PREFACE
Nous avons suivi dans rénumération des Pyrales suisses la même classification que pour les Phalènes (voir Mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles, vol. XIII). Si nous hésitâmes quelque peu à l'adopter dans la distribution de cette dernière famille, il n'en a pas été de même pour celle qui va nous occuper. Les entomlogistes qui ont précédé Herrich- Schaeffer ont tous laissé les Pyrales dans un grand état de désordre.
Il n'y a du reste là rien qui doive surprendre. Les Pyrales ne sont point, comme les Phalènes ou les Noctuelles, un groupe compacte et bien limité que l'on ne saurait confondre avec ses voisins. Elles n'offrent pas non plus, comme les Tinéites, cette foule de caractères divers qui facilitent singulièrement tout classement. Chez elles, à côté de petits groupes nettement branchés et isolés, en existent d'autres qu'il est malaisé de délimiter, d'autres encore dont toutes les espèces restent isolées. Les affinités sont obscures; les faciès souvent insignifiant, parfois trompeur; les larves très-diverses et mal connues.
L'histoire méthodologique des Pyrales fera mieux comprendre nos assertions. Linné avec son coup-d'œil perçant, saisit leurs premiers contours et en forma l'un de ses grands genres destinés à prendre après lui le rang d'ordre, de tribu ou de classe, suivant la nomenclature adoptée. Sa décomposition analytique eut lieu graduellement, au fur et à mesure qu'un nouvel observateur saisissait urt groupe et le délimitait. Latreille distingua les Herminia, les Botys et les Aglosses; Schrank introduisit Hypena, Scopula, Nymphula, Agrotera, Pyrausta; Treitschke reprit aux Noctuelles son genre Hercyna et établit Eunychia.
DupoNCHEL et GuÉNÉE, poursuivant la dissection déjà fort avancée entre les mains des auteurs anglais, arrivèrent à un canevas beaucoup plus serré, mais aussi beaucoup plus éloigné de la nature. Leur tribu de Py rai ides se subdivisa en sous-tribus, correspondant à-peu-près aux genres de leurs prédécesseurs. De là surgit une série de nouveaux genres, mal assis pour la plupart. Guékee indroduisit Boreophila, Rbodaria, Stenia, Pionea, Lemia, Rivula, Odea, S thenopter y x, Helia; Duponchel Orenaia, Threnodes, Odontia, Cledeobia, Sophronia, Madopa, Nola.
Herrich-Sch/Ekfer mit un terme à cette dissémination croissante et jeta les premières base d'une synthèse méthodicjue plus naturelle. A-t-il complètement réussi dans ce travail ? un jugement nous siérait fort mal en présence de pareille autorité. Toujours est-il qu'il fit faire un pas immense à la classiflcation en purgeant les Pyrales de genres qui ne leur appartenaient pas , en rapprochant d'elles d'autres groupes rejetés par ses prédécesseurs dans la classe incohérante des Tinéides et en détruisant un bon nombre de distinctions artificielles.
Un premier service rendu par Herkicu-Sch.effer fut de réunir aux Noctuelles les Herminies et les Hypènes de Treitscbke. Il suffit de parcourir les espèces d'Amérique pour saisir les transitions insensibles par lesquelles ces genres se lient à Ophiusa, Brephos, Agrophilla, Anthophilla, etc. Le genre Rivula, Guén. (Bot y s sericealis) devait éprouver le même sort. Nola des auteurs anglais (Hercy na B. Treit.), que Duponchel (Catalogue) place, on ne sait pourquoi, dans ses Platyomides (Tordeuses) fut encore éloigné des Pyrales et réuni aux Lithosies. Cette place est en effet la seule qui lui convienne.
Après l'épuration des Pyrales venait leur reconstruction. A côté des Botys à ailes étroites et alongées se rangeaient tout naturellement les Crambes. Le dessin de Sthenopteryx et d'Eudorea rappelait celui de Botys et des Phycies. La forme de la tête, la position des antennes, la structure des pattes, le développement relatif des ailes, la présence des palpes accessoires, confirmaient ces rapprochements. Il était dès lors démontré que les genres Phycis, Scirpophaga et Chilo de Treitscbke (Schoenobides et Crambides, Dup.) et Eudorea. Curt. , devaient quitter les Tinéides et se réunir aux Pyrales. Cette union indique d'ailleurs assez les relations qui existent entre les Ypsolophes (Tinéides) et les Pyrales.
