DE LA QUATRIÈME ÉDITION
La traduction qu’on va lire offre sans doute beaucoup d’imperfections. Je n’avais pas encore vingt ans quand je l’ai écrite; mais, si elle n’est que le résultat d’un travail assidu d’écolier, elle se trouve empreinte aussi, dans quelques parties, de cette verve de la jeunesse et de l’admiration qui pouvait correspondre a i inspiration même de l’auteur, lequel termina cette œuvre étrange à l’âge de vingt-trois ans. C’est, sans doute, ce qui m a valu la haute approbation de Goethe lui-même.
Ne lui ayant jamais écrit, ayant redouté même, de sa part, une de ces louanges banales qu’un grand écrivain accorde volontiers à ses admirateurs, j’ai été heureux de recevoir plusieurs années après la mort de Gœthe le passage suivant, tiré d’un livre de Jean-Pierre Eckermann, intitulé : Entretiens avec Gcethe dans les dernières années de sa vie , et publié en 1838. La personne qui me l’envoyait d’Allemagne avait fait elle-même -a traduction de cette page, et je crois devoir la donner telle qu elle m’est parvenue.
-Lumanciie, o janvier
» Goethe me montra le keepsake pour l’année 1830, orné < fort jolies gravures et de quelques lettres très -intéressantes c lord Eyron; pendant que je le parcourais, il avait pris en maii
FAUST
la plus nouvelle traduction française de son Faust, par Gérard qu’il feuilletait et qu’il paraissait lire de temps à autre.
« De singulières idées, » disait-il, e me passent par la tête » quand je pense que ce livre se fait valoir encore en ijni » langue dans laquelle Voltaire a régné, il y a cinquante ans. » Vous ne sauriez vous imaginer combien j’y pense, et vousnt » vous faites pas d’idée de l’importance que Voltaire et sa » grands contemporains avaient durant ma jeunesse, et de » l’empire qu’ils exerçaient sur le monde moral, il ne résulte » pas bien clairement de ma biographie quelle influence ces » hommes ont eue sur ma jeunesse, et combien il m’a coûté di » me défendre contre eux, et, en me tenant sur mes propres » pieds,, de me remettre dans un rapport plus vrai avec 1; » nature. »
» Nous parlâmes encore sur Voltaire, et Gœthe me récita 1s poëme intitulé les Systèmes. Je voyais combien il avait étudié et combien il s’était approprié toutes ces choses de boni heure.
» Gœthe fit l’éloge de la traduction de Gérard en disant que quoique en prose, pour la majeure partie, elle lui avait trèsbien réussi.
k Je n aime plus lire le Faust en allemand, disait-il ; mais
* dans cette traduction française, tout agit de nouveau ave:
» fraîcheur et vivacité... Le Faust, continua-t-il, pourtant » est quelque chose de tout à fait incommensurable, et toute
* les tentatives de l’approprier à la raison (l’intelligence) sont
* vaines. L on ne doit pas oublier non plus que la-première » partie du poème est sortie d’un état tout à fait obscur (con-
* fus) de 1 individu ; mais c’est précisément cette obscurité qœ » éveille la curiosité des hommes, et c’est ainsi qu’ils sén » préoccupent comme de tout problème insoluble. »
J ai respecté à dessein les germanismes de cette version, à peur d’ôter quelque chose au sens de l’appréciation. Effrayf moi-même plusieurs fois des défauts delà première édition,]* corrigé beaucoup de passages dans les suivantes et surtotf
beaucoup de vers de jeune homme1. Peut-être ai-je eu tort, car la forme ancienne de ces vers, qui , en raison de mes études d’alors, se rapportaient assez à la forme des poètes du xviii' siècle, est, sans doute, ce qui aura frappé parfois le grand poète et aura provoqué une partie de ses réflexions.
En effet, lorsque Gœthe composa Faust , il étudiait à Strasbourg et se préoccupait tellement de la littérature française d'alors, qu’il se demanda un instant s’il n’écrirait pas ses ouvrages en français, comme l’avaient fait plusieurs auteurs, Allemands de naissance. Cependant, plusieurs portions du Faust furent écrites ou pensées à Francfort, et le personnage de Marguerite, qui ne se trouve pas dans la tradition populaire de Faust , est dû au souvenir d’un amour de sa jeunesse dont il parle dans ses Mémoires. Cette figure éclaire délicieusement le fond un peu sombre de ce drame légendaire.
\ > Yoir le volume des Poésies complètes.