Faune entomologique des environs de Paris
Sans #. bienveillance avec laquelle vous avez mis votre magnifique collection à la disposition des auteurs de cet ouvrage, il leur eût été bien difficile de remplir convenablement l’une des plus importantes parties de la tàche qu'ils s'étaient imposée. Ils ne croient s'acquitter que faiblement envers vous en vous priant d'agréer l'hommage de leur travail. Un autremotif moins personnel les engage encore à vous l’offrir. Ils veulent par là reconnaître pu-
bliquement, autant qu’il est en leur pouvoir, Les éminents services que vous avez rendus à l'Entomologie en général par vos ouvrages el aux entomologistes en particulier, par l'usage libéral que vous avez fait de votre cabinet, C’est à l'impulsion donnée ily a bientôt quinze ans par la publication de votre premier Catalogue de Coléoptères que les riches collections d’insectes de cet ordre qui se trouvent aujourd’hui à Paris doivent en quelque sorte leur existence, Elles ont été classées sur la vôtre dans l'origine, et il est probable que sans ce secours la plupart d'entre elles seraient encore dans le chaos. Le Species qui a paru plus tard est un monument qui ne périra point, et que la science regrette vivement de voir inachevé. En rappelant ce que vous avez fait pour elle, nous ne croyons être que Les interprètes de tous les entomologistes impartiauæ.
Nous avons l'honneur d’êlre avec respect, Monsieur le Comte,
Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,
Docteur Borspuvaz, Th. LAGONDAIRE.
Depuis l’époque où Linné fit prendre à l'Entomologie le rang qu’elle occupe aujourd’hui parmi les sciences naturelles, il n’a paru que trois ouvrages spécialement consacrés àfaire connaître les insectes des environs de Paris,
Celui de Geoffroy, publié en 1762 (1), et qui est un travail très-remarquable pour son temps, contient la description de 1455 espèces, nombre presque égal à celui mentionné par Linné dans les premières éditions de son Systema Naturæ, pour toutes les parties du globe,
En 1785, Fourcroy (2) reprit le travail de Geoffroy, le traduisit en latin, en substituant aux descriptions assez longues de cet auteur de courtes phrases diagnostiques, et y ajouta environ 250 espèces nouvelles.
Enfin M, Walckenaër, en 1802, publia sa Faune parisienne (3), dans laquelle il prit Fabricius pour guide, et décrivit 1798 espèces.
D’après un relevé provisoire que nous avons fait, l’ouvrage dont nous publions aujourdhui le premier volume
A} Histoire abrégée des Insectes qui se trouvent aux environs de Paris, ele., à vol. iu-4®, 1769. — Une seconde édition de cet ouvrage, augmentée des espèces meutionnées par Foureroy dans son Abrègé, a paru en 1799:
{2} Entomologia Parisiensis, seu catalogus insectorum quæe inagro Parisiensi reperiuntur; a vol, in-12. Paris, 1785.
{8} Faune Parisienne (insectes), ou Histoire abrégée des Insectes des environs de Paris, classés d'après le système de Fabricius, eto.; a vols in.69, Paris, 180,
contiendra au moins 6,000 espèces.Ce chiffre nous dispense d'entrer dans de longs détails pour prouver son opportunité., Qui ne connaît d’ailleurs l'utilité des Faunes locales et des Monographies ?
