‹ Faune Gallo-RhénaneChapitre 1 sur 29 · IMPRIMERIE E. ADELINE, RUE FROIDE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE E. ADELINE, RUE FROIDE

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Ce volume comprendra Tôtade de l'un des groupes de l'ancienne division des Sternoxes de Latreille, c'est-à-dire la famille des Elatérides, telle que la comprirent Lacordalre (h aune entom, des environs de Paris) et M. Candèze (Monogr, des Elatérides). Nous donnerons les caractères qui la distinguent de celle des Eucnémides et de celle des Cébrionides, familles voisines dans lesquelles certains genres ont été baliotés par différents auteurs ; mais nous ne ferons pas entrer ces familles dans notre travail, même les Eucnémides, qui^ malgré leur affinité, constituent une famille spéciale formant le passage aux Buprestides.

Le groupe que nous allons étudier est, comme on le verra, assez difficile à scinder, des caractères bien tranchés manquant souvent lorsqu'il s'agit de former de grandes divisions. Nous n'avons pu pour ces raisons conserver la coupe des Corymbitini de Jacquelin Du Val ; mais nous avons formé, comme M. le D' Seidlitz, une tribu pour les Campylini. Celle des Adelocerini, suffisamment caractérisée^ n'offrait pas de difficultés ; mais il n'en était pas de même pour les Elaterini. Nous les avons divisés en deux sections, basées sur la forme de la partie antérieure du front, caractère beaucoup plus facile à^apprécier que la plus ou moins brusque dilatation des hanches^ surtout lorsque l'examen doit comprendre toute la série.

Malgré les travaux de nos devanciers, tels que Bach, Kîesenwetter, Redtenbacher, Candèze, Schioedte et Seidlitz, qui m'ont été d'un grand secours, je ne suis pas encore très satisfait des tableaux de tribus et de genres. Cependant il me semble qu'ils pourront rendre service tels qu'ils sont ; en effet, après de nombreux essais de

Jétenninaiîon 'pbliV ôôdtfdler leur exactitude, j'ai constaté qu*ils permettaient d'étudier assez facilement et sans erreur. J'ai donc la confiance qu^ils seront bien accueillis^ et que mon travail ne sera pas par trop inférieur à celui des autres collaborateurs de la Faune Gallo-Rhénane.

Je me fais un agréable devoir d*ezprimer ici ma plus vive reconnaissance à MM. Abeille de Perrin , A. Àrgod , Bedel , D' Chobaut, Croissândeau, Gh. Demaison, Desbrochers des Loges, Alb. Fauvel, Frey-Gessner, capitaine Gannat, Gavoy, H' Guédel^ Guillebeau , D^ L. von Heyden , de Laplancbe , A. Léveillé , Marquât, Ernest Olivier, Pandellé , K. P. Pestre, D*" Pnton, Ravoux, Rey, D' Sénac, D"* Sicard, Vauloger de Beaupré, L. Villard, et à tant d'autres qui m'ont prêté leur concours, soit par d*^ précieuses indications, soit par leurs dons, soit aussi par les types qu'ils ont mis à ma disposition. A la suite de la description de chaque espèce, je citerai également les noms de ceux qui m'ont fourni d'autres renseignements ; que ces personnes reçoivent aussi l'expression de ma sincère gratitude.

Ces lignes étaient à l'impression lorsque la mort est venue frapper cruellement mon excellent ami, le D' Sénac. Qu'on me permette d'être l'interprète des regrets que sa perte fait éprouver à ses collègues en Ëatomologie ; tous ont pu apprécier son caractère loyal, franc et généreux. Je tiens particulièrement à rendre hommage à sa mémoire et à remercier sa famille du don qu'elle a bien voulu me faire de ses Élatérides^ en souvenir de nos travaux communs; je la prie de recevoir la nouvelle assurance de ma douloureuse sympathie.

H. DU BUYSSON.

Château du Veinet (Allier), décembre 1892.

ÉLATÉRIDES

LAGORD.

Corps généralement allongé, rarement courtement ovalaire. Téguments fermes et rigides, légèrement flexibles chez quelques espèces qui forment le passage aux Cebrionides. Insectes généralement doué» de la faculté de sauter lorsqu'ils se trouvent sur le dos ou même à plat ventre.

Tête de médiocre grosseur, généralement engagée dans le prothorax.

