SCÈNE II
h Al ST, MAGNUS. lia itutjtoi, Magnat 4 gtucha, Faut! i droite. FAUST.
Le savant, l'illustre Magnus, chez moi !..
MaCNUS.
Illustre, savant!.. Mon auii. donnons-nous tous ces titres devant le vulgaire; mai» quand nous sommes seuls, convenons que les plus grands d’entre nous sont bien petits, et que les plus savants ne savent pas grand’chosc.
FAUST
Oui, oui... savoir qu’on ne sait rien, c’est le fruit le plus réel des études humaines.
MACHOS.
Personne n est là pour nous entendre. Vous avez consacré toute votre vio au travail, êtes-vous bien satisfait de l’emploi de votre longue carrière?..
FA MAT, secouant U tète.
Et VOUS?..
MAGNUS
Mêlas !.. que de belles années perdues, ami 1 On veut approfondir les mystères de ta création !..
rv . . FAUST.
On pâlit en face des secrets ignorés de la naturo.
MAGNUS
Et Je dbs se courbe, et la tète blanchit, penchée sur de» livres.
Faust.
Et quand, un jour, on relève les yeux, tout a changé autour de vous, le temps a fui, emportant les objets de votre affection, tout ce qui vous souriait, tout co qui vous armait jadis, et qmuul, par hasard, il survit un ami, qui fond vers la vôtre sa vieille main tremblante... (n lai tend u miIu «t ptnw li iksot.] il y a bien des regrets dans cette muette étreinte.
menus.
Et quand on voit passer de jeunes couples qui *’en vont, joyeux, et les bras enlaces, comme on se dit : Qu’ai- je fait de ma jeunesse ?..
FAUST
Et quand on enteud sous les grands arbres verts, ou derrière les églantiers fleuris, 1rs [larofos d’amour qui fie croisent, les doux noms qui se donnent et les laiscrsqui sc prennent, comme • on k dit : Qu'ai-je (ait de mon cœur ?..
MAGNUS
0* porte un fruit amer, et ce fruit s'appelle décep-
M FAUST, *r Ie*aal ei p»i;»ni 4 ga»cb*.
Cesl nia faute, le ciel m’a cent fois averti, j’ai formé l’oreille.
MAGNUS, «>« ironie.
Ah ! ah ! le ciel vous parle à vous?.. (s# u««»i.) Salut à l’élu du Seigneur I
Dieu parle à tous les hommes ; il a. pour chacun d’eux, un kmg.UK. Clsi le Uieu des armées, et il parie nu Roldat par la voix des fanfares ; le poète entend une voix céleste qui chante dans son cœur; Dieu parle aussi, pour d'autres, Jung fo murmurc de 1 eau, dans le parfum des (fours et le chant des oi-
Bxaux. Moi, eufenné dans ce sumhre laboratoire, ahsorbé'tout entier par 1 étude, dé» mes jeunes années, c étaient le» cloches dü
ma paroisse qui. me parlaient. d« M»pna» ) Ne souriez
pas, docteur, j'rotcndais bien réellement comme des voix célestes qui se mêlaient à leurs voix de bronze; oui, les cfocb.it rue disaient, lorsque j’avais vingt ans, chaque dimanche, et à NoiH, et à Pâques (fouries : « Si lut, salut à ta jeunesse ; c’est l’heure où toatsourit, l'heure où l’on prie, l'heure nu l’.mairne; c’est le temps où les cœurs se choisissent, c’e«t le temps des unions bénies. Viens prier, viens aimer au'Si... » Et je reliais plongé dans l’étude ! Puis est arrivé l’Age mûr, et l.i voix des cloches est devenue plus grave : « Salut, me disaient-elles encore, salut ; c'est la saison où l’arbre porté ses fruits , l’Age ou rhomme est époux et père. |,e temps s’envole, ami ; ni; consume pas ta vie en études stériles ; viens préparer tes joies de tes dernières armées; songe à choisir les bras qui soutiendront un jour les pas chancelants ; songe à former les cœurs qui prieront après toi, qui garderont pieusement ton souvenir. » El je travaillais toujours. Puis est arrivée la vieillesse... D’où vient que je ne les enfouis plus?... M.i maison est encore au même Heu, l'églrsc en est toujours voisine... et pourtant je nYnfonds plus les cloches. Ah! c'est que trop longtemps j’ai fermé mon oreille et mon cœur aux conseils de leurs voix amies ; elles me parlaient, jadis, de bonheur, d'amour, dYspénincc; mais j’ai quatre-vingts ans et, sans doute, les cloches n’ont plus rien à me dire.