Mais pour que ces ouvrages soient réellement utiles, il faut qu'ils soient rédigés sur un plan convenable et au niveau des progrès de la science, Reste à savoir si le nôtre remplit ces conditions. T1 ne nous appartient pas de le décider; mais nous pouvons aflirmer que nous n'avons rien négligé pour qu’il en fût ainsi. Afin que la critique qui pourra en être faite ne se place pas sur un terrain autre que celui que nous avons volontairement choisi, il nous importe de préciser d’une manière exacte le but que nous avons eu en vue, Nous avons voulu faire un Species portatif, commode, contenant beaucoup de matière sous le moindre volume possible, analogue, en un mot, à la Flore des environs de Paris, par M. Mérat, et non un traité embrassant tout ce qui à rapport à l'étude des insectes. Nous décrivons donc , aussi longuement qu’il est nécessaire, l’insecte parfait; mais nous insistons médiocrement sur les larves (excepté dans l’ordre des Lépidoptères), et nous ne parlons des mœurs que pour faciliter aux entomologistes la recherche de l’espèce, Un plan plus étendu eût sans doute mieux répondu aux exigences de l’époque actuelle, mais il eût demandé plus de latitude que ne nous en laissaient les intentions de l'éditeur, et eût en outre considé-
Mablement augmenté le prix d’un ouvrage destiné surtout à ceux qui ne sont pas encore des entomologistes habiles, 11 sera néanmoins, à ce que nous espérons, utile également à ceux-ci, qui y trouveront réunis une foule de genres disséminés dans un grand nombre de travaux particuliers, où dont les noms seuls étaient connus, leurs créuteurs ayant Omis d’én donner les caractères,
Qu'il nous soit permis maintenant de jeter un coup d'œil
sur ce premier volume de notre travail, et d’en apprécier avec franchise les diverses parties,
Les généralités et le court dictionnaire glossologique qui vient à la suite sont consacrés particulièrement aux jeunes entomologistes qui n’ont encore que des notions imparfaites de l’organisation des insectes. Les premières auront atteint leur but si elles les mettent sur la voie, et les engagent à pénétrer dans ce monde nouveau pour eux et si rempli de merveilles, 3
La division que nous avons adoptée de la classe des insectes en dix-sept ordres pourra paraitre trop forte, Latreille, en effet, dans son dernier ouvrage (Cours d’'Entomologie, 1830) n’en a admis que douze, qui lui ont paru suflire aux besoins de la science, Nous croyons cependant que ces ordres nouveaux, qui sont dus aux entomologistes anglais, sont rationnels et peuvent être adoptés. Tous sont fondés sur des caractères primaires, c’est-à-dire tirés des organes de la nutrition et du vol. D’autres entomologistes français sont d’ailleurs allés plus loin que nous à cet égard. On nous blämera avec plus de raison d’avoir compris dans la classe les anciens insectes aptères des auteurs ou les Thysanoures, les Anoploures et les Parasites. MM. Burmeister, Robincau-Desvoidy et d’autres encore, ont démontré d’une manière satisfaisante que, par l'absence de métamorphoses et quelques détails importants d'organisation, ces animaux n'étaient pas de véritables insectes. 11 nous eût d'autant moins coûté de suivre leur opinion, que cette partie de notre travail n’est, à proprement parler, qu’une compilation, ainsi qu'il est facile de le voir, Si nous ne l’a- VOnS pas fait, c’est pour ne pas trop nous écarter de la méthode de Latreille, qui jusqu’à la fin de sa vie a opéré la réunion en question, et pour donner à quelques-uns de nos lecteurs une idée au moins sommaire de ces articulés, D’aures y trouveront sans doute avec intérêt la substance d’un
travail remarquable de M, le professeur Nitzch sur les Anoploures, travail consigné dans le Magasin entomologique de Germar, où peu de personnes vont le chercher.
Avec l'ordre des Coléoptères commence la partie méthodique originale de l'ouvrage, celle que nous offrons avec quelque confiance aux entomologistes. M. le comte Dejean, en effet, qui nous honore de sa bienveillance, et dont la superbe collection est indubitablement la mieux nommée qui existe en Europe, a bien voulu mettre cette dernière à notre disposition de la manière la plus libérale et la plus complète, Nos descriptions ont presque toutes été faites sur les mêmes individus qui ont servi à la rédaction du Species et du Catalogue que publie en ce moment ce savant entomologiste. On peut donc s’en rapporter entièrement à la synonymie de cet ordre. Toutefois nous ne nous sommes pas bornés à cette seule source d’informations, et les relations amicales que nous entretenons avec tous les entomologistes de Paris nous ont permis de consulter les collections dé ceux d’entre eux qui ont publié quelque travail particulier sur certaines familles ou certains genres. Cest ainsi que les Psélaphides contenus dans ce volume ont été décrits sur la collection de M, Aubé, auteur d’une excellente monographie latine de ces insectes, insérée dans le second volume du Magasin d'Entomologie de M. Guérin. Nous devons au même entomologiste, ainsi qu'à M. Chevrolat, la communication d’un assez bon nombre d'espèces qui n'avaient pas encore été trouvées aux environs de Paris, de quelques-unes entièrement nouvelles, et enfin de précieux renseignements sur les localités, le plus ou moins de rareté des espèces, ete. Tout nous fait espérer que pour la suite de notre travail les mêmes secours bienveillants ne nous manqueront pas.
