TROISIÈME SUPPLÉMENT
(FAUNE, Vol. I.)
(Voyat, premier ■npplément, Vol. III| 187S, et, aeeond eopplément, Vol. IV, 188S.)
Avril 1890.
Depuis mon dernier supplément aux Mammifères de la Suisse, en 1882, quelques observations ont été faites qui méritent d'être enregistrées à la suite de celles que j'ai relevées déjà à la fin de mes volumes UI et IV '.
J'ai précédemment ajouté trois espèces à mon premier catalogue, les :
Dysopes Cestonh, trouvé deux fois sur notre sol, à Bftle et au Gothard,
Vespertilio Bechsteinii. rencontré à Bâle, sur lequel je vais revenir, et
> Le premier supplément (avec le vol. III, 1872) traitait des : Dysopes Cestonii, Vesperugo MauruSy Vesp, Savii (égal PipistréUus), Amhlyotii^ cUratus (diff. du Vesp. Nilsaonii), Vetperugo seroiinus, Sorex alpinii«, Hypudaeus glareoîus, Aroicola aroalis et Aro, eampestris. Arvieola agrestis, Aroicola Savii, Lepus variabilis, Foetorius Erminea, Foetorius Lutreola, Cervus Elaphus, ainsi que de Veirier et la grotte du Scé,
Le second supplément (avec vol. IV, 1882) avait trait au Dysopes Cestonii et au Vespertilio Bechsteinii.
Arvicola Savh, observé dans le Tessin. A côté de celles-ci^ il semble qu'il faille ranger maintenant, comme espèce nouvelle, SOUS le nom de :
Yespertilio lugubris, le Vespertilion sombre que j'avais d'abord décrit comme Varietas nigricans du F. MystadntiH.
Hiniopterus Schreibersii, NaUeier.
(Vol. I, p, 60.)
La rencontre d'un individu blessé de cette espèce méridionale^ le 25 octobre 1881, sur la route postale, entre Coire et Ems, dans les Grisons, capture signalée par le D' Ch.-G. Brttgger, dans ses Zoologische Mittheilungen, en 1884 (Jahrb. Naturf. Gesell. Graubttndens, XXVII, Jahrg.), constitue un fait fort intéressant, car les trouvailles du Minioptëre au nord des Alpes sont assez rares jusqu'ici.
J'ai constaté l'habitat de l'espèce dans le Jura (Grotte de Motiers et environs), à l'ouest de la Suisse, dès 1867 (Faune, vol. I, 1869) ; puis, ce n'est que quinze ans plus tard que le D'' Brttgger a rencontré celle-ci, à l'autre extrémité de la Suisse, dans les Grisons à l'est, comme je viens de le dire. Entre ces deux citations extrêmes doivent se placer, comme également sur la limite nord de l'aire géographique de l'espèce : la capture d'un individu dans la cave d'une maison de la ville de S** Pôlten en Basse- Autriche, par Jeitteles, en 1868 » ; et la trouvaille par moi, le 22 mars 1876, d'un Minioptère mort, sur an chemin de forêt, au Scé près de Bourg-en-Bresse (France»). Enfin, la même Chauve-souris est signalée dans les grottes de S'-Léonard et de la Citadelle, près Besanço^li, dans le Dép* du Doubs, en France, par E. Olivier (Faune du Doubs, p. 13), en iss:i
Je profite de l'occasion pour n'»pondre à l'observation du D' Brligf^er, qui trouve la coloration de l'individu observé par lui, à Coire, plus foncée que celle attribuée à un individu de
* Eine fftr Niederostorrcich iind die nOrdl. Alpenliinder neiie Fledermaiis fMininptenui Schreibersiij] Verhandl. zool. bot. Gesell., Wien, XVIII, IBfio.
Motiers sur la PI. I de mon vol. I, que la couleur des mem^ branes est eu eifet souTent un peu plus foncée et que le mélange de gris sur les faces inférieures du corps a été peut-être un peu exagéré sur la figure en question.
Vespertilio Bechsteinii, Leisler.
(Signalé au 2'°« siipplémeDt, avec Vol. IV, 1882.)
Cette espèce, plutôt septentrionale, dont j'avais dit (vol. I, p. 84) qu'il était bien possible qu'on la découvre par la suite sur noti*e sol, et dont j'ai déjà signalé la trouvaille dans mon second supplément, en 1882, a été eu effet trouvée, en août 1880. à trois quai-ts d'heure de Bâle, près de la Birse, dans un arbre creux d'une localité dite Nouveau-Monde (Neuen WéU), et déterminée par le D' F. MttUer, sur un jeune mâle qui figure maintenant au Musée de Bftle.
