I LA BIEN — AIMÉE
J’avais la mort dans Pâme, la froide mort, et je croyais sentir 'comme des glaçons aigus s’élancer de mon cœur dans mes veines ardentes. Egaré, je me précipitai, sans manteau, sans chapeau, au sein de la nuit épaisse, orageuse. Les girouettes grinçaient; il semblait que l’on entendît se mouvoir les rouages éternels et formidables du temps, comme si la vieille année allait, telle qu’un poids énorme, se détacher et rouler sourdement dans l’abîme. Tu sais bien que cette époque, Noël eî le nouvel an, que vous accueillez, vous, avec une satisfaction calme et pure , vient toujours me précipiter, hors de ma paisible demeure, dans les flots d’une mer écumante et furieuse.
Noël !... ce sont des jours de" fête dont l’éclat aimable me séduit longtemps d’avance; à peine puis-je les attendre. Je suis meilleur, plus enfant que tout le reste de l’année; mon cœur ouvert à toutes les joies du ciel ne peut nourrir aucune pensée noire ou haineuse; je redeviens un jeune garçon, avec sa joie vive et bruyante. Parmi les étalages bigarrés, éclatants, des boutiques de Noël, je vois des figures d’ange me sourire, et, a travers le tumulte des rues, les soupirs de l’orgue saint m’arrivent comme de bien loin; car un enfant nous est né! Mais, la fête achevée, tout ce bruit s’abat, tout cet éclat se perd dans une sourde obscurité. A chaque année, toujours des fleurs qui se flétrissent, et dont le germe se dessèche , sans espoir qu’un soleil de printemps ranime jamais leurs rameaux ! Certes, je sais fort bien cela; mais une puissance ennemie, chaque fois que l’an touche à sa fin, ne manque jamais de me le rappeler
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avec une satisfaction cruelle. * Vois , murmure- t-elle a mon oreille, vois combien de plaisirs, cette année, t ont abandonne pour toujours! Mais aussi tu es devenu plus sage, tu n’attaches désormais aucun prix à des divertissements frivoles; te voilà de plus en plus un homme grave, un homme sans plaisir. »
Le diable me réserve toujours pour le soir de Saint-Sylvestre, un singulier régal de fête : il prend bien son temps, puis s’en vient, avec un rire odieux, déchirer mon sein de ses griffes aiguës, et se repaître du plus pur sang de mon cœur. Il se sert, à cet effet, de tout ce qui se présente, témoin hier encore le conseiller de justice, qui se trouva être l’instrument qu il lui fallait. Il y a toujours chez lui (chez le conseiller) grande réunion le soir de Saint-Sylvestre; il a la fureur, alors, de vouloir ménager à chacun une surprise agréable pour la nouvelle année, et s’y prend d’une manière si gauche et si stupide, que tous les plaisirs qu’il avait imaginés, à grand’peine, aboutissent d’ordinaire à un désappointement ridicule et pénible. Dès que j entrai dans l’antichambre, le conseiller de justice se hâta de venir à ma rencontre, m’arrêtant à la porte du sanctuaire, d ou partaient les vapeurs du thé accompagnées de parfums exquis; il
sourit d’une façon singulière et me dit, avec tout l’air de finesse
bienveillante qu’il put se donner :
« Mon bon ami, mon bon ami , quelque chose de délicieux vous attend dans le salon!... une surprise admirable, digne de la belle soirée de Saint-Sylvestre. N’allez pas vous effrayer! »
Ces mots me tombèrent lourdement sur le cœur; de sombres pressentiments s’en élevèrent, et je me sentis cruellement oppressé. Les portes s’ouvrirent, je me précipitai rapidement dans le salon, et, sur le sofa, au milieu des dames, son image radieuse s’offrit à moi. C’était elle!... elle-même, que je n’avais point vue depuis tant d’années ! Tous les heureux moments de ma vie repassèrent soudain dans mon âme comme un éclair rapide et puissant. Plus d’éloignement funeste! bien loin meme l’idée d’une séparation nouvelle!
Par quel hasard merveilleux se trouvait-elle de retour? quel 1 8ÜJ
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rapport existait-il entre elle et la société du conseiller, qui ne nf avait jamais appris qu'il la connût? Je ne m’arrêtai point un instar t à ces pensers... Je la rett ouvais enfin!
Immobile, tel qu’un homme frappé de la foudre, voilà comme j’étais sans doute.
