PROLOGUE DANS LE CIEL
ce fou, rien de terrestre, pas même le boire, et le manger. Toujours son esprit chevauche dans les espacés, et lui -même se rend compte à moitié de sa folie. Il demande au ciel ses plus belles étoiles et à la terre ses joies les plus sublimes; mais rien, de loin ni de près, ne suffit à calmer la tempête de ses désirs.
LE SEIGNEUR
' Il me cherche ardemment dans l’obscurité, et je veux bientôt le conduire à la lumière. Dans l’arbuste qui verdit, le jardinier distingue déjà les fleurs et les fruits qui se développeront dans la saison suivante.
ïréPSlSTOPHÉLÈS .
Voulez-vous gager que celui-là, vous le perdrez encore? Mais laissez-moi ïe choix des moyens pour l’entrainer doucement dans mes voies.
LE SEIGNEUR
Aussi longtemps qu’il vivra sur la terre , il t’est permis de l’induire en tentation. Tout homme qui marche peut s’égarer.
MÉPHISTOÏHÉLÉS .
Je vous remercie. J’aime avoir affaire aux viyants. J’aime les joues pleines et fraîches. Je suis comme le chat, qui ne se soucie guère des souris mortes.
s LE SEIGNEUR.
C’est bien, je le permets. Écarte cet esprit de sa source, et conduis-le dans ton chemin, si tu peux; mais sois confondu, s ii te faut reconnaître qu'un homme de bien, dans la tendance confuse de sa raison, sait distinguer et suivre la voie étroite du Seigneur.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Il ne la suivra pas longtemps, et ma gageure n’a rien à ciaindre. Si je réussis* vous me permettrez bien d’en triompher à loisir. Je veux qu’il mange la poussière avec délices, comme le serpent mon cousin.
LE SEIGNEUR
Tu pounas toujours te présenter ici librement. Je n’ai jamais haï tes pareils. Entre les esprits qui nient, l’esprit de ruse
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et de malice me déplaît le moins de tous. L’activité de i’homne se relâche trop souvent; il est enclin à la paresse, et j’aime à lui voir un compagnon actif, inquiet, et qui même peut crée» au besoin comme le diable. Mais vous, les vrais enfants du ciel, réjouissez-vous dans la beauté vivante où vous nagez; que la puissance qui vit et opère éternellement vous retienne dans le; douces barrières de l’amoür, et sachez affermir dans vos pensées durables les tableaux vagues et changeants de la Création,
Le ciel se ferme, les archanges se séparent.
MÉPHISTOPHÉLÈS
J’aime à visiter de temps en temps le vieux Seigneur, et je me garde de rompre avec lui. C’est fort bien de la part d’un aussi grand personnage, de parler lui-même au diable avec tan: de bonhomie.