‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 173 sur 185 · L.-^. MERVEILLE DES FLEURS · texte numérisé non relu

L.-^. MERVEILLE DES FLEURS

Dans une vallée silencieuse brille une belle petite fleur sa vue flatte l'œil et le cœur, comme les feux du soleil couchant ; elle a bien plus de prix que l'or, que les perles et les diamants, et c'est à juste titre qu'on l'appelle la merveille des fleurs.

Il faudrait chanter bien longtemps pour célébrer toute

la verlu de ma petite fleur et les miracles qu'elle opère sur le corps et sur l'esprit ; car il n'est pas d'élixir qui puisse égaler les effets qu'elle produit, et rien qu'à lavoir ou ne le croirait pas.

Celui qui porte cette merveille dans son cœur devient aussi beau que les anges ; c'est ce que j'ai remarqué avec une profonde émotion dans les hommes comme dans les femmes : aux vieux et aux jeunes, elle attire les hommages des plus belles âmes, telle qu'un talisman irrésistible.

Non, il n'est rien de beau dans une lèle orgueilleuse,, tixe sur un cou tendu, qui croit dominer tout ce qui l'entoure : si l'orgueil du rang ou de l'or l'a loidi le cou, ma fleur merveilleuse te le rendra llexible, et te contraindra à baisser la tète.

KWe répandra sur ton visage l'aimable couleur de la rose ; elle adoucira le feu de tes yeux en abaissant leurs paupières ; si ta voix est rude et criarde, elle lui donnera le doux son de la flûte ; si ta marche est lourde et arrogante, elle la rendra légère comme le zéphjr.

I.e cœur de l'homme est comme un luth fait pour le chant et l'harmonie ; mais souvent le plaisir et la peine en tirent des sons aigus et discordants : la peine, quand les honneurs, le pouvoir et la richesse échappent à ses vœux; le plaisir, lors({ue, ornés de couronnes victorieuses, ils viennent se meltre à ses oidres.

< )h ! comme la tleur merveilleuse remplit alors les cœurs d'une ravissante harmonie! comme elle entoure d'un prestige enchanteur la gravité et la gaieté même! Hien dans les actions alors, rien dans les paroles qui puisse blesser personne au monde ; point d'orgueil, point d'arrogance, point de prétentions!

Oh! que la vie est alors douce et paisible! Quel bienfaisant sommeil plane autour du lit où l'on repose! La merveilleuse fleur préserve de toute morsure, de tout poison;, lo serpent aurait beau vouloir te piquer, il ne le pourrait

pe9 !

Mais, cro jez-moi, ce que je chante n'est pa^une fiction.

quelque peine qu'on puisse avoii' à supposer de tels prodiges. Aies chants ne sont qu'un reflet de cette grâce céleste que la merveille des fleurs i*épand sur les actions et sur la vie des petits et des grands.

Oh ! si vous aviez connu celle qui fit jadis toute ma joie ! la mort l'arracha de mes bras sur l'autel même de l'hymen ; vous auriez aisément compris ce que peut la divine fleur, et la vérité vous sei-ait apparue comme dans le jour le plus pur.

Que de fois je lui dus la conservation de cette merveille! elle la remettait doucement sur mon sein quand je l'avais perdue ; maintenant, un esprit d'impatience l'en arrache souvent, et, toutes les fois que le sort m'en punit, je regrette amèrement ma perte.

Oh! toutes les perfections que la fleur avait répandues sur le corps et dans l'esprit de mon épouse chérie, les chants les plus longs ne pourraient les énumérer ; et, comme elle ajoute plus de charmes à la beauté que la soie, les perles et l'or, je la nomme la merveille des fleurs ; d'autres l'appellent la modestie.

SONiNET.

Mes amis, il vous est arrivé peut-être de fixer sur le soleil un regard, soudain abaissé; mais il restait dans votre œil comme une tache livide, qui longtemps vous suivait partout.

C'est ce que j'ai éprouvé : j'ai vu briller la gloire, et je l'ai contemplée d'un regard trop avide... Une tache noire m'est restée depuis dans les yeux.

Et elle ne me quitte plus, et, sur quelque objet que je fixe ma vue, je la vois s'y poser soudain, comme un oiseau de deuil. "''

Elle voltigera donc sans cesse entre le bonheur e

BURGER 40t

moi^. .. — 0 mes amis, c'est qu'il faut être un aigle pour contempler impunément le soleil et la gloire !

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