Front assez variable^ lantdt fortement convexe sur le disque, tantôt déprimé ou concave, le plus souvent terminé en avant par un rebord plus ou moins tranchant en forme de carène. On est convenu d'appeler celte carène : frontale ou transverse sur la partie antérieure médiane et sus-antennaire sur les côtés. La première disparait quelquefois entièrement comme dans la section B des Elaterini, et le front s'abaisse alors peu à peu jusqu'à la suture d'insertion de l'épistome ; si non (comme cela se produit exceptionnellement, surtout pour le s. g. Eciinus), il demeure élevé et comme tronqué. La seconde persiste toujours et forme un rebord plus ou moins prononcé et relevé au-dessus des cavités antennaires. La surface comprise entre la racine de l'épistome et la carène fron taie est appelée postépistome ou plaque nasale. Parfois celte surface se trouve en outre divisée en son milieu par une petite carène, comme par exemple dans les Betarmon, Généralement la plaque nasale limitée en arrière par la carène frontale se trouve pour ce motif fortement rétrécie dans sa partie médiane et elle semble disparaître lorsque, la carène frontale n'existant pas, le front se prolonge en avant jusqu'à la naissance de l'épistome.

Yeux le plus souvent hémisphériques, recouverts en partie par le prothorax, parfois globuleux et entièrement découverts, plus rarement proéminents.

(1) La bibliographie des Élatérides peut se résumer ainsi : . Notopeda ilajas, Act. Up$.f 1736. — Scarabaeus elaslicus Linné, SysL A'af., éd. 4, m^,^ Bluter Linné, Paun. Suec, éd. t, 1746, et la suivante ; Syat. Nai., éd. 10, 1758, et les anciens auteurs. — Taupin Geoff., Hist. Ins., 176t. - Eluteridae Leaob, Encycl. brit.-, Steph., Man, of Brit, Col.^ 1839; Seidlitz, Faim. Trams., 188', etc. — Blateres Redtb., Faun. Aust., éd, 1,1849. — Elalérides ^aoord,Fa«a. «/il. Parti, l, 1835; Geuera CoL, IV, 1857; Cand., Mon., 1857- 1863; Jacq. Dnv., Gêner a^ III, 1860, etc.

Mâchoires petites, cornées, à deux lobes ciliés. — Palpes maœil^ laires de quatre articles^ avec l'article terminal généralement securiforme, parfois acumioé, subovolde. — Palpes labiaux de trois articles avec le dernier conformé comme celui des palpes maxillaires. — Mandibules courtes, robustes, barbues, bifides à Textrémité, au moins cbez les espèces de notre faune, ordinairement munies d*une petite dent dans leur concavité. — Languette en général saillante au-delà du menton, ample, membrantiuse, barbue, entière, ou plus ou moins bilobée, pliée en deux dans le sens de la longueur. — Paraglosses nulles. — Epistome corné, semi-circulaire ou transversal faisant suite à la plaque nasale et limité de son côté par une suture, dissimulant le dessus de la bouche et remplissant le vide que laissent entre elles les mandibules. — Labre généralement incisé, hyalin, submembraneux, cilié, caché sous l'épistome, le dépassant à peine, ce qui fait qu^il est le plus souvent très peu visible (1) ; il forme comme une sorte de tablier au-dessus de la bouche entre les mâchoires. — Antennes insérées près du bord antérieur des yeux, plus ou moins dentées en scie intérieurement ou même pectinées, parfois simplement filiformes (2), c'est-à-dire composées d'articles obiongs non élargis au sommet ; de onze articles, le i^^ toujours robuste, subcylindrique, légèrement arqué ; le 2® souvent globuleux ou courtement obconique ; le 3^ de taille généralf'ment plus grande que le 2® ; le dernier le plus souvent ovalaire-oblong, parfois légèrement échancré de chaque côté près de Textrémité. La longueur des antennes varie un peu ; elles dépassent rarement le milieu des côtés des élytres, mais le plus souvent les angles postérieurs du prothorax ou atteignent quelquefois à peine Textrémité de qeux-ci.

Prothorax ordinairement de forme ellipsoïde, plus ou moins déprimé à la base avec les angles postérieurs généralement très saillants, souvent carénés, les antérieurs variables, jamais carénés.

