‹ Faune des vertébrés de la SuisseChapitre 1 sur 77 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Empêché jusqu'ici 9 par diverses circonstances , de mettre la dernière main à la partie ichthyologique de ma Faune suisse, presque terminée depuis 1875, je ne veux pas publier aujourd'hui ce résultat de longues et consciencieuses recherches, sans m'excuser auprès de mes souscripteurs d'un retard complètement indépendant de ma volonté et sans leur donner l'assurance que les années écoulées, bien que consacrées en grande partie à d'autres occupations, sont loin cependant d'avoir été perdues pour le perfectionnement de ce travail.

£n effet, après avoir dû séparer d'abord les poissons des Reptiles et des Batraciens qui ne devaient primitivement former avec ceux-ci qu'un seul et même volume, j'ai encore été amené petit à petit, en considération des conditions hydrauliques tout à fait particulières de la Suisse et par l'abondance des matériaux , à étendre forcément les proportions premières de cette étude et à la partager en deux volumes à peu près d'égale importance.

Une faune locale n'ayant de valeur, à mes yeux, qu'au-

tant qu'elle représente, sous leur aspect local, les espèces d'un pays, telles qu'elles résultent des conditions diverses de milieu de celui-ci, pour permettre des comparaisons utiles avec des études analogues faites dans d'autres régions, j'ai voulu que mes descriptions et discussions de caractères reposassent toujours sur l'examen minutieux de types vraiment suisses et sur la comparaison de sujets pris, à divers âges, dans différentes conditions.

La Suisse, source de plusieurs des grands fleuves de l'Europe, comprend, à divers titres, sur une petite surface, quatre bassins principaux dépendant de quatre mers différentes ; je néglige à dessein l'Adige qui ne touche que par un très petit point à notre sol. Nous avons les bassins du Rhin (mer du Nord), du Rhône (mer Méditerranée), du Pô (mer Adriatique) et du Danube (mer Noire), dont il importait d'étudier et comparer les faunes ichthyologiques dans les lacs et rivières tributaires de chacun, ainsi qu'au sud et au nord des Alpes et à différents niveaux.

Comptant revenir plus tard sur les questions de distribution géographique et d'influence des milieux, je me bornerai à dessiner ici sommairement les principaux fractionnements du champ dans lequel a été faite cette première partie de mon travail comprenant 26 (ou 27 *) espèces, réparties dans 19 genres : 5 Anarthroptérigiens de quatre familles et 21 Oyprinidés, avec trois soiis-especes , trois hybrides et bon nombre de variétés. Treize autres espèces et six hybrides ne sont décrits brièvement dans ce volume que comme se trouvant non loin de nos frontières et ayant peut-être quelque chance de se rencontrer un jour dans nos eaux, ou pour avoir été cités à tort dans les limites du pays.

^ 27, si Ton consenre le rang d'espèce à VAÎbumua alboreïïa.

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Le hassm du Rhin, en Suisse, de beaucoup le plus important et le plus riche, embrasse à la fois la grande majorité des lacs et des ri\îères du pays au nord des Alpes et le plus grand nombre des poissons décrits dans ce volume. Sur les 24 espèces (5 Ânartkroptérygiens et 19 Cyprinides) qui habitent le Rhin ou ses affluents, en Europe moyenne, nous en trouvons encore 20 dans les limites de notre pays, parmi lesquelles trois ne se montrent guère en dehors du fleuve lui-même ou de ses environs immédiats ; tandis que les 17 autres sont assez répandues dans les divers sous-bassins de ce premier réseau de lacs et de rivières, dans le centre, ie nord et Test du pays. Â l'exception d'un échange sur une espèce, le Rhin au-dessus de Schaif house et le lac de Constance possèdent les mêmes poissons et le même total que les tributaires de ce fleuve au-dessous de sa chute «

Le bassin du Bhône suisse, qui arrose la partie occidentale du pays, est relativement bien plus pauvre que le précédent, puisqu'il ne compte plus que 1 1 espèces seulement sur les 24 (7 Anarthroptér^^giens et 17 Cyprinides) qui se rencontrent communément dans le Rhône et ses principanx tributaires en France. En effet, la perte du Rhône à Bell^arde prive le bassin du Léman de bon nombre de poissons qui autrement remontent par la Saône jusque sur nos frontières jurassiennes, dans le Doubs, rivière que j'ai, bien que limitrophe, considérée comme appartenant plutôt à un bassin étranger, et dont je n'ai traité subsidiairement que pour montrer jusqu'à quel point cet accident du fleuve contribue à la pauvreté en espèces du bassin du Léman.

U est intéressant de comparer dans leurs représentants les faunes ichthyologiques du bassin du Rhin au-dessus

Viij FAUNE DBS VERTÉBRÉS.

de la chute et du bassin du Rhône au-dessus de la perte, plus spécialement celles des lacs de C!onstance et du Léman de régimes hydrauliques différents et également isolés depuis des siècles.