Pour ce qui concerne l’arrangement systématique du même ordre, il est basé sur celui du Catalogue fle M. le
comte Dejean, dont nous ne nous sommes que rarement écartés, et par conséquent sur le système tarsal créé par Geoffroy. Ce système est aujourd’hui ruiné dans l'opinion de tous les entomologistes éclairés, et il y a plus de trente ans que Latreille le déclarait contraire à l’ordre naturel. D’autres l’ont répété après lui; mais jusqu’à présent on n’a rien trouvé de mieux à lui substituer. Il ne suflit pas, comme on l’a fait, deproduire de nouvelles preuves de sa défectuosité, ni de publier des catalogues dans lesquels les Coléoptères sont placés dans un autre ordre, mais sans donner les caractères des nouvelles divisions qui en résultent, Celui-là seul pourra se flatter de l’avoir détruit, qui proposera une méthode complète, décomposable et recomposable à volonté par la double voie analytique et synthétique, en d’autres termes, une méthode dans laquelle toutes les divisions s’enchässeront lesunes dans les autres, depuis le genre qui est la dernière jusqu’à l’ordre qui les contient toutes. Se contenter d’apposer des groupes les uns à côté des autres sans les réunir par un lien commun, ce serait agir comme les anciens auteurs, Fabricius entre autres, dont les genres sont simplement mis bout à bout, et par conséquent en opposition avec la véritable méthode naturelle, Au reste, la disposition actuelle de l’ordre des Coléoptères est en grande partie conforme à cette dernière, Les familles des Carabiques, des Hydrocanthares, des Sternoxes, des Malacodermes, des Lamellicornes, des Curculionides, des Longicornes et des Chrysomélines, sont certainement très-n8turelles, On pourra par la suite modifier dans leurs détails ces vastes groupes; mais tous les systèmes futurs seront forcés de respecter leur ensemble. Que l’on change ensuite leur disposition relative, que l’on mette l’un avant l’autre, etc. ; cela nous paraît indilférent où du moins d’une imporlance secondaire. Il n’y a véritablement à reconstruire sur un plan nouveau quela section entière des Hétéromères
et les familles des Clavicornes, des Palpicorneset des Xylophages, surtout cette dernière qui cessera probablement un jour d'exister.
Quoiqu'une faune locale ne soit pas un ouvrage où l’on puisse proposer un changement aussi considérable aux méthodes actuelles que l’abolition du système tarsal, nous avons cependant voulu Ja tenter : l’anarchie dans laquelle l’entomologie est aujourd’hui plongée justifie tous les essais quelconques; mais il est presque inutile de dire que nous avons échoué là où Latreille a trouvé des obstacles insurmontables. Nous avons donc marché sur les traces de nos prédécesseurs; seulement, plus hardis où moins conséquents qu'eux, nous n'avons pas reculé devant certains rapprochements de groupes déjà indiqués par quelques entomologistes, mais qu’on n’avait pas encore effectués. Cest ainsi qu’on trouvera les Psélaphiens des auteurs, réunis à la famille des Brachélytres. Nous convenons qu’il est absurde de placer dans la section des Pentamères des insectes qui n’ont que trois articles aux tarses; mais il l’estencore plus à nos yeux d’interposer entre des insectes évidemment aussi voisins une immense série d'espèces toutes différentes, Absurdité pour absurdité, nous avons choisi la moindre,
Chaque auteur qui écrit sur l’entomologie, si mince soil il, a aujourd’hui son système de divisions qu’il s’est fait et qu’il nomme à sa fantaisie. Il en sera ainsi jusqu’à l’apparition du futur Linné qui nous mettra tous à la raison et à nos places. Nous avons adopté pour le nôtre la série descendante qui suit : la classe qui se divise en ordres, l'ordre en familles, la famille en tribus, la tribu en genres. Nous ne reconnaissons ni sous-ordres, nisous-familles, ni sous: tribus, ni sous-genres, étant fermement convaincus que h multiplicité de ces divisions et sous-divisions, dont quelques entomologistes abusent étrangement, loin de faciliter l'étude, ne fait qu'écraser la mémoire et rendre plus péni-
- PRÉFACE. 7 bles les abords de la science, Nous n’admettons dans les divisions ci-dessus que des sections auxquelles nous ne donnons point de noms. La seule exception qui existe à cet égard alieu pour celles des Pentamères, Héléromères, etc., de l’ordre des Coléoptères,
Nous avons adopté pour les noms de nos tribus un usage proposé depuis assez long-temps et qu’il serait à désirer de voir adopté généralement, celui de leur donner une désinence commune, Tous se terminent en ides. Ne voulant cependant pas trop nous écarter de ce qui existe, nous n’avons pas touché à ceux des familles qui sont beaucoup moins nombreux.