(t) Plusieurs auteurs ont fait confusion en appelant labre ce qui est Fépistome, et epistome ce qui n'est que le prolongement du front au-dessous de la oarène frontale ou plaque nasale. Chez les Elatérides, l'épistome est, comme nous l'avons dit, la plaque cornée qui remplit l'espace compris entre les mandibules en recouvrant les pièces buccales. Le labre est une pièce plutôt membraneuse hyaline que cornée, généralement bilobée, attenant par sa base à la face inférieure de l'épistome ; enfin, il n'est généralement perceptible qu'en écartant les mandibules et en examinant i'insecte presque de face.

(2) On dit encore que les antennes sont fiti formes poar désigner qu'elles conservent à peu près la même largeur dans toute leur étendue, lors même qu'elles seraient pectinées ou fortement dentées. Comme c'est le cas à peu près général chez les Elatérides, nous attacherons de préférencd au mot filiforme le sens attribué plus haut.

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le plus souvent peu prononcés. Il est librement articulé et non assujetti exactement contre la partie antérieure du mesothoraz. Au libre jeu du prothorax est attachée la faculté saltatoire de ces insectes, comme nous le verrons plus loin. On est convenu d'appeler pronotum la face supérieure du prothorax, c'est-à-dire celle qui s'offre tout d'abord aux regards.

Sur la base du pronotum, on remarque, chez de nombreuses espèces, près de la naissance des angles postérieurs, deux petits sillons perpendiculaires parfois assez prononcés, se dirigeant en avant et s'arrétant plus ou moins brusquement. Ces sillons sont appelés basilaires latéraux par opposition avec le sillon large, évasé en arrière et rétréci en avaut, situé au milieu même de la base et nommé pour cela sillon hasilaire médian. Les uns et les autres disparaissent parfois eniièrement chez certaines espèces.

Les bords latéraux du pronotum sont généralement surmontés dans toute leur longueur par une carène qui rend ceux-ci moins obtus ; bien souvent cette caréné abandonne sa première direction eh partant des angles postérieurs et elle s'infléchit plus ou moins en se dirigeant vers le dessous de l'œil. On désigne cette carène sous le nom de carène marginale. Une autre carène qui divise souvent en deux parties les angles postérieurs s'allonge parfois considérablement en avant et parallèlement à la carène marginale, parfois jusqu'auprès du bord antérieur du pronotum; on dit encore que les bords latéraux de celui-ci sont rehordés^ lorsque Ton aperçoit près de la carène marginale une autre carène assez rapprochée et parallèle qui ne provient pas, comme on pourrait le croire, de rallongement exagéré de la carène des angles postérieurs. Cette conformation parait chez nous spéciale au genre Lima.

En dessous on remarque le prosternum, qui forme la partie médiane du prothorax ; il est allongé et muni en avant d'une saillie généralement arrondie, s'avariçant en dessous de la tête et cachant le menton et souvent tout le dessous de la bouche; cet avancement, qui n'existe pas chez les Campylides, porte le nom de mentonnière. En arrière, le prosternum se rétrécit en une pointe plus ou moins longue ou saillie prosternale, dont l'extrémité s'enfonce dans une cavité du mésosternum. Cette saillie, en forme de coin plus ou moins aigu au sommet, porte en dessous une sorte de cran d'arrêt plus ou moins accentué, selon les espèces, ou mucron saltatoire. Sur les côtés, le prosternum est séparé des flancs prothoraciques (1) par une suture prosternale^ qui, parfois, est creusée en avant en forme de large sillon servant à loger la base des antennes lorsque

(1) Appelés plus correctement proepiaternum.

l'insecte est au repos; parfois ce sillon^ toujours creusé aux dé* pens des flancs proUioraciques , acquiert une profondeur suftisante pour reoeiroir complètement les antennes au point de les dissimuler entièrement; ces sillons se prolongent parfais jusqu'aux hanches de la première paire de pattes. Quelquefois les sutures ne sont nullement creusées en avant ; elles demeurent planes et sont alors accompagnées d'une fausse suture parallèle et d'une marge unie, prises aux dépens des flancs prothoraciques. Il est hon de remarquer aussi Yépimère prolhoracique qui est la pièce située au-dessous des flancs prothoraciques, allant de la cavité cotyioîde à rexirémilé des angles postérieurs du pronatum. Cette pièce, qui constitue la base du corselet avec l'entothorax^ se montre, parfois chez certaines espèces d'Athoûs d'une façon très accentuée^ au point de rendre les an* gles postérieurs du prouotum fortement arrondis, tandis que véritablement ils seraient aigus si Ton faisait abstraction de Tépimère.

