FIN DES OISEAUX) PRÉFACE
Ce troisième fascicule contient la fin des Oiseaux, de beaucoup les mieux connus des innombrables animaux que l'on trouve en Normandie; et, avant de quitter ces Vertébrés, intéressants à tous les points de vue, je tiens à parler en leur faveur. Je tiens à joindre ma voix modeste à celles qui plaident si chaleureusement la cause des Oiseaux, dont le nombre diminue dans des proportions désolantes, de plus, très-inquiétantes, et à blâmer, avec énergie, les si nombreuses personnes qui, directement ou indirectement,
1. — Fasc. I, Mammifères, avec 1 pl. en noir; et Fasc. II, Oiseaux (Carnivores, Omnicores, Insecticores et Granivores); in Bull. de la Soc. des Amis des Science. natur. de Rouen, 2° sem. 1887, p. 117, et 1° sem. 1889, p. 65. — Tir. à part, Paris, J.-B. Baillière et Me 1888 et 1890, (même pagination que celle du Bull. Je
causent leur destruction. Ce n'est, en aucune manière, la place d'indiquer ici le mal et le remède, et je dois me restreindre à demander, d’une façon toute spéciale, l'exécution rigoureuse des dispositions protectrices qu'il est urgent de prendre.
Je n’'entrerai pas dans le détail des raisons multiples qui m'ont fait donner à ce fascicule IT l’arrangement qu'il possède ; car le lecteur n'a pas à s'inquiéter de la composition ni de la rédaction d'un ouvrage, mais à le juger et à le critiquer. Toutefois, je ne voudrais point laisser sans réponse des reproches pour ma tendance à la synthèse, dans la partie systématique de cette Faune de la Normandie. Je ne crois pas avoir Jamais, en quoi que ce soit, repoussé les progrès de la science, quand ces progrès sont admis comme tels par la généralité; mais je considère comme néfastes certains soi-disant progrès de la science systématique, consistant dans la création de divisions et de subdivisions, en nombre déraisonnable, qui encombrent la science d'une énorme quantité de noms, très-souvent inutiles, et rendent la zoologie, la botanique et la paléontologie à peu près inabordables pour les personnes qui ne peuvent s'y consacrer d'une façon très-suivie. Certes, 1l y a des divisions lévitimes, nécessaires même, que j'ai intégralement adoptées; quant à certaines divisions, soi-disant des progrès, je les trouve désastreuses. Que l'on me permette d'en citer une seule, à titre d'exemple et d'édification : Tout à fait d'accord avec E. Lemetteil, dont je partage absolument l'opinion sur cette question capitale de la. science systématique, j'ai réuni dans un même genre (Anas), genre bien homogène, les neuf espèces de Canards observés en Normandie, qui sont les Canards tadorne, C. souchet, C. sauvage, C. pilet, C. chipeau, C. siffleur, C. sarcelle, C. sarcelline et C. formose. Eh bien, afin d'être, aux yeux de certains ornithologistes, à la hauteur des progrès de la science systématique, jaurais dû adopter, pour ces neuf espèces, au lieu de l'unique genre Anas, les genres Tadorna, Spatula, Anas,
Dafila, Chaulelasmus, Mareca, Cyanopterus, Querquedula et Eunetla. En tout, neuf genres, autant que d'espèces. Inutile d'ajouter que, bien entendu, ce fantastique démembrement a été opéré chez la plupart des autres genres d'animaux.
Vraiment, je ne puis voir là qu'un progrès des plus néfastes, et je n'oublierai jamais que l'espèce, le genre, la famille, l'ordre, etc., ne sont que des groupements artificiels établis pour la commodité de la science et non pour la rendre inaccessible.
Dans ce troisième fascicule, J'ai adopté en très-grande partie, comme pour le fascicule précédent, composé des quatre premiers ordres (Carnivores, Omnivores, Insectivores et Granivores), la classification et les divisions données par E. Lemetteil dans son cxcellent ouvrage sur les Oiseaux du département de la Seine-Inférieure. Il y a toutefois, entre lui et moi, une assez grande divergence d'opinion à l'égard des ordres, et si J'ai pris entièrement ses ordres des Carnivores, Omnivores et Inseclivores, et partiellement celui des Granivores, j'ai cru devoir remplacer la partie terminale de ses Granivores et ses Vermivores et Piscivores, par les ordres des Pigeons, Gallinacés, Échassiers et Palmipèdes. E. Lemetteil avait voulu adopter une classification basée sur une même chose : la nourriture. Certes, sa tentative est des plus méritoires; mais Je n'ai pu partager sa manière de voir à l'égard de cette base unique. Par contre, Je loue sans réserve en Lemetteil, dont la mort a été si regrettable pour l'ornithologie, un savant qui, se garant de tous les excès de l’école analytique, a employé, dans son ouvrage si utile, des groupements établis sur des bases solides. |
En résumé, j'ai divisé les Oiseaux de là Normandie en huit ordres, qui sont les suivants : Carnivores, Omnivores, Insectivores, Granivores, Pigeons, Gallinacés, Échassiers et Palmipèdes.
À l'égard des renseignements que je donne sous ce titre collectif : « De passage régulier : arrive... et repart... », je désire faire une observation. Il est évident que, pour la totalité des espèces qui se trouvent temporairement en Normandie, tous les individus de chaque espèce qui arrivent dans cette province n'y restent pas, et qu'une quantité, impossible à évaluer d'une manière à peu près exacte, s'avance, suivant les espèces, soit plus au Nord, soit plus au Midi, fait qui a lieu dans toutes les régions tempérées. Si Je ne l'ai pas indiqué pour chacune des espèces qui sont dans ce cas, c'est parce que cette Faune de la Normandie ne s'adresse qu'à des personnes compétentes, pour lesquelles ce fait est des plus connus, et, aussi, dans le but d'établir une différence bien tranchée entre les espèces qui séjournent quelques mois en Normandie, soit pour la reproduction, soit pendant la saison froide, et celles qui ne font que d'y passer, ou, tout au plus, y séjournent quelque temps.
