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LE CHAT SAUVAGE

DlE WILDE EaTZE

Fbus Catus, Linné

D'un gris fauve ou brufiâtre m dessus, avec des lignes et des taches noirâtres ; fauve dair en dessous. Queue très fournie^ égale sur toute la longueur, mesurant environ la moitié du corps et temnnée par un large anneau noir. OreiUe à peu près égde à la moitié du pied postérieur. Longueur totale moyenne = 1025^^.

! Catvs sylvestris, Gessner, De Quad. vivip. p. 383.

Feus Catus, Linné, Syst. Nat. XII, 63, 6.

» SYLVESTRiSy Brisson, Regn. anim. p. 208, 2.

» Catus FERUS, auct, Pall. Temxn. Desro. Schreb. etc.

Normalement 30 dents; les premières et dernières molaires supérieures souvent caduques.

Mftchoire supérieure : carnassière munie en avant de deux petits tubercules émoussés et développée en arrière en deux vastes lobes; le premier conique et le plus élevé, le second allongé en une arête tranchante et dirigé légèrement en dehors de la ligne dentaire.

M&choire inférieure: carnassière en deux lobes volumineux et séparés par une profonde entaille; la seconde pointe plus forte et plus élevée que la première.

Crâne fort et arrondi en arrière; les os nasaux prolongés dans les frontaux un peu plus haut que le bord du maxillaire.

Blasius donne comme caractère distinct du Chat sauvage le fait que le bord postérieur des frontaux est, chez lui, en contact avec le bord antérieur des temporaux; tandis que ces deux os demeurent toujours séparés, chez le Chat domestique, par un prolongement des os pariétaux et sphénoïde. Ce caractère ne m'a pas paru parfaitement constant dans les quelques cr&nes que j*ai pu examiner.

CARNIVORES. f73

Oreille triangulaire, mesurant, au c6té externe, un peu plus de la moitié de la tête et presque égale à la moitié du pied postérieur; bien velue et pourvue, sur le bord, de poils sensiblement plus longs que les autres, mais ne formant pas un vrai pinceau ; d'un gris fauve en dessus, blanchâtre ou jaunâtre en dedans.

Membres de moyenne longueur et irrégulièrement marqués, en travers, de lignes et de taches foncées s'avançant plus ou moins sur les doigts suivant les sujets; le cinquième doigt interne, à la patte antérieure, bien plus court que les autres; une sixième petite pelote allongée et externe au pied de devant, en outre des cinq pelotes noirâtres sousarticulaires.

Queue atteignant environ à la moitié de la longueur du corps, épaisse, très velue et d'un diamètre presque égal sur toute son étendue ; d'une teinte générale analogue à celle du tronc, avec sept ou huit anneaux noirâtres et fopicés. Des quatre anneaux extrêmes constamment bien accusés, le dernier, très large et très foncé, enveloppant le bout entier de la queue ; les trois précédents presque égaux et de bien moindre largeur. Les cercles postérieurs, ou basilaires, incomplets ou peu accentués.

Museau, lèvres et tour de Tœil noirâtres ou noirs. Le palais et la langue rosés ; quelquefois des taches foncées sur le premier.

Pelage long, doux, bien fourni et pourvu en dessous d'une bourre beaucoup plus épaisse que chez le Chat domestique. Le poil toi^jours moins long en été qu'en hiver.

Faces supérieures d'une teinte générale d'un gris fauve, plus ou moins roussâtre chez les mâles, plus grisâtre chez les femelles, et ornées, dans les deux sexes, de raies et de taches noirâtres assez régulièrement disposées chez les adultes.

Ce sont : d'abord, deux raies en long sur les côtés de la tête et quatre autres, longitudinales aussi, s'étendant depuis le front jusque sur la nuque ; puis, deux bandes larges et bien accentua, enveloppant le sommet des épaules ; enfin, un trait dorsal prenant naissance entre ces der-

flA FAUNE DES VERTÉBRÉS.

nières et s'étendant jusqu'à la racine de la queue. Des bandes transverses et des taches plus ou moins régulières sont distribuées sur les flancs, et, comme je Fai dit, sur les membres et la queue.

Faces inférieures dépourvues d'ornementation et d'une teinte plus fauve ; la gorge souvent blanchâtre ou blanche.

Jeunes, en général, plus fauves que leurs parents, avec des bandes et des taches moins régulières et moins foncées ou plus binnes.

Longueur totale l",000àl"050

de]atôte 0,110 0,120

de l'oreille (au bord externe) 0,065 0,070

du memb. antér. (du coude au bout des ongles). 0,215 0,225 du pied postérieur (avec les ongles) . 0,130 0,140 de la queue (de l'anus au bout des poils) 0,340 0,380

Le poids d'un individu adulte peut s'élever jusqu'à seize ou dix-sept Uvres.

Le Chat sauvage habite surtout l'Europe moyenne et méridionale et vit de préférence dans les pays boisés et les forêts des montagnes, sans être nulle part très abondant. U s'établit d'ordinaire dans des trous d'arbres ou de rochers, et volontiers à proximité des eaux, séjournant dans une même locaUté aussi longtemps qu'il n'y est pas trop dérangé et qu'il y trouve suffisamment de gibier. Ce ne sont pas seulement des Souris et des Oiseaux qui lui servent de nourriture ; il s'attaque aussi aux Lièvres et même aux jeunes Chevreuils et aux Chamois. Habile grimpeur et doué d'une grande patience, il peut rester plusieurs heures immobile et aplati sur une branche pour guetter un animal qu'il suit de l'œil dans tous ses mouvements.

