‹ Faune des vertébrés de la SuisseChapitre 35 sur 77 · j Sq. 40 - jj__^ 46. Vert.39-4r · texte numérisé non relu

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> DECiPiENS, AgassiZy Mém. Soc. S. N. Neuchàt., I, p. 38.

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en même temps qu'un peu renflé en avant, comme chez les sujets épais ou bossus. Le profil inférieur, avec cela, ou graduellement convexe comme le supérieur, ou un peu raplati, ou encore plus ou moins saillant vers Tarticulation du maxillaire inférieur.

La longueur céphalique latérale, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 5— 5 V«, parfois 6, selon l'âge et la forme des individus ; à la longueur sans la caudale, comme 1 : 4- 4 Vi» parfois près de 5, suivant les sujets jeunes ou vieux'. La longueur supérieure, vers l'origine de l'écaillure, variant entre les Vi et les Ve de l'axe latéral. La hauteur à l'occiput à peu près égale à la longueur au même point, ou légèrement plus courte chez les sujets effilés, voire même jusqu'à Vf plus faible chez les jeunes. Cette hauteur céphalique à peine plus forte que la Va de l'élévation du tronc chez certains individus ; par contre, chez d'adtres, à peu près égale aux V4 de celle-ci. La largeur sur l'opercule généralement un peu plus faible que celle du tronc chez l'adulte, surtout dans la forme que j'ai dite épaisse, ou au contraire un peu plus forte chez le jeune. Cette épaisseur égale en moyenne aux •/j de la hauteur céphalique ; mais, selon les formes plus ou moins convexes, déprimées, obtuses ou acuminées de la face, correspondant à l'élévation devant le bord antérieur de l'orbite ou, plus en arrière, vers le milieu de celui-ci*.

Museau moyen ou plutôt court, plus ou moins convexe et arrondi, ou déprimé et acuminé ; parfois obtus ou un peu carré, d'autres fois comme un peu relevé et renflé. La bouche, quasi terminale, médiocrement protractile, plus ou moins oblique et fendue au plus jusqu'au-dessous de l'orifice nasal postérieur. La mâchoire supérieure volontiers légèrement plus longue que l'inférieure ; celle-ci cependant parfois égale à la supérieure, surtout chez les sujets épais. L'articulation du maxillaire inférieur, à son tour, plus ou moins saillante, selon les formes du museau et l'obliquité

* Selon Dybowski (1. c, p. 97) jusqu'à 5 '10.

* RecnUnt, en particulier, plus cliez les individus épaf9 que chez les sujets élancés.

482 PAUNE DES VERTÉBRÉS

La hauteur maximale, située devant la dorsale, au-dessus des ventrales, ou entre celles-ci et les pectorales, ou plus en avant encore vers la moitié de ces dernières, selon les formes plus ou moins élevées des individus, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 3 Vi — 5 V» chez des adultes, jusqu'à 5 Vio chez de très jeunes sujets. (Gûntber * donne jusqu'à H V3 pour de grands individus ; je ne trouve chez nous ce rapport que chez des femelles pleines.) La même élévation maximale du tronc, à la longueur sans la caudale, comme 1 : 3 — 4 '/g chez les adultes, parfois jusqu'à 4 */, chez de très jeunes individus (Dybowski* donne 2 Vio chez une grande femelle). L'élévation minimale, sur la queue, d'ordinaire légèrement plus forte que un tiers de la hauteur la plus grande. L'épaisseur maximale, située plus ou moins en arrière entre la base et l'extrémité des pectorales, selon l'âge plus ou moins avancé, et plus ou moins haut du ebié du dos, suivant le degré d'épaisseur ou de pincement de celui-ci, à la hauteur la plus forte du tronc, comme 1:1*, chez les sujets épais et renflés à la nuque, comme 1:2—2*. chez les individus efiilés, et comme 1 : 2 */, — 2 *,\ chez les sujets élevés. Une section verticale de forme, par là, trè* variable, soit ovoïde plus ou moins allongée, volontiers un peu comprimée dans le bas et, suivant les sujets, conique 00 au contraire largement arrondie dans le haut.

L'anus ouvert d'ordinaire un peu en arrière des deux-tiei^, parfois presque aux trois-quarts de la longueur du poisson sans la caudale et souvent un peu plus reculé chez les femelles que chez les mflles.

Tête moyenne ou plutôt courte, relativement assez large, passablement élevée et subconique vue de profil, bien que, suivant les individus, arrondie ou subacuminée en avant. Le profil supérieur tantôt suivant régulièrement la t^ourbe deU nuque, comme chez les sujets de forme effilée et moyenne; tantôt, comme chez les individus élevés, plus ou moins raplati en avant, depuis le l>ord postérieur de l'orbite, ou tu contraire déprimé en arrière de celui-ci du côté de la nuque.

' Fische des Xeckars, p 75.

* Cyp. Livlands, p. 97.

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en même temps qu'un peu renflé en avant, comme chez les sujets épais ou bossus. Le profil inférieur, avec cela, ou graduellement convexe comme le supérieur, ou un peu raplati, ou encore plus ou moins saillant vers Tarticulation du maxillaire inférieur.

La longueur céphalique latérale, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 5 — 5 V«, parfois 6, selon l'âge et la forme des individus ; à la longueur sans la caudale, comme 1 : 4- 4 Vi» parfois près de 5, suivant les sujets jeunes ou vieux'. La longueur supérieure, vers l'origine de Técaillure, variant entre les Vi et les Va de Taxe latéral. La hauteur à l'occiput à peu près égale à la longueur au même point, ou légèrement plus courte chez les sujets effilés, voire même jusqu'à Vf plus faible chez les jeunes. Cette hauteur céphalique à peine plus forte que la Va de l'élévation du tronc chez certains individus ; par contre, chez d'autres, à peu près égale aux Vi de celle-ci. La largeur sur l'opercule généralement un peu plus faible que celle du tronc chez l'adulte, surtout dans la forme que j'ai dite épaisse, ou au contraire un peu plus forte chez le jeune. Cette épaisseur égale en moyenne aux Va de la hauteur céphalique ; mais, selon les formes plus ou moins convexes, déprimées, obtuses ou acuminées de la face, correspondant à l'élévation devant le bord antérieur de l'orbite ou, plus en arrière, vers le milieu de celui-ci*.

Museau moyen ou plutôt court, plus ou moins convexe et arrondi, ou déprimé et acuminé ; parfois obtus ou un peu carré, d'autres fois comme un peu relevé et renflé. La bouche, quasi terminale, médiocrement protractile, plus ou moins oblique et fendue au plus jusqu'au-dessous de l'orifice nasal postérieur. La mâchoire supérieure volontiers légèrement plus longue que l'inférieure ; celle-ci cependant parfois égale à la supérieure, surtout chez les sujets épais. L'articulation du maxillaire inférieur, à son tour, plus ou moins saillante, selon les formes du museau et l'obliquité

' Selon Dybowski (1. c, p. 97) jusqu'à 5 ',io.

' RecoUnt, en particulier, plus chez les individus épais que chez les sujets élancés*

de la bouche. Lèvres médiocrement charnues. Langue bien développée. Narines de moyennes dimensions ; Torifice antérieur subarrondi et bordé d'une valvule susceptible de recouvrir le postérieur beaucoup plus grand et plus ovale. La cloison séparatrice située au tiers de la distance comprise entre le bord de Toeil et le bout du museau^ ou légèrement plus en avant.

Le conduit mucoso-nerveux latéral continué au-dessus de Topercule, puis divisé en deux branches : la première, marquée par des pores assez apparents, passant de chaque côté sur la tête, au-dessus de Torbite, et gagnant les narines ; la seconde, composée de canalicules, faisant par le bas le tour de rœil sur les sous-orbitaires, et arrivant jusque sur le museau \ D'autres pores plus petits le long du préopercole et sous le maxillaire inférieur.

Œil en général de moyenne dimension, bien qu'assez variable, soit quant à la grandeur, soit quant à la position plus ou moins distante du profil frontal, selon la forme des individus et Tflge plus ou moins avancé. D'un diamètre, à la longueur de la tête, le plus souvent comme 1:3 — 5, non seulement suivant les individus jeunes ou vieux, mais encore selon l'habitat et les formes des sujets. J'ai trouvé, par exemple, comme 1:2 Vi chez des jeunes de taille moyenne capturés il y a quelques années dans le lac du Brunig, et Lunel fournit le rapport 1 : 5 \^2 pour de vieux sujets du lac Léman.

L'espace préorbitaire de '/s pl^ P^tit à 7s pl^s fort que le diamètre de l'œil, selon les individus jeunes ou vieux, et, à la longueur de la tête, comme 1 : 3 V» — 4 Vi suivant l'flge plus ou moins avancé et la forme des individus.

