‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 33 sur 185 · Noms de diverses compositions alcliiraiques · texte numérisé non relu

Noms de diverses compositions alcliiraiques

58 FAUST

homme, si tu fais avancei- la science, ton fils pourra aspirer à un but plus élevé.

FAUST

0 bienheureux qui peut encore espérer de surnao-er dans cet océan d'erreurs! on use de ce qu'on ne sait point, et ce qu'on sait, on n'en peut faire aucun usage. Cependant, ne ti^oublons pas par d'aussi sombres idées le calme de ces belles heures ! Regarde comme les toits entourés de verdure étincellent aux rayons du soleil couchant. Il se penche et s'éteint, le jour expire, mais il va porter autre part une nouvelle vie. Oh ! que n'ai-je des ailes pour m'élever de la terre et m'élancer, après lui, dans une clarté éternelle! Je verrais, à travers le crépuscule, tout un monde silencieux se dérouler à mes pieds, je verrais toutes les hauteurs s'enflammer, toutes les vallées s'obscurcir, et les vagues argentées des fleuves se dorer en s'écoulant. La montagne et tous ses défilés ne pourraient plus arrêter mon essor divin. Déjà la mer avec ses gouffres enflammés se dévoile à mes yeux surpris. Cependant, le dieu commence enfin à s'éclipser; mais un nouvel élan se réveille en mon âme, et je me hâte de m'abreuver encore de son éternelle lumière ; le jour est devant moi ; derrière moi la nuit; au-dessus de ma tête le ciel, et les vagues à mes pieds. — C'est un beau rêve tant qu'il dure! Mais, hélas! le corps n'a point d'ailes pour accompagner le vol rapide de l'esprit! Pourtant il n'est personne au monde qui ne se sente ému d'un sentiment profond, quand, au-dessus de nous, perdue dans l'azur des cieux, l'alouette fait entendre sa chanson matinale ; quand, au delà des rocs couverts de sapins, l'aigle plane, les ailes immobiles, et qu'au-dessus des mers, au-dessus des plaines, la grue dirige son vol vers les lieux de sa naissance.

VAGNER.

J'ai souvent moi-même des moments de caprices : cependant des désirs c jmme ceux-là ne m'ont jam lis tourmenté • on se lasse aisément des forêts et des prairies; jamais je

l'UKMIERI:; l'AIlTIt; 59

n'envierai l'aile des oiseaux; les joies de mon esprit me transportent bien plus loin, de livre en livre, de feuilles en feuilles! Que de chagrin et d'agrément cela donne à une nuit d'hiver! Vous sentez une vie heureuse animer tous vos membres... Ah! dès que vous déroulez un vénérable parchemin, tout le ciel s'abaisse sur vous!

FAUST

C'est le seul désir que tu connaisses encore; quant à l'autre, n'apprends jamais à le connaître. Deux âmes, hélas! se partagent mon sein, et chacune d'elles veut se séparer de l'autre : l'une, ar lente d'amour, s'attache au monde par le moyen des organes du corps; un mouvement surnaturel entraîne l'autre loin des ténèbres, vers les hau!es demeures de nos aïeux! Oh ! si dans l'air il y a des esprits qui planent entre la terre et le ciel, qu'ils descendent de leurs nuages dorés, et me conduisent à une vie plus nouvelle et plus variée! Oui, si je possédais un manteau magique, et qu'il pût me transporter vers des ré,^ions étrangères, je ne m'en déferais point pour les habits les plus précieux, pas même pour le manteau d'un roi.

VAGNER.

N'appelez pas cette troupe bien connue, qui s'étend comme la tempête autour de la vaste atmosphère, et qui de tous côtés prépare à l'homme une infinité de dangers. La bande des esprits venus du Nord aiguise contre vous des langues à triple dard. Celle qui vient de l'Est dessèche vos poumons et s'en nourrit. Si ce sont les déserts du Midi qui les envoient, ils entassent autour de votre tète flamme su:* flamme ; et l'Ouest en vomit un essaim qui vous rafraîchit d'abord, et finit par dévorer, autour de vous, vos champs et vos moissons. Enclins à causer du dommage, ils écoutent volontiers votre appel, ils vous obéissent même, parce qu'ils aiment à vous tromper; ils s'annoncent comme envoyés du ciel, et, quand ils mentent, c'est avec une voix angélique. Mais retirons-nous! le monde se couvre déjà de ténèbres, l'air se rafraîchit, et

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lebrouillard tombe! C'est le soir qu'on apprécie surtout l'agrément du logis. Qu'avez-vous à vous arrêter? Que considérez-vous là avec tant d'attention? Qui peut donc vous étonner ainsi dans le crépuscule?

FAUST

Vois-tu ce chien noir errer au travers des blés et des chaumes?

VAGNEK.

Je le vois depuis longtemps ; il ne me semble offrir rien d'extraordinaire.

FAUST

Considère-le bien ; pour qui prends-tu cet animal?

VAGNER.

Pour un barbet, qui cherche à sa manière la trace de son maître.

FAUST

Remarques-tu comme il tourne en spirale, en s'approchant de nous de plus en plus ? Et, si je ne me trompe, traîne derrière ses pas une trace de feu.

VAGNER.

Je ne vois rien qu'un barbet noir; il se peut bien qu'un éblouissement abuse vos yeux.

FAUST

Il me semble qu'il tire à nos pieds des lacets magiques, comme pour nous attacher.

VAGNER.

Je le vois, incertain et craintif, sauter autour de nous, parce qu'au lieu de son maître il trouve deux inconnus.

FAUST

Le cercle se rétrécit, déjà il est proche.

VAGNER.

Tu vois ! ce n'est là qu'un chien, et non un fantôme. Il grogne et semble dans l'incertitude; il se met sur le ventre, agite sa queue, toutes manières de chien.

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