Le Vespertilio Bechsteinii rappelle, en plus petit, le Vesp. murinus, mais s'en distingue cependant au premier abord, non seulement par sa taille d'au moins un quart moindre, mais encore par son oreille et son oi*eillon plus longs, et par le fait que la membrane alaire borde chez lui le pied jusqu*à la base des doigts, tandis qu'elle s'arrête à la moitié de la plante chez le Miinnus. La description de Blasius ' permettant de pousser plus loin ces comparaisons et signalant des différences caractéristiques jusque dans les dents ; je me bornerai à relever ici les quelques remarques que j'ai faites sur l'exemplaire suisse en question que le D' Millier a bien voulu me soumettre, avec ses observations.
Livrée gris-brun en dessus, blanchâtre en dessous; les poils plus foncés à la base.
Museau assez allongé. — Oreille subconvexe au bord externe, sans échancrure et, couchée en avant, dépassant le museau de moitié au moins de son bord supérieur. Généralement dix plis ou raies à la face interne; le dixième m'a paru peu accentué. — Oreillon élancé, un peu incliné en dehors, dépassant légèrement la moitié de l'oi-eille. — Queue, de l'anus à l'extrémité, égale ou
* Naturgeschichte der Sâugethiere Deutsch)and8, 1857, p. 85.
à peu près égale à Tavaût-bras. — Membranes alaires bordant le pied jusqu'aux doigts. — Bord des membranes interfémorales nu.
Voici maintenant les mesures que j'ai prises sur le siyet de Bftle, dimensions qui diffèrent un peu, sur quelques points, de celles que m'avait aimablement fournies le D' Millier (in ÏM.)^ soit peut-être du fait de la manière de mesurer, soit plus probablement parce que les divers membres auront été plus ou moins étirés.
Envergure 0-,244
Longueur totale 0",078
» de l'oreille (bord ext.) 0-,022
» de l'oreillon (bord ext.) 0-,011
» de l'avant-bras O»,040
» du tibia O-,021
» du pied (avec ongles) 0",010
)> de la queue (depuis l'anus) O",040
La présence du VespertUio Bechsteinii dans les environs de Bâle étend passablement du côté du sud l'aire géographique de cette espèce propre à l'Allemagne moyenne et septentrionale.
VespertUio lugobris, n. sp.
(Voy. Vol. I, p. 92, pi. II, Vesp. Daubentanii^ var, nigricans.)
Après avoir été longtemps embarrassé par un petit Vespertilion noirfttre provenant de diverses localités suisses, j'avais fini par ranger celui-ci, dans mou vol. I, en 1869, à côté du V&ip. mysiaciHUH^ sous le titre de Var, nigricamy parce que les caractères tirés des formes des premièi*e prémolaire sup. et seconde prémolaire inf. se présentaient quelquefois aussi chez le Moiisiac^ dans le jemie âge.
Le même Vespertilion, avec les mêmes caractères différentiels, de taille moindre, de livrée sombre, de pelage et de propoilions diverses, ayant été depuis lors rencontré sur plusieurs nouveaux points, dans les cantons de Vaud, Lucerne et Grisons, je crois devoir passer ici par-dessus le rapprochement que
j'avais fait des dents du Nigricans adulte avec celles du Mystacinus dans le jeune ftge, pour accorder une valeur nouvelle et plus grande à la constance de plusieurs traits qui m'ont paru distinguer toujours ces deux Vespertilions, jusque dans une même localité.
Je reviens donc sur ma première décision, en rendant à ce Vespertilion sombre le nom de Vesp. lugubris que je lui avais tout d'abord assigné, et en faisant remarquer qu'il ne faut pas confondre ce véritable Vesperiilio à trente-huit dents avec le Ve^p. nigrans de Crespon, qui n'est qu'une variété du F. pipistrellus dans le genre Vesperugo caractérisé par trente-quatre dents seulement.
J'ai déjà dit (vol. I, p. 94) que les données de Meissner* et de Schinz ' sont beaucoup trop insuffisantes pour établir une comparaison entre cette espèce et le Vesp. collaris du premier, basé sur l'examen d'un seul individu provenant d'une vallée voisine du Mont-Blanc, seul individu qui, malheureusement, n^ existe plus depuis longtemps.