L'espace postorbitaire un peu plus fort ou plus faible que le double de l'œil, selon la forme et l'âge des s^jets, parfois même de \\ seulement plus grand que l'œil chez de très jeunes Gardons ; par le fait, presque égal à la moitié de la tête et souvent à peu près double de l'espace préorbitaire.

* Ces canalicules, plus on noins apparents chez nos divers Cypriaidfs, sont ici bien développés et généralement fortement injectés 6t saiUsstt an moment des amours.

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L'espace interorbitaire mesurant de 1 — 1 Vi parfois même près de 2 diamètres de Toeil, suivant les individus jeunes ou vieux ; souvent relativement un peu plus fort chez les mâles que chez les femelles. Cette largeur du front entre les yeux, par le fait, à la longueur latérale de la tète, comme 1 : 2 Vj ~ 3 Va, selon l'âge plus ou moins avancé, souvent 2 '/« chez les sujets de taille moyenne.

Arcade sous-orbitaire composée généralement de six os, exceptionnellement de cinq seulement, quatre grands et deux petits. Le premier oblong, plus long que haut, surtout chez r adulte, convexe dans le bas, subarrondi aux extrémités, un peu creusé dans le haut vers les narines et d'une surface à peu près égale à la Va ou aux Vs de celle de l'œil chez l'adulte, mais mesurant seulement Vs ou Va de celle-ci dans le jeune âge. Le second à peu près de même longueur, mais plus étroit et subtriangulaire. Le troisième un peu plus long et en forme de demi-croissant élargi en arrière à peu près vers le milieu du bord postérieur de l'œil. Le quatrième plus large que le précédent et presque aussi grand que le premier, bien que plus pincé dans le haut et plus anguleux. Après ces quatre os principaux, d'abord une petite pièce subtriangulaire, puis une autre très étroite, allongée et arquée, joignant le crâne. Cette dernière faisant parfois défaut.

La voûte susorbitaire d'ordinaire assez peu proéminente, mais cependant plus surplombante chez les vieux sujets que chez les jeunes, cela surtout dans la variété élevée.

Maxillaire supérieur assez fort dans le haut, presque droit en avant et développé en arrière, vere son milieu, en un coude fortement prolongé, relativement peu élevé, et décroissant, soit à peine concave en dessus et oblique légèrement convexe ou presque rectiligne en dessous. La branche inférieure médiocrement allongée, assez épaisse et fortement tordue, ainsi que passablement élargie à l'extrémité (Voy. pi. II, fig. 36).

Opercule de proportions moyennes, trapézoïdal, marqué de fines stries rayonnantes, et d'une longueur à peu près égale aux Vft de sa hauteur. Le c6té supérieur d'ordinaire faiblement concave et un peu plus fort que la */, du bord inférieur ; ce

dernier, rectiligne ou très légèrement convexe, formant avec le côté postérieur un angle volontiers un peu plus ouvert que l'angle droit. Le bord postérieur, enfin, presque droit et mesurant le plus souvent les •/> de l'inférieur, parfois les 7* seulement ou au contraire près des Vi*

Sous-opercule très large et arrondi en demi-croissant.

Interopercule formant un triangle assez grand entre les pièces précédentes et le préopercule, et demeurant bien apparent tout le long au-dessous de ce dernier.

Préopercule à deux côtés un peu convexes, formant un angle très largement arrondi.

Bordure branchiostège bien développée.

Pharyngiens forts et trapus ; l'aile passablement large et saillante, subarrondie ou presque droite sur la tranche, anguleuse au sommet, formant en face de l'avant-demière dent un coude assez brusque, puis accompagnant au-dessous le corps de l'os sur le côté presque jusqu'au coude inférieur. La corne supérieure assez longue et épaisse, fortement inclinée en avant, mais presque droite, et un peu pincée, ainsi que légèrement retroussée vers l'extrémité. La branche inférieure relativement très courte, épaisse et développée en large palette de suture dans le bout (Voy. pi. IV, fig. 40). Dents pharyngiennes sur un seul rang, au nombre de cinq à six sur chaque os ; le plus souvent six sur l'os gauche et cinq sur le droit, parfois cinq des deux côtés, ou six à droite et à gauche. (Je n'ai jamais trouvé, dans des dentitions complètes ou intactes, seulement quatre des deux côtés, comme semble l'indiquer Lunel '.) Les dents supérieures médiocrement allongées et un peu étranglées vers la base, avec une couronne comprimée en serpe assez courte et un peu recourbée en crochet à l'extrémité; les inférieures plus courtes, plus larges et plus arrondies. La seconde, parfois la troisième à partir du haut, la plus longue. La seconde en bas la plus épaisse ; la dernière ou inférieure subconique et la plus petite. Les deux ou trois premières en haut volontiers légèrement dentelées sur le bord, surtout lorsqu'elles viennent d'être renouvelées; ces dents, par contre, plus ou moins creusées d'un sillon

* Poissons du L^man, p. 74.

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médian sur la couronne, quand elles sont usées, et alors moins crochues. Les sillons latéraux amenant aux dentelures des dents fraîches, surtout apparents contre le côté inférieur de la couronne. Parfois une croûte de cément noir (Voy.pl.IV,fig. 40).

Les dents supérieures volontiers un peu plus grêles et crochues chez les individus épais, soit à dos large.

Ici, comme chez nos autres Cyprinides, quand une dent est creusée et ébranlée par l'usage, il se forme vers la base une inflammation qui ronge et chasse Torgane usé, et celui-ci tombe en laissant sur Tos un calice à sa place. Une nouvelle dent, qui se forme, avec l'apparence d'une couronne isolée dans la gencive, devant un trou correspondant du pharyngien, vient alors bientôt remplacer la précédente sur le calice béant et s'y souder fortement. Pour cela, le trou en question s'allonge d'ordinaire en une crevasse verticale dans laquelle l'organe nouveau se relève peu à peu par un mouvement de bascule. Peu après, la fissure se referme en bonne paitie.

Meule assez dure, facilement isolable et allongée avec un léger étranglement près du bout postérieur, soit un peu en forme de bouteille aplatie. L'extrémité antérieure la plus large et arrondie ; le bout postérieur un peu pincé, subcarré et faiblement relevé en crochet. La face de frottement passablement convexe et mamelonnée dans la moitié antérieui'e, avec quelques impressions dentaires rarement entre-croisées et peu profondes, à l'exception d'une médiane bien accentuée fS'oy. pi. IV, fig. 41 et 42).

Dorsale naissant très légèrement en arrière de l'origine des ventrales ou presque au-dessus du centre de la base de celles-ci \ soit à peu près au milieu du poisson sans la caudale. La hauteur de cette nageoire variant, avec la forme plus ou moins élevée des individus, des V» aux \\ de la hauteur maximale du tronc, parfois égale à cette dernière, chez des jeunes surtout, ou même légèrement plus forte chez des sujets appauvris*. Cette même élévation du plus grand rayon

^ C*e8t ce caractère qui révèle surtout la confusion qu'a faite Hartmann de cette espèce avec le Rotengle.

* Par exemple, cbes des individus provenant du lac du Brunig.

dorsal le plus souvent ud peu moindre que la longueur latérale de la tête (en moyenne de Vt ^ V» plus faible), parfois cependant de même dimension, comme chez certains sijyets de forme effilée, rarement chez nous un peu plus forte \ La base ou la longueur de la dorsale variant à son tour des Vs aux Vb de la hauteur de cette nageoire. Quant à la forme : assez rapidement décroissante en arrière, presque rectUigne ou très légèrement concave sur la tranche et assez anguleuse aux deux extrémités.

Douze à quatorze rayons : trois simples et neuf à onze divisés, le plus souvent dix de ces derniers. Le premier simple très court, soit mesurant au plus Vs du suivant; le second variant entre Va et Vb du troisième ; celui-ci à peu près égal au preipier rameux ou légèrement plus long. Le dernier divisé mesurant un peu plus ou un peu moins que la moitié du plus grand, souvent V» comme le second simple.