Entre les hanches de la deuxième paire de pattes, on rencontre la cavité mésosternale et le mésosternum, qui se relève en avant et forme une sorte de processus tronqué ou échancré. Au sommet de celui-ci on remarque la petite fossette mésosternale où vieut se buter le mucron saltatoire, lor^^que l'insecte a distendu et contracté successivement son prothorax pour If saut. A droite et à gauche, en avant, se trouvent les épis ternes mésothoraciques ; plus bas, à côté du logement arrondi des hanches, se placent les épimères mésothoraciques. — Entre les hanches de la 2' et de la 3® paire, et au -dessous,^ se trouve le métathorax^ flanqué à droite et à gauche d'abord par les épisternes métaihoraciques et au delà par les épimères métathoraciques, souvent presque invisibles. On désigne par parapleures la surface comprise par ces deux pièces considérées dans leur ensemble.

Chez quelques espèces du groupe des Adelocerini^ on remarque de cliaque côté, près du milieu de la suture prosternale, sur les flancs prothoraciques, un sillon oblique, à bords évasés, appelé sillon tarsal^ qui sert à loger le tarse des pattes antérieures lorsqu'elles sont contractées.

Les segments de l abdomen sont au nombre de cinq, apparents, distincts ; ils sont cornés et généralement immobiles, excepté le dernier. Chez la plupart des Campylini^ ces segments sont ordinairement mobiles et membraneux sur les côtés.

Les hanches antérieures, généralement globuleuses, sans trochanters apparents, font légèrement saillie hors des cavités colyloïdes, qui sont librement ouvertes en arrière ; les hanches postérieures se montrent en lames transverses, variables, s'élargissant plus ou moins du côté interne, et peuvent recouvrir les cuisses en partie.

ÉLATÉRIDSS. — OÉNéaALlTÉS. 7

Les élytresy généralement allongés et de même largeur qae le ptx)thorax, avec l'extrémité toujours terminée en angle simple plus ou moins aigu, offrent quelquefois un très léger mncroa à cette extrémité sur le prolongement de la suture. Leur partie réfiiéeliie sur les segments abdominaux se nomme épipleure ély traie.

Les pattes aont relativement courtes, les trochanters^ les tibias et les cuisses n'offrent rien de particulier; les /ar^é^, composés de cinq articles, sont de longueur égale, en général, à celle des tibias ; ils sont filiformes chez la plupart des espèces, plus ou moins comprimés et revêtus en dessous de poils sferrés, rudes ou veloutés, parfois un ou plusieurs de leurs articles sont terminés en dessous par un appendice membraneux, de longueur et de forme variable. Les ongles ou crochets des tarses, ordinairement simples et arqués, sont multidentés ou pectines dans certains genres ou munis vers le milieu d'une large dent chez d'autres.

Quant au mécanisme du saut, c'est par le glissement brusque du prolongement ou saillie prosternale dans la cavité mésostemale, produit par la détente du mucrou saltatoire hors de la fossette mésostemale, que s'exécute le mouvement qui permet à l'insecte, placé sur le dos, de retomber sur les pattes. Ce saut est produit par le ehoc des deux surfaces juxta-basilaires du pronotum et des élytres contre le sol. Au préalable, l'insecte est obligé de pousser en avant le prothorax, que l'on voit se séparer notablement du mésosternum ; . la saillie prosternale s'est dégagée de- la cavité mésostemale, et en jcontinuant à courber le prothorax en arrière, le mucron saltatoire vient à dépasser le processus mésostemal. A ce moment, l'insecte contracte les nerfs rétracteurs mésothoraciques, le mucron s'arcboute dans la petite fossette terminale en formant un cran d'arrêt, jusqu'au moment où une contraction plus forte amène la détente qui lui permet d'exécuter le saut dont nous venons de parler. La saillie prosternale n'a d'autres fonctions que celles de guider le mouvement du prothorax et d'empêcher son déboîtement. « Gomme Ta fort bien fait observer von Kiesènwetter, le mucron saltatoire ne peut avoir de valeur pour le saut qu'à une condition , c'est que le prothorax ait une grande mobilité. Aussi voyons-nous que les Buprestides, qui ont tous une saillie prosternale distincte, souvent très développée, ne peuvent pas sauter malgré cela, parce que leur prostemum est immédiatement appliqué contre le mésosternum. Les Throscides, chez lesquels le prothorax commence à être mobile et où le mucro saliatorius est cependant bien développé , ne doivent pas sauter malgré cela, parce que le sillon mésostemal [processus) ne possède pas la petite fossette qui doit servir de point d'appui, d

le Bonvouloir, -flfow. des Eucnémides^ p. 22).