Le conseiller me poussa doucement.
k Allons, mon ami, mon ami! »
Machinalement, je m’avançai; mais je ne voyais qu <?//<?, et de mon sein oppressé ces mots purent s’échapper à peine :
« Mon Dieu ! mon Dieu! Julie ici! »
J’étais auprès de la table à thé ; ce fut alors seulement que Julie m’aperçut. Elle se leva et me dit, du ton qu’on parlerait à un étranger :
« Je me réjouis beaucoup de vous rencontrer ici. Votre santé paraît bonne! »
Puis elle se rassit, et, s’adressant à une dame auprès d’elle :
« Aurons-nous au théâtre quelque chose d intéressant la semaine qui vient? »
Tu t’approches d’une fleur charmante qui éclatait à tes yeux au milieu de parfums suaves et voluptueux; mais, au moment où tu te penches pour en admirer les vives couleurs, voilà qu’un froid et venimeux basilic s’élance de sa corolle enflammée pour te lancer la mort avec ses yeux perfides... C'est ce qui venait de m’arriver. Je saluai gauchement les dames, et, pour ajouter encore le ridicule à ma profonde douleur, je coudoyai, en me retournant rapidement, le conseiller de justice, qui se trouvait derrière moi, et lui jetai hors des mains une tasse de thé fumant sur son jabot admirablement bien plissé; on rit de l’infortune du conseiller et plus encore de ma maladresse. Ainsi tout, ce soir-là, tendait à me rendre excessivement bouffon, et je me résignai, en homme, à ma destinée. Julie n avait point ri; nies regards égarés rencontrèrent les siens, et ce fut comme si un rayon du bonheur d’autrefois, de cette vie toute d’amour et de poésie, revenait me sourire encore.
Quelqu’un qui commença à improviser sur le piano, dans la
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chambre voisine , mit alors en mouvement tonte la société. C’était, disait-on, un virtuose étranger, nommé Berger, qui jouait divinement, et à qui l’on devait toute son attëntion.
| «Ne fais donc pas sonner ainsi ta Cuiller à thé, Mimi, » décria le conseiller.
Et, inclinant légèrement la main du côté de la porte, il invita les dames avec un agréable « Eh bien? » à s’approcher du virtuose. Julie aussi s’était levée et se dirigeait lentement vers la salie voisine. Tout en elle avait pris je ne sais quel caractère étrange; il me sembla qu’elle était plus grande qu’autrefois et {pèses formes s’étaient développées de manière à ajouter mer- Teilleusement à sa beauté. La coupe singulière de sa robe blanche et surchargée de plis, qui ne couvrait qu’à moitié sa gorge, son los et ses épaules ; ses vastes manches, qui se rétrécissaient aux coudes, sa chevelure séparée sur le front et répandue derrière lia tête en tresses multipliées, lui donnaient quelque chose d'antique; elle rappelait les vierges des peintures de Miéris;... et pourtant il me semblait avoir vu quelque part, de mes yeux bien «verts, cet être en qui Julie s’était transformée. Elle avait ôté |« gants, et rien ne lui manquait, pas même les bracelets d’un merveilleux travail, attachés au-dessus de la main, pour res- •embler complètement à cette image d’autrefois, qui m’ assaillit toujours plus vivante et plus colorée.
Julie se tourna vers moi avant d’entrer dans le salon voisin, jet je crus m’apercevoir que cette figure angélique, jeune et pleine de grâce, se contractait dans une amère ironie : quelle chose d’horrible, de délirant, s’empara de moi et fit frémir pnvulsivement tous mes nerfs.
j «Oh! il joue divinement bien! » murmura une demoiselle, ffl’.mée par une tasse de thé bien sucré.
Et je ne sais comment il se fit que son bras se trouva passé fois le mien, et je la conduisis, ou plutôt elle m’entraîna dans ! a salle voisine. Berger faisait alors mugir le plus furieux ou- ;,J?an ; ses accords puissants s’élancaient et retombaient comme J s 'agues d’une mer en furie : cela me fit du bien. Julie se
trouvait à mon côté et me disait de sa voix d’autrefois, lap]ns douce et la plus tendre :
« Je voudrais te voir au piano, chantant l’espérance et !e bonheur qui sont passés! »
L’ennemi s’était retiré de moi, et, dans ce seul mot : Julie: j’aurais voulu exprimer toute !a félicité du ciel qui me revenait. D’autrespersonnes,en passant entre nous, m’éloignèrent d’elle. Il était clair qu’elle m’évitait maintenant; mais je parvins tantôt à respirer sa douce haleine, tantôt à effleurer son vêtement, et l’aimable printemps, que j’avais cru à jamais passé, ressuscitait, paré de couleurs éclatantes. Berger avait laissé s’abattre la tempête; le ciel s’était éclairci, et, semblables aux petits nuages dorés du matin, de vaporeuses mélodies nageaient mollement dans le pianissimo.