Anale ayant son origine toujours passablement en arrière du dernier rayon de la dorsale ; mais cela d'une quantité variant entre Vi de sa longueur chez des sigets épais du lac Léman, et rétendue de sa base entière chez des individus très élancés du lac de Luceme. (La moyenne d'écartement osdUant entre Vs et Vs de la dite longueur basilaire, dans la forme typique.) Rien, du reste, de bien constant sous ce rapport dans aucune des formes. Rabattue, cette nageoire demeurant distante de la base de la caudale d'une longueur égale, suivant les cas, au quatrième ou au septième de ses rayons rameux ; exceptionnellement d'une longueur un peu moindre que le dernier divisé. La base de Tanale de Vio ^ */• plus courte que celle de la dorsale. La hauteur un peu plus fode que la longueur basilaire (de V4 même chez quelques sujets du lac du Brunig), ou à peu près de mêQ)e dimension. (Chez un mâle de la forme épaisse provenant du lac Léman, cette nageoire, exceptionnellement un peu plus

^ D*après les dimensions données par Dybowski (Cyp. LîvUnd8,p.97), il semblerait que les proportions comparées de la dorsale à la tête fossent souvent sensiblement plus fortes en Livonie qu'en Suisse.

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longue que la dorsale par le fait de la présence d'un rayon surnuméraire, se trouvait, comme chez le Leuc. pigns, légèrement moins haute que longue.) Quant à la forme : médiocrement décroissante, rectiligne sur la tranche, à peu près carrée en avant et aiguë en arrière.

Douze à seize rayons : trois simples et neuf à treize divisés. Le premier simple égal le plus souvent à Va ou V, du suivant; le second variant entre Vs et Va du troisième; celui-ci volontiers égal au premier rameux ou, selon les individus, légèrement plus court ou au contraire un peu plus long. Le dernier divisé, généralement partagé jusqu'au bas, mesurant entre V» et V» du plus long.

Ventrales implantées au-dessous de F origine de la dorsale, ou très légèrement en avant, et demeurant rabattues à une distance de Tanus susceptible de varier énormément, non seulement selon la courbe plus ou moins accentuée du profil ventral, chez des Gardons élevés ou au contraire effilés, mais encore selon l'âge, l'état plus ou moins prospère des individus et le degré de développement des organes reproducteurs. Cette distance, le plus souvent égale à V4 ou Vs de la longueur du plus grand rayon ventral, variant en effet assez pour être, tantôt égale à la 7» de ce rayon, chez des femelles en état de grossesse, tantôt, au contraire, à peine égale à Vio ou même assez souvent nulle, chez des jeunes et certains sujets effilés. (Les ventrales rabattues arrivaient même jusque sur l'anale chez des Gardons affautis du lac du Brunig.) La longueur du dit plus grand rayon ventral d'ordinaire passablement plus forte que la hauteur de l'anale, soit de Ve à \^ environ. Les ventrales, quant à la forme, larges, subtriangulaires, convexes sur la tranche, subarrondies au sommet et médiocrement réduites au bord postérieur.

Neyf à onze rayons : généralement deux simples (exceptionnellement un seul) et huit à neuf divisés; huit dans la grande majorité des cas. Le premier simple arqué latéral, sans genou articulaire, généralement lisse' et mesurant

^ Chez quelques individus, j'ai cru reconnaître une très faible indication d'articulations au sommet de ce petit rayon osseux.

de '/s à Vs du secoDd ; celui-ci d'ordiuaire un peu plus court que le premier rameux le plus long de tous ; le dernier divisé variant entre */, et 7* du plus grand. ( Voy. pi. II, fij;. 3h et 39 les deux rayons simples. Dans la figure 37, représentant une ventrale de Gardon, pour montrer la différence de ses rayons avec^ceuxd'un Âcanthoptérygien, la Perche, le grand simple a été dessiné un peu trop long, ce qui donne à cette nageoire une forme trop anguleuse au sommet.)

Pectorales rabattues, demeurant à une distance des ventrales susceptible de varier énormément avec Page, le sexe, Tétat et la forme des individus : cette distance variant, par exemple, entre Vio du plus grand rayon pectoral, chez bien des mâles, en été, ainsi que chez certains individus appauvris, et Vio de la même longueur, chez beaucoup de femelles, au moment des amours. Ces nageoires parfois de même grandeur que les ventrales, mais le plus souvent un peu plus longues, parfois même de Va ^t, par le fait, au plus égales à la hauteur de la dorsale. Quant à la fonne : subtriangulaires, convexes sur la tranche, subarrondies au sommet et fortement réduites en arrière.

Seize à dix-neuf rayons * : un simple légèrement plus court que le premier rameux et volontiers un peu plus épais chez les mâles que chez les femelles, à Pépoque des amours surtout ; après celui-ci, quinze à dix-huit rameux, dont les deux premiers à peu près égaux (le second cependant assez iK)u* vent le plus grand de tous). Le dernier censé rameux, mais d'ordinaire non divisé, égal, suivant les cas, à \\ ou V ,, seulement du plus grand.

Caudale de moyenne dimension et assez profondément échancrée, avec des lobes plutôt acuminés, bien que plus ou moins arrondis au sommet et plus ou moins convexes sur la tranche, selon Page et la forme élevée ou élancée des individus. Le lobe inférieur volontiers légèrement plus long que le supérieur, souvent de 1 à 4 millimètres. Le plus grand lobe à la longueur totale du poisson , comme 1 : 4 — 4 ^ , suivant les individus élancés ou élevés \ Cette plus grande dimensioD

' Oflnthcr (Fische des Neckan) donne an minimum de 15.

' D'après les dimensions de Dybowski, qui n'a probablement pas pm

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de la caudale, par le fait, sensiblement plus forte que la longueur latérale de la tète, chez Tadulte ; parfois de près de V) plus forte chez certains individus de la forme élancée, par contre, quelquefois, de Vio seulement, chez certains sujets de la forme élevée.

Dix-neuf principaux rayons appuyés par un nombre variable de petits rayons décroissants plus ou moins apparents, souvent quatre sur cinq ou au contraire sept sur six. Les rayons médians mesurant entre Vs et Vj du plus grand. Écailles plutôt grandes, assez épaisses, médiocrement solides, subcarrées, bien qu'arrondies au bord libre, et se recouvrant mutuellement un peu moins que chez le Roteugle, de manière à paraître aussi un peu moins élevées, bien qu'avec des dimensions un peu variables, suivant la forme des individus. Une écaille latérale médiane h peu près de même surface que Tœil, chez beaucoup d'adultes de la forme très élevée, égale aux deux tiers de celui-ci, chez les sujets très épais, et mesurant à peine plus de la moitié de Torbite, chez des adultes très élancés; en moyenne, égale à un tiers ou un quart seulement de Toeil, chez les jeunes. La même squame latérale moyenne parfois à peu près égale en hauteur et en longueur, plus souvent légèrement plus haute, rappelant assez la correspondante du Rotengle, chez le Gardon élevé, par contre plus arrondie chez les sujets élancés et relativement plus élevée chez les individus de forme épaisse. Les bords supérieur et inférieur rectilignes ou plus ou moins creusés et à peu près parallèles. Le bord fixe comme découpé en pointe conique, en haut et en bas, avec de larges festons subarrondis ordinairement au nombre de 2 à 6, sur le centre. Le bord libre largement arrondi et marqué, dans la partie moyenne, de légers festons plus ou moins apparents et toujours assez nombreux, souvent 13 à 17. De fines stries concentriques sur toute la surface de Técaille, autour d'un nœud quasi central. (Assez souvent, comme chez le Rotengle, un nœud vague entouré de gerçures irré-

set mesum comme moi, de la base des grands rayons externes au sommet dalobemigear, ce rapport serait en moyenne « 1 : 5 Vi.

gulières.) Les lamelles superposées volontiers un peu écartées et soulevées sur le milieu du côté découvert. Des rayons déliés partant du nœud, au milieu de Técaille, et gagnant les petits festons du bord libre. D'autres rayons moins nombreux, mais beaucoup plus apparents, se rendant, à partir du même centre, les uns vers le bord fixe, les autres vers le bord libre ; bien que le nombre de ces grands rayons puisse varier d'ordinaire de 3 à 6, sur chacun des bords, c'est cependant le chiffre 4 qui semble se rencontrer chez nous le plus souvent sur la partie découverte de l'écaillé. Les rayons volontiers un peu plus saillants et le bord libre moins festonné, chez les individus de forme épaisse; le bord libre, par contre, souvent plus largement arrondi et plus festonné chez les sujets élevés. De fines granulations pigmentaires vers le centre et souvent sur le bord de la partie libre de chaque écaille. Les squames latérales postérieures un peu plus petites que les médianes et un peu plus allongées ; les latérales antérieures un peu i)lus petites encore et par contre d'ordinaire plus élevées. Les dorsales antérieures et les pectorales toujoiu^ plus petites, surtout en avant des nageoires pectorales, de formes plus irrégulières, avec un nœud beaucoup plus reculé vers le bord fixe.