Pour ne pas répéter ma description des caractères de ce petit Cheiroptère entièrement noirâtre, avec plastron blanc ou blanchâtre chez l'adulte, je renvoie ici aux données assez circonstanciées que j'ai fournies, déjà en 1869, dans mon vol. I de la Faune suisse, où l'on trouvera, p. 92-94, soit un exposé des traits distinctifs et un tableau des dimensions comparées, soit, sur la pi. II, une figure de l'adulte très ressemblante.
Le Vespertilion dexu-deuil (Vespertilio lugubns) s'est donc trouvé jusqu'ici, en Suisse, dans les cantons de Vaud, Neuchâtel, Berne, Lucerne, Uri et Grisons, ainsi qu'au nord de la Savoie, au Salève près de Genève. Son habitat parait plutôt élevé. Il semble rechercher moins que le Momtac le voisinage des eaux.
' Meismtr^ dans le Règne animal de Cuvier, traduction par Schinz. * Schinz^ Europaische Fauna, vol. I, p. 17, 1840. (LMndiyidu type, insuffisamment décrit, était déjà perdu alors.)
6 FAUTTB DES VERTÉBRÉS DK LA SUISSE.
Vespertilio Dniibentonii, Leisïer,
(Vol. I, p. 94.)
En renvoyant à M. Stauffer, natui-aliste-commerçant à Lucerne, un groupe de petits mammifères indigènes qu'il m'avait prié de déterminer, il y a une dizaine d'années environ, je lui signalais une petite Chauve-souris qui se distinguait du Veap. Daubentonii par de légères différences dans les dents, dont il m'était difficile d'apprécier l'importance sur un seul individu. Je le priais de me fournir si possible quelques exemplaires du même Vespertilio, lui annonçant mon intention de donner son nom à l'animal, si, après examen plus circonstancié, le caractère me paraissait présenter quelque fixité. Peu de temps après, je recevais du même naturaliste plusieurs Vespertilions qui, bien qu'extérieurement semblables au premier et pris dans la même localité, ne présentaient pas l'anomalie de dentition qui avait attiré mon attention chez celui-ci. J'écrivis alors à M. Stauffer que tous, premier et derniers, appartenaient incontestablement à l'espèce du V, Daubentofiii, qu'il n'y avait pas à tenir compte de petites différences sans importance , probablement pui-eroent accidentelles , et qu'il n'y avait donc pas lieu à distinguer là même une variété locale.
Quel ne fut pas mon étounement quand, un an ou deux après, je reçus successivement de divers côtés des demandes de renseignements au sujet d'une espèce suisse prétendue nouvelle, censément décrite par moi et lancée dans le commerce appuyée de mon nom, d'abord par M. Stauffer à Lucerne, ensuite par M. Haller à Zurich, sous le titre de Vespertilio Staufferi.
Chacun comprendra que, n'ayant relevé jusqu'ici cet abus que dans des lettres particulières, je profite ici de l'occasion qui m'est offerte de mettre la vérité sous les yeux du public.
Chéiroptères des Grisons.
Dans une intéressante brochure intitulée « Die CMroplem OrauJmmk^tii, » parue en 1884 ', le D' Ch.-(T. BrQgger a fourni.
non seulement de précieuses données relatives aux déplacements ou passages possibles de quelques espèces et à l'habitat plus ou moins élevé des diverses Chauve-souris dans le pays ; mais encore une liste très riche des espèces du canton des Grisons quMl a, par ses nouvelles observations, portée actuellement au total de 14, sur 21 aujourd'hui connues en Suisse. Ajoutant aux Chéiroptères que j'avais déjà indiqués dans cette partie du pays, ceux dont il a lui-même plus récemment constaté la présence dans les Grisons, le D' Brugger signale, dans les vallées et montagnes de ce canton alpestre, à Test de notre pays, entre 400 mètres à Rorschach et 1878 mètres près de Pontresina, les :
Rhinolophus ferrum'equinum, Veapenigo Pipisirdlus.
» Hipposideros, » Nathusii,
Flecoitis aurUiis, » discolor,
Synotiis Barbasiellvis, » Nilssonii.
AUniopterus Schreibersii, VespertUio murinus.
Vespenvgo Nodula » Nattereri,
» Leisleri, » myd. rar. nig, = lur
gvbris.
Chéiroptères des environs de B&le.
