‹ Faune malacologiqueChapitre 139 sur 142 · Helix aspersa, Müller · texte numérisé non relu

Helix aspersa, Müller

Helix aspersa, Müller, Verm., vol. If, p. 59. 1774. Forma Haitensis, Maltzan ms.

Hab. Port-au-Prince (H. Rolle).

Obs. Cette espèce est la seule forme de Mollusque terrestre européen qui ait, jusqu'ici, été trouvée introduite et acclimatée, à Saint-Domingue, où l’influence du milieu parait lui avoir fait subir quelques modifications. A-t-elle, conime à Cuba, été importée comme objet d’alimentation ?

III. Distribution géographique ef caractères de la Fauue malnacologique terrestre 6t fluviatile de Suint-Domingue.

La Faune malacologique terrestre et fluviatile de l’ile de Saint-Domingue n’a pas, jusqu'ici, été, comme celle de Cuba, l’objet de nombreux Mémoires. En dehors des travaux purement descriptifs auxquels elle a donné lieu, nous ne connaissons guère, au point de vue de la distribution géographique des espèces, que les excellents articles critiques, publiés par M. Thomas Bland, dans les Annals of the Lyceum of Natural History of New York (4) et dans l'American Journal of Conchology (2), et les Catalogues donnés par le D' Kobelt, dans le Jahrbücher (3), et par le D' P. Fischer, dans son Manuel de Conchyliologie (4).

Le sujet que nous traitons est donc insuffisamment connu et, selon toute apparence, il reste encore beaucoup de découvertes malacologiques à faire, dans les parties de Saint-Domingae non explorées jusqu'ici. On excusera, nous l’espérons, les imperfections et les incertitudes de notre travail, en considération des difficultés très réelles qu'il présentait.

L’ile de Saint Domingue peut être considérée comme se composant de plusieursiles longitudinales distinetes,reliées par des plaines intermédiaires et dont un abaissement du sol, relativement peu considérable, ferait quatre terres séparées, orientées de PEst à l'Ouest, mais divergeant un peu, comme les branches d’un éventail qui commencerait à s’entrouvrir.

(1) En 1861, 1875 et 1876. H. C.

(2) En 1866, H, C,

(3) Jahrb., vol, VI, p. 252 et 275, 1880.

(4) Man. Conchyl., p.271. 1885.

Ces quatre régions ou circonscriptions naturelles sont les suivantes :

1° Région du Nord, qui comprend la Sierra Monte Cristi et que la grande plaine qui s'étend de la Baie de Samana à la Baie de Manzanilla sépare nettement de la suivante : elle est caractérisée, au point de vue négalif, par une grande pauvreté en Cylindrelles (le groupe des Thaumasia, si remarquablement développé dans le Sud-Ouest de l’ile, n’y est même pas représenté) et par l’absence des gros Eurycratera et des Cepolis, parmi les Helix. Les espèces sont assez nombreuses, mais généralement petites, à peu d’exceptions près, et se composent principalement de Pneumonopoma (Gyclostomacés et Helicinacés),d’Helix, de Bulimulus et de Macroceramus. Les genres Liguus, Simpulopsis, et Pseudobalea y sont représentés.

2 Région centrale ou du Cibao, comprenant la longue bande de terrain montagneux qui traverse l’île en diagonale, de l'Est à l’Ouest, du Cap Engagno au Môle Saint- Nicolas, et qui arrive aussi jusqu’à la mer, du côté duS., près de San Cristobal : c’est de beaucoup la plus considérable des quatre. C’est là qu’on trouve les Eurycratera nocturnes de grande taille, qui sont spéciaux à Saint- Domingue, la presque totalité des grandes espèces de Carocolla de l’île, des Choanopoma très particuliers, le genre Rolleia et Y'Helicina viridis de Lamarck, dont la coloration est si remarquat:ile. C’est là aussi que, selon nous, les plus belles découvertes restent à faire, au point de vue malacologique, mais c’est aussi le terrain le plus difficile et le plus incomplètement exploré jusqu’ici.