Le virtuose reçut, en terminant, des applaudissements unanimes et bien mérités; puis l’assemblée se mêla confusément, de sorte que je me retrouvai auprès de Julie. J’avais l’esprit animé, je voulus la saisir, l’embrasser, dans le transport de ma doaloûreuse passion; mais la maudite figure d’un valet importun surgit tout à coup entre notis deux.
« Peut-on vous offrir?... » nous dit-il d’une voix désagréable, en présentant un vaste plateau.
Au milieu des verres, remplis d’un punch fumant, s’élevait une coupe artistement ciselée, remplie de la même liqueur, a ce qu’il paraissait. Comment cette coupe se trouva parmi ces verres, c’est ce que sait mieux que moi celui que j’apprends de plus en plus à connaître; celui qui, en marchant, déciit ton jours avec son pied, comme Clément dans Octavien, des cro chets fort bizarres, et qui aime par-dessus tout les manteau* rouges et les plumes rouges. Julie prit cette coupe ciselée f brillait d’un éclat singulier, et me l’offrit en disant :
a Recevras-tu encore ce breuvage de ma main aussi vo.on tiers qu’autrefois?
— Julie! Julie! » m’écriai-je en soupirant.
Et, saisissant la coupe, j’effleurai ses doigts délicats, l'-
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tincelles électriques pétillèrent en parcourant mes artères et mes veines. Je buvais et je buvais toujours : il me semblait que (je petites langues de feu bleuâtre voltigeaient à la surface du j verl;e et autour de mes lèvres. La coupe était vidée, et j’ignore ! moi-même comment il se fit que je me trouvai dans un cabi- ’ net éclairé par une lampe d’albâtre, assis sur une ottomane, et Julie ! Julie à mes côtés, qui me souriait avec son regard d en- ! fant... comme autrefois!...
Berger s’était remis au piano; il jouait 1 andante de la sublime symphonie en mi-bémol de Mozart, et, enlevée sur les : ailes puissantes de l’harmonie, mon âme retrouvait ses plus beaux jours d’amour et de bonheur... Oui, c’était Julie! Julie elle-même, belle et douce comme les anges! Notre entretien,
| complainte d’amour passionnée, avait plus de regards que de : paroles ; sa main était dans la mienne.
* Désormais je ne te quitte plus; ton amour est l’étincelle qui va rallumer en moi une vie plus élevee dans 1 art et dans ia poésie: sans toi, sans ton amour tout est froid, tout est mort! Mais n’es-tu donc pas revenue afin de m’appartenir pour toujours?... »
En ce moment, il entra, en se dandinant lourdement, une longue figure, aux jambes d’araignée, avec des yeux sortant le la tète comme ceux des grenouilles; qui, souriant d’un air coquet, criait de sa petite voix aigre :
« Mais où diantre est donc restée ma femme? »
Julie se leva et me dit, d’un ton de voix qui n’était plus la sienne :
st Retournons vers la compagnie; mon mari me cherche. Vous avez été encore fort amusant, mon cher ami : c’était toujours la même humeur fantasque et capricieuse qu’auâefois ; seulement , ménagez - vous sous le rapport de la boisson. »
Et le petit-maître aux jambes d’araignée lui prit la main; die le suivit, en riant, dans le salon.
“Perdue à jamais! » m’écriai-je.
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« Eh ! sans doute, Codille, mon cher ! » observa une bète qui jouait à Fhombre.
-Je me précipitai dehors.,, dehors, dans la nuit orageuse!...
Il LA SOCIÉTÉ DANS LE CABARET
I! peut être fort agréable de se 'promener de long en large sous les tilleuls, mais non pas dans la nuit de Saint-Sylvestre, par un froid suffisant et une neige battante. C’est une réflexion que je fis étant nu-tête et sans manteau, quand je sentis un vent glacé envelopper mon corps tout brûlant de fièvre. Je traversai dans cet état le pont de l’Opéra, et, passant devant le château, je me détournai et pris par le pont des Ecluses en laissant la Monnaie derrière moi.
J’arrivai dans la rue des Chasseurs, près du magasin de Thiermann : les appartements étaient fort bien éclairés; j’allais entrer, car j’étais transi de froid, et je sentais le besoin de m’abreuver à longs traits de quelque liqueur forte. En ce moment, une société, tout animée d’une joie bruyante, se précipita hors de la maison : ils parlaient d’huitre? superbes et de l’excellent vin de la comète de 1 81 1 .
a II avait bien raison, s’écria l’un d’eux, que je reconnus pour un officier supérieur des uhlans, celui qui, l’an passé, à Mayence, pestait contre ces faquins d’aubergistes qui n’ avaient pas voulu absolument, en 1 7 94, lui servir de leur vin de 1 811 . » Tous riaient à gorge déployée. J’étais allé involontairement quelques pas plus loin , et je me trouvai devant un cabaret éclairé d’une seule lumière. Le Henri V de Shalspeare ne se vit-il pas réduit un jour à un tel degré de lassitude et d humilité, que la pauvre créature nommée Petits-Bière lui vint a l’esprit? Dans le fait, pareille chose m’arriva : j’avais soif dune bouteille de bonne bière anglaise, et je descendis rapidement dans le cabaret. y'
« Que désirez-vous ? » dit l’aubergiste s’avançant d un a|r agréable et la main à son bonnet.