Les cinq listes méthodiques, données à la fin de ce troisième fascicule, résument, aussi complètement que j'ai pu le faire, l'état actuel de nos connaissances sur les espèces et les variétés d'Oiseaux observées en Normandie, depuis celles qui sont sédentaires dans cette province, jusqu'aux espèces que l’on n'y a vues qu'une seule fois. Bien entendu, je n'ai fait figurer dans ces listes que ce qui m'a paru certain.
Ces listes me permettent de seulement indiquer, dans cette préface, le nombre, divisé par ordres, des espèces et des variétés d'Oiseaux observées en Normandie. Voici les résultats en question :
Carnivores : 35 espèces.
Omnivores : 11 espèces.
Insectivores : 91 espèces (dont 89 types et 2 variétés), et 5 variétés (dont les types sont au nombre ,des précédents).
-Granivores : 25 espèces (dont 24 types et 1 variété), et 1 variété (dont le type est au nombre des précédents).
Pigeons : 5 espèces.
Gallinacés : 6 espèces, et L variété (dont le type est au nombre des précédents).
Échassiers : 64 espèces.
Palmipèdes : 85 espèces (dont 84 types et 1 variété), et 3 variétés (dont les types sont au nombre des précédents, sauf l'Uria lomvia L. var. ringvia Brünn. (Guillemot lumme var. bridée), dont le type n’a pas, à ma connaissance, été observé en Normandie, et dont j'ai compté comme espèce la var. Troile L. (var. de Troïl).
Total général : 322 espèces (dont 318 types et 4 variétés), et 10 variétés (dont les types sont au nombre des précédents, sauf l'Uria lomvia L. var. ringvia Brünn.). [Voir les lignes qui précèdent].
Ainsi qu'il avait eu la grande obligeance de le faire pour les deux derniers tiers ' environ du second fascicule, M. Jules Vian, l’un de nos plus savants ornithologistes français, à bien voulu revoir, d'une façon très-attentive, tout le manuscrit de ce troisième fascicule, en y faisant de précieuses additions et observations critiques, et, de plus, en à soigneusement relu les bonnes feuilles. Dans ce long et aride travail, M. Jules Vian a fait preuve d’un dévouement aussi grand que désintéressé pour l'ornithologie normande, et les mots me manquent pour lui en témoigner ma reconnaissance inaltérable.
J'ai aussi à remercier bien vivement pour leur obligeance, — et je le fais avec autant de plaisir que de sincé-
1. Le premier tiers environ du fascicule II avait été soumis à l’examen scrupuleux de E. Lemetteil, ornithologiste de beaucoup de talent et parfait observateur, enlevé à la science pendant que je rédigeais ce deuxième fascicule.
rité, — MM. Émile Anfrie, à Lisieux (Calvados); Louis-Henri Bourgeois, à Eu (Seine-Inférieure); Ed. Costrel de Corainville, à Mestry (Calvados); Albert Fauvel, à Caen; Raoul Fortin, à Rouen; Henri Gaillard, à Danvou (Calvados) ; Léon Gaillon, à Bracquemont (Seine-Inférieure); Arthur Geffroy, à Vaudry (Calvados); P. Joseph-Lafosse, à Saint-Côme-du- Mont (Manche): Henri Joüan, à Cherbourg; E. Lecœur, à Vimoutiers (Orne); G. Lennier, au Havre; A.-L. Letacq, à Alençon ; Alfred Marès, à Paris; Eugène Niel, à Rouen; L. Petit, à Rouen; et Vasse, à Tancarville (Seine-Inférieure), auxquels je dois beaucoup de renseignements qui me furent très-utiles, et dont un assez grand nombre est textuellement inséré.
Malgré le soin extrême que j'apporte dans la rédaction de mes travaux et la correction des épreuves, je m'aperçois, de temps à autre, d'erreurs et d'omissions dont Je souffre moins quand elles sont publiées bien en évidence. C'est ce que J'ai fait dans |’ « Addenda et Errata aux fascicules II et III », donné dans la partie terminale de ce troisième fascicule, et qui renferme, avec les oublis et les corrections, les renseignements parvenus quand les feuilles où ils auraient dû prendre place étaient déjà imprimées.
Je suis certain de trouver l’excuse et l'indulgence auprès de tous les auteurs consciencieux qui ont rédigé des travaux analogues, et qui savent combien, hélas! il est facile de commettre des erreurs et des omissions, lorsque les volumes et les notes à examiner se chiffrent par centaines, ainsi que j'ai eu à le faire pour la rédaction de la partie ornithologique de cette Faune de la Normandie.
En terminant, je demande, avec insistance, que l'on veuille bien m'adresser des critiques et me donner des renseignements, afin que je puisse rédiger un ouvrage pas trop indigne de J'admirable province qu'il concerne, où
sont perdus, comme d'ailleurs dans toutes les autres parties du monde civilisé, une immense quantité de faits plus ou moins utiles pour la science.
N.-B. — Le lecteur trouvera dans l'introduction à cette Faune de la Normandie, publiée dans le premier fascicule, le plan de ce laborieux ouvrage faunique.
T.-C. — Très-commun.