‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 161 sur 185 · LA GRANDEUR DU MONDE · texte numérisé non relu

LA GRANDEUR DU MONDE

Je veux parcourir avec l'aile des vents tout ce que l'Eternel a tiré du chaos, jusqu'à ce que j'atteigne aux limites de cette mer immense et que je jette l'ancre là où l'on cesse de respirer, où Dieu a posé les bornes de la création !

Je vois déjà de près les étoiles dans tout l'éclat de leur jeunesse, je les vois poursuivre leur course millénaire à travers le firmament, pour atteindre au liut qui leur est assigné; je m'élance plus haut... 11 n'y a plus d'étoiles!

Je me jette courageusement dans l'empire immense du vide; mon vol est rapide comme la lumière... Voici que m'apparaissent de nouveaux nuages, un nouvel univers, et des terres, et des fleuves, ,.

Tout à coup, dans un chemin solitaire, un pèlerin vient à moi : « Arrête, voyageur, où vas-tu? — Je marche aux limites du monde, là où l'on cesse de respirer, où Dieu a posé les bornes de la création!

— Arrête! tu marcherais en vain : l'infini est devant toi. » 0 ma pensée! replie donc tes ailes d'aigle! Et toi,

audacieuse imagination, c'est ici, hélas! ici qu'il faut jeter l'ancre.

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