Nous avons également évité avec soin la création denouveaux genres, et ce volume n’en contient que deux que la rigueur des méthodes actuelles nous a forcés d'établir malgré nous. Nous en avons rejeté un assez grand nombre d’autres dont il nous aété impossible de trouver les caractères, ou dont ceux-ci nous ont paru tellement faibles que l'œil le plus exercé pouvait à peine les saisir. Peut-être en avons-nous conservé quelques-uns qui eussent mérité d’étre traités de même ; mais ces genres étant adoptés assez universellement, nous n’avons pas osé trop heurter l’opinion générale,
Obligés par la nature de cet ouvrage d’être très-concis, il nous a fallu réduire de beaucoup la synonymie et adopter pour nos descriptions!le langage le plus serré possible. Quant à la première, nous citons avant tout l’auteur qui, le premier, anommé l'espèce, Linné, dont nous nous dispen- Sons souvent de mentionner les ouvrages, Fabricius, Olivier, Gylhenhall, Schænherr et les auteurs de travaux spéciaux sur le groupe dontnous traitons, tels que MM. Dejean, Graveahorst, Mannerheim, Aubé, ete. A partir de la famille des Hydrocanthares, nous ne citons pasle Catalogue
de M. le comte Dejean, quand d’autres auteurs ont déjà déx,
crit l'espèce; mais il va sans dire qu’elle s’y trouve mentionnée, sauf dans un petit nombre de cas, Nous avons cru devoir aussi citer le premier historien des insectes des environs de Paris, Geoffroy, toutes les fois que nous avons pu reconnaitre l'espèce dans son ouvrage; mais ilnous a paru inutile de faire le même honneur à Fourcroy. Une liste placée en tête de chaque volume indiquera, du reste, les auteurs qui figureront dans ce dernier,
Pour ce qui regarde le style, nous avons retranché de notre phraséologie tout terme oisqux ou qui n’était pas absolument indispensable au sens, tels que les verbes et trèssouvent les articles. Partout où un mot simple où composé nous épargnait l'emploi d’une circonlocution ou de plusieurs mots, nous en avons fait usage. En un mot, nous parlons latin en français, autant que le permet le génie de notre langue. Aussi croyons-nous que peu d'ouvrages écrits dans cette dérnière présentent un tel degré de concision, sans que celle-ci nuise à la clarté de la description. Néanmoins, nous ne nous flattons pas que toutes nos espèces soient facilement reconnues.Tous les moyens que l’homme possède à sa disposition ont des bornes, et il est des différences spécifiques que la parole et le dessin réunis ne feront jamais saisir. L’œil seul a reçu la puissance nécessaire pour les apprécier. « L’entomologie est en partie unescience de tradition,» a ditavec raison M. le comte Dejean, l’un des auteurs dont les descriptions sont les plus détaillées et les plus rigoureuses,
A la fin de chaque description nous indiquons le plus ou moins de rareté de l'espèce, On peut dans la majorité des cas avoir confiance dans ces indications, surtout quand lespèce est communes pour les autres elles sont plus douteuses. Telle espèce est en effet rare dans un canton, qui peut être commune dans un autre, ourare pour l’entomologiste quine connait pas ses habitudes, et commune pour celui
qui sait la découvrir dans sa retraite, sous les écorces, les débris de végétaux , dans le sein de la terre, etc. Chacun à cet égard ne doit compter que sur son habileté et son expérience; nous n’avons pu que mettre sur la voie,
Un retard dans la gravure des planches qui accompagnent ce volume n’a pas permis de les citer dans le texte; elles sont du reste uniquement faites pour les commencants, et destinées à leur donner une idée du facies des principaux genres. Le grand nombre de ces derniers et la petitesse du format, n’ont pas permis d’y exprimer tous ces détails d’organisation qui seuls donnent du prix aux figures, telles qu’on les veut aujourd’hui.
Touten prenant sous leur responsabilité commune et indivise le contenu de cet ouvrage, ses deux auteurs ont cru devoir se partager. les différents ordres, afin que chacun d'eux fût traité d’une manière plus uniforme, Celui des Coléoptères est tombé en partage à M. Lacordaire ainsi que ceux qui le précèdent, et ce volume est en entier son ouvrage, L'ordre des Lépidoptères sera traité par M. Boisduval, dont les ouvrages sur ces insectes sont connus de tous les entomologistes, Des avertissements placés en lieu convenable feront connaître la part que chacun des deux collaborateurs aura prise aux autres ordres.
Paris, 25 août 1835.