Dans une lettre en date du 11 décembre 1889, le D'F. Mttller me signale comme espèces dont la présence a été constatée à Bâle, en pays de plaine sur la frontière nord du pays, et en grande majorité dans la ville, les :
Rhinolophtis Jerru m-equiN h m , T ^esjmugo Pipi^trellufi,
» Hippoaideros, Vettperiilio murinua,
DyHO})eii (Xyvtinomua) Ceaionn. » Bechateinii.
Plei^oina aurifus, » mysiarifuni.
Vespenigo Nodula, » Dauhetitonii.
Dix espèces auxquelles il y a peut-être lieu d'ajouter les >«?-
• Zaologische Mittheilungen, II, Ton Prof. Ch. G. Brttgger; Jahresb. der Naturf. Gesell. Graubandens, XXVII Jabrgang.
pemgo disœlor et Veaperugo Heroiinus qui m'avaient été signalés dans le temps comme se rencontrant parfois dans les environs de Bâle.
Sorex alpinus, Schhiz.
(Vol. I, p. 128.)
Dans sa Faune du Doubs, en 1883, p. 17, M. E. Olivier signafe la Musaraigne des Alpes comme assez commune aux bords des ruisseaux et des torrents dans la haute montagne (Jura).
Arctomys Harmota, Linné,
(Vol. I, p. 167.)
Une paire de Marmottes, lâchée au printemps de 1879, dans un enclos, au sein même de la ville de Saint-Gall, a réussi à s'établir si confortablement et à si bien multiplier, qu'elle a fondé en quelques années une intéressante colonie, au niveau relativement très inférieur de 650 mètres sur mer seulement* (Voir, à ce sujet : Die Murmelthier-Kolonie in St. Gallen, und das Anlegen von Murmelthier-Kolonie, par le D' A. Girtanner, Zoolog. Garten XXVIII, 1887).
Mus poschiavinua, Folio.
(Vol. I, p. 207, pi. VIL)
M. Lechthaler, préparateur au Musée de (lenève, a reçu dans ces dernières années, de Saptia Maria, à 1350 mètres environ dans le MUnsterthal, vallée des Grisons qui s'ouvre sur le Tyrol, quelques petites souris noirâtres qui, au premier abord, rappellent assez le Mus posrhiavinm que j'avais trouvé à Poschiavo, environ 850 mètres plus bas, dans une vallée du même canton, voisine et s'ouvrant aussi sur le versant méridional des Alpes. M. Lechthaler ayant eu l'obligeance de me remettre deux individus reçus en janvier 1885, je profite de l'occasion pour revenir ici h l'intéressant petit rongeur que j'avais décrit, en 1809, sur plusieurs sujets récoltés à Poschiavo, en faisant alors déjà quelques réserves sur sa valeur spécifique
et sur la possibilité d'une race uègre du Mtis Musculus, pendant de la race noire du Rat (Mm Battus),
Les Souris de Santa-Maria sont, comme celles de Poschiavo, un peu plus petites que la moyenne du Musculus ; mais elles sont d'un noir plutôt brun et moins profond en dessus, ainsi que moins foncées en dessous ; elles ne portent pas les quelques soies à reflets verdâti'es qui se voient d'ordinaire sur le dos du JPoschiavums, et les faces inférieures ne présentent pas chez elles les tons un peu violacés des faces inférieures de ce dernier. Leur queue semble avoir aussi une annelure plus grossière que celle du Musculus^ mais elle est cependant plus velue que celle de la Souris de Poschiavo. Le crâne d'un individu du Mûnsterthal m'a paru se rapprocher plutôt plus de celui du Poschiavinus que de celui du Musculus : il se distingue en eii'ct du dernier, quoique à un moindre degré que celui de la Souris de Poschiavo, par une largeur un peu plus forte en arrière, par un développement un peu plus grand des interpariétaux et par une forme un peu plus ramassée des os de la face ou du museau. Enfin, les caractères diflérentiels que j'avais tirés des raies palatines donnent ici lieu à une intéressante observation sur la variabilité de ces plis de la muqueuse.