3° Région de l'Ouest, limitée, au N.par l’Artibonite, à l'E. par la Neyba, au S. par la chaîne des lacs, à l’O. par la mer: c’est la plus petite de toutes et elle est assez mal connue.

ch. où LE

Li : =

4° Région Sud-occidentale, comprenant la longne Péninsule qui termine l'ile, du côté du S.-0. et les montagnes auxquelles elle s'enracine. Cette partie de l'ile est très riche en formes remarquables de Mollusques et c’est la mieux explorée et la plus connue de toutes. Elle possède la spécialité des Cylindrella de la section des T'haumasia, groupe si remarquablement développé à Saint-Domingue ; les Glandina relativement pesantes et à péristome épaissi, comme le G. voluta ; les Cepolis de grande taille ; le genre Crocidopoma. C’est aussi la seule partie de Saint-Domingue dans laquelle les genres Jamaïciens Lia, Stoastoma et Lucidella comptent des représentants. Au reste, cette région est celle des quatre qui se trouve la plus rapprochée de la Jamaïque.

Il est remarquable que les considérations purement géographiques, qui ont poussé quelques auteurs à regarder Saint-Domingue comme constituée par la réunion de quatre iles soudées ensemble, se trouvent confirmées et corroborées par le fait de l’existence, dans chacune de ces quatre régions, d’une sorte de petite faune malacologique spéciale, indépendante des espèces, plus largement et plus généralement répandues dans l’île, qui composent la faune commune et qui se trouvent presque partout.

Th. Bland, dans son Mémoire bien connu de 1861 sur la Faune malacologique des Antilles (1), compte, à Saint- Domingue, 149 espèces de Mollusques terrestres, auxquelles il en ajoute 13 autres, quelques années plus tard, en 1866 (2), ce qui fait un total de 162,

W. Kobelt (3) élève au chiffre de 196 (dont 70 Pneumo-

(4) On the geog. distr. gen. a. sp. Land-Shells in the West India Islands, p. 28. 1861.

(2) In Amer, Journ. of Conech., vol. II, p. 140 el 352, 1866 (3) Jahrb. d. deuls. Malak Ges., vol. VII, p. 252. 1880.

nopoma) le nombre des espèces terrestres et fluviatiles, connues dans l'ile, en 1880.

P. Fischer, dans le Manuel de Conchyliologie elassique qu'il à récemment publié (1), croit que ce chiffre peut être évalué, dans l’état actuel des connaissances, à environ 200 espèces.

Le Catalogue que nous venons de donner comprend 277 espèces, sur lesquelles 262 sont terrestres et 15 fluviatiles. Parmi les espèces terrestres, 100 sont operculées : cette proportion, qui est de plus d'un tiers, dépasse de beaucoup la moyenne, mais elle est sensiblement égale à celle qui l’on remarque, à Cuba.

Le nombre des espèces fluviatiles est assez faible et ces espèces présentent généralement peu d'intérêt : nous signalerons toutefois la présence, à Saint-Domingue, d’un représentant du genre Dreissensia et de 2 Ancylus : on rencontre le premier de ces genres dans quelques-unes des Antilles et, notamment, à Cuba et à Saint-Thomas (2).

Parmi les Mollusques terrestres de Saint-Domingue, et comme nous avons eu précédemment (3) l’occasion de le faire observer, pour ceux de Cuba, nous ne trouvons pas à signaler beaucoup de genres ou de groupes qui soient complètement spéciaux à l'ile, mais il en existe pourtant quelques-uns et leur ensemble est assez caractéristique pour pouvoir imprimer à cette faune un cachet d’originalité très particulier.

Dans les Glandines, les 6 espèces appartenant à la section des Varicella ont de grandes affinités avec leurs congénères de la Jamaïque : toutefois, nous doutons beaucoup de la réalité de l’existence, à Saint-Domingue, du

(1) Manuel de GConchyl., p. 271. 1887.

(2) Journ. de Conchyl., vol. VII, p. 132 et 133. 1858. (3) Journ. de Conchyl., vol. XXXVHIT, p. 331, 1890.

Glandina (Varitella) Dominicensis, Gmelin, tandis que sa présence à la Jamaïque, où il aurait été, dit-on, recueill à Orange-Park (1), est beaucoup plus vraisemblable et nous étonnerait beaucoup moins. Les deux Euglandina (E. voluta et E. flexuosa) sont beaucoup plus caractéristiques: ce sont des formes épaisses et, relativement pesantes, que l’on ne retrouve guère dans les autres Antilles, Les Boltenit comptent 6 espèces et les Melia, 1 seulement. Des 2 Streptostyla l'un ressemble à ceux de Cuba, mais l’autre (S. Richardi, Pfeiffer) est remarquable par son lest treillissé et fort original : nous signalerons, en passant, la présence d’un représentant du petit genre Volutaxis. Le genre Strepla.ris manque.

