‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 211 sur 225 · LA NUIT SUR LA PLAGE · texte numérisé non relu

LA NUIT SUR LA PLAGE

La nuit est iroide et sans étoiles; la mer fermente, et sur la mer, à plat ventre étendu, l’informe vent du nord, comme un vieillard grognon, babille d’une voix gémissante et mystérieuse, et raconte de folles histoires, des contes de géants, de vieilles légendes islandaises remplies de combats et de bouffonceries historiques, et, par intervalles, il rit et hurle les incantations de l’Eiida, les évocations runiques, et tout cela, avec tant de gaieté féroce, avec tant de rage burlesque, que les blancs enfants de la mer bondissent en l’air et poussent des cris d’allégresse.

Cependant, sur la plage, sur le sable où la marée a laissé son humidité , s’avance un étranger dont le cœur est encore plus agité que le vent et les vagues. Partout où il marche, ses pieds font jaillir des étincelles et craquer des coquillages ; il s’enveloppe dans un manteau gris, et va, d’un pas rapide, à travers la nuit et le vent, guidé par une petite lumière qui luit douce et séduisante dans la cabane solitaire du pêcheur.

Le père et le frère sont sur la mer, et , toute seule dans la cabane, est restée la fille du pêcheur, belle à ravir. Elle est assise près du foyer et écoute le bruissement sourd et fantasque de la chaudière. Elle jette au feu des ramilles pétillantes et souffle dessus, de sorte que les lueurs rouges et flamboyantes se reflètent magiquement sur son frais visage, sur ses épaules qui ressortent si blanches et si délicates de sa grossière et grise chemise, et sur la petite main soigneuse qui noue solidement le jupon court sur la fine cambrure de ses reins.

Mais tout à coup la porte s’ouvre, et le- nocturne étranger s’avance dans la cabane ; il repose un œil doux et assuré sur la blanche et frêle jeune fille, qui se tient frissonnante devant lui, semblable à un Ls effrayé, et il jette son manteau à terre, sourit et dit :

« Vois- tu, mon enfant, je tiens parole et je suis revenu, et,

IIENEI HEINE

avec moi, revient 1 ancien temps où les dieux du ciel s’abaissaient aux filles des hommes, et, avec elles, engendraient ces lignées de rois porte-sceptres, et ces héros merveilles du inonde. — Pourtant, mon enfant, cesse de t’effrayer de ma divinité, et fais-moi, je t’en prie, chauffer du thé avec du rhum, car la bise était forte sur la plage, et, par de telles nuits, nous avons froid aussi, nous autres dieux, et nous avons bientôt fait d’attraper un divin rhumatisme et une toux immortelle. »

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