‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 223 sur 225 · LE SPHINX · texte numérisé non relu

LE SPHINX

C’est l’antique forêt aux enchantements. On y respire la senteur des fleurs du tilleul ; le merveilleux éclat de la lune emplit mon cœur de délices.

J’allais, et, comme j’avançais, il se fit quelque bruit dans l’air : c’est le rossignol qui chante d’amour et de tourments d’amour.

Il chante l’amour et ses peines, et ses larmes et ses sourires ;

i . Le poème de l 'Intermezzo, traduit par Gérard de Nerval, fait partie da volume des OEuvres complètes d’Henri Heine intitulé Poèmes et Légendes. Paris, Michel Lévy frères.

HENRI HEINE

il s'égaya si tristement, il se lamente si gaiement, que mes rêves oubliés se réveillent !

J’allai plus loin, et, comme j’avançais, je vis s'élever devant moi, dans une clairière, un grand château à la haute toiture.

Les fenêtres étaient closes, et tout, aux alentours, était empreint de deuil et de tristesse ; on eût dit que la mort taciturne demeurait dans ces tristes murs.

Devant la porte était un sphinx d’un aspect à la fois effrayant et attrayant, avec le corps et les griffes d’un lion, la tète et les reins d’une femme.

Une belle femme ! son regard blanc appelait de sauvages voluptés ; le sourire de ses lèvres arquées était plein de douces promesses.

Le rossignol chantait si délicieusement 1 Je ne pus résister, et, dès que j’eus donné un baiser à cette bouche mystérieuse, je me sentis pris dans le charme.

La tiirure de marbre devint vivante. J, a pierre commençait à jeter des soupirs. Elle but toute la flamme de mon baiser avec une soif dévorante.

Elle aspira presque le dernier souffle de ma vie, et enfin, haletante de volupté, elle étreignit et déchira mon pauvre corps avec ses griffes de lion.

Délicieux martyre, jouissance douloureuse, souffrance et plaisirs infinis ! Tandis que le baiser de cette bouche ravissante m’enivrait, les ongles des griffes me faisaient de cruelles plaies.

Le rossignol chanta : « O toi, beau sphinx, ô amour ! pourquoi mêles-tu de si mortelles douleurs a toutes les félicites ?

» O beau sphinx ! ô amour ! révèle-moi cette énigme fatale. Moi, j’y ai réfléchi déjà depuis près de mille ans. »

Le premier rêve est un sombre début, mais il a le charme enivrant des fleurs dangereuses dont le parfum donne la moit. C’est la Vénus Libitina, qui, de ses lèvres violettes, donne au poète le dernier baiser.

POÉSIES ALLEMANDES

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