Rien de bien particulier à dire des Hyalinia, au nombre de 6, mais il n’en est pas de même du genre Æelir, qui est très développé dans l’île, où il compte 47 espèces actuelle: ment connues. Le groupe des Eurycratera en possède 7, dont les plus grandes (Helir gigantea, Lamarck) ont des habitudes tout-à-fait nocturnes : il est tout-à-fait caractéristique pour Saint-Domingue, car on n'en connait aucun représentant dans les autres Antilles. Nous en dirons presqu'autant pour le groupe des Parthena (2 espèces) et pour celui des Cepolis (3espèces) : c’est à peine si chacun d’eux compte un représentant unique, ailleurs, à Portorico. Peut-être aurions-nous mieux fait de placer, dans notre Catalogue, parmi les Cepolis, 'Helix strumcosa de Pfeiffer, qui présente un commencement de scrobiculation bien marqué,au lieu de le laisser dansle groupe des Plagioptych«, à l'exemple de MM. Pfeiffer et Clessin? Le groupe des Caracolus (6 espèces) mérite aussi d’être signalé comme ayant son centre de développement à Saint-Domingue,

(1) Journ. de Conchyl., vol. XX, p. 32. 1872.

Celui des Sagda, si nombreux en espèces à la Jamaïque, n’en possède que 2 ici: celui des Plagioptycha, bien développé et très caractéristique, en possède 14 ; les autres Helix appartiennentaux Microphysa (8espèces), Hygromia (3 espèces) et Leptaris (1 espèce,. Quant à la section des Hemitrochus, dont nous citons, d’après les auteurs, mais avec beaucoup de doute, un représentant (Helir gallopavonis) dans l'ile, nous ne croyons guère à sa présence, à Saint-Domingue. Les groupes Cubains des Cysticopsis, de Jeanneretia, des Coryda, des Thelidomus et des Polymita, le groupe Jamaïcien des Pleurodonta et le groupe des Dentellaria, si développé dans les Petites Antilles, manquent complètement à Sair'-Domingue. Il parait ne pas y avoir non plus de Polya »ntes, bien que l'ile se trouve située entre Cuba et Portorico, qui possèdent, toutes deux, des représentants de cetle remarquable section... à moins pourtant que, comme l’a rêvé,un jour, notre savant confrère de Schwanheim, M. le D' Kobelt (1), la présence inattendue de l’introuvable Hélix magica de Férussac ne vienne à se révéler, plus tard, dans quelque recoin perdu del’Artibonite ou dans quelque vallée isnorte des montagnes du Gibao. Pour être seulement négatifs, ces caractères ne laissent pas que d’avoir une certaine importance.

La présence d’une espèce du genre Simpulopsis, conti nental à de rares exceptions près, est à noter, mais c’est à tort qu’un naturaliste Suédois, M. J. Hjalmarson, a cru avoir découvert des Vitrina, à Saint-Domingue : ce n'étaient que de jeunes Simpulopsis.

Les Bulimulus, au nombre de 8 es; èces, appartenant aux sections des Pupoides, des Drymæus, des Liostracus,

(1) Jahrb. d. deuts. Malak. Ges., vol. VII, p. 251. 1880.

des Mesembrinus et des Thaumastus, n’offrent rien de bien particulier. La présence, dans l'île, du genre Liquus, représenté par une espèce unique, mais très répandue (L.virgineus, Linné),est éminemment caractéristique, car ce genre n'existe guère ailleurs qu’à Cuba, où il compte 5 espèces.

Le genre Macroceramus (14 espèces) est plus développé qu'à la Jamaïque (2 espèces) et à Portorico (2 espèces), mais il l'est moins qu’à Cuba (34 espèces).

Le genre Lit, qui atteint son maximum (7 Lia s. stricto et 7 Anoma), à la Jamaique, n’est représenté ici que par 1 Lia et par 1 Anoma seulement.

Le genre Cylindrella est bien développé et compte 36 espèces, appartenant aux sections Trachelia (3 espèces) ; Strophina, spéciale à lile (L espèce); Mychostoma (6 espèces); Gongylostoma (k espèces); Thaumasia (22 espèces). Le développement considérable de cette dernière section (développement d’autant plus remarquable qu’il ne se manifeste que sur une région limitée de Saint- Domingue, formant moins du quart de File et s’étendant d'Azua à l'extrémité de la péninsule qui la termine, du côté du S.-0.) constitue un des caractères les plus originaux de cette faune. On peut dire que la région sud-occidentale de Saint-Domingue est le véritable centre de développement des Thaumasia : la Jamaïque, où la section est pourtant bien nombreuse en espèces, n’en compte que 13 ; Cuba 1 ; Portorico pas du tout.