Mes individus du Mus poschiavimis portaient sept plis palatins, dont quatre divisés entre les deux premières molaires et trois simples en avant de celles-ci, le plus voisin ou prémolaire étant formé de deux branches plus ou moins bien unies, infléchies et convergeant eu arrière ; tandis que chez les quelques M. MusimIus que j'ai examinés comparativement à ce point de vue, j'ai compté d'ordinaire huit plis palatins : cinq intermolaires divisés et trois simples en avant, le troisième ou prémolaire étant composé de deux branches généralement soudées au milieu et formant sur ce point un angle dirigé plutôt en avant. Deux Souris noires de Satita-Maria m'ont présenté : l'une sept et demi plis palatins, en ce sens que le quatrième intermolaire divisé n'était représenté de chaque côté que par une petite granulation ; l'autre huit plis, dont cinq intermolaires très irréguliers, le quatrième le plus court. Chez les deux, le grand pli prémolaire était infléchi en arrière, composé de deux branches mal soudées chez la première, de simples granulations chez la seconde.
n est évident que la forme et la disposition de ces plis peuvent varier passablement avec Tâge, et peut-être avec les conditions d'habitat, jusque dans une même espèce, chez le M. Àfuscultis par exemple. Cependant, une différence constante à cet égard entre Poschiavinics et Musailus autorisait Tusage de ce caractère parmi ceux appelés à distinguer ces deux Souris, aussi longtemps qu'une disposition intermédiaire ne venait pas rapprocher les deux formes sur ce point. Maintenant, la question de race locale ou d'espèce que j'avais soulevée et laissée pendante (vol. I, p. 205) se présente de nouveau.
Bien que la Souris noire de Sania-Maria soit loin d'accuser à un degré aussi accentué les quelques caractères de forme et de livrée qui distinguent à première vue celle de Poschiavo, on ne peut guère se refuser de voir chez elle certaines tendances pour ainsi dire transitoires. Si la première est, comme je le crois, une race nègre de la Souris grise ordinaire, il devient plus difficile de conserver une importance spécifique aux quelques caractères signalés ci-dessus, bien qu'ils distinguent toujours franchement le Ponchiavimia du MiAScuhut. Il n'y a pas jusqu'à la similitude d'habitat, dans deux vallées voisines et quasi parallèles, qui ne militent en faveur du rapprochement de ces deux Souris noirâtres ou noires.
Les cas de mélanisim ne sont pas rares dans les Alpes, chez les Vertébrés. Est-ce à la production de variétés exceptionnelles de cette nature qu'il faut attribuer la présence de Souris noirfttres à Hanta-Maria\ ou bien celles-ci, qui abondent et prédominent, dit-on, dans les maisons du village, doivent-elles être plutôt considérées comme appartenant à une race nègre du MuHcxdm^ née sous l'influence de quelque condition particulière et se perpétuant dans son milieu.
M. Lechthaler m'affirme qu'il avait vu déjà, il y a vingt-cinq à trente ans des Souris noires à Santa-Afaria, durant un séjour qu'il fit comme enfant dans la vallée, et que c'est parce que le souvenir lui en était revenu, il y a quelques années, à la lecture de ma description du Poxvhiavinm, qu'il écrivit plus tard pour se faire envoyer quelques exemplaires des dites du MOnsterthal.
La date de ma première trouvaille à Poschiavo, en 1864, nous reportant à une époque à peu près semblable, on peut se
demander quel lien existait alors entre les deux races nègres ; si elles étaient nées séparées, sous des influences analogues, ou si Tune n'est qu'une colonie de l'autre qui se serait peu à peu répandue dans les vallées et les régions avoisinantes.
Serait-ce seulement au fait qu'il était localisé et seul de son espèce dans la fabrique de Poschiavo, que le Poschiavinus devait d'aflBcher des caractères de forme et de livrée beaucoup plus accentués que ceux des Souris noirâtres de Santa-Maria, aujourd'hui beaucoup plus répandues et probablement souvent en contact avec des grises; ou bien était-il d'origine diiîérente.
Le Miui poschiavinm, noir, est-il le type, et les Souris noirâtres de Santa-Maria, ipoins caractérisées, sont-elles des descendants dégénérés et abâtardis de ce premier; ou bien la Souris de Poschiavo, race locale ou espèce, n'a-t-elle rien de commun avec celle du MttnsterthalV
Voilà autant de questions pour la solution desquelles je n'ai pu jusqu'ici me procurer les éléments nécessaires : des Souris noires de Poschiavo d'aujourd'hui, ce que j'espère bien obtenir encore, et la Souris noire de Santa-Maria d'autrefois, ce qui est maintenant plus difficile ^
De toute manière, et quelle que soit la parenté unissant les deux Mm en question, il n'est pas moins intéressant de constater qu'il existe dans nos montagnes grisonnes un foyer d'une race nègre du Musmlus à laquelle est peut-être réservé d'envahir avec le temps le continent, comme il en fut du Mus Eattm.