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Je demandai une bouteille de bonne bière anglaise, avec une pipe d'excellent tabac, et je me trouvai bientôt dans une quiétude si sublime, que force fut au diable lui-même de me respecter et de me laisser quelque repos. — Oh! conseiller de justice! si tu m’avais vu, au soriir de ton brillant salon, dans un obscur cabaret, buvant, au lieu de thé, de la petite bière, tu te serais détourné de moi avec un orgueilleux dédain.
Est-il donc étonnant, aurais-tu murmuré, qu’un pareil homme soit dans le cas de ruiner les jabots les plus délicieux? » Sans chapeau, sans manteau, je devais être pour ces gens un sujet d étonnement. L’hôte avait une question sur les lèvres, quand on frappa à la fenêtre ; une voix cria d’en haut :
« Ouvrez, ouvrez, me voici! »
L’hôte se hâta de monter et rentra bientôt, élevant dans ses mains deux flambeaux ; un homme fort grand et fort maigre descendit après lui. En passant sous la porte fort basse, il oufclia de se baisser et se heurta assez rudement; mais un bonnet soir, en forme de barrette, qu’il portait, le préserva de tout accident. Il eut soin de passer le plus près possible de la muraille et s’assit en face de moi, pendant que l’on plaçait les lumières sur la table. On pouvait bien dire de lui qu’il avait un air distogué et mécontent : il demanda, d’un ton de mauvaise humeur, pipe et de la bière, et à peine avait-il rendu quelques bouffes de tabac, qu’un nuage épais de fumée nous enveloppa. Sa “gare avait, au reste, quelque chose de si caractéristique et de a attrayant, que j’en fus charmé tout d’abord, malgré sa mine sombre. Sa chevelure noire et épaisse, séparée sur son front,
:e répandait des deux cotés en une profusion de petites boucles,
?e qui lui donnait quelque ressemblance avec les portraits de wbens. Quand il se fut débarrassé de son vaste manteau, je 111 aperçus qu’il était vêtu d’un kurtka noir avec des tresses Ombreuses; mais ce qui me surprit davantage, c’est qu’il porpar-dessus ses bottes, de fort belles pantoufles. Je remarp ce'a pendant qu’il secouait sa pipe, fumée en cinq minutes. 'otre conversation avait peine à se lier; l’étranger semblait
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très-préoccupé d'un grand nombre de plantes singulières qu'il arait tirées d’un étui, et quii examinait avec soin. Je lui témoignai mon étonnement de voir d aussi belles plantes, et lui demandai, comme elles paraissaient toutes fiaîehes, s il les av ait recueillies au jardin botanique ou chezBoucher. Il sourit d’une manière assez étrange et répondit :
a, Vous ne me paraissez pas fort sur la botanique ; autrement, vous ne m’auriez point aussi... »
Il hésita; j’ajoutai à demi-voix :
« Sottement...
— Questionné, termina-t-il d’un ton de franchise bienveülante. Vous auriez, poursuivit-il, reconnu, du premier coup d’œil, que ce sont là des plantes alpestres qui ne croissent que sur le Chimboraço. »
L’étranger prononça ces mots presque à voix basse ; je te laisse à penser s’ils me causèrent une singulière émotion. Les questions expiraient sur mes lèvres; mais une sorte de pressentiment s’élevait en moi, et je me figurai que, si je n avais pas m souvent l’étranger, je l’avais du moins souvent rêvé.
On frappa de nouveau à la fenêtre ; l'hôte ouvrit, et une voix
cria :
« A^ez la bonté de couvrir votre miroir ï
— Ah! ah! dit l’hôte, c’est le général Souvorov, qui vient
bien tard ! » •
L’hôte couvrit son miroir, et aussitôt sauta, avec une r p
dite assez maladroite, ou mieux avec une légèreté assez pesante, un petit homme grêle, enveloppé d un manteau < couleur brune singulière, qui formait mille plis et un g» nombre d'autres plus petits encore et flottant autour de sa W d'une manière si étraDge, qu’à la lueur du flambeau on eu voir plusieurs formes se déployer et se replier sur elles**® comme dans les fantasmagories d’Eusler. Il se mit a fio mains, cachées dans ses longues manches, et s’écria : ,
« Froid! froid! oh! qu’il fait froid!... En Italie, c es différent! bien différent!... »
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Il finit par prendre place entre moi et mon grand voisin,
disant :
c Cette fumée est insupportable!... Tabac contre tabac!...