MAGNUS
Oui, oui... le plaisir, la richesse, b gloire... autant de trésors méconnus et dédaignés par nous.
FAUST
Nous avuns fait fausse roule... notre vie est manquée.
MAGNUS, tl«c force.
Et c’est A recommencer.
FAUST
Recommencer !
MAGNUS
Il faudrait redevenir jeunes.
FAUST
Faire refleurir b jeunesse !
MAGNUS
Pourquoi non?.. Rien ne meurt dans b nature. Le jour, qui finit au crépuscule, recommence a l’aurore, et l’arbre qui voit tomber son dernier fruit, sent bourgeonner déjà ses fleurs nouvelles. Tu regardes ce bouquet, flétri depuis un mois... (p«n«at
4 gauebt. prcuinl le bouquet./ Eli bict), il va renaître. (Monvcntcoi de
Feint.) Ah ! je le fais sourire ! Et si je te dis qu’un temps viendra où la pensée traversera l'Océan plus rapide que réebir; tu riras I.. et tu auras tort. — Si je te parle d’une puissance capable d’endormir par un geste, d'animer par un regard, tu rires !.. et tu auras tort. — Si je te dis, enfin, que ce fluide vivant qui m’anime peut sc transmettre par le souffle, par le contact, par la volonté, tu rira» encore, et lu auras tort. —Regarde!
| (Il lai uoomtr» tcbauquat. qui a reprit Imi« u fraichcar.)
FaI ST, «upaé «a le recelant.
C’est vrai! c’est vrai! — Oui, oui, c’est un grand miracle, maître, mais qui n'a rien qui me surprenne.
MAGNUS
Vraiment? le seigneur Faust connaît de plus savants docteurs?
FAUST
Oui ; j’en connais un. (il rtwmic »»n u fo 0 .i.) J'ai U tout un recueil de miracles faits par loi, mille fois plu» sublimes que les liens.
MAGNUS
Et... ce recueil?..
FAC^T, lai préicnUnl litraoglU.
Le voici. — Prends et ouvre-ie, tu y trouveras comment voient les aveugles et entendi-nt ks sourds; comment marchent les paralytiques ; comment les morts surlent de 1a tombe et renaissent à b vie; prends.
MAGNUS
Soit ! (il «a pour le prtsdr» et pamtc ua cri, pait put* 4 droite.) Mais
quel est donc ce livre?
FAUST
Ce livre ?.. c’cst l’Évangile!., et toi, tu es Satan ! (u *«ot
lui PÉiaogilf ; Magnai ebinge de téteront et d*a»p«ct, et apparaît Ira trait» tt le collant de Mép histophalct.) IfofS d'iCÏ, duiliné ! hors d’ici 3 MÙI’KISTOCDÉUS.
Bien joué, mon maître, lu m'as deviné.
Et je t’ai ordonné de sortir.
MKPHIsrOPHÉtâS.
Si tu me renvoies vite, je pnumt croire que tu as peur.
FAUST
Peur de toi!., reste.
MÉFRISTOPBÉLtS.
Merci.
i FAUST.
FAUST
Ton nom?
MÉPflKTOPUBLÉ9.
Méphistophélès.
FAUST
Méphtslqphclès? Oh ! oh ! tu occupes un rang distingué dans les légions infernales.
MÊrMSTOFiELtS.
On peut causer? (n
Je sais d'avance ce que tu as à me dire : tu vas me proposer l'accomplissement de quelque souhait, et tu me demanderas mon Ame en échange.
utr msTOPUKi.es.
Fi!., que c’est vieux et usé, ce que vous me dites là. docteur... Mais regardez-moi donc .. suis-je le démon vulgaire?... où sont mes cornes? où sont me* griffes? Suis-je le diable du sabbat ?.. le viens diable édenté' de* my>téres écrits par vos moine.»? Je suis jeune; je traite les affaires en galant gentilhomme et non pas en vieil usurier.
FAUST
Eli bien ! explique-toi.
N&HISTOMléliS.
D'abord, je dédaigne tout marché entre nous; je donne et ne demande rien. Non, je ne te proposerai pas l'étemel pacte do damnation, le vieux parchemin vermoulu, signé avec une goutta de ton sang. Je viens t'offrir les objets de tes rêve* de citaque nuit.de tes soupirs secrets, de les regrets incessants. Je te donnerai la jeunesse et je ne te demanderai rien; la gloire 1 , l'amour, la richesse, et je ne te demanderai rien.
