‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 43 sur 55 · DEUXIÈME HOMME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME HOMME

Votre or a troublé ma raison et desséché mon coeur... Devenu riche tout à coup, sans peine, sans travail, je me suis jeté dans la paresse et dans le vice... j’ai abandonné ma femme, et ma femme est morte... c’est l’œuvre de cet or que vous m’avez

donné, (il le jette avec désespoir.)

FAUST, hors de lui.

Assez !.. assez!., mais il y a donc une malédiction sur chacun

de mes bienfaits... (il rencontre le regard de Méphistophélès qui rit.) Oh! Oui, Oui, c’est l’or du maudill.. (a une jeune femme qui sort de la foule tenant un enfant par la maiu.) Que me vetlX-tU aussi, femme? viens-tu me reprocher encore une douleur, un désespoir, une mort?

LA JEUN F. FEMME. '

Non, seigneur, je viens vous rendre grâce.

FAUST, avec joie.

Ah!

LA JEUNE FEMME

Vous avez voulu me secourir, et ce n’est pas votre faute si je ne suis pas venue jusqu’à présent.

FAUST

En effet, je vous reconnais, pauvre femme!., l’incendie avait détruit votre demeure, le feu avait consumé vos moissons, et, pour comble de malheur, votre enfant se mourait.. Je vous ai dit : Venez à moi... Pourquoi avez-vous tardé jusqu’à ce jour?..

LA JEUNE FEMME

C’est qu’une autre est venue à nous. Monseigneur.

FAUST

Une autre !

MÉPHISTOPHÉLÈS, avec ironie.

La sainte, peut-être ?

FAUST

Et qu’a-t-elle fait pour vous?

LA JEUNE FEMME

Ce qu’elle a fait?., elle a passé près de men fils des jours de fatigue et des nuits sans sommeil... lui prodiguant les soins les plus touchants... L’enfant ne pouvait plus parler, mais elle semblait comprendre ses pleurs; elle versait des larmes de compassion qui répondaient à ses larmes, à lui... Je croyais que c’étaient deux anges qui se parlaient un langage inconnu, et je

FAUST

tombais à genoux devant eux... Un jour enfin, les pleurs se sont taris et le sourire leur est revenu à tous deux... il n avait pas suffi de mes soins et de mes veilles : une mère à elle seu e n’obtient pas toujours du ciel la vie de son enfant; mais le mien avait deux mères, et Dieu me l’a rendu, (Elle embrasse sou

enfant.)

Et cette femme ?.. cette femme?..

LA FEMME

Vous ne la connaissez pas?., c’est...

MÉPH ISTOPHÉLÊS.

C’est la sainte, n’est-ce pas?

Il PPMMF.

Oui...

FAUST

Toujours, toujours elle !..

MÉPHISTOPHÉLÈS, bas.

Toujours, (il rit.)

FAUST, passaut au milieu.

Assez'... Et les ravages de l’incendie?..

LA FEMME

Oh! tout est réparé.

FAUST

Mais elle est donc bien riche ?

LA FEMME

Non seigneur, elle est pauvre comme nous.

FAUST

Pauvre?..

LA FEMME

Mais à sa prière, tous nos voisins sont accourus à notre •lide chacun d’eux a donné un peu de son temps, et la maison a" été rebâtie; chacun a donné quelques épis de sa moisson et nos pertes ont été réparées. Elle est pauvre, Monseigneur, et cependant elle répand la richesse sur son chemin, parce que la foi l’accompagne et que la charité naît à sa voix.

FAUST

Pauvre !... et sa charité guérit toutes les plaies, console tous les cœurs tandis que la mienne ne porte que des fruits amers 1 Je veux ia voir, celte femme, qu’elle vienne dans mon palais.

LA FEMME

Elle ne viendra pas, Monseigneur.

FAUST

Même si je l’ordonne?...

LA FEMME

Elle ne pénètre jamais que dans la demeure du pauvre... — Elle ne viendra pas.

FAUST

Eh bien ! j’enrichirai ceux qui me l’amèneront de force...

\llez! (ju’ou Ul’obéisse !... (Plusieurs hommes s’iucliueut et sorteut.)

TABLEAU X, SCÈNE IX

MÉPHISTOPHÉLÈS

A merveille ! (Bruit de fanfares au loin.) Mais j’entends les fanfares qui m’annoncent l'arrivée de mes sujets, (a tous.)|Et maintenant le plaisir, (a Faust.) Après la charité.

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