‹ Faune des vertébrés de la SuisseChapitre 3 sur 77 · DIS · texte numérisé non relu

DIS

TELEOSTIENS

TELEOSTEI

Un squelette osseux et des vertèbres bien distinctes ; l'extrémité de la colonne vertébrale complètement OSSIFIÉE, ou AU MOINS RECOUVERTE DE PIÈCES

osseuses. Branchies libres et protégées par un

APPAREIL extérieur PARTICULIER; UNE SEULE FENTE BBANCHIALE. NERFS OPTIQUES ENTRE-CROISÉS. BULBE AORTIQUE SIMPLE ET MUNI A L'ORIGINE DE DEUX VAL- VULES OPPOSÉES.

Les Poissons, de beaucoup les plus nombreux, qui accusent ces quelques principaux caractères, sont abondamment répandus dans les eaux, tant douces que salées, des diverses parties du globe.

Les types variés de cette immense sous-classe peuvent être divisés en : Anarthroptérygiens, Pharyngogna- THE8, Physostomes, Anacanthiens, Plectognathes et LoPHOBB anches. Le second et les deux derniers de ces six ordres comprennent des poissons de formes souvent assez bizarres, en grande majorité marins et tous égale-

ment étrangers à nos eaux ' ; les trois autres renferment la presque totalité de nos poissons suisses.

Depuis la classification de Cuvier* qui reposait principalement sur la structure des rayons des nageoires, bien des systèmes ont été proposés pour la subdivision des poissons osseux. Plusieurs caractères d'importances variées ont été successivement mis en avant. Bien que Ton ait cru, au premier abord, pouvoir trouver facilement des traits distinctifs plus profonds que Taspect du rayon, on n'a pu cependant jusqu'ici s'afifranchir complètement de la* direction première donnée par l'illustre auteur du Règne anUnal. Souvent, les nouvelles classifications n'ont réussi qu'à rompre des affinités en apparence légitimes et naturelles, et à mettre en opposition des caractères dont la prépondérance est encore fort discutable.

En montrant, dans la structure intime des rayons de diverses sortes, comme un parallélisme entre les formes de ceux-ci dans les différents groupes et les degrés du développement plus ou moins parfait de ces organes. Kner ' a, en même temps, accusé la valeur du rayon et réduit, semble-t-il, l'importance des coupes établies sur ce seul caractère, dans une série de formes, par le fait, plus ou moins reliées par les degrés transitoires d'un développement graduel. La plupart des autres traits distinctifs, formes extérieures, pharyngiens, écailles, vessie, etc., qui pourraient servir de base à une nouvelle classification, semblent, comme je l'ai dit, amener forcément à leur suite, en tant que caractères exclusifs, soit bon nombre d'exceptions, soit des contradictions difficiles à faire disparaître sans un remaniement complet de la sous-classe* ; remaniement long et délicat qui pour-

' Par exemple : les Labres, Belones, Exocets, Diodons, Coffres, Balistes, ifypocampes, Pégases, etc.

* Règne animal, II, 1817.

^ Ueber den Flosêenbau der Fische; Sitzb. der K. Acad. der Wissenschaften, XLI, XLII, XLIII et XLIV.

* Qu'il me suffise de rappeler, en passant, l'exemple des Scombereso* cidés qui font exception par la charpente molle de leurs nageoires dans Pordre des Pharyngognathes, les Percopsidés qui s'écartent par la structure de leurs écailles du type ordinaire des Physostomes, les Gadopsidés

TELEOSTIENS. 6

rait paraître bien déplacé dans un champ d'étude aussi restreint que celui-ci.

Je préfère donc, dans cette phase d'indécision et de tâtonnement, accepter pour le moment une série de six ordi'es basés simplement sur un ensemble d'analogies plus ou moins constantes. J'admets ici une classification générale très voisine de celle du célèbre J. Muller ', quitte à revenir plus tard, dans mon introduction ^ sur les défectuosités, tant du classement que j'emploie que de bien d'autres plus récents ^

qai, dans les Auacanticns se font remarquer par le développement en épines de leurs premiers rayons dorsaux et anaux, et bien d'autres qu'il serait sup«*râu de citer ici.

^ Ueberden Bau und die Grenzen der Gatwïden, und ûbei' dos natiirUcke System der Fûiche; Abhandl. derBerlinrr Âkademie, 184G.

' Qui paraîtra avec le second volume de Poissons.

* Le D»" Fitzinger ( Versuch eincr naturlichen Classification der Fische ; Sitzb. der K. Acad. der Wissensch., 1. Abtk., 1873) a eu le courage de rompre franchement avec les idées généralement reçues et de bouleverser Tordre jusqu'ici consacré. Bien que basé principalement sur le parallélisme des formes, fait réel et utile à constater dans toutes les classes, le système de cet auteur me parait encore trop confus et trop discutable sur bien des points, pour être l'expression de l'exacte vérité et guider sûrement dans une voie nouvelle.

l PAUNK UKS VKHTÊBHês.