; Si j’avais une prise seulement!.... »
La tabatière de métal poli, dont tu m’avais fait cadeau, se trouvait dans ma poche ; je la tirai afin d’offrir du tabac au petit étranger. A peine l’aperçut-il, qu’il la repoussa violemment des deux mains, en s’écriant :
« Loin ! bien loin cet odieux miroir !... »
Sa voix avait quelque chose d’effrayant, et, quand je le regardai, tout étonné, il était entièrement diffétent de ce qu’il m’avait paru d’abord. Il avait sauté dans la salle avec une physionomie agréable et toute jeune ; mais il présentait maintenant le visage ridé, pâle comme la mort, d’un vieillard aux veux caves.
Saisi d’effroi, je m’élançai vers le plus grand des deux étrangers.
« Au nom du ciel, regardez donc! ® allais-je m’écrier.
Mais lui, absorbé dans l’examen de ses plantes, n’avait rien vu de ce qui venait de se passer, et, dans le même instant, le petit cria : « Vin du Nord ! a avec son ton un peu précieux.
Bientôt l’entretien commença entre nous; le petit me déplaisait assez, mais le grand savait parler sur les choses les moins importantes en apparence avec beaucoup de profondeur et d’agrément, quoiqu’il eût à lutter sans cesse contre une langue qui n’était pas la sienne, et qu’il se servît souvent de mois impropres; ce qui, du reste, donnait à son langage une originalité piquante ; de sorte que, tout en m inspirant pour lui-même un sentiment d’estime et d’amitié , il affaiolissait aussi l’impression désagréable que le petit homme m’avait fait éprouver.
, Ce dernier semblait supporté par des ressorts, car il s agitait çà et là sur sa chaise, gesticulant beaucoup des mains ; — mais une sueur glacée découla de mes cheveux sur mon dos, quand je m’aperçus clairement qu il me regardait avec deux
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visages différents ; et surtout il considérait souvent, avec son vieux visage, quoique moins horriblement qu’il ne m’avait fixé d’abord, l’autre étranger, dont l’air paisible contrastait avec sa perpétuelle mobilité.
Dans cette mascarade de notre vie d’ici-bas, souvent l’esprit regarde avec des yeux pénétrants au travers des masques et reconnaît ceux qui sont de sa famille; c’est de cette manière que, si différents du reste des hommes, nous nous regardâmes et nous reconnûmes tous trois dans ce cabaret. Dès lors, notre entretien prit ce caractère sombre qui ne convient qu’aux âmes blessées à mort pour jamais.
k C’est encore un clou dans cette vie, dit le grand.
— Oh Dieu ! repris-je, le diable n’en a-t-il pas enfoncé partout à notre intention? Dans les murs de nos demeures, dans les bosquets, dans les buissons de roses... Où pouvons-nous passer sans y laisser accroché quelque lambeau de nous-memes? Il semble, mes dignes compagnons, que nous ayons tous perdu quelque chose de cette manière : moi , par exemple, il me manque, cette nuit, mon chapeau et mon manteau ; tous deux sont pendus à un clou, dans 1 antichambre du conseiller de justice, comme vous savez bien. »
Le petit homme et le grand tressaillirent à la fois, comme frappés du même coup à 1 imprévu : le petit me regarda en grimaçant avec sa plus laide figure ; puis, sautant rapidement sur une chaise, il alla raffermir la toile qui couvrait le miroir, pendant que l’autre mouchait les chandelles avec soin.
Notre entretien eut peine à se renouer ; nous en vînmes cependant à parler d’un jeune peintre fort distingué, nommé Philippe, et du portrait d’une princesse qu’il avait exécuté admirablement, inspiré dans son œuvre par ie génie de l’amonr et par cet ineffable désir des choses d’en haut qu il avait puisé dans l’âme profondément religieuse de celle qu^ aimait.
« Ii est tellement ressemblant, dit le plus grand étiangeD que c est moins son portrait que le reflet de son image.
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— Crest vrai! m’écriai-je, on le dirait vole, dans un miroir! »
Le petit homme se leva tout d'un coup, nie regarda furieusement avec son vieux visage , dont les yeux lançaient du
feu.
Cela est absurde! s’écria-il, cela est insensé! Qui pourrait dérober une image dans un miroir ?
— Qui le pourrait? Le diable, peut-être, à votre avis?
