PREMIÈRE PARTIE
KAUST, tombant à la renverse.
Pas à toi!... A qui donc?... Moi! l'image de Dieu ! Pas seulement ù toi! (on frappe.) 0 mort ! Je m'en doute; c'est mou serviteur. Et voilà tout l'éclat de ma félicité réduit à rien!... Faut-il iju'une vision aussi sublime se trouve anéantie par uu misérable valet!
VAGNER, en robe de chambre et bonnet de nuit, une lampe à la main. Faust se détourne avec mauvaise humeur.
VAGNER.
Pardonnez! Je vous entendais déclamer; vous lisez sûrement une tragédie grecque, et je pourrais profiter dans cet art, qui est aujourd'hui fort en faveur. J'ai entendu dire souvent qu'un comédien peut en remontrer à un pré lie.
FAUST
Oui, si le prêtre est un comédien, comme il peut bien arriver de notre temps.
VAGNER.
Ah! quand on est ainsi relégué dans son cabinet, et qu'on voit le monde à peine les jours de fête, et de loin seulement, au travers d'une lunette, comment peut-on aspirer à le conduire un jour par la persuasion?
FAUST
Vous n'y atteindrez jamais si vous ne sentez pas fortement, si l'inspiration ne se presse pas hors de votre âme, et si, par la plus violente émotion, elle n'entraîne pas les cœurs de tous ceux qui écoutent. Allez donc vous concentrer en vous-même, mêler et réchauffer ensemble les restes d'un autre festin pour en former un petit ragoût!... Faites jaillir une misérable flamme du tas de cendres où vous soufflez!... Alors, vous pourrez vous attendre à l'admiration des enfants et des singes, si le cœur vous en dit; mais jamais vous n'agirez sur celui des autres, si votre éloquence ne part pas du cœur même.
44 FAUST
VAGNER.
Mais le débit fait le bonheur de l'orateur; et je sens bien que je suis encore loin de compte.
Cherchez donc un succès honnête, et ne vous attachez point aux grelots d'une brillante folie; il ne faut pas tant d'art pour faire supporter la raison et le bon sens, et, si vous avez à dire quelque chose de sérieux, ce n'est point aux mots qu'il faut vous appliquer davantage. Oai, vos discours si brillants, où vous parez si bien les bagatelles de l'humanité, sont stériles comme le vent bi'umeux de l'automne qui murmure parmi les feuilles séchées.
VAGNER.
Ah! Dieu! l'art est long, et notre vie est courte! Pour moi, au milieu de mes travaux littéraires, je me sens souvent mal à la tète et au cœur Que de difficultés n'y a-t-il pas à trouver le moyen de remonter aux sources! Et un pauvre diable peut très-bien mourir avant d'avoir fait la moitié du chemin.
FAUST
Un parchemin serait-il bien la source divine où notre âme peut apaiser sa soif éternelle? Vous n'êtes pas consolé, si la consolation ne jaillit point de votre propre cœur.
VAGNER.
Pardonnez-moi! C'est une grande jouissance que de se transporter dans l'esprit des temps passés, de voir comme un, sage a pensé avant nous, et comment, partis de loin, nous l'avons si victorieusement dépassé.
FAUST
Oh! sans doute! jusqu'aux étoiles. INIon ami, les siècles écoulés sont pour nous le livre aux sept cachets ; ce que vous appelez l'esprit des temps n'est au fond que l'esprit même des auteurs, où les temps se réfléchissent. Et c'est vraiment une misère le plus souvent! Le premier coup d'œil suffit pour vous mettre en fuite. C'est comme un sac