Comme ses congénères, il bondit avec beaucoup d'adresse sur sa proie et lui fait de larges blessures avec les dents et les griffes ; s'il a manqué son coup, il poursuit rarement et se remet à TaSilit. L'accouplement a lieu, en général, au mois de février, et neuf semaines après, en avril, la femelle met bas de quatre à six petits qu'elle cache dans quelque trou, les transportant souvent à la moindre apparence de danger.

Les vrais Chats sauvages ne sont nulle part communs en Suisse ; cependant, Ton en tue encore chaque année quelques-uns dans les Alpes ou le Jura. Ce Carnassier ne s'élève guère audessus de 16 ou 1700 mètres; il se maintient plutôt dans la région montagneuse, d'où il opère souvent des descentes jusque dans les bois de la plaine.

n existe encore quelques sujets de cette espèce dans les forêts du centre de notre pays, dans les cantons de Berne, de Luceme, dUnterwald, d'Uri, de Schwytz et de Glaris, même jusque dans les environs de Zurich. H y en a aussi en Thurgovie d'un côté et dans le Valais de l'autre.

Toutefois, c'est surtout dans la chatne du Jura et les contrées avoisinantes, depuis Genève jusqu'à B&le, que le Fdis Catus parait encore se montrer le plus souvent. Le prof. Théobald m'écrit qu'il n'a pas été aperçu de Chat sauvage dans les Grisons depuis bien des années, quoique cet animal habit&t, il y a cinquante ans environ, dans les forêts de Davos. Les Tessinois, enfin, assurent qu'il n'y a plus chez eux que des Chats domestiques devenus plus ou moins sauvages. Schinz ' signalait, en 1837, que l'on avait capturé dernièrement plusieurs Chats sauvages dans le canton de Zurich. J'ai vu encore, dans l'espace d'une dizaine d'années , plusieurs superbes échantillons de cette espèce qui avaient été tués dans le canton de Vaud, soit au pied du Jura, soit dans les bois voisins de Lausanne, soit même dans la vallée près de Nyon ou dans les environs de Rolle et de Morges.

Cet animal, devenu si rare maintenant, dans notre pays, parait avoir été abondant dans les forêts suisses du temps de Gessner *, au seizième siècle. On lui faisait alors beaucoup la chasse ; mais, déjà du vivant de Wagner % vers la fin du dix-septième, il avait passablement diminué. Dans le commencement de notre siècle, enfin, l'Almanach helvétique ^ et SteinmuUer ^ n'en par-

* Schinz, Faana Helvetica, 1837, p. 18.

* Gkssner, de Quad. viviparis, 1561, p. S63.

' Wagner, J.*J. Hist. nat. Helvet. curiosa, 1680, p. 176. « Helvet. Almanach, 1804—1809—1819.

> SteinmaUer, Neae Alpina, 1821, 1, p. 899.

lent déjà plus que comme d'une béte rare, confinée encore çà et là dans quelques localités.

Quoiqu'il n'entre nullement dans mon plan de parler du Chat domestique et de m'occuper de savoir s'il descend du Chat sauvage, ce qui me semble probable, quoique encore discutable, je tiens cependant à signaler rapidement les principales différences extérieures qui peuvent servir à distinguer le vrai Fdis Catus du Fdis domesticus gris et tigré redevenu plus ou moins sauvage et Uvré à lui-même.

Le Chat sauvage est d'une taille bien supérieure à celle du Chat, domestique; son pelage est beaucoup plus long, plus fourré, plus doux et plus laineux en dessous. La queue du premier est très épaisse et très fournie, toiigours de dimension presque égale sur toute sa longueur et constamment terminée par un large cercle noir ; celle du second est plus longue, plus étroite, et, par le fait d'un pelage plus court sur la moitié extrême, paraissant souvent conique ou diminuant vers la pointe. Les membres, les pieds et les ongles sont plus forts chez le Fdis Catus. Les taches et les raies sont beaucoup moins régulières chez le Fdis domesticus ; enfin, le trait dorsal se continue souvent chez ce dernier jusque sur la queue.

L'on rencontre quelquefois, dans nos bois, des métis produits de l'accouplement du Fdis Catus avec le Fdis domesticus libre. J'ai examiné quelques-uns de ces curieux sujets qui présentaient la grande taille, les proportions et le pelage fourré du Chat sauvage, avec une livrée moyenne et souvent tachée de blanc. J'ai vu, par exemple, dernièrement, chez un pelletier de Lausanne, les peaux de deux superbes échantillons de ces métis bigarrés de blanc, tués dans les forêts vaudoises d'Echallens.

Des débris fossiles du Chat sauvage ont été trouvés dans le diluvium du canton de Berne et dans les cavernes de Mentone, ainsi que dans les tourbes et les restes des Palafittes de diverses localités. Les ossements provenant des stations de l'âge de pierre paraissent ne pouvoir en aucune manière se rapporter à une race domestique *.

« Rûtimeyer, L. Untersuchungen, 1860, p. 9—32. — Pfahlbauten 1861, p. 23.

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