Le bassin du Pô, représenté en Suisse, au sud des Alpes» par les lacs et rivières du Tessin, nous fait participer en partie à la faune italienne. Nous comptons ici 15 espèces sur les 23 (8 Anarthroptérygiens et 15 Cyprinides) qui habitent la Lombardie ; et, parmi ces 1 5 espèces tessinoises, nous ne trouvons plus que 9 des poissons qui vivent dans le Rhin, tandis que nous y recueillons un nouveau contingent de 6 espèces entièrement étrangères au reste de la Suisse, contingent qui vient porter à 26 le total des espèces indigènes sur le sol helvétique. Trois des neuf espèces du Tessin que je rapproche comme races méridionales de celles du Rhin, bien qu'elles soient considérées encore comme spécifiquement différentes par la majorité des ichthyologistes, sont ici décrites séparément, avec un numéro d'ordre répété, pour bien accuser à la fois les rap- ])orts et les différences qu'elles peuvent présenter, dans ces conditions, avec les formes analogues ou plus ou moins parallèles qui vivent, au nord, de l'autre côté des Alpes.

Le bassin du Danube, représenté seulement, en Suisse, par l'Inn et quelques petits lacs en Engadine, ne compte enfin plus, grâce à son niveau très élevé, que trois espèces, dont l'une probablement importée, sur les 30 (7 Anarthroptérygiens et 23 Cyprinides) qui habitent le Danube et ses principaux affluents.

Deux poissons, sur nos 26 espèces dans ces deux groupes, remontent jusqu'à 2400 mètres environ dans nos courants alpestres; la grande majorité des autres demeure» par contre, au-dessous de 900 mètres.

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Noos aurons maintes fois l'occasion de constater, quant à la distribution géographique de nos espèces et à leurs formes locales à différents niveauj[, rinfluence, soit de l'inclinaison de nos divers courants plus ou moins accidentés et de l'absence ou de la présence de lacs étages sur le parcours de ceux-ci , soit de la température et de la pauvreté relatives des eaux de nos divers lacs, eux-mêmes plus ou moins voisins de leurs sources glaciaires.

Mais ce ne sont pas seulement ces conditions de milieu et d'alimentation qui peuvent faire varier nos poissons et compliquer leur étude. J'ai remarqué que certaines disproportions dépendant de Vâge ou du sexe dans diverses parties de la tête, du corps ou des nageoires, ont contribué aussi fort souvent à charger la synonymie d'une foule de noms spécifiques peu justifiés, et à entraîner maintes contradictions et confusions dans les descriptions de bien des auteurs.

J'ai donc cherché, dans l'étude de certaines parties moins facilement influençables que les formes et proportions extérieures, de nouveaux caractères qui pussent me servir de critères pour peser la valeur de diverses modifications qui, au premier abord, peuvent paraître à tort d'une importance spécifique. Bien que rappelant parfois la constance de quelques-uns dans les espèces d'un même genre que j'ai eu l'occasion d'étudier, je n'ai pas voulu cependant faire usage de ces nouveaux traits caractéristiques dans la détermination de mes coupes génériques, aussi longtemps que ceux-ci n'ont pas été étudiés chez tous les représentants d'un même groupe. Je citerai, en particulier, l'examen détaillé du numUetire, des sous-^^rbUaires , de l'appareil masticateur, meule et as pharyngiens, et des écailles en diverses places, comme m'ayant été d'une

grande utilité, non seulement pour la distinction de nos (liiférentes espèces de Cj-prinides, mais encore pour reconnaître les liens qui rattachent aux types ou aux espèces mères, tant les variétés et races locales que les produits hybrides mélanges d'espèces ou de genres voisins.

Au lieu d'introduire on de conserver dans la nomenclature, comme tous les auteurs jusqu'ici, des noms spéciaux pour les divers bâtards reconnus, noms qui ont le grand tort de donner à des formes mixtes une importance spéci* fique et même générique, j'ai cherché plutôt à construire avec les noms des espèces mères, des noms composés qui rappelassent à la fois l'origine et les tendances de ces bâtards.

Je ne dois pas négliger, à propos de ces derniers, de signaler que les hybrides m'ont paru moins fréquents dans les eaux généralement froides de nos rivières rapides et plus ou moins encaissées, que dans les cours d'eau plus lents, plus riches et plus réchauffés d'autres pays, de la France et de l'Allemagne en particulier, où beaucoup d*espèces se trouvent souvent réunies temporairement dans de petits bassins latéraux, calmes et volontiers peu profonds, eaux mortes f àliwàsser, etc., relativement rares dans nos vallées.

Si je n'ai pas voulu créer de nouvelles espèces avec quelques-unes des variétés assez constantes que j'ai rencontrées dans cette étude, c'est que, bien placé pour peser la valeur de celles-ci, il m'a paru plus utile de montrer les liens qui les unissent â la souche que d'attacher mon nom à quelques formes plus ou moins discutables, alors que je m'efforçais, d'un autre côté, de réduire autant que possible le catalogue des titres censés spécifiques de nos poissons indigènes.

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