Généralement sept à huit écailles (huit et demie, si l'on compte la moitié de la tectrice médiane devant la dorsale \) au-dessus de la ligne latérale, vers la plus grande hauteur, et trois à quatre en dessous, jusqu'aux ventrales. Ligne latérale décrivant, du sommet de l'opercule au centre de la caudale, une courbe à peu près parallèle au profil inférieur, soit plus ou moins concave selon la forme des individus et passant à peu près aux ^/j, de la hauteur maximale.

Quarante à quarante-six écailles tubulées ; les médianes assez semblables à leurs voisines supérieures, bien que volontiers un peu plus élevées et à peu près rectangulaires, avec un tubule subcylindrique presque di-oit, de moyenne largeur et s'étendant depuis un peu en amère du nœud jusque sur les deux tiers ou les trois quarts de la partie

^ GOnther, Fische des Xeckars, p. 7G, dit : plu8 rarement nettf.

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découverte (Yoy. pi. III, fig. 38 et 39). Les antérieures plus petites, plus ovales ou plus élevées, avec un tubule plus large, plus oblique ou descendant, à peu près également distant des deux bords et parfois muni à l'extrémité d'un petit appendice remontant; les postérieures un peu plus petites aussi que les médianes, mais plus allongées, avec un tubule plus effilé plus étroit et s'étendant, depuis le nœud, plus loin sur la face découverte, parfois jusqu'au bord libre.

Coloration variant beaucoup avec les conditions d'existence et, comme chez la plupart des poissons, plus brillante au moment des amours qu'à toute autre époque, chez les mâles surtout. Les faces supérieures, suivant les individus et leur habitat, d'un vert bleu, franchement vertes, d'un vert olivâtre, à peu près fauves ou encore d'un gris verdâtre pâle ; toutes couleurs se fondant, sur le haut des flancs, dans une teinte plus claire bleuâtre ou verdâtre. Les côtés du corps d'un blanc argenté, parfois plus ou moins nuancé de reflets métalliques bleus- verdâtres ou jaunâtres, avec, le plus souvent, un liger pointillé noirâtre sur chaque écaille. Les côtés de la tète argentés ou un peu dorés, avec quelques reflets verdâtres et plus ou moins pointillés. Les faces ventrales d'un blanc argenté.

La nageoire dorsale d'un gris verdâtre plus ou moins sombre, suivant l'intensité du coloris dorsal, souvent finement bordée de noirâtre sur la tranche et parfois légèrement nuancée de rougeâtre. La caudale d'un gris plus ou moins enfumé, ou brunâtre, ou verdâtre et volontiers un peu lavée de rougeâtre. Anale et ventrales d'une teinte orangé-rougeâtre plus ou moins foncée et étendue ; cette couleur couvrant parfois à peu près toute la surface de ces deux nageoires, d'autres fois, au contraire, réduite à une large bande médiane chez la première, et n'occupant que le tiers extrême des secondes. Pectorales grisâtres ou jaunâtres. Chez certains individus à livrée pâle, toutes les nageoires inférieures quelquefois seulement grisâtres ou blanchâtres. — Iris tantôt d'un blanc argenté légèrement jaunâtre et machuré dans le haut, tantôt doré et rougeâtre au sommet, tantôt

49i FAUNE DES VERTEBRES

enfin entièrement jaune-orangé, ou même d'un beau rouge sur toute sa surface K

Dimensions assez variables, à un même flge, dans des localités et des conditions d'existence plus ou moins favorables: mais dépassant difficilement, dans la majorité de nos eaux suisses, 350 à 360 millimètres, avec un poids de 400 à 500 grammes, soit d'une livre environ. Les individus atteignant h 1 Vs livre (750 grammes) me paraissent, chez nous, de grandes raretés. Heckel et Kner ' disent que cette espèce peut peser jusqu'à deux livres, lorsqu'elle vit dans des étangs. Martens' affirme même que le Leuc. rfttiluê arrive au poids énorme de 2 à 3 livres dans le Danube. Selon Blanchard ^ le Gardon n'atteint pas d'ordinaire, en France, à plus de 25 à 30 centimètres de longueur. Des jeunes de 105 à 108 millimètres pèsent chez nous 7 à 8 grammes, des adultes de 230 & 248 millimètres, dans leur troisième ou quatrième année selon les localités, ne pèsent encore souvent que 120 à IGO grammes. Enfin, la grande majorité des indiridus capturés dans nos lacs inférieurs ne dépasse guère un pied de longueur et au plus trois quarts de livre en poids. L*espèce demeure même dans des limites bien moindres, dans quelques-uns de nos lacs plus élevés, oii elle a été artificiellement implantée. Les pêcheurs du lac de Joux m'ont assuré, entre autres, que le Vengeron (L. ruiiUts) ne dépasse guère chez eux un poids maximum de Va livre, à lOOîi mètres au-de>sus de la mer. Je n'ai même vu, dans le lac du Bnini^* à 1160 mètres, quand il existait, aucun individu de ce pois>oD mesurant au delà de 160 millimètres : et cependant beaucoup des sujets que j'ai pris dans la localité étaient adultes, «vec d(^ or^'anc^s de reproduction bien développés *.

Mâles : à l'époque du frai, se distinguant généralement dt^

' Chez des Gardons du lac du Brunîg, ortement atteints de chlorose et d*une Hvn'e tr^s pâle, Tiris était entièrement d'un beau rouge carsta.

* SùsswasserfiHche, p. 171.

* Reise nach Vcncdig, p. 54.

* Poisson? de France, p. 385.

^ Il cbt ^rui que ces poissons du lac du Brunig étalent appaoTm ptf ^ défaut de nourriture, dans une eau très pure, pauvre et froide.

LEUGISCUS RUTILUS. 495

femelles par la présence de tubercules coniques sur la face, sur l'opercule, sur le dos, sur les flancs, parfois jusqu'au niveau des ventrales, et sur les principaux rayons de quelques nageoires, de la dorsale et de la caudale en particuli^. Ces petits cônes d'ordinaire disposés en séries longitudinales, un par un sur les écailles du dos et des flancs et souvent par deux sur celles de la ligne latérale, plus rarement par trois. J'ai déjà trouvé des boutons semblables, quoique bien plus petits, chez des individus d'une longueur totale de 150 millimètres. Les tubercules d'un mftle de taille moyenne (240 millimètres) sont formés d'une base arrondie de 2 à 2 V2"" <ie diamètre, au milieu de laquelle s'élève un cône incliné en arrière et un peu vers le haut, soit une épine un peu recourbée, de 1 V4""" ^ 1* base, et haute d'environ Vg de millimètre. Je n'ai pas trouvé de semblables tubercules chez quelques mâles en noces du Gardon de forme épaisse. Ces concrétions épidermiques, propres à la livrée des noces du mâle, tombent assez vite après l'époque des amours. (Elles tombent également très facilement chez les sujets conservés à l'alcool.) (Voy. pi. III. fig.40.)

J'ai fait remarquer déjà que les mâles se distinguent aussi des femelles, au printemps surtout, par une plus grande épaisseur du premier rayon des nageoires pectorales. Ce gonflement donne souvent une courbure plus accentuée à ce rayon du mâle et occasionne fréquemment la formation de petits nœuds dans le tissu de cette partie. Jeunes : de formes généralement plus élancées que les adultes, avec un œil beaucoup plus grand, un museau par le fait plus court et des nageoires relativement plus longues. On remarque fréquemment, dès la seconde année, une tendance vers telle ou telle forme plus élevée, plus épaisse ou plus allonîîée. Souvent, comme chez quelques autres Cyprinides, une bande longitudinale plus claire ou dorée et plus ou moins apparente au haut des flancs; quelquefois, bien que plus rarement, cette bande jaunâtre remplacée par une trace longitudinale grisâtre et indécise. Les nageoires d'ordinaire moins brillamment colorées. L'iris, suivant les conditions, argenté, doré, jaune-orangé ou rouge.

Vertèbres au nombre de 39 à 41 .

Vessie aérienne grande et étranglée en avant du milieu ; la partie antérieure généralement un peu plus longue que la moitié de l'autre, un peu réduite et légèrement bilobée en avant ; la partie postérieure un peu cintrée et subarrondie à l'extrémité. — Tube digestif formant deux replis et, suivant Tftge comme selon les conditions d'existence, de Vi ^ Vs plus grand que la longueur du poisson sans la caudale. — Ovaires et testicules doubles, bien que, comme chez d'autres espèces, plus ou moins réunis par le bas au moment de la ponte ; les seconds souvent profondément entaillés sur le côté. — Un rang de pseudobranchies pectinées passablement développées, au fond de la cavité branchiale, derrière le préopercule.