Ordre L ANARTHROPTÉRYGIENS

ANARTHROPTERYGH

Les représentants de ce premier ordre ont la partie antérieure de la nageoire dorsale composée, ou, quand il y a deux dorsales, la première de ces nageoires, formt^c entièrement de rayons non articulés, rigides ou flexibles et plus ou moins acuminés. Les branchies sont, chez eux, en forme de peigne. Les os maxillaires supérieurs sont séparés de l'intennaxillaire. La vessie natatoire, quand elle existe, est généralement dépourvue de communication avec Textérieur. Les nageoires ventrales sont généralement antérieures. Les écailles sont, dans la majorité des cas, cténoKdes ou garnies d'aspérités sur le bord.

Enfin, ce qui distingue surtout les Anarthroptérygiens des Pharyngognathes , avec lesquels ils ont plusieurs caractères communs, c'est que les premiers portent toujours des pharyngiens inférieurs franchement séparés, tandis que les seconds ont, au contraire, ces os constamment réunis.

* J*fldoptc le mot Anarihroptnytfien^ qui Hi)(nifie à rayoD» des nageoires non articulés, comme plus propre que celui d^ Acanthoptirtft/Un, et cela pour deux raisons : premièrement, par le fait qu*il peut embrasser à aussi juste titre les rayons non articulés rigides, soit véritablement épineux, et les rayons non articuleux mous, soit pseudo- épineux ; secondement, parce que le nom d*Acintboptérygien, dans le sens de Cuvier, pourrait s'appliquer tout aussi bien à la grande majorité des PharyngoguatheR qu'aux poissons de notro premier ordre.

Af«ARTHR0PTÉRY6IS58. , 5

Lee Aoarthroptérygiens sont excessivement nombreux, de fonnes très yariées, fort répandus dans les diverses parties du globe et, pour la plupart , exclusivement marins. Bien que rarement de très grande taille, ils sont cependant génénlement, grâce à leur solide charpente et à leur r^ime Carnivore, de terribles rapaces.

Des nombreuses familles représentées dans les mers de l'Europe, sept seulement, celles des Percidés, des MugUi" dés, des Jihérinidés, des Gasterost^dés, des Cottidés, des ^JûbUdés et des Bkmmdés, figurent dans les eaux douces de notre continent. Quatre, parmi celles-ci, les PERcmÉs, Gastérosteidés, Cottidés et Gobiidés, comptent seules quelques membres dans les lacs et rivières de notre pays.

Plusieurs ichthyologistes subdivisent maintenant nos Anarthroptérygiens en véritables Accmthoptérygiens et Pseudo-Acanthoptérygiens, soit Haploptéryqiens, d'après la structure et le mode d'insertion des rayons non articules. Bien que cette distinction paraisse, au premier abord, naturelle et en partie justifiée par les observations de Canestrini ^ et de Kner ', il me semble difficile d'attribuer aux différences signalées le poids que leur ont dernièrement accordé, dans la classification, soit Canestrini, soit Harting', Troschel^ et quelques autres. L'importance des caractères différentiels invoqués me paraît manquer souvent de constance et d'équilibre dans les deux groupes.

Les rayons non articulés en question, antérieurs de la dorsale et de l'anale, se distingueraient, selon Kner qui a poussé le plus loin l'étude de cette question, en vrais piquants» wahre Stacheln

^ Uéberdîe StOkmg der OlmiMhyidm in SyUma ; Verhandl . der K. K. Zool. Bot. Gesells., 1S59, et (dusses Zool. Mittheilangen) même année, U^b&r èie AfâoeUmàiUn,

' ilosètnboHj etc., 1. c.

' Leerboeck der DierkundCf II Deel, it Stuk, 1664. — La classification de Harting est, parmi les pins récentes, peat-être la plus naturelle.

* Handbueh der Zoologie; 7. Auflage, 1871.

6 FAUNB DK8 VBRTfeRÉS.

(aculei) et en rayons simples, faux piquants ou épines, souples ou rigides, falscbe Stacheln ou Dornen {radii simplices vel spifiœ). Chez les premiers existerait, dans le centre, un canal longitu- (tinal compris entre les deux tiges latérales solidement unies et une ou deux pièces plus petites accolées à la face antérieure de celles-ci ; puis lesdites tiges latérales aiitoureraient complètement par la base le ligament articulaire, dans un cercle fermé. Chez les seconds, les deux tiges latérales, souvent moins solidement unies, n'embrasseraient point de canal interne, et F ouverture articulaire serait généralement imparfaitement fermée dans le bas.