Nous arrivons enfin aux organes génitaucp qui, depuis quelques années, sont l'objet d'études suivies par nos confrères de Russie, d'Allemagne ou d'Angleterre, pour différents ordres d'insectes. Jusqu'à présent, les mâles ont seuls présenté des différences assez notables dans le dessin des pièces qui composent leur armure génitale ; mais ces caractères ont occasionné trop souvent une foule d'erreurs, soit qu'on réunisse toutes les espèces qui les ont pareilles, soit qu^on sépare toutes celles qui les ont différentes. Nous ne pouvons leur donner qu'une importance secondaire ; ce qui ne nous empêche pas d'apprécier à leur juste valeur les longues et minutieuses études de nos voisins, comme celle de M. Schwarz sur les Agriotes paléarctiques. On arrivera peut-être à trouver dans les organes des $ des caractères assez précis; mais j'attacherais plus de confiance, soit à l'étude des mandibules déjà entreprise par Schioedte, soit, comme von Riesenwetter l'a déjà montré (Nat, Ins. Deutsch,^ p.. 220, iig. 1 et S), aux ailes inférieures qui sont membraneuses et peuvent fournir des caractères propres à séparer nettement, sinon les espèces, du moins certains genres.

V armure génitale, assez facile à examiner quand on a pris soin de la faire sortir de son logement^ surtout lorsque l'insecte était encore frais , se compose des pièces suivantes prises parmi les plus apparentes :

Chez le cf» «11© comprend : 1<> le forceps, avec ses deux branches susceptibles de s'écarter l'une de l'autre comme des lames de ciseaux. Près de l'extrémité, ces branches sont généralement munies, du côté externe, d'une forte expansion anguleuse. Au côté interne , elles sont creusées tout du long en un large et profond canal, servant de logement à V appareil conducteur lorsqu'elles sont fermées. Elles offrent en outre, en dessous, une carène longitudinale placée à une certaine distance du bord externe, et près de celle-ci une série de papilles linéaires qui ne sont tisibles que sous un grossissement un peu fort ; quelques gros poils se remarquent sur les côtés, près de l'extrémité. Lorsqu'il y a expansion anguleuse, le sommet de celle-ci, vu à un assez fort grossissement, est souvent légèrement crénelé, et à chaque denticule correspond un petit sillon s'étendant transversalement sur une faible longueur. ^ V appareil conducteur, qui sert à l'introduction delà verge dans l'oviscapte de la Ç, est également très apparent et situé entre les branches du forceps, les dépassant notablement lorsqu'il est étendu. Il est légèrement crénelé à son extrémité et accompagné en dessous par un fourreau hyalin , garni en dedans de nombreuses et courtes papilles , légèrement denticule à l'extrémité , et muni d'une nervure longitudinale. La verge est exsertile et sort par

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le fourreau pour raccouplement ; 3° le cardo ou pièce basilaire, partie large qui sert de base à l'armure génitale, est le dernier segment protraclile.

Chez la 9» l'armure est moins compliquée ; elle est formée par VoviscaptCf qui s'allonge notablement et se termine par deux lobes aigus élargis à la base, hérissés de papilles. Chaque lobe est fortement excavé sur le côté interne pour former une sorte de coulisse avec Vappareil conducteur du cf. Extérieurement, les branches de l'oviscapte portent de chaque côté, près de l'extrémité, un petit appendice aplati non articulé, surmonté d'un gros poil.

Chez le cf, comme chez la Ç, l'armure génitale est recouverte au repos en dessous par le dernier segment protractile ventral ; en dessus, par le dernier segment protractile surmonté de l'avant-dernier, qui se trouve généralement bilobé chez le c'. Enfin, le tout est logé et caché entre les derniers segments non protractiles.

Dans leurs premiers états, les Elatérides ne sont pas moins intéressants; sans nous étendre bien longuement, jetons un coup d'œil d'ensemble sur leurs larves. Nous remarquons d'abord qu'elles sont très différentes de celles des Buprestides, bien que cette famille en soit voisine dans l'ordre de la classification adoptée par les auteurs; leur bouche, nullement conformée pour ronger le bois dur,' leur forme cylindrique et leurs téguments cornés les en distinguent facilement.

