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Faust dans l'histoire et dans la légende

Les commentateurs n’ont pas manqué au Faust de Goethe : jugements littéraires, interprétations de toute sorte, hypothèses pédantes ou frivoles, tout semble épuisé: il n‘y a pas grand mal à cela: il s’agit d’un poète, et si le vrai poète gagne toujours à être lu, il perd souvent à être commenté. Un point curieux et moins exploré demande à être mis en lumière , ce sont les antécédents du Faust. Ce poème , en effet , si original , si bizarre qu’il semble, n’est pas une création subite, le caprice sublime d’un grand artiste ; il se rattache , âu contraire, à une sorte de cycle, à une légende qui s’épanouit au seizième siècle et qui a sa racine dans l’histoire de cette époque.

Les témoignages historiques nous ont conduit à voir

dans le personnage de Fausl un savant, un lettré, qui, à la vérité , n’a point laissé d’œuvres , mais qui , par la parole et l’action même , a exercé sur ses contemporains une influence réelle. Au seizième siècle , le goût des anciens s’était réveillé. On courut se nourrir de la lecture des philosophes païens , et la beauté du langage d’Homère, de Platon, d’Aristote, ramena pour leurs opinions philosophiques un penchant qui, un siècle auparavant , eût été traité d’hérésie. Une foule de lettrés ne dissimulaient pas leur faible pour l’antiquité et préféraient les beautés des auteurs païens à tout autre trait d’éloquence. Ce retour vers les anciens, s’il eut l’avantage d’ennoblir Tesprit , d’affranchir l’intelligence, ne fut pas sans périls. La philosophie, en se dégageant- des entraves de la scolastique, ramena les spéculations du platonisme. La théorie des influences démonologiques, l’astrologie, la magie trouvèrent, de la sorte, au nom de la science, un accueil que leur refusait la religion, et les rêveries de l’antiquité furent étudiées et remises en circulation parmi les humanistes. La nature n’était pas d’ailleurs assez connue dans ses lois pour qu’on ne s’imaginât pas qu’il y intervient à tout instant des agents merveilleux, et le physicien avait toujours un petit côté de magicien ; le secret dont il s’entourait, le langage dans lequel il s’exprimait , entrer tenaient chez le vulgaire une créance qu’il ne repoussait pas absolument : de là la réputation de sorcier d’un Paracelse , d’un Agrippa , d’un Faust.

Or, de même que les témoignages historiques nous ont permis de reconnaître dans Faust un humaniste, les livres légendaires nous ont paru représenter cet humaniste sous les traits d’un rebelle à la foi de Luther et d’un méchant en opposition avec la morale luthérienne.

A l’époque où mourut Faust, l’Allemagne était en proie à toute l’ardeur des querelles religieuses ; c’est dans ces circonstances que la légende s'est développée naturellement, pour se constituer définitivement en 1587. La première rédaction publiée à celte date est conçue au point de vue luthérien, et les suivantes ne font qu’outrer ce point de vue. Il n’y a pas de raison pour admettre une jégende orale précédente conçue au point de vue de l’Église. L’Église avait son Faust depuis longtemps dans la personne de Théophile, évêque d’Adana. Nous avons suivi les manifestations graphiques, lyriques, narratives et scéniques de la légende, et nous nous sommes arrêté à Lessing, qui ouvre l’époque moderne, en deçà de laquelle nous voulions à peu près rester. Nous avons été assez sobre d’observations critiques ; c’est que nous tenions à laisser parler les faits sans insister sur des détails qui regardent la rhétorique, comme sans nous fatiguer à proclamer des principes qui ont acquis le bénéfice de l’évidence et ne sont rejetés que par les pires sourds et les pires aveugles : ceux qui ne veulent ni entendre ni voir. La comparaison est d’ailleurs le

principal inslrumenl de la science, et la science ellemême consiste en quelques faits généraux dégagés de nombreuses données particulières. Quant à la méthode, il doit être permis de l’employer moins rigoureuse, un peu digressive, dans un sujet où la science et la poésie se mêlent si facilement, où l’imagination et l’intelligence sont également captivées.

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