Cette espèce varie énormément, tant dans les formes générales et les diverses proportions que dans la coloration, non seulement selon l'âge, le sexe, l'époque et les conditions d'existence, mais encore quelquefois, sans raison apparente, jusque dans une même localité. Le Leiuiscus rutilus^ avec la Vandoise, sont certainement, parmi nos Cyprins, les poissons dont les variétés ont donné lieu au plus grand nombre de fausses espèces et qui ont le plus souvent induit en erreur les naturalistes.

Plusieurs auteurs, parmi lesquels je citerai Agassiz, de Selys. Heckel et tout récemment encore Blanchard, ont successivement créé, avec des foi*mes différentes du Gardon, des espèces soi-disant distinctes ; quelques-unes d'entre celles-ci ont longtemps embarrassé les ichthyologistes. De Siebold * a rangé , dans la synonymie de son Leiwiscus rutilus, les Leuc. rutilus, L. prasiniis et L. decipiens d' Agassiz, les Leuc, rutilas, L, Selysii, L, Jeses et L.rutiloïdesde Selys, et les Leuc. rutilus et L. Pausiugeri de Heckel. Après cet auteur, Gûnther • réduit encore au rôle de simple variété le Leuciscus pallens de Blanchard. Malgré les nombreux rapprochements qu'il a opérés

* SOsswasserfische, p. 184.

• Catal. of Fishes, VIT, p. 213.

LEUCISCUS RUTILUS. 4^)7

et motivés, de Siebold reconnatt cependant, dans son Leuciscus mtilus, deux formes qui, bien que réunies par de nombreux degrés transitoires, n'en sont pas moins assez constantes dans certaines conditions et assez répandues. II met en opposition les Leur, rutiloides et Lenc. Selysii de Selys, soit les formes qu'il distin^e sous les noms de hochrilckige et gestreckte.

Après avoir collecté et comparé des Gardons (ou Vengerons) de nos divers lacs et courants, et de provenances très diverses, je suis arrivé, enfin, au même résultat que le prof, de Siebold, soit à Tunification de toutes les prétendues espèces précitées. Toutefois, aux deux variétés déjà reconnues par l'auteur des Sussivasserfisclip, je dois joindre encore une troisième forme, dans l'espèce unique du Leuciscus rutilus. Notre Gardon, en dehors de sa forme typique ou moyenne, peut se présenter sous trois aspects, soit exagérations en divers sens, qui, dans leurs extrêmes, peuvent paraître au premier abord mériter la distinction spécifique, qui lui donnent plus ou moins de ressemblance extérieure avec d'autres espèces voisines et auxquelles se rattachent, ou entre lesquelles viennent se placer, toutes les prétendues espèces créées jusqu'ici par divers auteurs.

En d'autres termes : autour du Leuciscus rutilus type des auteurs, de forme moyenne et souvent difficile à reconnaître dans bien des localités', je distingue donc trois tendances représentées par un grand nombre d'individus plus ou moins déviés, dans un sens ou dans un autre, par les influences et les nécessités de Thabitat. Ces branches divergentes d'une même souche s'exagèrent et prédominent plus ou moins, au point de prendre, dans certaines conditions et dans leurs extrêmes, des faciès très différents; toutefois, il n'est pas très difficile de trouver encore, entre elles, les degrés transitoires de la modification qui les a transformées.

J'ai signalé, chemin faisant, dans la des^cription, plusieurs traits distinctifs dans les formes et les proportions du tronc, de la tête, de la bouche, de l'œil, des membres et des écailles qui,

' Schinz, on 1840, à Timitation d'A^^assiz, refusait encore dans son Eiirop. Kauna, II, p. 328, le Cijprinm (Leuc.) rutilus à la Suisse, tandis iliiMl y abonde partout, sous des formes diverses.

bien que jusqu'ici encore un peu ioconstants, paraissent cepecdant les corollaires de la déviation du type et, en s'accentuant toujours davantage, pourront prendre peut-être plus d'importance. Voyons maintenant en quelques mots les principales différences extérieures qu'accusent les trois races, ou formes extrêmes du L, rutïlus : élevé (elatas), allongé (elongatas) et épais (crassus).

1" Variété élevée (L. riitilus, var. elataj : Corps relativement court, très élevé et bien comprimé; dos étroit, aiasi que fortement et régulièrement voûté; museau plutôt acumioé; caudale plutôt courte et à lobes subarrondis ; œil de dimension au-dessous de la moyenne, chez l'adulte ; écailles relativement grandes ; livrée d'un vert bleuâtre sur les faces dorsales et argentée sur les côtés ^ En somme : d'un faciès rappelant assez l'extérieur du Scardinius erythrophthalmics avec lequel elle a pu être confondue par les gens qui n'ont pas eu recours à la dentition. C'est à cette forme élevée qu'il faut rapporter le Leuciscus 7'uti laides de Selys\ et c'est d'elle que parlait Agassiz, quand il disait (à propos de son Leiic. prasinus): Cette espèce..' a été généralement confondue avec le L. rutilas. ...^ quoique le vrai Cyprinus rutilus de Linné soit une espèce d^ Allemagne et du nord très différente, qui ne peut être comparée qu'à VErythrophthalmus *.

C'est dans le Rhin, près de Bâle, que j'ai trouvé cette forme dans sa plus grande exagération, avec d'autres individus moins élevés. Une femelle de 166 millimètres de longueur totale était, entre autres, bien plus élevée et comprimée que le sujet figuré par de Selys, bien qu'elle ne fût pas en état de gestation : la hauteur du tronc était, chez elle, par rapport à la longueur du poisson sans la caudale, comme 1 : 3 ; l'épaisseur maximale, vers les deux tiei's des pectorales, était, par rapport à l'élévation la plus grande, comme 1 : 2 V4-

* On pourrait ajouter aussi anale et ventrales plutôt jaunes que rooges, et œil peu coloré, si, sur ces deux points, la modification ne me paraissait pas moins constante.

* Faunebelge, p. 212.

* Mém. soc. d'hist. nat., Neuchàtcl, 1834, p. 46.

LEUCISCUS RUTILUS. 499

2^ Variété allongée (L. rutiUis, var. elongata) : Corps allongé, bas et relativement peu comprimé ; dos légèrement pincé ou faiblement tectiforme et relativement très peu voûté, bien que d'une courbe assez régulière ; museau subarrondi ; caudale plutôt longue et à lobes acuminés ; œil grand ou généralement au-dessus de la moyenne ; écailles plutôt petites ; livrée tantôt assez semblable à celle de la fonne précédente, tantôt un peu plus olivâtre et plus claire. En somme : d'un faciès rappelant assez, au premier abord, le Squalius leitciscus qu'ont, en efiet, souvent confondu avec elle les personnes qui ont négligé d'examiner les dents et de compter les rayons de la dorsale *. C'est à cette forme allongée qu'il faut rapporter le Leiiciscus Selysii décrit et figuré par de Selys. Le Lenciscns prasinus (Agassiz) de Neuchâtel s'en rapproche assez, cependant il tient encore du type, comme beaucoup de nos Vengerons du Léman, des proportions un peu moins élancées*.

J'ai trouvé les individus adultes les plus allongés dans le lac de Luceme, où se trouvent du reste aussi des représentants plus ou moins accentués des autres formes. Un sujet mâle de Lucerne, de 215 millimètres de longueur totale, présentait, quant aux dimensions comparées de la hauteur et de la longueur du corps sans la caudale, le rapport, comme 1 : 4 V, ; l'épaisseur la plus forte, au bout des pectorales, était chez lui, par rapport à la hauteur maximale, comme 1 : 2.

3* Variété épaisse (L. rutilus, var. crassa) : Corps ramassé, médiocrement élevé et très épais ; dos très large et aplati sur la ligue médiane, brusquement voûté à la nuque, puis faiblement convexe jusqu'à la dorsale; tête relativement déprimée, avec un museau large, obtus et comme un peu renflé en avant et des mâchoires souvent égales ; caudale moyenne à lobes subacuminés ; œil de moyenne grandeur ; écailles souvent un peu irrégulièrement disposées, mais de médiocre dimension et relative-

' C'est, ea particulier, dans une semblable erreur que parait être tombé J urine, lors de la création de son Cypri/îusjaculus (Vaudoise).

' Agassiz donnait à son L. prasinus le nom de Vengeron, pour le distinguer de Tespèce, pour lui différente, dite Gardon.

1(00 PAUNE DES VERTÉBRÉS.

ment peu festonnées au bord libre (Voy. pi. III, fig. 39); faces supérieures d'un olivâtre clair ou fauves; flancs d'un argenté jaunâtre, œil rougeâtre, anale et ventrales d'un orangé rougeâtre. En somme : d'un faciès rappelant un peu, au premier abord, la Chevaine ou, mieux, le Leuc. aula de l'Italie, surtout chez certains individus porteurs, comme ce dernier, de 5 dents de chaque côté.