Beaucoup d'entre elles auraient plus de rapport, au point de vue de l'ensemble et de la physionomie, avec celles de certains Ténébrionides, mais, au point de vue des organes, les différences sont considérables. Les larves de Ténébrionides et de Mélasoroes ont la tête convexe avec le bord antérieur droit, l'épistome et le labre sont très apparents, la mâchoire et le menton, logés dans une profonde échancrure de la face inférieure de la tête, sont parfaitement libres ; les palpes maxillaires sont de trois articles apparents ; les pattes assez longues et aplaties latéralement. Celles des Elatétérides sont dépourvues d'épistome et de labre distincts, la tête déprimée avec le bord antérieur très sinueux, les mâchoires et le menton également logés dans une profonde échancrure de la face inférieure de la tête, mais soudés entre eux dans toute leur longueur, ne formant plus qu'une seule pièce marquée de deux sutures longitudinales; les palpes maxillaires de quatre articles apparents ; les pattes très courtes, robustes et épaisses.

Il sera donc aisé de distinguer entre elles les larves de ces deux familles, qu'on rencontre parfois ensemble dans les vermoulures des mêmes souches.

Revue d'Entomologie, — Février 1893. 1*

La plupart des larves d*Elatérides sont assez allongées , cylindriques, d'un jaune rougeâlre plus ou moins clair ; d'autres sont de forme plus ou moins déprimée, d'un jaune testacé, ou d'un brun plus ou moins foncé ; elles ont toutes un aspect luisant et sont plus ou moins éparsement hérissées de longs poils, plus rarement elles sont presque complètement glabres; leurs téguments, assez durs et coriaces, ne sont guère susceptibles d'extension et de contraction. Leur dernier segment est assez variable de forme, mais il est presque toujours terminé par une sorte d'acumen. Courtement ogival chez les AgrioleSj il prend une forme plus allongée chez les £/a<er; dépourvu d'acumen, il se présente en un cône allongé, brusquement arrondi au sommet, comme on le remarque pour celles des Steatoderus, Bien souvent il se fait remarquer par son aplatissement, sa sculpture et ses découpures, qui forment des saillies cornées différentes selon les genres ; tel est le cas des larves de Lacon, Adelocera^ Melanotus et certains Corymbites.

Perris (Larves de Coléoptères, i877,p. i85, flg. 20i) nous fournit quelques détails sur les larves de CardiophoruSy que je n'ai pas encore pu observer. Ces larves, dit-il, feraient dérogation à la règle commune. « En effet, comment reconnaître une larve d'Elatérlde dans ce ver blanc, délicat, membraneux, sauf la tête et le prothorax qui sont colorés et cornés, dont le corps longitudinalement cannelé et presque absolument glabre est susceptible de telles contractions et extensions que sa longueur et son diamètre peuvent varier du simple au double, dont l'abdomen peut paraitre avoir jusqu'à 23 segments, les sept premiers étant susceptibles de se diviser en trois? A ces caractères insolites, les larves en joignent d'autres qui consistent dans la forme si étrange des mandibules et si étroite des mâchoires, du menton, de la lèvre inférieure, dans l'insertion des antennes au-dessus des mandibules, dans la situation des ocelles, de sorte qu'il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, de deviner à priori qu'elle appartient au groupe dont elle fait partie. »

Dans le même ouvrage, il donne un tableau synoptique permettant de classer les larves connues d'un certain nombre de genres ou sous-genres: Lacon, Adelocera^ Athouê^ Diacanihus^ Tactocomus^ Hypoganus^ Corymhiles. Actenicerus^ Campylus^ Limonius^ Steatoderus (Ludius)^ Drasterius^ Melanotus^ Dolopius^ Elater,Megapenthes. Cardiophorus^ Cryptohypnus.

L'ouvrage de M. Rupertsberger (Biologie der Kœfer Europas) comprend la liste complète des larves décrites jusqu'en i880 avec les indications des auteurs des descriptions. M. Cl. Rey, depuis cette époque, a décrit quelques autres larves, telles que celles de :

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Athous difformis Lac. et puncticollis Kiesw; Limonius cylindricus Payk. et nigripes Gyll. (pilosus Leske), Melanotus rufipes (i) et tenebrosus^ Elater prœustus var. subdepressus Rey (V. Essai d'Études sur cert. larves de Col., i887.) Il y a encore une foule de larves d'Elatérides qui demeurent inconnues ; mais réian donné à l'étude des larves et des métamorphoses des insectes fait espérer que nous verrons bientôt cette lacune en partie comblée. Dans le corps de cet ouvrage nous citerons d'ailleurs, lorsqu'il y aura lieu, pour chaque espèce, les ouvrages où Ja larve aura été décrite.