Après avoir reconstitué de la sorte les Pyrales de Linné , Herrich-Sch^ffer détermina avec tout autant de bonheur la distribution des genres. Ici encore, comme partout, tantôt il luttait contre les tendances de l'analyse qui, poussées à Pexcès, tirent de chaque caractère un genre nouveau, tantôt il heurtait aux inconvénients de rapprochements synthétiques exagérés. Qui pourrait se flatter de toujours tenir le juste-milieu entre ces deux extrêmes, lorsqu'on est forcé de disposer en série linéaire ce que le Créateur distribua en réseau entrelacé? Les résultats principaux de ce travail furent la disparution des genres Scopula, Pyrausta, Asopia, Rhodaria, Thr enodes, Ennychia, Udea réunis à Botys et la diminution du nombre des genres établis par Zeller, Hubner et Guénée parmi les Phycides.
L'entomologiste de Ratisbonne divisa enfln l'ordre des Pyrales ainsi constitué en deux familles; celle des Pyraudides , qui elle-même se subdivisa en 3 tribus, et celle des Crambides. La première tend de loin la main aux Tordeuses et la seconde touche aux Tinéides. Il nous semble qu'il y aurait eu quelque avantage à n'en faire que deux subdivisions d'une même famille appelée Pvralides ou plus simplement Pyrales.
La distribution géographique des Pyrales est peu différente de celle des géomètres. Les espèces qu'elles embrassent appartiennent en plus grand nombre aux régions méridionales. Sur les 176 espèces enregistrées dans notre Catalogue, nous en comptons 18 des régions septentrionales, 29 pour les méridionales, 38 exclusives aux Alpes et 91 plus ou moins dispersées dans toute l'Europe.
Si nous comparons le chiffre total des espèces suisses à celui des européennes, nous avons un rapport exact de 1 sur 3, proportion que de nouvelles recherches démontreront sans doute trop faible. Le chiffre total de 529 espèces porté au catalogue de Heydenreich (1851) est beaucoup trop élevé, puisqu'il comprend toutes les espèces énumérées par les collecteurs et renferme par conséquent un grand nombre de doubles emplois.
Les Pyrales embrassent d'ailleurs un groupe nombreux, celui des Phycies, dont l'énuraération complète est à-peu-près impossible par suite de la rareté d'un grand nombre d'espèces. On peut estimer qu'un tiers de celles que la Suisse nourrit, restent encore à recueillir. Nous pensons qu'on ne s'écarterait pas sensiblement de la vérité en admettant le rapport de 2 à 5
pour exprimer le chiffre des espèces helvétiques comparé à celui des européennes. Avec cette correction le nombre proportionnel de cette famille se trouve encore sensiblement au-dessous de celui des Phalènes.
La distribution géographique indiquée donne cependant, pour les Pyrales, une proportion plus forte d'espèces purement alpines, que pour les Phalènes. Dans celles-ci elle était de 1 sur 7; pour celles-là elle s'élève à 1 sur 4V2. Les espèces qui se prennent dans le nord de l'Europe donnent la même proportion, de 1 sur 9, pour les deux familles. Le rapport des espèces méridionales qui est de 1 sur 13 pour les Phalènes, s'élève au double pour les Pyrales. Les espèces qui se retrouvent dans toute l'Europe figurent pour plus de la moitié; mais cette indication est insignifiante parce que un grand nombre d'entr'elles n'ont été trouvées que dans un petit nombre de localités, et y apparaissent rarement.
Les mêmes personnes qui m'ont aidé à rassembler les matériaux nécessaires à mon premier travail, ont continué à m'accorder leur concours bienveillant dans celui-ci. Je dois à M. Rothenbach, à Schiipfen, les renseignements les plus nombreux. MM. G- et Z. Zeller, de Zurich, et M. Couleru , de la Neuveville, m'ont procuré plusieurs pièces rares; M. Bremi-Wolf et M. le professeur Frey, de Zurich, des indications de localités.
En livrant ce Catalogue à la publicité, je reconnais tout ce qu'il a d'incomplet ; mais je ne pouvais faire plus , ni mieux. Les Pyrales sont bien plus difficiles à rassembler que les Phalènes; l'observateur le plus actif pourrait difficilement, dans toute une vie, résoudre les questions encore indécises qui se rattachent à leur étude.
Plusieurs espèces énumérées intéressent l'agriculteur, il n'en est cependant aucune qui cause de véritables ravages. Ce que l'on peut dire sous ce point de vue, ne présente qu'un très-médiocre intérêt économique.
Les insectes qui ont servi de base à ce travail restent déposés au Musée cantonal de Lausanne.
LAUSANNE , ce 1" Novembre 1854.