— Ho! ho! frère, celui-là brise la glace avec ses lourdes griffes, et les mains blanches et frêles d’une image de femme se couvrent de blessures et de sang. Ha! ha! montre-moi l’image..., l image volée dans un miroir, et je fais devant toi le saut de carpe de mille toises de haut. Entends-tu, misérable drôle ? »
Le grand se leva à son tour, s’avança vers le petit, et lui dit :
i Ne faites donc pas tant d’embarras, mon ami, ou vous vous ferez jeter du bas de l’escalier en haut. Je crois, du reste, que votre reflet, à vous, est dans un misérable état.
— Ha! ha! ha ! s’écria le petit en riant dédaigneusement et avec une sorte de frénésie; ha! ha! ha! crois-lu?.., crois-tu?... J’ai du moins encore ma belle ombre! pitoyable faquin, j’ai encore mon ombre ! »
A ces mots, il sauta hors du cabaret, et nous l’entendîmes eucore qui éclatait de rire et criait dans la rue :
« J’ai encore mon ombre !... mon ombre ! »
Le grand était retombé, anéanti et tout blême, sur sa chaise, la tête dans ses deux mains, et sa poitrine oppressée exhalait à grand’peine un profond soupir.
« Qu’avez-vous ? lui demandai-je avec intérêt.
— Oh ! monsieur, ce vilain homme qui a si mal agi avec nous, qui m’a relancé jusque dans ce cabaret, ma retraite ordinaire, où j’aime à rester seul, à peine visité de temps à autre par quelque gnome qui vient s’accroupir sous la table et grignoter quelques miettes de pain ; ce méchant homme m a
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replongé dans ma plus cruelle infortune... Hélas1 j’ai’ perdu à jamais perdu mon... Adieu! »
Il se leva et traversa le caveau pour sortir : tout restait éclairé autour de lui ; il ne projetait aucune ombre. Je m’élance à sa poursuite avec transport.
« Pierre Schlemihl ! Pierre Schlemihl ! » m’écriai-je tout joyeux.
Mais il avait jeté ses pantoufles; je le vis enjamber pardessus la caserne des gendarmes , et disparaître dans l’obscurité.
Lorsque je voulus rentrer dans le caveau, l’hôte me jeta la porte au nez en s’écriant :
« Le bon Dieu me garde de pareils hôtes! s
HENRI HEINE
Dans ce moment où l’Europe est en feu, il y a peut-être quelque courage à s’occuper de simple poésie, à traduire un écrivain qui a été le chef de la jeune Allemagne et a exercé une grande influence sur le mouvement des esprits, non pas pour ses chants révolutionnaires, mais pour ses ballades les plus détachées, ses stances les plus sereines. Nous aurions pu, dans l’œuvre d’Henri Heine, vous former un faisceau de baguettes républicaines auquel n’aurait pas même manqué la hache du licteur. Nous préférons vous o'ffrir un simple bouquet de fleurs de. fantaisie, aux parfums pénétrants, aux couleurs éclatantes. Il faut bien que quelque fidèle, en ce temps de tumulte où les cris enroués de la place publique ne se taisent jamais, vienne réciter tout bas sa prière à l’autel de la poésie.
On a pu apprécier le talent d’Henri Heine dans ses poèmes satiriques; Atta Troll et le Voyage cT hiver sont encore dans toutes les mémoires. Cette fois, nous donnons comme une anthologie tirée de ses divers recueils du Buch cler Lieder (Livre des Chants). Avant de citer ces pièces, qui perdent nécessairement beaucoup, privées des grâces du style et du rhythme, nous voudrions tenter une appréciation du talent poétique d’Henri Heine, ce Byron de l’Allemagne à qui il n’a manqué, pour être aussi populaire en France, que le titie de lord, la mise en scène de son génie, et une traduction complète.