Les larves d'EIatérides, quoique vivant dans le bois humide tombant de vétusté, ne sont pas lignivores dans toute l'acception du mot. Elles n'arrivent qu'avec peine à se creuser une loge vers l'époque de la métamorphose et semblent vivre plutôt au milieu des vermoulures et des dépouilles laissées par d'autres insectes rongeant réellement le bois. Perris, qui a étudié le monde des insectes d'une façon si remarquable, avait observé que les matières animales étaient indispensables à la nourriture de la plupart d'entre elles. Quelques-unes paraissent même véritablement carnassières; en les élevant, j'ai observé, comme Ratzeburg, Oufour et Perris, qu'elles dévoraient les larves de Longicornes, de Cétoines, etc., auprès desquelles elles se rencontrent dans la nature. J'ai vu également qu'elles se dévoraient entre elles lorsqu'on ne met pas d'autres larves à leur portée. Je suis persuadé que la larve du C. bipustulatus, qu'on ne rencontre que sous les lichens ou la mousse, le long de l'écorce des arbres, est essentiellement carnassière et vit non de détritus animalisés, mais de proie vivante.

Beaucoup sont rhizophages, vivent à la racine des plantes et causent parfois des dommages considérables à la culture des plantes fourragères, des céréales ou des légumes ; on cite partout les ravages produits par celle de VAgrioîes lineaius. Les larves du Lacon murinuSj des Limonius, des Cryptohypnus,ÔQ certains Athous^ Gardiophorus et Ludius (Corymbites) se rangent aussi dans cette catégorie.

Toutes ces larves, quelles qu'elles soient, mettent plusieurs années à acquérir leur complet développement. En les récoltant assez petites, elles ne se transforment guère que dans le courant de la quatrième année d'élevage; celles du ^leatoderus paraissent mettre beaucoup plus de temps à se développer que celles des Elater. La durée de la vie des larves d'EIatérides atteint peut-être cinq ans.

(1) La Jarte décrite sous ce nom par Perris {Ann. Soc. Ent. Fr., p. 134, 1854), se rapporterait, selon cet auteur, au M. crafsicolli» Et., si commun dans les Landes.

depuis la sortie de l'œuf jusqu'à la nymphose, car on peut garder, comme Ta expérimenté Perris, pendant trois ans des larves dElater sanguineus avant qu'elles ne se transforment et tout en ayant pris soin de les recueillir assez près de l'état adulte. Je ne crois pas cependant que les diverses phases de l'existence de ces larves puissent se produire en une seule année, ni même en deux, pour celles qui seraient nées à une époque des plus favorables ou qui se seraient trouvées placées dans des conditions exceptionnellement bonnes. Pour le plus grand nombre (dans lequel je range celles des Elater, que j'ai eu souvent l'occasion d'étudier), c'est seulement à partir de la quatrième année d'existence que l'on verra se produire la métamorphose. Les larves des espèces phytophages doivent cependant avoir une évolution plus rapide, une année peut-être leur suflit; les larves d'Agriotes rentrent dans cette catégorie.

Arrivés à l'état d'insecte parfait, les Elatérides ne sortent pas immédiatement de leur berceau; la nymphose se termine généralement à la fm de l'automne pour la plupart des espèces, quelquefois seulement au printemps ou même plus tard. Dans le premier cas, ils passent tout l'hiver engourdis dans leur retraite et ce n'est que vers le mois de mai qu'ils songent, à l'aide de leurs mandibules, à se frayer un passage à travers le terrain ou le bois pourri pour prendre leurs ébats en plein air. On les trouve alors tantôt sur les herbes de nos prairies, tantôt sur les branches des arbres feuillus ou fleuris ; chez quelques espèces, la Ç ne vole pas et demeure près du sol, se promenant lourdement entre les brins d'herbe. En somme, leur vie m'a toujours paru de courte durée; beaucoup d'espèces ne peuvent être capturées qu'à des époques déterminées et ne se rencontrent plus le reste de l'année. Gomme chez les autres groupes de Coléoptères, le c^ ne doit survivre que peu de temps après l'accouplement, et la Ç, une fois ses œufs fécondés dans l'oviducte, ne doit pas tarder à les pondre et à mourir ensuite comme le d*, sa mission étant accomplie.