Lepus timidus, Linné.
(Vol. I, p. 247.)
En octobre 1884, M. A. R. de M. a tué, à Thierrens, dans le Jorat (Vaud), un Lièvre commun, de taille ordinaire, qui présentait une livri^e assez curieuse. Toutes les faces supérieures, tête, cou, dos, oreilles et membres étaient d'un gris jaunâtre
^ Les sujets exposés au Musée de Genève par M. Lechthaler, sous le nom de Mus poschiavinus (Fatio), sont des Souris de Santa-Maria qui ne sauraient fournir une idée exacte de Taspect du véritable Poschiavi' nus de Poschiavo.
M FAUNE DES VEKTÉBKÉS DE LA Sl'lSSE.
ti*ès clair; le poitrail était d'un gris roux très pftie. De chaque côté du dos, une ligue brunâtre dessinait comme les bords d'un camail. Le bout des oreilles et le dessus de la queue étaient bruns, au lieu de noir. L'œil était brun.
Lepus variabilis, PaUas.
(Vol. I, p. 251.)
Par lettre du 20 février 1886, reproduite dans le journal de chasse Diana, IV"* année, 1886, p. 10, M. H. Huguenin des Geneveys-sur-CoflFrane, m'annonçait qu'un Lièvre des Alpes (blanc ou variable) avait été tué, dans la première quinzaine d'octobre 1880, par M. A. Perregaux, dans les forêts du Jura neuchâtelois, aux environs des Geneveys. L'animal, que je n'ai pas pu voir, a été déterminé par le prof. Stebler de la Chauxde-Fonds et figure, dit-on, dans le Musée de cette ville. La rencontre d'un représentant de cette espèce alpine dans le Jura constituerait un fait aussi nouveau que difficilement explicable.
Felis Catus, Linné.
(Vol. I, p. 272.)
On a tué, dans ces dernières années, bon nombre d'individus, mâles et femelles, du Chat sauvage dans le Jura, soit du côté de Divonne (Ain), soit dans les cantons de Vaud et d'Argovie.
Martes abietum, Albert Mag.
(Vol. I, p. 316.)
Par lettres des 4 et 20 février 1886, reproduites dans le journal de chasse IMana, IV"' ann., 1886, p. 18, M. H. Huguenin m'a avisé qu'une curieuse variété de Martre venait d'être tuée dans le bois d'Ëndilicu, sur Neuchfttel, par les frères Perregaux. L'individu en question avait la tache orange du plastron assez pâle et bordée de blanc, avec un manteau tirant sur le grisâtre, un peu comme celui de la Fouine, et le fond du poil gris de fer au lieu de jaunâtre. L'hypothèse d'un bâtard possible de la Martre et de la Fouine, ne fut pas confirmée par
V examen comparé de la tête et des dents, qui se trouvèrent couformes k celles du véritable M. Ahidum,
Fœtorius Putorius, Linné.
(Vol. I, p. 324.)
M. Alers (Der Wildwechsel, 1889) et M. de Wattenwyl (Diana, 1 février 1889, p. 141) ont également remarqué l'habitude qu'aurait le Putois de se livrer à la pêche des Grenouilles et de se préparer des conserves de ces batraciens pour l'hiver, en les accumulant vivants et en grand nombre dans des trous, après leur avoir préalablement brisé Téchine d'un coup de dent.
Capella rupicapra, Linné.
(Vol. I, p. 376.)
Au commencement de septembre 1884, des chasseurs grisons auraient vu et poursuivi, sur la montagne de Lugnez, un Chamois entièrement blanc. Le gouvernement de ce canton aurait alors pris sous sa protection cette intéressante variété, en interdisant de la tuer ou même de la chasser.
Cenrus Elaphus, L. et Cemis Capreolus, L.
(Vol. I, p. 389 et 393.)
Le CerJ a été rencontré et tué fréquemment, dans ces dernières années, sur nos frontières des cantons de St-Gall et des Grisons; un petit troupeau serait même actuellement sédentaire en Prattigau, dans le second de ces cantons. — Le Citevreuil^ grâce à la protection qui lui a été accordée par le gouvernement, s'est notablement multiplié dans plusieurs de nos cantons, à l'est comme à l'ouest et tout particulièrement dans le Jura.