Les individus les mieux caractérisés de cette forme épaisse ont été capturés dans le lac Léman, non loin de Genève. J'en ai reconnu, en particulier, environ 4 ou 5 pour 100 dans les corbeilles de Vengerons qui arrivaient à différentes époques sur le marché de notre ville. Parmi des Vengerons d'un vert foncé, plus élancés et tout couverts des tubercules de la livrée de noces, j'ai trouvé plusieurs mâles de la var. crassa qui ne portaient aucun de ces boutons épidermiques, quoique leurs testicules fussent cependant très développés. J'ai reçu, en automne, du lac de Lucerne, des Gardons de même forme, bien que peutêtre un peu moins écrasés sur le dos. Un individu, mâle adulte, de 204 millimètres de longueur totale, présentait, pour la hauteur maximale du tronc (située ici assez en avant) vis-à-vis de la longueur du poisson sans la caudale, le rapport comme 1 : 3 *.^ ; l'épaisseur la plus forte (assez haut au-dessus du bout des pectorales) était, par rapport à la plus grande élévation du tronc, comme 1:1 Vî-

J'avais conçu, à première vue, l'idée que je devais avoir sous les yeux un produit bâtard des Leuciscus rutilus et Squalius cephalus; mais l'examen des pharyngiens, des dents, de la meule et du maxillaire supérieur m'a bientôt montré qu'il n'y avait là pas trace de mélange entre ces deux poissons.

Si l'on considère les trois formes que je viens de décrire comme les extrêmes actuels de trois tendances dérivant du Leuciscus rittilus type, il ne sera pas difficile de ranger, entre celles-ci, toutes les formes transitoires et plus ou moins déviées sur tel ou tel point, qui ont reçu à tort de divers auteurs des noms spécifiques. J'ai déjà parlé des iewc. rutiloUles et Leur. Sehjsii (de Selys) ; il est plus facile encore de faire rentrer dans le cadre si large de l'espèce unique, soit le Leuciscus pra^inus.

LEUCISCUS KUTILUS. 501

(Agassiz), soit le Leuc. Jeses (Selys), tous deux à corps un peu moins élevé et plus large que le type. J'ai péché moi-même un grand nombre de Vengerons Leuc. prasinus (Agas.) daus le lac de Neuchftte], et ne conserve plus aucun doute dans cette question. Le Leuc. decipiefis (Agassiz), à la fois médiocrement élevé et comprimé, me paraît se rapprocher beaucoup du Leuc. rutilus, type que cet auteur refusait à la Suisse et s'obstinait à croire toujours très élevé et pincé comme le Uotengle. J'ai reçu un bel exemplaire du Leuc. decipiens de M. le capitaine Vouga, h Cortaillod, qui avait foui*ni les échantillons d' Agassiz et, depuis lors^ j'ai retrouvé beaucoup d'individus semblables dans plusieurs de nos lacs.

Les principaux caractères invoqués par Heckel, pour distinguer spécifiquement son Leuc. Pausingeri du Leuc. rutilas^ me paraissent d'une petite importance. Ou peut voir, en effet, dans les détails de ma description, que la variabilité de l'espèce, quant aux foimes et proportions des nageoires dorsale et anale, embrasse lai*gement toutes les différences que cet auteur a proposées comme spécifiques : la dorsale est assez souvent chez le Gardon d'un tiers plus haute que longue, et l'anale varie même jusqu'à devenir plus longue que haute.

Enfin, le Gardon pâle {Leuc. pallens) de Blanchard, de forme allongée et médiocrement élevée, ne me semble pas mériter plus que les précédents la distinction spécifique ; la livrée, dépendant le plus souvent de l'habitat, a pour moi peu d'importance, et j*ai déjà dit plus haut que l'on rencontre assez souvent, chez le Gardon ordinaire, soit les 6 dents de chaque côté, soit la forme un peu plus conique de l'écaillé sur le bord qui devraient tout particulièrement caractériser ce poisson des environs d'Annecy.

Beaucoup de petites divergences de détails, qui semblent acquérir une certaine importance quand elles sont unies à un fades différent, perdent une bonne partie de lem* valeur devant la variabilité constatée de l'espèce sur beaucoup de points, avec l'âge et les conditions d'existence ; elles tombent d'ellesmêmes devant l'étude de caractères plus solides, les dents et les phar}'ngiens par exemple, et surtout devant la forme constante du maxillaire supérieur qui, ici, n'a pas changé sensiblement dans toutes les variétés.

Ce n'est pas seulement par sa tendance plus ou moins prononcée vers telle ou telle forme qu'un individu peut différer du type ; mais c'est encore par son origine peut-être due h l'union de deux formes opposées et alors par un mélange, plus embarrassant encore, de caractères pour ainsi dire discordants.

Que deviendront les trois tendances que je viens de signaler ; retourneront-elles au type, ou bien, en divergeant et s'isolant toujours davantage, seront-elles plus tard considérées peut-être comme des espèces distinctes? Assistons-nous à la création lente de nouvelles espèces pour l'avenir?

Dybowski', ne connaissant pas la grande variabilité de notre Vengeron, a cru pouvoir distinguer spécifiquement, sous le nom de Leuc, Jurinii, le Cyprinus rutihis du lac de Genève, figuré par Jurine dans la pi. 13 de ses Poissons du Léman ^ Inutile de dire que cette distinction est purement gratuite, et que l'individu en question n'est qu'un adulte de notre L. rutilas tenant à peu près le milieu entre nos variétés élevée et allongée.

Le même auteur a décrit, parmi ses Cyprins de Livonie S une variété du Leuc. rutilus qu'il nomme Datigawensis ; celle-ci se distinguerait surtout par des proportions relatives de la tète un peu plus fortes et une forme plus épaisse des os pharyngiens. Ces deux principaux caractères ne me paraissent pas complètement localisés dans les environs de Riga; beaucoup de Gardons suisses présentent les mêmes dimensions relatives de la tête, et les os pharyngiens m'ont paru varier aussi un peu chez nous sous le rapport de l'épaisseur.

Jurine, comme l'a déjà fait remarquer Lunel *, a décrit fort probablement, sous le nom de Vandoise (Cyprinns jamlus), le jeune Vengeron élancé du lac Léman. En effet, pas plus que ce dernier auteur, je n'ai pu trouver jusqu'ici la véritable Vandoise, soit le Squalius Lencisaw, dans les eaux du Léman. La planche de Jurine ne montre, il est vrai, que 8 rayons rameux à la dorsale de l'individu qu'il figure comme Vandoise {Cyp.jacn-

' Cyp. Livlands, p. 94.

' Hist. des Poiss. du lac Léman. Mém. Soc. phys. et H. N. deGeuèvp,

♦ L. c, p. 221, pi. XIV.

LRUCISCUS RUTILUS. 503

lus), soit un total plus voisin du chiffre 7 assez constant chez le véritable Squalius LeticiscHs (Vandoise), que de la moyenne 10 la plus ordinaire, chez le Leuc. rutilus; ce nombre de rayons divisés ferait même penser plutôt à quelque rapprochement avec un jeune Chevaine (Squalius cephalus), si la description, du reste assez sommaire, ne se rapportait parfaitement, sur tous les autres points, au jeune Vengeron (Leuc. rutilus), Jurine n'a pas tenu compte de la dentition qui Teût probablement fait changer d'avis. Il semble même que, après avoir observé les bancs nombreux du poisson en question, dans les fossés de la ville, cet auteur ait pris les détails de sa description et de sa figure sur un seul individu, par hasard anormal ou détérioré quant h la dorsale ; car, soit le nombre des rayons de Tanale, soit les chiffres des écailles font de cet individu bien plutôt un Vengeron qu'une Vandoise.

Le soi-disant Q/prinus jaculus de Jurine a été, jusqu'à Lunel qui a relevé Terreur ', successivement rapproché h tort par plusieurs auteurs de différents poissons. ValIot^ qui ne reconnaissait pas ce Cyprin pour Vandoise, en faisait le Cliahdrostoma liyî^ela, d'Agassiz. Blanchet \ plus tard, répéta Terreur de Jurine, mais rangea l'espèce dans uu autre genre et en fit un Aspius jcu^ulus. GUnther * crut aussi à une Vandoise et le rangea avec son Lenciscus vulgaris. Pour Heckel et Kner % ce fut un véritable Squalius Leuciscus. Enfin, Mœsch ^ plus récemment, en fit le Chondrostoma Oenei de Bonaparte, probablement parce que ce Chondrostome est 2(^^é[éCh,javulum par De Filippi : de jaculnm hjarulus il n'y a qu'un pas.

