INTRODUCTION. POISSONS. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. XIII
Le bassin du Pô, en Suisse et en Italie, était, jusque tout récemment encore, caractérisé à la fois par l’absence du Saumon et par le défaut de Corégones , poissons d’origine septentrionale limités au sud par les Alpes. Quelques essais d’importations de Corégones étrangers, faits ces dernières années dans les lacs lombards, paraissent avoir réussi et être appelés par là à modifier l’extension géographique de ce genre du côté du sud. Il est intéressant de pouvoir préciser ainsi, eu vue de l’avenir, l’époque du passage des Corégones par-dessus les Alpes.
Au nombre de ses 44 espèces autochtones, le Pô compte 21 poissons qui font défaut à nos eaux tessinoises, dont six dans autant de genres Gasterosteus, Mugïl , Blennius, Lebias, Carasshis et Platessa qui, le premier excepté, manquent aussi au reste de la Suisse ’.
Quoique relevant d’un bassin assez riche, et bien que pourvue, à un niveau inférieur aux précédents, de lacs et de rivières en suffisance, notre faune tessinoise paraît tenir cependant de la grande proximité des Alpes, et par là de la nature de ses eaux, une pauvreté relative, sinon en individus, au moins en espèces. Bien des poissons s’arrêtent non loin de nos frontières, et il semble que plusieurs dans nos limites, les Cyprinidés principalement, remontent moins haut au sud des Alpes que sur le versant nord; autant du moins qu’on peut en juger sur les données actuellement à notre portée.
IY. Le bassin du Danube, représenté par I’Inn en Engadine, ne comprend guère que 4 °/0 de la surface du pays entier, au-dessus de 1000 mètres, et ne compte plus
1 Sept genres, si la présence de Lucioperca Sandra est réellement établie dans ce bassin.
à ce niveau que 4 espèces autochtones, parmi celles qui ailleurs s’élèvent aussi le plus : 1 Anarthroptérygien, le Gottus Gobio, et 3 Physostomes, les Phoxinus laevis, Thymallus vexillifer et Salmo lacustris; plus 4 importées, assez localisées : 3 Physostomes, les Scardinius erythrophthalvms, Tinca vulgaris, Esox Indus, et 1 Anacanthieu, la Loto vulgaris Cette faune locale supérieure paraît bien pauvre vis-à-vis du total 51 de la Suisse, et surtout si on la compare à celle si riche du Danube qui compte 68 espèces, abstraction faite de quelques formes bâtardes et de plusieurs poissons spécifiquement distingués par Heckel et Kner que je ne considère que comme variétés locales \ Le Danube a perdu dans l’Inn, au-dessus de 1000 mètres, 10 sur 11 Anartliroptérygiens, dont 4 dans les genres Ludoperca, Aspro et Blennius qui manquent complètement aux différents bassins suisses; plus 41 Physostomes sur 47, même 44, si l’on fait à juste titre abstraction des 3 importés, dont 4 dans les genres Pelecus , Aspius, Idus et Timbra étrangers à la Suisse. Il n’a, comme nous, que la Lotte parmi les Anacanthiens ; par contre, il compte jusqu’à sept Esturgeons , différents de VA. Sturio qui parfois se montre dans notre Rhin, mais qui manque à la mer Noire.
Les tableaux de distribution géographique et de niveaux des espèces, que je donne, partie I, p. 751 et 752, part. II, p. 527 et 528, peuvent permettre d’établir, jusqu’à un certain point, la faune ichthyologique de telle ou telle loca-
1 C’est par erreur typographique que le Cyprinus Garpio a été indique comme vivant importé en Engadine (par un i dans la colonne Inn du tableau de distribution géographique de la partie I, vol. IV, p. 751).
2 Dans les genres : Cottus , Barbus , Abramis , Alburnus , Leuciscus , Sgualius , Telestes , Salar. Fario , Salmo , Betromyzon et Ammocœtes de ces auteurs.