Troscbel, qui a récemment voulu mettre en pratique ces données, distingue ses Acantlwpteri de ses Haplopteri^ par le fait de la présence ou de Tabsence d'un canid intérieur dans le rayon. Mais, à ce compte, il faudrait renvoyer plusieurs Percidés, les Aspro et Lticioperca entre autres, dans les Pseudoacanthoptérygiens, sortir même notre Perche de sa faniille, puisque ses rayons ne renferment pas non plus de canal et que, de Taveu même de Kner, ce poisson n'est qu'un Acanthoptérygien imparfait.

Canestrini, quelques années auparavant, avait déjà proposé une division à peu près semblable; toutefois, pour lui, la présence ou l'absence d'un rayon épineux non articulé aux ventrales devait servir de principal critère entre les deux groupes. Encore ici, ce caractère différentiel, qui devrait appuyer les précédents, me semble varier d'importance, selon que l'on s'attache à telle ou telle partie de la structure du rayon ; je n'en citerai qu'un seul exemple, sans sortir de notre faune. En effet, notre Chabot {Cotttis gohio\ que Canestrini et Kner renvoient tous deux dans les Pseudo-acanthoptérygiens, au mépris d'autres considérations qui semblent le rapprocher plutôt des Trigles et autres Acanthoptérygiens à joue cuirassée, porte cependant, comme VAspidaphaniê^ dans la gaine qui enveloppe le premier rayon articulé de ses ventrales, une véritable épine méconnue par ces deux auteurs, épine sans canal il est vrai, mais tout aussi développée et fermée à la base que la correspondante chez la Perche que Canestrini maintient pourtant avec raison dans ses véritables Acanthoptérygiens.

PBRCIDÉ6. 7

En un mot, bien que, dans un grand nombre de cas, très rationnéDe en apparenee, cette subdivision me paraît cq>endant rompre trop firéquemment des affinités reconnues naturelles, et nécessiter en même temps dans Tordre des Anarthroptérygiens un bouleversement beaucoup plus grand que ne Tout opéré jusqu'ici ses partisans ^

Famille L PERCIDÉS

PERCIDiE

Les Poissons de cette famille ont le corps généralement oblong et des écailles pour la plupart cténoldes, soit âpres au toucher \ Ils portent sur les mâchoires et, selon les espèces, aussi sur le vomer, les palatins ou les pharyngiens, des dents tantôt toutes également petites et serrées,

^ Bien que beaucoup de véritables Acanthoptérjgiens présentent aux nageoires, pectorales et ventrales surtoat, des rayons divisés beaucoup plus profondément mnltifurqués et plus rameux au sommet, avec des articu* lations plus allantes, que chez la majorité de nos Physostomes (MalaeoptérygiensdeCuvier) et que chez plusieurs des Haploptérygiens (censés faux Acanthoptérygiens), cette différence, assez frappante dans beaucoup de genres, ne peut cependant pas non plus être invoquée comme totgours caractéristique, car elle souffre d'assez nombreuses exceptions ; le Oobie, par exemple, se rapproche sous ce rapport beaucoup plus de la Perche que de la Blennie ou du Chabot.

' J'ai dit, pour la plupart etènoUdes, parce que, depuis les études d'Agasnz sur les écailles an point de vue de la classification {Reciherehea 9ur les poissons foenUSj 1633-1843), il a été prouvé que les distinctions établies par cet auteur, bien que précieuses et assez justes en général, ne sont cependant pas toigonrs aussi constantes et importantes qu'on le croyait d'abord* On peut trouver, en effet, sur le même poisson, des écailles de deux formes opposées. J'avais déjà constaté la chose, en examinant l'écaillure de nos Perddés, de notre Perea en particulier, quand, dernièrement, le profenenr Baudelot a signalé le même fait dans ses intéressantes Se(herd»eB sur la structure et le dMIoppement des écaiUes des poissons osseux (Archiv. de Zool. expérimentale et générale, 1878).

% rAUEfB

tmtèt au cootrtîre înégftlM et plw séparées. Divines fièeesoperadamssoDt, eheceozypfais ra moins dentelées sur le bord. La joae n'est pas cuirassée. Les onies sont largement ouvertes et soutenues par des rayons branchiestèges en nombre variable de cinq à sept. L'œil est plus ou moins latéral. La bouche s'ouvre en avant et est plutét grande, soit assee profondément fendue et toiqours dépourvue de barbillons. Les nageoires sont, le plus souvent, au nombre de huit, ou quelquefois de sept seulement, par la réunion des deux dorsales ; ces dernières et l'anale sont composées d'une partie antérieure épineuse, ou au moins formée de rayons non articulés et plus ou moins rigides, et d'une partie postérieure molle à rayons articulés et divisés. Les ventrales sont thoradques, c'est-àrdire situées presque au-dessous des pectorales ou un peu en arrière, et armées d'une épine à l'avant. La vessie natatoire, quand elle existe, est simple et close, soit dépourvue de communication avec l'extérieur. L'estomac affecte la forme d'un sac et porte des appendices pyloriques généralement peu nombreux. L'intestin est assez court et faiblement replié.