Agassiz ' me paraît aussi, pour n'avoir pas examiné les dents et la dorsale de tous les sujets qu'il a rapportés à son prétendu Leur, mnjalis, avoir fait une confusion assez semblable à celle

* Poissons (lu bassin du Léman, 1874, p. 78.

* Hist. »at. des poiss. de la Côte-iTOr, 183G,et Ichthyol. française, ls:i7. ■ Essiii sur IMIist. nat. des environs de Vevey, 1843, p. 46.

* Fische ties Neckars, ISÔS, p. '>5.

* Sa:{swasser fische, 1858, p. 191.

* Thierroirh der Schweiz (Allgem. Beschrcil). und Statistik der Schweiz, 1^09), p. 17:5.

' Mém. Soc. des se. nat. de Ncuchàtel, 1834, p. 43.

TtOi FAUNE DES VERTÉBRÉS.

de Juriae. En eifet : parmi les quelques individus types d'Agassiz conservés au Musée de NeuchâteP, j'ai trouvé, soit des Vandoises {Squalius Leuci8cu8\ Letw. inajalis de cet auteur, soit de jeunes Vengerons {Leiœ. rutilas) de même taille. Des individus de même apparence, mais de genres différents, avaient été réunis à tort sous un même nom.

Le Cyprinus grislagine de Uayoumowsky * n'est autre que notre Leuc. rutilas, La description du Cyprinas alburnus par SteinmUller * comprend aussi des jeunes de la même espèce (Leuc, rutilas). Enfin, Hartmann* et Nenning * ont à leur tour renversé l'ordre des choses, et attribué au véritable Leuc. rutilas le nom de Cyp, erythrophthalmus^ tandis qu'ils donnaient à ce dernier le nom du précédent.

Je dois décrire encoure brièvement ici un Gardon dont j'ai déjà parlé dans la description et qui, dans des circonstances anonnales, a pris un faciès assez curieux. Le Leuc, rutilas importé, vers le milieu du siècle passé, avec la Perche, de Lungern dans le petit lacduBrunig, à 1160 mètres au-dessus de la mer, a subi, en eifet, sous Tinfluence de la pauvreté et de la température relativement basse des eaux, des modifications assez apparentes pour l'amener, il y a environ vingt ans, durant le dessèchement graduel de ce petit bassin alpestre, à un faciès au premier abord assez caractéristique.

Les individus que je capturai là, en 1860, 1861 et 1864, ne dépassaient pas une taille maximale de 16 centimètres, bien qu'adultes. Le dos était chez eux très pincé, ainsi que passablement et régulièrement convexe ; mais le profil inférieur était parfaitement droit. Le corps, par là, médiocrement élevé et assez plat ou comprimé, attestait une existence depuis quelques années assez précaire et une alimentation tout à fait insuffi*

* Ces individus étaient encore dans le flacon où Âgassiz les avait rangés et avec l'étiquette de cet auteur.

* Hist. nat. du Jorat, 1, 17d9, p. 131.

* Neue Alpina, II, 1827, p, 345.

* Helvet. ichthyol., 1827, p. ^21.

* Fische des Bodensces, 1834, p. .SI.

LEUCISCUS RUTILUS. 505

santé. Les nageoires étaient relativement très grandes, et l'œil démesurément grand. Peu & peu ces Gardons avaient pris une livrée d'un verdfttre très pftie sur le dos, avec des flancs d'un blanc argenté parfaitement pur. Les nageoires étaient devenues presque incolores ; tandis que Tœil était au contraire arrivé à un superbe coloris rouge carmin qui tranchait très agréablement sur la robe si pâle de l'individu. Pendant trois années, et au fur et à mesure que le bassin se rétrécissait, je vis la coloration générale pfllir et la rougeur de l'œil augmenter par contre d'intensité. II y avait évidemment un albinisme lent par appauvrissement graduel. En 1864, lorsque le lac n'était plus représenté que par une flaque de peu d'étendue, bien qu'encore assez profonde, mais d'une pureté telle que l'on pouvait distinguer au travers de quelques pieds d'eau, tout ce qui était sur le fond, je remarquai que tous les Gardons restants se tenaient, comme des Ablettes, exclusivement à la surface, oîi ils semblaient chercher les débris animaux et végétaux que le fond du bassin, alors confiné sur un espace purement rocheux, semblait leur refuser. Lents dans leurs mouvements, par suite de faiblesse, ils se laissaient prendre facilement avec une simple coiffe à papillons. Au moment ob je plongeais dans un flacon d'alcool étendu les quelques individus que j'avais capturés, je fus fort surpris de voir sortir précipitamment de l'anus de plusieurs d'entre eux une petite sangsue grisâtre qui me parut la Nepheîis vulfjaris et qui, favorisée par la lenteur et la faiblesse de ces poissons, avait réussi à s'introduire dans le rectum de ces pauvres malades, profitant des circonstances pour devenir exceptionnellement une sorte de parasite interne.

Des individus de très petite taille (80 à 85 millimètres), avec un diamètre de l'œil (à la longueur de la tête =1:2 Vi), avaient déjà, comme de vieux Gardons dans d'autres conditions, l'espace interorbitaire, soit le front, large et solidement ossifié; ce qui laissait à penser un accroissement de la taille excessivement lent, par rapport à l'âge des individus. Chez quelquesuns la dorsale égalait en hauteur l'élévation maximale du tronc. Chez la plupart, la bouche était plus oblique ou tombante que d^ordinaire et le menton, par le fait, plus saillant ; probablement à cause de la position anormale et constante dans laquelle

ils devaient, comme des Ablettes, chercher leur nourriture à la surface.

Il y avait beau jeu là à faire une nouvelle espèce : un Leucisct(8 mcLcrophthalmuSy par exemple, pendant du Scardinius nuicrophihalmus de Heckel et Kner \

Deux mots encore d'une nouvelle face de la variabilité du Gardon. L'on trouve assez souvent, chez nous, des individus de cette espèce marqués de taches plus ou moins étendues d'un beau jaune orangé. Lunel * cite quelques cas de ce genre dans les poissons du Léman ; j'en ai observé quelques autres ailleurs en Suisse. Malherbe* raconte la capture, dans la Seille, d'un Gardon entièrement jaune. De Siebold* signale une variété rouge de Leuc. rutilus comme assez fréquente dans le nord de l'Allemagne. Enfin, M. Covelle, à Genève, conserve vivant depuis bientôt sept ans uu superbe Gardon de cette variété que l'on pourrait appeler Var. aurata. Ce curieux sujet femelle a été pris, en été 1875, dans un filet, près de Rolle, au bord du lac Léman. M. Covelle a eu encore un autre Gardon doré complet pris dans une nasse dans le Rhône, celui-ci, mâle et entièrement jaune aussi, avait été capturé au moment des amours, et portait sur cette livrée particulière^ les petits tubercules coniques de la livrée de noces de l'espèce. Il ne vécut malheureusement que quelques jours dans l'aquarium. L'individu, actuellement vivant, mesure 18 centimètres environ, avec des formes relativement peu élevées; il est d'un orangé doré clair sur le dos, plus pâle sur les flancs et d'un blanc argenté en dessous. L'iris est chez lui doré machuré de noir dans le haut ; toutes les nageoires sont jaunâtres. La dorsale, la caudale et les pectorales étaient d'abord largement bordées de noir au sommet ; mais ces taches avaient disparu un an après et ont été remplacées par des espaces transparentes. Maintenant, il tend à prendre une teinte plus pâle encore et

* Siisswasserfîsche, p. IGO. Cette prétendue espèce n'est aussi qiriiBe forme du jeune âge.

* Poissons du Léman, p. 75.

' Statistique de la Moselle, 1854, p. 436.

* Susswasserfische, p. 189.

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plus rosée, par la perte complète de cellules pigmentaires dans beaucoup d'écaillés. Le Gardon rouge en question semble manquer presque complètement de cellules pigmentaires sombres ; cela à tel point que Ton peut par transparence distinguer chez lui assez bien les viscères à l'intérieur. Probablement y a-t-il là une sorte de tendance à Valbinisnie, analogue à celle que j'ai constatée chez quelques autres poissons dans nos eaux. Comme l'a déjà fait observer Lunel, il est fort possible que Ton pût obtenir, par sélection et en favorisant cette tendance, une race de Gardons dorés, pendant de la Var, aurata de Vldns nielanotus, par exemple, et jusqu'à un certain point analogue au Cyprin doré de la Chine.

Enfin, on sait que le Gardon produit avec VAbramis Branui, la B^icca bjorkna et le Scardinius eryihrophthahnns des bfttards qui ont reçu les noms de Abramidopsis Lenckartii (Heckel), Bliccopsis Abramo-rutilus ( Holandre ), et Scardiniùpgis anreps (Jftckel).

