PREMIERE PARTIE
la lumière pénètre aussi dans notre sein, dans notre cœur rendu à lui-même, La raison commence à parler, et 1 espérance à luire ; on se baigne au ruisseau de la vie, à la source dont elle jaillit.
I|t Ne grogne point, barbet ! Les hurlements d’un animal ne , , peuvent s’accorder avec les divins accents qui remplissent mon âme entière. Nous sommes accoutumes à ce que les hommes déprécient ce qu’ils ne peuvent comprendre, à ce que le bon et le beau, qui souvent leur sont nuisibles, les fassent esp murmurer; mais faut-il que le chien grogne à leur exemple?... Hélas ! je sens déjà qu’avec la meilleure volonté, la satisfaction ne peut plus jaillir de mon cœur... Mais pourquoi le fleuve fgf doit-il sitôt tarir, et nous replonger dans notre soif éternelle ? let J’en ai trop fait l’expérieuce ! Cette misère va cependant se terminer enfin; nous apprenons à estimer ce qui s’élève audessus des choses de la terre, nous aspirons à une révélation, qui nulle part ne brille d’un éclat plus pur et plus beau que dans le Nouveau Testament. J’ai envie d’ouvrir le texte, et, m’abandonnant une fois à des impressions naïves, de traduire le saint original dans la langue allemande qui m’est si chère. (II ouvre un volume , et s’arrête.) Il CSt CCïlt î Au COTM7l6ïlC6fn67Zt était le verbe! Ici, je m’arrête déjà! Qui me soutiendra plus ' * loin ? Il m’est impossible d’estimer assez ce mot, le verbe ! il m faut que je le traduise autrement, si l’esprit daigne m’éclai- 1 * rei . Il est écrit : Au commencement était V esprit ! Réfléchissons ® bien sur cette première ligne, et que la plume ne se hâte pas 1 K trop ! Est-ce bien l’esprit qui crée et conserve tout ? Il devrait y avoir : Au commencement était l'a force ! Cependant, tout en "1 écrivant ceci, quelque chose me dit que je ne dois pas m’arj1 réter à ce sens. L’esprit m’éclaire enfin ! L’inspiration descend sur moi, et j’écris consolé : Au commencement était î action ! ir; S’il faut que je partage la chambre avec toi, barbet, cesse ; [= tes cris et tes hurlements ! Je ne puis souffrir près de moi un
compagnon si bruyant : il faut que l’un de nous deux quitte la 0 chambre ! C’est malgré moi que je viole les droits de l’hospi-
FAUST
talité ; la porte est ouverte, et tuas le champ libre. Mais, vois-je ? Cela est-il naturel ? Est-ce une ombre ? est-ce ( réalité ? Comme mon barbet vient de se gonfler! Il se lève, effort, ce n’est plus une forme de chien. Quel spectre ai. introduit chez moi? Il a déjà l’air d’un hippopotame, avec yeux de feu et son effroyable mâchoire. Oh ! je serai | maître ! Pour une bête aussi infernale, la clef de Salomon i nécessaire.
ESPRITS 5 dans la rue.
L’un des nôtres est prisonnier: Restons dehors, et qu’aueunssuive! Un vieux diable s’est pris ici comme un renard au pÿ Attention ! voltigeons à l’entour , et cherchons à lui porter jjj
abandonnons pas un frère qui nous a toujours bien servis !
FAUST
D abord, pour aborder le monstre, j’emploierai la conjm tion des quatre.
Que le salamandre s’enflamme !
Que l’ondin se replie !
Que le sylphe s’évanouisse!
Que le lutin travaille !
Qui ne connaîtrait pas les éléments, leur force et leurs pi priéîés, ne se rendrait jamais maître des esprits.
Vole en flamme, salamandre !
Coulez ensemble en murmurant, ondins !
Brille en éclatant météore, sylphe !
Apporte-moi tes secours domestiques,
Incubus! incubusl
Viens ici, et ferme la marche !
Aucun des quatre n’exîste dans cet animal. Il reste immof et grince des dents devant moi; je ne lui ai fait encore ai® mal. Tu vas m’entendre employer de plus fortes conjurât®
Es-tu, mon ami, un échappé de l’enfer? Alors, regarde; signe : les noires phalanges se courbent devant lui.
Déjà il se gonfle, ses crins sont hérissés !
Être maudit! peux-tu le lire, Celui qui jamais ne fut t"