346, lequel ne se bornait pas aux noms des prélats, mais indiquait le siège épiscopal de chacun d'eux. En partant de là on constate qu'en 356 l'église de Paris en était à son sixième évêque {Vicèorinus), l'église de Metz au quatrième ou au cinquième {Viclor)^ l'église de Sens au quatrième {Severinm), celles de Langres et d'Auxerre au troisième [Desiderius^ Valerianus)j celle de Troyes au deuxième [Optatianus)^ celle de Verdun comme celle d'Orléans au premier {Sanctinm) (1).
Un évêque appelé Defensor est signalé par Sulpice Sévère au nombre des prélats réunis à Tours, en 372, pour donner un successeur à Lidoire, second évêque de cette église. Or, ce Defensor est marqué en tête de la liste épiscopale d'Angers et même désigné avec quelque insistance
(1) Je fais ici usage du concile de Cologne, document apocryphe, sans doute, mais dans lequel se sont conservés des renseignements de valeur appréciable. Il n'en avait pas été tenu un compte suffisant dans la première édition. Voir la note à la fin de ce volume.
comme le premier évoque de ce siège : Primus Defensor episcopus. Cette circonstance conseille de ne pas chercher bien au delà du milieu du IV* siècle la fondation du siège
d'Angers.