‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 12 sur 55 · FAUST, MARGUERITE · texte numérisé non relu

FAUST, MARGUERITE

MARGUERITE

Merci de votre protection.

Faust.

Je vous ai débarrassée des galanteries ‘d'un étudiant... Je ne mente pas grande reconnaissance.

‘ , marguerite. t

Celui-là avait dans le regard quelque chose de méchant ..

qui me serrait le cœur...

FAUST

Il vous a effrayée?

. marguerite.

Oui j vous, au contraire, vous avez l'air bienveillant, me voila rassurée tout à fait... Merci, et adieu! (Elle s’éloigne par la droite.)

FAUST

Pourquoi me quitter si vite, puisque je ne vous fais pas 'peur?..

MARGUERITE, s’arrêtant.

Avez-vous quelque chose à me dire?

FAUST, après un temps.

Oui.

MARGUERITE

Parlez, alors.

FAUST

Comment vous appelle-t-on?

MARGUERITE

Marguerite.

FAUST

Et quels sont vos parents ?.. ■

Je n’ai que ma mère... qui m’attend... ,

FAUST

Etes- vous si pressée?

MARGUERITE

Oui, notre ménage est bien petit, et cependant il faut y pourvoir... nous n avons pas de servante...

faiikt

Pas de servante...

TABLEAU II, SCÈNE V

, MARGUERITE

Oh! nous ne sommes pas pauvres! Mon père a laissé, en mourant, une petite maison et un jardin. — Mon frère Valentin est soldat; il sert en Italie, dans la Calabre... Ma petite sœur est morte, ma mère n’a plus que moi auprès d’elle, et je tâche de lui éviter la fatigue... Dès que le jour se lève, il faut être au lavoir, puis au marché, puis veiller aux soins du foyer, et tous les jours ainsi... C’est beaucoup de travail; mais le sommeil ensuite n’en paraît que plus doux, et l’on s’endort, le soir, en bénissant le Seigneur, qui nous donne le repos et le pain de chaque jour.

FAUST

Marguerite, vous êtes un ange...

MARGUERITE

Je ne suis qu'une pauvre enfant dont le langage doit vous faire sourire de pitié...

FAUST. -

Marguerite, il y a dans la pureté de ton regard, dans la chaste beauté de ton visage, un charme entraînant, irrésistible ! Dieu semble avoir réuni, en toi seule, tous les dons les plus précieux... Tu parais et l’on t’admire, tu parles et l’on

t’aime... (Pendant ces dernières paroles, Marguerite l’a écouté en se mettant les deux mains sur la figure.)

MARGUERITE

Oh! continuez! continuez toujours...

FAUST

Pourquoi caches-tu ton visage ?..

MARGUERITE

C’est que tout cé que vous me dites là, il me semble l’avoir déjà entendu... dans un rêve...

FAUST

Up rêve!..

MARGUERITE

Et je fermais les yeux .pour retrouver les traits de celui qui me parlait ainsi... Je n'avais à retrouver que ses traits, la voix était la même.

FAUST

La voix... c’était ma voix que tu entendais?..

MARGUERITE

U avait même vos yeux calmes et bons.... Ah!... je "Crois presque le revoir.

11 me ressemblait donc?...

MARGUERITE

Oui, il vous ressemblait.

FAUST, arec joi«. .

Se peut-il?...

FAUST

MARGUERITE

Mais c’était tin jeune homme.

FAUST, tristement.

Un jeune homme !

Avez-vous un fils ?..

Un fils!..

MARGUERITE

FAUST, avec douleur.

MARGUERITE

C’est lui que j’aurai rencontré, lui dont le souvenir aura visité mon sommeil.

J’éiais foui., j’oubliais mes années, mes rides et mes cheveux blancs... (l» reconduisant.) Adieu, Marguerite, adieu !

MARGUERITE

Adieu!.. Vous avez un fils, n’est-ce pas?

FAUST

Adieu ! (Elle sort par la droite.)

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