Nous signalerons la présence à Saint-Domingue, présence qui lni est commune avec Cuba, des genres Pseudobalea (L espèce), Spira:ris (2 espèces) et Geostilbia (L espèce) : les deux derniers genres sont également représentés à la Jamaïque et le premier à Portorico. Les genres Pupuat (3 es-

pèces), Strophia (3 espèces) et Succinea (5 espèces) ne présentent rien de remarquable.

M. Th. Bland a soutenu (1) et l’on a répété après lui que Saint-Domingue ne possédait aucun genre operculé terrestre spécial. C’est une erreur : il en possède au moins un, notre genre Aolleia, qui présente des caractères assez particuliers. Parmi les autres Cyclostomacés, nous signalerons comme caractéristique l’existence des genres Blandiella (A espèce) ; Crocidopoma (3 espèces : on n’en connaît qu'une, à Cuba, et une autre, à la Jamaïque) ; Megalomastoma (1 espèce, plus voisine des formes de Cuba que de celles de Portorico, mais néanmoins très spéciale) ; Licina (3 espèces, assez remarquables). Le genre Colobostylus compte 5 espèces; le g. Tudora 5 aussi; le g. Choanopoma, bien développé, 19; le g. Chondropoma, également nombreux, 18, parmi lesquelles figure l’une des plus belles espèces du genre, C. magnificum, Sallé ; le g. Cistula ne possède que 3 espèces et le g. Ctenopoma si nombreux à Cuba, 1 espèce seulement. Les genres operculés Geomelania, Adamsiella, Jamaïcia, Diplopoma, Blæsospira et Xenopoma ne sont pas représentés à Saint- Domingue.

Si nous passons à la famille des Helicinidæ, nous avons à signaler l'existence, à Saint-Domingue, de deux genres qui manquent à Cuba : le g. Stoastoma (1 espèce), très développé à la Jamaïque et représenté également par 1 espèce, à Portorico; le g. Lucidella, également très développé à la Jamaïque. La présence du genre Alcadia (4 espèces) rapproche la faune de l'ile de celle de Cuba et surtout de celle de la Jamaïque, où le genre compte de nombreuxreprésentants. Legenre Eutrochatella(G espèces

(1) In Amer. Journ. of Gonch., vol. 1, p. 141. 1866,

est beaucoup moins riche qu’à la Jamaïque et à Cuba. Le cenre Helicina (24 espèces) compte quelques espèces de grande taille, plusieurs autres dont le péristome est unidenté et une petite forme curieuse, l’'Aelicina viridis, Lamarck, qui est une merveille de coloration, et qui constitue un des caractères les plus originaux de la faune malacologique terrestre de Saint-Domingue. Néanmoins, son développement est loin d’être comparable à celui du même genre, dans l’ile de Cuba.

En résumé, les espèces qui impriment à la faune malacologique terrestre de Saint-Domingue un cachet d’originalité tout particulier, sont les suivantes : Glandina voluta et G. flexuosa; Streplostyla Richardi: dans le genre Helix, les espèces appartenant aux sections Eurycratera, Parthena, Gepolis, Caracolus et Plagioptycha : dans le genre Cylindrella, les espèces appartenant au groupe des Thaumasia et à celui des Strophina ; Lia virqinea : Simpulopsis Doininicensis ; Liquus virgineus ; Pseudobalea Dorminicensis ; Megalomastoma Orbignyi: Rolleia Martensi ; les espèces appartenant au genre Crocidopoma ; Chondropoma magnificum ; Stoastoma Haitianum: Lucidella sulcata: Helicina viridis.

Aucune des petites iles qui sont éparses sur les côtes de Saint-Domingue ne parait avoir été explorée, à lexception de deux, l'ile Beate, où a été découverte une forme particulière, le Cylindrella (Strophina) Laterradei, et l'ile de la Gonave, sur le territoire de laquelle deux explorateurs, M. le D' Brown et M. le professeur Linden, ont recueilli les 17 espèces dont la liste suit.

FAUNULE DE L'ILE DE LA GONAVE.

Page 1