D'autres, dont les mœurs sont encore peu connues, ont des habitudes nocturnes ou crépusculaires; ils se rencontrent le soir, à la tombée de la nuit, volant à une assez grande hauteur au-dessus du sol. Quelques-uns viennent le soir à la lumière par les temps chauds et orageux, comme le font les Harpalus et Ophonus. On en capture aussi en fauchant de nuit sur les herbes des marais desséchés dans les contrées méridionales. (V. Rev, d'Ent., 1888, p. 16.)

Quant à la classification, les auteurs sont restés longtemps indécis sur les caractères qui devaient distinguer les Elatérides proprement dits ; ils se sont trouvés dans l'embarras à cause du voisinage des Eucnémides, qu'ils sont parvenus à éliminer petit à petit, les grou-

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pant autour du Melasis biipr es toides, qui le premier a été reconnu comme appartenant à un groupe particulier. Les rapports que ces insectes ont avec les Gébrionides ont encore embrouillé les choses en ce point. Le Conte (Amer. Phil. Trans., X, 1853) divise les Elatérides en deux sous-familles: les Eucnéraides et les Elatérides, et il forme de ces derniers deux autres divisions, les Elatérides vrais et les Gébrionides.

Latreille avait compris ces trois groupes dans sa grande division des Sternoxes; mais aujourd'hui tous les entomologistes sont d'accord pour séparer chacun de ces groupes.

Ge fut la classification d'Eschscholtz qui, en 1829, porta la lumière dans ce groupe ; ce travail fit époque dans l'histoire des Elatérides et il montra que l'auteur avait soigneusement étudié cette famille. En retranchant les Eucnémides qu'il y avait compris, c'est encore à ce travail que nous nous reporterons bien souvent.

Latreille, en i825, donnait comme subdivision de ses Sternoxes les Buprestides (dans lesquels il plaçait les genres Melasis et Cerophytam), ainsi que les Elatérides (qui comprenaient les genres Lissjdes^ Nematodes^ Eucnemis eX Throscus); il rangeait ses Gébrionides (où l'on rencontre encore un Eucnémide : Anelastes Kirby) comme une tribu de ses Malacodermes. En suivant ses travaux, on remarque qu'il eut grande peine à classer convenablement ces insectes. Après avoir placé les Throscus dans sa famille des Sternoxes, créée en 1804, il les en retire pour les porter dans ses Byrrhides, puis il les place plus tard dans le genre Cehrio, etc. Dans son dernier travail, publié après sa mort par la Société Entomologique de France, en 1834, nous voyons qu'il admet les genres fondés par Eschscholtz et en ajoute un assez grand nombre de sa création. Sa classification reste néanmoins assez embrouillée et il est difficile de s'y reconnaître^ si Ton n'est déjà versé suffisamment dans l'étude des Elatérides.

Nous ne pouvons analyser ici les œuvres des auteurs anciens qui ont écrit sur les Elatérides ; cette étude fournirait la matière d'un gros travail. Nous donnerons un résumé de la synonymie en tête de chaque genre et de chaque espèce. Nous remonterons jusqu'à la dixième édition du System a naturœ de Linné (1758), époque à laquelle on est convenu de faire commencer la priorité des noms pour la classification binaire. Nous verrons s'accroître à mesure le nombre des espèces, soit chez Linné lui-m^me dans les ouvrages postérieurs à celui que je viens de citer, soit chez les autres auteurs tels que: Scopoli,Mûller,Degeer, Fabricius, Geoffroy, Goëze,deFourcroy, de Villers, Olivier, Herbst, Paykull, Illiger, Gyllenhal, Stephens, Germar, Lacordaire, Erichson, etc., jusqu'à nos jours; nous nous

reporterons également aux ouvrages plus récents, tels que ceux de Redtenbacher, von Kiesenwetter, Jacquelin du Val, Candèze. Seidlitz, etc., qui sont des plus utiles à consulter.

Aujourd'hui, on est généralement d'accord pour séparer les Elatérides des Eucnémides et des Cébrionides. On peut ainsi grouper en un tableau les caractères principaux qui servent à les distinguer:

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