‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 178 sur 225 · MON ERREUR · texte numérisé non relu

MON ERREUR

J’ai voulu longtemps les juger sur des faits et non sur des paroles ; et, feuilletant les pages dé l’histoire, j’y suivais attentivement les Français.

O toi qui venges l’humanité des peuples et des rois qui l’outragent , véridique histoire , tu m’avais fait quelquefois de ce peuple une peinture bien effrayante.

Cependant, je croyais', et cette pensée m’était douce comme ces rêves dorés que l’on fait par une belle matinée, comme une espérance d’amour et de délices ;

Je croyais , ô liberté ! mère de tous les biens , que tu serais pour ce peuple une nouvelle providence , et que tu étais envoyée vers lui pour le régénérer.

N’es-tu plus une puissance créatrice ? ou si c’est que tu n’as pu parvenir à changer ces hommes ? leur coeur est-il de pierre , et leurs yeux sont-ils assez aveuglés pour te méconnaître ?

Ton âme, c’est l’ordre; mais eux dont le cœur est de feu s animent et se précipitent au premier signe de la licence.

Oh! ils ne connaissent qu’elle, ils la chérissent... et pourtant ils ne parlent que de toi , quand leur fer tombe sur la tête de? innocents : oh ! ton nom alors est dans toutes les bouches.

Liberté , mère de tous les biens ! n’ est-ce pas encore en ton nom qu’ils ont rompu de saints traités en commençant la guerre des conquêtes.

Hélas! beau rêve doré du matin, ton éclat ne m’éblouit pi®;

KLOPSTOCK

■j ne m’a laissé qu’une douleur, une douleur comme celle de [amour trompé.

Mais quelquefois, dans un désert aride, il se présente tout à (oup un doux ombrage où se délasse le voyageur : telle a été pour moi Corday l’héroïne , la femme-homme.

Des juges infâmes avaient absous le monstre ; elle a cassé leur jugement ; elle a fait ce qu’aimeront à raconter nos neveu*, le visage enflammé et baigné de larmes d’admiration.

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