Le Leuciscus rntUu8 est très répandu, sous divei*ses formes, dans l'Europe, au nord des Alpes. On le trouve : en France, en Allemagne, en Angleten*e, en Russie, dans le Danemark et jusqu'au nord de la Suède ; et cela, tant dans les fleuves et les rivières que dans les lacs et les étangs \ A l'exception de l'Inn, trop élevé, dans l'Engadine supérieure, et du Tessin, au sud des Alpes, oîi il fait défaut comme à toute l'Italie, le Vengeron habite à peu près toutes nos eaux basses, dans les bassins et sous-bassins du Rhône et du Rhin. J'ai constaté en particulier sa présence dans les lacs du Léman, de Neuchâtel, de Bienne, de Morat, de Thun, de Brienz, de Lucerne, de Sarnen, de Zug, de Sempach, de Zurich, de Wallenstadt et de Constance*. On le retrouve même, plus haut dans le Rhin, au delà de Coire, à 600 mètres au moins au-dessus de la mer, dans le lac de Lungem à (>r>î> mètres, dans le lac d'Égeri à 72G mètres et dans le lac de Joux à lOOî) mètres : j'ai dit, enfin, qu'il a vécu près d'un

' Voire même, paraft-il. dans des eaux saléos sur les côtes do qtioiqiios

1IIIT9.

' On le «Ut aussi dans celui de Hallwyl.

siècle dans le Seewli du Brunig à 1160 mètres. Le Gardon a été souvent choisi, dans le siècle passé, pour accompagner la Perche, la Truite ou le Brochet, dans des essais d'impoitation dans les lacs élevés de nos montagnes ' ; mais souvent le pauvre Cyprin a succombé plus ou moins vite aux influences de la pauvreté et de la température des eaux auxquelles on l'avait confié. Cette espèce semble craindre les eaux trop froides et souvent trop rapides ou trop accidentées de beaucoup de nos petites rivières ; aussi ne remonte-t-elle guère d'elle-même, en Suisse, au-dessus de 700 mètres au-dessus de la mer.

Le Gardon recherche les fonds moitié pierreux, moitié herbeux et se nourrit principalement de plantes aquatiques, de vers, de petits mollusques et d'insectes. Quoique plutôt herbivore de nature, il ne craint pas cependant la chair et le sang, comme le prouve son empressement à venir chercher dans le Rhône, au-dessous des boucheries de Genève, les débris d'animaux que l'on jette h l'eau. On voit aussi souvent une quantité de ces poissons, mêlés avec des Chevaines, au débouché des égoûts qui amènent au Rhône les immondices de la ville.

En général, il aime à se tenir, dans les lacs, près des embouchures des rivières qui lui apportent en abondance des débiis végétaux et animaux. En été, le Gardon d'âge moyen se promène volontiers, en troupes souvent assez nombreuses, entre deux eaux ou à une profondeur moyenne ; les plus grands ou plus vieux individus s'écartent moins du fond, les plus jeunes se rapprochent au contraire davantage de la surface. Ce Cyprin a le goût de la société bien développé ; non seulement il aime la compagnie de ses semblables, mais encore il se mêle volontiers aux bandes d'autres espèces, ainsi que le prouvent ses nombreux produits bâtards avec la Brème, la Blicke et le Rotengle. Ses allures sont assez vives et alertes ; il est plutôt craintif que rusé de son naturel. Durant la mauvaise saison, il ne quitte guère, comme les divers membres de sa famille, les profondeurs des grands courants ou des lacs, où il attend en nombreuse compagnie, à peu près immobile et dans un état de demi-somnolence, le retour des beaux jours. Au printemps, en

* C'est, par exemple, le cas pour les lacs de Jouzet du Brunig.

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mai surtout, bien qu'à une époque sujette à varier, suivant les années et les locatités, de la dernière semaine d'avril à la mijuin, tous les Gardons, jeunes et vieux, se rapprochent des rivages, pour venir frayer en bandes nombreuses à une petite profondeur, sur les rives des lacs et des rivières; c'est alors que Ton prend une quantité de ces poissons dans les nasses. On voit assez souveiit, h, ce moment, des bataillons de Vengerons remonter en rangs serrés quelques-uns de nos courants tranquilles. Ces voyages s'exécutent volontiers non loin de la surface, par le beau temps. Serrés les uns contre les autres, ces poissons, en quête d'une place de frai, produisent souvent par frottement une sorte de bruissement assez accentué. J'ai dit que les mâles sont alors tout couverts de petits tubercules épineux qui jouent probablement un rôle dans le frottement des individus de sexes différents pendant les jeux préludes des amours.

Bloch rapporte une observation de Lund, suivant laquelle les Rosses (Gardons) remonteraient dans les rivières, arrangés en trois troupes dont la médiane serait formée par les femelles et les deux extrêmes renfermeraient exclusivement des mâles. Après maintes évolutions et simagrées, les femelles, lasses enfin de se faire poursuivre, vont déposer leurs œufs, non loin du bord, le plus souvent sur les herbes du fond, parfois simplement sur des pierres, quelquefois même directement contre les murs de nos quais. Les mâles, qui n'attendent que ce moment, viennent bientôt alors se frôler contre ce précieux dépôt et le féconder de leur laitance.

Les œufs sont petits et très nombreux ; Perrot ' en a reconnu 14350 chez une femelle de 188 millimètres de longueur totale, dont les ovaires pesaient environ Vt d'once. Bloch en a compté jusqu'à 84570 chez une femelle dont les ovaires pesaient environ V» d'once. La durée de Tincubation semble varier, selon les observateurs et probablement suivant les conditions, de 10 à 14 jours. Après être demeurés quelque temps cachés entre les herbes ou les pierres qui leur ont servi de berceau, les petits alevins réunis en bandes serrées et innombrables se rappro-

* Notes manoscrites (Informations sur les poissons du lac de Neuchfttel prises par Louis Perrot et Jaques Droz, 1811).

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chent de la surface et se livrent à de grandes pérégrinations le long des côtes. La croissance est assez rapide et la puberté assez précoce. Il semble que ce Cyprin soit apte à se reproduire dès sa seconde année ; du moins Jurine et Lunel ont constaté des laites et des ovaires déjà bien développés chez des individus ne mesurant encore que deux pouces (54"") de long.

On prend le Vengeron soit à la ligne amorcée avec un ver ou simplement du pain, soit avec les nasses, en temps de frai surtout, soit encore avec les filets, et cela souvent, dans quelques-uns de nos lacs, en même temps que la Vandoise qui lui ressemble assez au premier abord. On voit souvent au printemps des quantités énormes d'individus de cette espèce sur nos divers marchés. Les pêcheurs s'en servent volontiers comme amorce ; beaucoup (le gens la mangent avec plaisir. La chair de ce poisson est blanche, assez ferme et de fait d'assez bon goût ; toutefois, à cause du grand nombre d'arêtes sur les flancs, il n'y a guère ({ue les filets, ou le dos, que l'on puisse manger commodément. Ce sont surtout les gens de petite boui'se qui mangent, chez nous, la viande du Gardon. Cet innocent Cyprin sert de pftture à un grand nombre d'espèces carnassières plus prisées que lui et mériterait, en vue de ces dernières, d'être plus protégé.

 côté des ennemis de sa classe, le Gardon compte encore bien d'autres persécuteurs. J'ai raconté plus haut comment j'ai vu sortir une petite sangsue grisâtre, la Nephelis vnlgaris^ de l'anus de certains individus malades. On trouve en outre bon nombre de parasites dans l'intérieur de ce poisson, qui passe à (lenève pour atteint du Tœnia, parce qu'il est quelquefois tout gonflé de vei*s intestinaux divers. Je donne ici, en note, la liste des Helminthes \ tant internes qu'externes, qui vivent d'après quelques auteurs aux dépens de ce poisson *.

* Lunel attribue au Vengeron la Ttiracoiyle iypica signalée par Moalinier dans le Leuciscus idus à Genève (Diesiug, Kev. der Myzhelmiutheo Âblh. Trematoden, Sitzb. der K. Âcad. der Wissensob. XXI, 1858, p. 63. Ne serait-ce pas plutôt à la Chevaine [Squalius oephalus) qu'il faudrait rapporter ce parasite ?

* On cite, chez le Leuc, ruUlus, les : Ascaris dentaia (Zeder) ; dans les intestins. — Filaria sanguinea (Kud.); dans la cavité abdominale. — Agatnonema L. rutili (Rud.); dans la cavité abdominale. — E^hinorkg/iduis

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