Henri Heine est, si ces mots peuvent s’accoupler, un 'Voltaire pittoresque et sentimental, un sceptique du xvm siècle,
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argenté par les doux rayons bleus du clair de lune allemand. Rien n'est plus singulier et plus inattendu que ce mélange involontaire d’ôù résulte l’originalité du po'éte. A l’opposé de beaucoup de ses compatriotes, farouches Teutons et gallophages , qui ne jurent que par Hermann, Henri Heine a toujours beaucoup aimé les Français : si la Prusse est la patrie de son corps, la France est la pairie de son esprit. Le Rhin ne sépare pas si profondément qu’on veut bien le dire les deux pays, et souvent la brise de France, franchissant les eaux vertes où gémit la Lorely sur son rocher, balaye, de l'autre côté, l’épaisse brume du Nord et apporte quelque gai refrain de liberté et d'incrédulité joyeuse, que l’on ne peut s’empêcher de retenir. Heine en a retenu plus que tout autre, de ces chansons aimablement impies et férocement légères, et il est devenu un terrible railleur, ayant toujours son carquois plein de flèches sarcastiques , qui vont loin , ne manquent jamais leur but et pénètrent avant. Ah! plus d’un qui n'en dit rien, et tâche de faire bonne contenance, quoiqu’il soit mort depuis longtemps de sa blessure, a dans le flanc le fer de l’un de ces dards empennés de métaphores brillantes. Tous ont été criblés, les dieux anciens et les dieux nouveaux, les potentats et les conseillers auliques, les poètes barbares ou sentimentaux, les tartufes et les cuistres de toute robe et de tout plumage. Nul tireur, fût-il aussi adroit qu’un chasseur tyrolien , n’a abattu un pareil nombre des noirs corbeaux qui tournent et croassent au-dessus du KyfFhauser, la montagne sous laquelle dort l’empereur Frédéric Barberousse, et, si l’Épiménide couronné ne se réveille point, certes, ce n’est pas la faute du brave Henri; dans son ardeur de viser et d’atteindre, il a même lancé à travers sa sarbacane, sur la patrie allemande, sur la vieille femme de làbas , comme il l’appelle, quelques pois et quelques liouppes de laine rouge, cachant une fine pointe, qui ont dû réveiller parfois, dans son fauteuil d’ancêtre, la pauvre grand-mère rêvassant et radotant.
Il n’a pas manqué jusqu'à présent de ces esprits secs, bai-
HEXRI HEIXE
neux, d'une lucidité impitoyable, qui ont manié l'ironie, cette bâche luisante et glacée, avec l’adresse froide et l’impassibilité joviale du bourreau; mais Henri Heine, quoiqu'il soit aussi cruellement habile que pas un d’eux, en diffère essentiellement au fond. Avec la haine, il possède l'amour, un amour aussi brûlant que la haine est féroce ; il adore ceux qu’il tue ; il met le dictame sur les blessures qu’il a faites et des baisers sur ses morsures. Avec quel profond étonnement il voit jaillir le sang de ses victimes, et comme il éponge bien vite les filets pourpres et les lave de ses larmes !
Ce n’est pas un vain cliquetis d’antithèses de dire littérairement d’Henri Heine qu’il est cruel et tendre, naïf et perfide, sceptique et crédule, lyrique et prosaïque, sentimental et railleur, passionné et glacial , spirituel et pittoresque, antique et moderne, moyen âge et révolutionnaire. Il a toutes les qualités et meme, si vous voulez, tous les défauts qui s excluent; c est l’homme des contraires, et cela, sans effort, sans parti pris, par le fait d’une nature panthéiste qui éprouve toutes les émotions et perçoit toutes les images. Jamais Protee n a pris plus de formes, jamais dieu de l’Inde n’a promené son âme divine dans une si longue série d’avatars. Ce qui suit le poète à travers ces mutations perpétuelles et ce qui le fait reconnaître, c’est son incomparable perfection plastique. Il taille comme un bloc de marbre grec les troncs noueux et difformes de cette vieille forêt inextricable. et touffue du langage allemand à travers laquelle on n’avançait jadis qu’avec la hache et le feu; grâce à lui, l’on peut marcher maintenant dans cet idiome sans être arrêté a chaque pas par les lianes, les racines tortueuses et les chicots mal déracinés des arbres centenaires ; — dans le vieux chene teutonique, où l’on n’avait pu si longtemps qu’ ébaucher à coups de serpe l'idole informe d’Irmensul, il a sculpte la statue harmonieuse d’Apollon; il a transformé en langue universelle ce dialecte que les Allemands seuls pouvaient écrire et parler, sans cependant toujours se comprendre eux-mêmes.
Apparu dans le ciel littéraire un peu plus tard , mais avec
POESIES ALLEMANDES
non moins d’éclat que la brillante pléiade où brillaient Wieland, Klopstock, Schiller et Gœihe, il a pu éviter plusieurs défauts de ses prédécesseurs. On peut reprocher à Klopstock une fatigante profondeur, à Wieland une légèreté outrée, à Schiller un idéalisme parfois absurde; enfin, Gœthe, affectant de réunir la sensation, le sentiment et l’esprit, pèche souvent par une froidenr glaciale. Comme nous l’avons dit, Henri Heine est naturellement sensible, idéal, plastique, et avant tout spirituel. Il n’est rien entré de Klopstock dans la formation de son talent, parce que sa nature répugne à tout ce qui est ennuyeux ; il a de Wieland la sensualité, de Schiller le sentiment, de Gœthe la spiritualité panthéistique ; il ne tient que de lui-même son incroyable puissance de réalisation. Chez lui, l’idée et la forme s’identifient complètement ; personne n’a poussé aussi loin le relief et la couleur. Chacune de ses phrases est un microcosme animé et brillant; ses images semblent vues dans la chambre noire; ses figures se détachent du fond et vous causent, par l’intensité de l'illusion, la même surprise craintive que des portraits qui descendraient de leur cadre pour vous dire bonjour. Les mots, chez lui, ne désignent pas les objets, iis les évoquent. Ce n’est plus une lecture qu’on fait, c’est une scène magique à laquelle on assiste; vous vous sentez enfermer dans ce cercle avec le poète, et alors autour de vous se pressent, avec un tumulte silencieux, des êtres fantastiques d’une vérité saisissante; il passe devant vos yeux des tableaux si impossiblement réels, que vous éprouvez une sorte de vertige.