Bi^ que surtout marine, cette première Camille, riche en genres et en espèces, compte cependant des représentants dans les eaux douces, comme dans les eaux salées des diverses parties du globe; tous ses membres sont presque exclusivement carnivores, beaucoup sont parés de brillantes couleurs. Les Percidés de notre continent vivent indifféremment dans les hics et les rivières.

Les nombreuses espèces de Percidés ont été réparties par l'auteur du Catalogue of Fishes ', dans six groupes assez distincts, basés principalement sur des différences

^ Oaiithêr,Cfttalofoeortlie Fiihetof Uie Brittah Mttieaa, vol. I, 1S99, p. 61-66.

KRCIMft. ^

de iMme, d'éeaUlare, d'annature des pièces operculakw et de déveioppemmt des nageoires dorsales. La première de ces sabdivisions, celle des Fiercinaj doit seale nous occi^er, GomoMb comprenant tons les Percidés d'ean douce de notre continent.

Tribu des PERCINES

PERCINA

Les Porcines ont un corps oblong^ plus ou moins élevé on comprimé et toujours assez atténué dans la partie postérieure. Les écailles qui les recouvrent sont généralement assez âpres au toucher et petites ou de moyenne dimension. Diverses pièces operculaires sont fortement dentelées ou armées. La fente buccale est horizontale ou faiblement oblique. La grande -majorité porte deux dorsales plus ou moins distinctes. Rarement l'on trouve chez les Percines plus de dix appendices py briques.

La plupart sont, sinon des Poissons exclusivement d'eau douce^ du moins des espèces qui remontent de la mer dans les fleuves et les rivières.

Sur six genres habitant les eaux douces de notre continent, deux seulement, lesdits Perça et Acerina, sont représentés en Suisse \ Toutefois, j'aurai à dire, plus loin, quelques mots de certains antres membres de la tribu, qui

^ Sur dix-huit genres reconnas par Gûnther, dans cette tribu, les six I sniTants figurent dans les eaox douces de l'Europe : Perca^ Europe en-

tière; Labrax, Midi; Acerina, Europe moyenne, N. et E.; Percorma, Dniester; Lucioperca, Europe moyenne, N. et E.; AsprOj Danube et Rhône. Les genres Labrax et Percarina, dont nous n'aurons pas à parler, ne comptent dans les eaux douces d'Europe que deux espèces, les ILabrax iMpMtet Percarina DemidqffU,

10 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.

ont été signalés à (tort dans notre pays on qoi se montrent non loin de nos frontières. Je venx parler des Xtcciopetra Sandra (Cuv. et Val.)) Aspro Stréber (Siebold) et As. Apran (Siebold), que je décrirai très succinctement, à lenr place, poar les désigner à l'attention et relcTer quelques erreurs de citations.

Genre 1. PERCHE

PERÇA, Linné

Deux dorsales toujours distinctes ; les rayons de la pre-mière tous épineux. Deux épines antérieures à V anale et une à l'avant des ventrales. Dents en velours^ soit petites, égaies et serrées, sur la mâchoire inférieure^ VintermaxU" laire^ le vomer, les palatins et les pharyngiens ; pas de canines. Corps obhngy sensiblement élevé, un peu comprimé et atténué dans la partie postérieure. Le tronc entièrement recouvert d' écailles généralement dénoîdeSj solides et rdativement petites; la ligne latérale complète^ élevée et convexe. THeplutât forte, subconique, nue en dessus et un peu écailn leuse sur les cotés. Oeil franchement latéral. Opercule terminé en pointe en arrière; les autres pièces operculaires plus ou moins dentelées sur le bord. Le premier sous-orbitahre marqué de petites dépres^ons. Sept rayons branchiostèges. Des pseudo-branchies assez développées *.

Ce genre, paurre en espèces, ne compte, en Suisse et

* Les rayons divisés des nageoires pectorales et ventrales sont ici, comme chez beaucoup de Percidés, profondément qoadrifarqaéSj très rameoz an sommet et poonrus d'articulations serrées bien apparentes.

PBRCA FLUVUTILIg. 1 1

en Europe, qu'un seul représentant, la Perche, dite fluviatile ou commune, que Ton trouve dans presque toutes les eaux douces de notre continent, ainsi que dans une grande partie de TAsie \

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