‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 51 sur 185 · LK CH.\T · texte numérisé non relu

LK CH.\T

Haus ce l'aulcuil mets-lui soudain, Et prends cet éventail en main, Tu seras le roi des bêtes.

Il oblige Méphistophélès à s'asseoir.

FAUST, ([ui, pendant ce temps, s'est toujonrs tenu devant le miroir, tantôt s'en npprocliant, tantôt s'en éloignant.

Que voi3-je? quelle céleste image se montre dans ce miroir magique? 0 amour! prête-moi la plus rapide de tes ailes, et transporte-moi dans la région qu'elle habite. Ah ! quand je ne reste pas à cette place, quand je me hasarde à m'avancer davantage, je ne puis plus la voir que comme à travers un nuage ! — La plus belle forme de la femme! Est-il possible qu'une femme ait tant de beauté? Dois-je, dans ce corps étendu à ma vue, trouver l'abrégé des merveilles de tous les cieux? Quelque chose de pareil existe-t-il sur la terre?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Naturellement, quand un Dieu se met à l'œuvre pendant six jours, et se dit enfin bravo à lui-même, il en doit résulter quelque chose de passable. Pour cette fois, regarde à satiété, je saurai bien te déterrer un semblable trésor : et heureux celui qui a la bonne fortune de l'emmener chez soi comme épouse! (Faust regarde toujours dans le miroir; Méphistophélès, s'étcndant dans le fauteuil, et jouant avec l'éventail, continue de parler.) Me voilà assis commc uu roi &ur son Irôue : je tiens le sceptre, il ne me manque plus que la couronne.

l.KS ANIMAUX, qui, jusque-là, avaient evécuté mille inouvoments bizarres, apportent, avec de grands cris, une couronne à Méphistophélès.

Daigne la prendre, mon maître.

En voici tous les éclats, Avec du sang tu pourras La raccommoder peut-être.

102 FAUST

Ils courent gauchement vers la couronne et la brisent en deux morceaux avec lesquels ils dansent en rond.

Fort bien : rccommenrons...

Nous parlons, nous voyons; Nous écoulons et rimons.

FAUST, devant le miroir.

Malheui' à moi! j'en suis tout bouleversé !

MÉPHISTOPHÉLÈS, montrant les animaux.

La tète commence à me tourner à moi-même.

LES ANIMAUX

Si cela nous réussit,

Ma foi, gloire à notre esprit!

FAUST, comme plus haut,

îin comn bien vite

Mon sein commence à s'enflammer! Éloignons-nous

MÉPHISTOPHÉLÈS, dans la même position.

On doit au moins convenir que ce sont de francs poètes.

La marmite, que la guenon a laissée un instant anns l'écumer, commence à déborder ; il s'élève une grande flamme dans la cheminée. La sorcière descend à travers la flamme on poussant un cri épouvantable.

LA SORCIÈRE

Au ! au ! au ! au !

Chien de pourceau !

Tu répands la soupe, El lu rôtis ma peau !

A bas ! maudite troupe !

Apercevant Méphistophélès et Faust.

Que vois-JG ici ?

Qui peut entrer ainsi Dans mon laboratoire ?

A moi, mon vieux grimoire !

A vous le feu !

Vos os vont voir beau jeu!

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