‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 120 sur 185 · LE VEILLEUR DE LA TOUR · texte numérisé non relu

LE VEILLEUR DE LA TOUR

Comme la nacelle cingle joyeusement, poussée par un frais zéphyr! Sa course rapide nous apporte des coffres, des caisses et des sacs pleins de richesses!

La mcelle arrive, chargée des productions de toutes les contrées du monde.

Profonde nuit.

LYNCEUS, chantant sur les créneaux.

Né pour voir, Payé pour apercevoir, Attaché à la tour.

Le monde me charme.

Je vois au loin.

Je vois près de moi La lune et les étoiles, La forêt et le chevreuil.

Je vois en toutes choses L'éternelle beauté, Et, comme cela me plaît, Je me plais à moi-même!

Se lever sur ce monde sombre 1 Je vois des feux élincclanls A travers la double nuit des tilleuls... Hélas ! la cabane intérieure est en flamme. Elle qui était garnie de mousse et située en lieu humide!

De cel enfer brûlant,

Des éclairs montent en langues de feu

A travers les feuilles, à travers les branches

O mes yeux! faut-il que vous voyiez cela!

Faut-il que mon regard porte si loin I

Voici la petite chapelle qui croule

Ecrasée du fardeau des branches.

Les flammes embrasent déjà le faîte,

Et jusqu'à la racine brûlent

Les troncs creux, roiiges comme pourpre!...

FAUST, sur le balcon, le regard dirigé vers les dunes.

Quel chant plaintif entends-jc là-haut? D'aJjord des paroles, puis des sons! Mon veilleur se lamente, et l'action qui vient de s'accomplir me chagrine intérieurement. Mais, pour quelques tilleuls ruinés et réduits en troncs de charbon, qu'importe! Un vaste espace sera bientôt déblayé, et ma vue s'étendra à l'infini. Je verrai aussi la nouvelle demeure bâtie pour ce vieux couple, qui, dans ie sentiment de sa vertu, achève paisiblement ses jours.

MÉPHtSTOPHÉLÈS et SES TROIS SERVITEURS.

Nous voilà arrivés de toutes les forces des chevaux. Pardonnez si tout n'a pas été très-bien. Nous frappâmes <l'abord à coups redoublés, et personne n'ouvrit la porte; nous secouâmes et frappâmes toujours, et voilà la porte vermoulue enfoncée. Nous nous mîmes à appeler à grands ■cris et avec menaces; mais les vieillards paraissaient tout étourdis, et, comme il arrive en pareille occurrence, nous ne pouvions leur faire entendre raison ; sur quoi, nous n'hésitâmes pas à les tirer dehors avec force. Le couple s'est beaucoup débattu, et ils ont fini par tomber expirants à terre. Un étranger, qui était caché dans la maison et qui fit mine de se défendre, fut étendu mort près d'eux. En peu de temps, la paille s'enflamma aux charbons brûlants répandus autour de la cabane. La voilà maintenant qui pétille dans le feu et sert de bûcher aux trois corps.

FAUST

Etiez-vous sourds à mes paroles? Je voulais l'échange

HÉLÈNE 263

et non le vol. J'abhorre cette action imprudente et tyran j nique. Partagez entre vous ma malédiction.

CHOSUR.

La vieille parole retentit : obéis à la force! Et, si tu es courageux, si tu tiens ferme, Tu risqueras et la maison et la cour, et toi-même.

Ils sortent.

FAUST, sur le balcon.

Les étoiles ont perdu leurs regards et leur clarté ; la flamme tombe et s'amoindrit ; un frisson d'air l'éventé encore et porte jusqu'ici la vapeur et la fumée. Ordre vite donné et trop vite accompli! Qui flotte là dans l'ombre?

QUATRE FEMMES GRISES s'avancent.

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