Rien n’est plus singulier pour nous que cet esprit à la fois si français et si allemand. Telle page étincelante d’ironie et qu’on croirait arrachée à Candide a pour verso une légende digne de figurer dans la collection des frères Grimm, et souvent, dans la même strophe, le docteur Pangloss philosophe avec une elfe ou une nixe. Au rire strident de Voltaire* l’enfant au cor merveilleux mêle une note mélancolique où revivent les poésies secrètes de la forêt et les fraîches inspirations au printemps; le railleur s’installe familièrement dans un don-
HENRI HEINE
jon gothique ou se promène sous les arceaux d’une cathédrale;
■ il commence par se moquer des hauts barons et des prêtres, mais bientôt le sentiment du passé le pénètre, les armures bruissent le long des murailles; les couleurs des blasons se ravivent, les roses des vitraux étincellent, 1 orgue murmure; le paladin sort de son château féodal sur son courtier caparaçonné; le prêtre, la chasuble au dos, monte les marches de l’autel, et jamais poète épris de chevalerie et d art catholique, ni Lhland, ni Tieck, ni Schlegel, dont il a tant de fois tourne le romantisme en ridicule, n'ont si fidèlement dépeint et si bien compris le moyen âge. La force des images et le sentiment de la beauté ont rendu, pour quelques strophes, notre ricaneur sérieux ; mais voilà qu’il se moque de sa propre émotion et passe sur ses yeux remplis de larmes sa manche bariolée de bouffon, et fait sonner bien fort ses grelots et vous éclaté de rire au nez. Vous avez été sa dupe; il vous a tendu un piege sentimental où vous êtes tombé comme un simple philistin. —
Il le dit, mais il ment; il a été attendri en effet, car tout est sincère dans cette nature multiple. Ve l’écoutez pas, quand il vous dit de ne croire ni à son rire ni à ses pleurs ; rire d hyene, larmes de crocodile; — pleurs et rires ne s’imitent pas “ainsi!
Le Buch der Lieder (Livre des Chants) contient plusieurs ballades où, malgré l’accent railleur, palpite la vie intime des temps passés. Le Chevalier Olaf se fait remarquer par le plus habile mélange de grâce et de terreur. Cela est charmant et cela donne froid dans le dos. - Olaf a séduit la fille du roi ; il faut qu’il l’épouse pour légitimer sa faute; mais il doit payer, la noce achevée, sa hardiesse de sa tête ! La princesse est pale comme une morte, le roi sombre et soucieux, le bourreau attendri; le chevalier Olaf seul salue d’un air gai son beaupère et sourit de ses lèvres vermeilles; il ne regrette pas ce qu’il a fait et ne trouve pas son bonheur acheté trop cher, envoie un adieu plein de reconnaissance à tout ce qui entom e, à la nature, à la Providence, aux beaux yeux couleur de violette qui lui ont été si fatals et si doux ! - Quel tableau gran-
POESIES ALLEMANDES
«ose et fantastique que celui du roi Harald Harfagar endormi au fond de la mer dans les bras d’une ondine amoureuse, et qui tressaille lorsque les vaisseaux des pirates normands passent au-dessus de sa tête ! — Et dans la ballade d’Almanzor qui, voyant dans la mosquée de Cordoue les colonnes de porphyre commuer à soutenir les voûtes de l’église du Dieu des chrétiens comme elles avaient porté la coupole du temple d’Allah, courbe sa tête sous l’eau du baptême et trouve le moyen de rester le dernier à la fête d’une galante châtelaine, si bien que les colonnes, indignées, se rompent et croulent en débris, faisant hurler de douleur anges et saints sous leurs décombres, — quelle verve sceptique ! quelle haute philosophie à travers le luxe éblouissant des images et l’enchantement oriental de la poésie ! Le Romancero morisco n’a rien de plus vif, de plus éclatant, de plus arabe ; mais à quoi bon donner un échantillon, quand on peut ouvrir l’écrin lui-mètne?