INTUODCCTION. POISSONS. CLASSIFICATION.
lité, étant donné son bassin ou sous-bassin et sa hauteur sur mer.
Les anciens connaissaient déjà parfaitement bien des poissons. Divers auteurs, tels qu 'Aristote, Qppien, Pline , Athénée, Elien, etc., avaient déjà distingué et plus ou moins décrit bon nombre d’espèces. Des naturalistes comme Rondelet, Salviani ', Gessner % etc., au XVIme siècle, avaient publié d’importants ouvrages sur le sujet; cependant, ce n’est que vers la fin du XVIIme siècle que fut tenté un premier essai de classification des poissons, jusqu’alors décrits sans ordre ni méthode. C’est aux deux savants anglais Rai et Willughhy :l que revient l’honneur d’avoir introduit dans ce chaos les premiers éléments d’un classement basé encore seulement sur les formes extérieures ; mais, ce ne fut que près de cinquante ans plus tard, qu’avec une plus ample connaissance de l’anatomie et de la biologie des poissons, le célèbre naturaliste suédois Artedi ', réussit à subdiviser ce vaste ensemble en ordres, familles, genres et espèces, d’après divers caractères tirés en majeure partie de la consistance du squelette et de la nature des rayons des nageoires. Si l’on supprime le cinquième et dernier ordre d’ Artedi, celui des Plagiuri
1 Salviani, H. Aquatilium Animalium Historice , liber primus cum eorumdem \ formis , Ære excusis; Komæ, 1557. Ce bel et grand ouvrage, qui traite des poissons d’Italie, est accompagné de planches pour la plupart fort bien exécutées.
2 Gessner, C., naturaliste suisse ; 1516-1565. (Voyez plus loin.)
3 Willughby, F. De Historia Piscium libri JF, etc. Oxford, 1686.
4 Artedi, P. C’est Linné qui, après la mort d’Artedi, publia l’ensemble des études ichthyologiques de ce naturaliste; sous le titre: Pétri Artedi , sueci medeci , Ichthyologia , sive opéra omnia de piscibus , etc., en un volume in-8°, à la date de 1738.
comprenant clés animaux qui, comme la Baleine, le Dauphin, etc., ont dû plus tard être rattachés aux Mammifères marins, on se trouve en face d’une première classification rationnelle en quatre ordres : Malacopterygii, Acanthopterygii, Branchiostegi et Chondropterygii , dont trois ont conservé leur dénomination jusqu’à nos jours.
Modifiant peu à peu la classification d’Artedi, dans divers remaniements de son Système de la Nature' , Linné finit par exclure tous les Cétacés de la classe des Poissons dans la 10me éditiou de cet ouvrage et proposa, dans sa 12mo édition, en 1766, une subdivision en cinq ordres basés principalement sur la disposition des branchies et le développement ou la position des nageoires paires : les Amphïbia liantes , Pisces apodes , Pisces abdominales , Pisces jugidares et Pisces thoracici. Dans une 13mB édition publiée par Gmelin en 1788, on retrouve six ordres, avec le retour aux données d’Artedi, soit à la division des Ampli, liantes en Branchiostegi et Chondropterygii. On ne peut pas dire que les changements successivement apportés par Linné à la classification d’Artedi et à ses propres premières données aient été toujours heureusement inspirés, car l’exclusivisme qui présida au choix des caractères a forcé souvent des rapprochements malheureux. Les riches et précieux travaux de Linné n’en demeurent pas moins, avec ceux de son compatriote Artedi, à la base de toute étude ichthyologique.
Plusieurs ouvrages importants ont été peu après publiés en différents pays, entre la fin du XYIIIme et le commencement du XIXmo siècle, parmi lesquels je me bornerai
5 Linné, C. Systema Naturœ , treize éditions entre 1735 et 1788 ; tome I, Pisces.