Faust.
Mai* ce sera pour toi un marché de dupe, et je te trouve en effet bien jeune, (il «'appui* n» i* .!«« du
MÊPRISTOPHÉLÉS.
Un marché de dupe? . Oui, si Dieu a fait de l'homme, ainsi que vous, le persuade votre orgueil, un être de raison... Oui, si rinsatnbilile de ton cœur ne puise pas dans l'amour la jalousie, la haine, et quelque bon petit crime qui me livrerait ion âme.., (n m trn.j Oui, *i dan* h jeunesse tu ne rencontres que l’enthousiasme et la foi, la générosité dan* la gloire cl la charité dans la richesse. Ne prends de tou* le* biens que je foffrc que la fleur de pureté, cc qu’ils ont de grand, de bon, de divin, et j'aurai fait un vrai marche de dupt*. Mais si, comme je le pense, moi, l'homme est une misérable créature qui a îles yeux pour ne pus voir, de* oreilles pour ne pas entendre; si la sève de
j eunesse qui Va bouillonner dans tes veines charrie, avec elle, 'écume des passion* méchantes, tu te damneras bien de toimême, et je n'.«i |tas besoin que, d’avance, tu m’assure* ton Ame par un bon à toucher èu par un effet à ordre.
FAUST
Je comprends, et tous ces dons précieux que tu m'offres... MErmsToraÉL&s.
Eh bien ?..
Faust.
Je les refuse.
MéraisTomet&s.
Tu les refuses? Quoi! malgré l'expérience qui saura t'arrêter là où naîtront les pièges de Peufer?.. malgré le souvenir que je laisserai vivre en toi , celte sagesse longuement acquise qui t'avertira du langer?..
FAUST
Je refuse.
MÉraisToeiÊiis.
Tu refuses d’être jeune?
FAUST
Oui.
NFNUSTOI' HÉLÉS.
Tu refuses d’èlre beau ?..
FAUST, boitant.
Oui.
MÉFHtSTÛpRÉLÉS.
Tu refuses d'être aimé?..
FAUST
Aimé!., attends...
MÉPIIISTOPHÉLÊS.
Aimé de loutes celles à qui lu diras: Je t'aime...
FAUST
Tais-toi...
MÊPHISTOPBFLÉS.
Comblé de toute* les richesses...
FAUST
Assez!
MKFRISTOraKLÉS.
Euivré de loutes les gloires... adoré de toutes les femmes...
FAUST, nw força.
Laisse-moi!.. Eh bien... non '., parle f.. parle encore...
MÉMIISTüMlÉi t*. » part»
Allons donc!.. (H«»t.) Accepte, Faust, arceptc; dis un mot... et tu verras à tes pieds les âmes les plus hautaines et lescienrs les plu* tendres! -Ou rul*ml te tin cloches. Fautt prête t'iwilU.) Accepte, et tu choisiras le* amours parmi le* fuies les plus belles!
FAUST. U rraioutc , MêphialopHelê* pane à (tucbc.
Silence, maudit ' silence! « est la voix des cloches!.. Elles me parlent comme elles me parlaient autrefois... Ecoute... écoule ce qu’elles me disent: n Salut, salut aussi û la vieillesse, il l’homme qui , dans sa longue carrière, a dompté les passions mauvaises, à l’homme plus fort que le démon, et qui met sa confiance dans le Seigneur; au vieillard penché vers la tombe, qui repousse avec dédain les trésors de la terre, qui va s’endormir dans sa foi, pour se révciHer glorieux et resplendissant dans l’éternité !.. » Seigneur!.. Seigneur! mon Ame tout entière est à vous!.. Et toi, maudit, vn-t’en !.. va- ton!..
MU'WSTOPHEI gs, qui «I r»«onoi* A çnactie.
J’obéis; mais sonvims-toi que je t’offre l’amour, la richesse et la puissance. Partout où tu seras, je serai. Appelle-moi, tu me verras paraître.
FAUST
Cloches saintes, mon «mtr vous a entendues, et je vais prier dans la maison de Dieu, (il » a.r.gc m» U sonie .tu même c&ié.)
MKPHISTOPIIKI.F. - », dOpiriUuot.
Trop tard... tu me rappelleras!., (u dUpanit t»r uœ trappe i faschc. FanM aurt.)